Thursday, 30 April 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XXV.

 

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Maladie et mort

Annales du Carmel de Tours

«Depuis longtemps notre chère sœur prévoyait le terme de son exil; dans plusieurs de ses lettres, elle dit ouvertement que Notre-Seigneur le lui avait fait connaître, et qu’il lui restait bien peu de temps à vivre. Elle nous l’avoua en particulier de la manière la plus positive, et quoiqu’elle en connût pas le moment précis de sa mort, elle en parlait comme d’une chose très prochaine. Cependant elle avait jusqu’alors joui d’une assez forte santé, et rien n’annonçait que sa carrière dût être si courte. Elle était seulement sujette à de fréquentes migraines, et l’on a remarqué qu’elle en souffrait particulièrement le vendredi. Mais depuis qu’elle eut fait l’abandon d’elle-même à Notre-Seigneur pour l’accomplissement de ses desseins, on la vit peu à peu s’affaiblir. Le feu de l’amour divin et le zèle du salut des âmes la consumaient lentement, et le poids de son “œuvre” qu’elle portait, disait-elle, avec des peines incroyables, contribuait encore à l’immolation de la victime. Il en paraissait toutefois peu de chose dehors; car sœur Saint-Pierre, toujours exacte et fervente, continuait à remplir les devoirs de sa règle et ceux de son office de portière, devenu moins pénible depuis que la communauté habitait le nouveau monastère. Dans l’été de 1847, l’œuvre réparatrice fut canoniquement érigée ; notre chère sœur en ressentit une joie extrême. Déchargé de ce fardeau qui rendait sa marche si pénible, elle revint en quelque sorte à la vie; son âme fut inondée de délices; le bonheur était peint sur ses traits; sa santé même sembla reprendre sa première vigueur ; elle se trouva en état d soutenir le carême suivant, et l’observa effectivement avec exactitude; mais au moment même où l’Église rappelle la passion du Sauveur, commença pour cette chère sœur le long martyre qui devait terminer une vie si pleine de mérites.

Le 30 mars, Notre-Seigneur lui annonça qu’elle touchait au terme de ses espérances. Depuis cette communication elle ne pensait qu’au ciel, ne désirait que le ciel: elle aimait à s’en entretenir et laissait échapper, comme malgré elle, quelques traits enflammés qui décelaient un peu la sainte ardeur dont son âme était embrasée.

Les événements qui venaient d’avoir lieu en France [1] avaient excité de nouveau sa ferveur et son zèle; la vue des maux qu’elle avait annoncés, et qui menaçaient sa patrie, la porta à un acte vraiment héroïque de charité et de dévouement. Le vendredi saint, à trois heures, elle se prosterna contre terre pour adorer Jésus-Christ mourant, et à cet instant, elle connut que le poids énorme de la colère de Dieu allait s’appesantir sur les hommes; aussitôt, renouvelant son acte d’abandon parfait, elle s’offrit pour détourner les coups de cette redoutable justice. Le Seigneur semblait attendre ce dernier et généreux effort pour immoler sa courageuse victime: immédiatement se déclara une maladie qui la réduisit à l’extrémité.

On se hâta de lui prodiguer les soins les plus assidus; le médecin fut appelé : il jugea tout de suite que le mal était sans remède. Notre sœur soupçonnait déjà toute la gravité de son état, nous pûmes donc lui annoncer sans crainte le danger où elle se trouvait : une seule chose lui fit verser quelques larmes: “C’est, nous dit-elle, le regret de vous quitter et la peine de me séparer de cette communauté qui m’est si chère; mais je prierai pour vous au ciel, et je dois sacrifier ma vie pour l’œuvre que Dieu m’a confiée.”

Avant de sortir pour la dernière fois de sa cellule, elle pria une sœur d’aller devant le Saint-Sacrement, ne pouvant s’y rendre elle-même: c’était pour demander à Notre-Seigneur sa bénédiction, et se dévouer d’une manière spéciale à souffrir tout ce qu’il plairait à Dieu de lui envoyer. En arrivant à l’infirmerie, elle jeta autour d’elle un regard qui semblait dire: “Je ne sortirai plus d’ici.” Effectivement, ce lieu devait être le dernier théâtre de ses vertus et de ses souffrances. On voulut emporter de sa cellule quelques objets de piété à son usage afin qu’elle pût continuer d’en jouir, elle s’y opposa en disant: “C’est maintenant qu’il faut tout sacrifier.”

Nous eûmes cependant quelques lueurs d’espérance; le désir de prolonger une vie si précieuse nous fit employer tous les moyens de la conserver. Ceux de l’art étaient impuissants; nous recourûmes à la sainte Vierge ; notre chère malade s’unit à nos vœux par obéissance, mais elle dit : “Je suis si peu utile et ma santé est si peu de chose ; pourquoi donc la demander à Dieu? Je ne guérirai pas.” Comme elle souffrait beaucoup, on lui dit: “Priez donc Notre-Seigneur qu’il vous soulage, s’il ne veut pas vous guérir.” — “Non, répondit-elle, en fait de souffrance et de sacrifice, je n’ai jamais rien demandé à Dieu de particulier, mais aussi je ne lui ai jamais rien refusé.” Une sœur lui demanda de ses nouvelles : “Je suis bien souffrante, dit-elle, mais tout cela finira bientôt.” — “Vous êtes donc plus malade?” ajouta-t-on ; à quoi elle répondit seulement: “Demandez que ma mort soit sainte, car elle ne tardera pas.”

Lorsqu’elle entra à l’infirmerie, elle était toute pénétrée des jugements de Dieu et se voyait comme sous le poids de sa justice. Oubliant, pour ainsi dire, les faveurs dont elle avait été comblée, elle ne s’occupait que de ses fautes pour en demander pardon au Seigneur. Cet humble sentiment dans une âme si pure s’explique facilement, si l’on considère de quelles vives lumières elle était remplie sur la sainteté de Dieu et sur sa propre bassesse. Cette impression était si vive en elle, que tout son extérieur en portait l’empreinte ; elle paraissait tout absorbée, et plusieurs fois on la vit verser des larmes. Nous lui en demandâmes la cause : “Ma Mère, dit-elle, je pense aux jugements de Dieu, et je pleure mes péchés.”

Tout cela se passait dans les premiers jours; nous allons la suivre jusqu’au terme de ses douleurs.

La maladie de sœur Saint-Pierre était une phtisie pulmonaire fortement caractérisée ; d’autres maux vinrent s’y joindre, et firent sur tout son corps les plus affreux ravages. Une fièvre ardente et continue la dévorait; sa gorge était ulcérée; sa langue et sa bouche étaient sans cesse comme percées par de cruelles épines: ce qui est à remarquer, car Notre-Seigneur lui avait dit qu’elle devait prier et souffrir pour les blasphémateurs. Les nuits s’écoulaient sans lui laisser prendre aucun repos; chaque position sur son lit de douleur devenait un nouveau martyre; elle fut donc obligée de garder longtemps la même situation ; alors des plaies se formèrent et ajoutèrent à ses souffrances. Pendant deux mois et demi que dura sa maladie, elle ne prit aucun aliment: quelques liquides en petite quantité furent toute sa subsistance ; elle en vint même à ne vouloir que l’eau pure; deux fois par jour elle y ajoutait un peu de lait ; ce lait, qu’elle offrait toujours à la sainte Vierge avant de le boire, ne lui fit jamais mal, bien qu’elle ne pût avaler, sans les rejeter à l’instant, d’autres boissons plus légères. Par suite de tous ces maux, son corps devint comme un squelette ; la vue en faisait frémir; sa peau collée à ses os était desséchée comme si elle eût passé par le feu; sa figure seule resta fraîche et vermeille.

Cet état, affreux par la nature, se prolongea contre toute apparence, mais il ne porta aucune atteinte aux dispositions de cette âme généreuse : sa patience fut toujours égale, son union à Dieu continuelle, son esprit de sacrifice entier et sans réserve. Elle faisait paraître, au milieu de sa maladie et de toutes ses pénibles conséquences, la docilité, l’innocence, la simplicité d’un enfant; aussi, lorsque nous lui demandions si quelque chose lui faisait de la peine, elle répondait: “Non, ma Mère, par la grâce de Dieu; car je souffre tout ce qu’il veut et je fais tout ce que l’on veut.” Pour l’entretenir dans ces sentiments, nous lui rappelâmes Jésus enfant et les grâces qu’elle avait reçues par ce mystère ; elle répondit: “Ce divin Maître m’enseignait alors la science de la Crèche, et maintenant c’est la science de la Croix.” Hélas! elle n’avait encore fait que tremper ses lèvres dans le calice amer qu’elle devait boire jusqu’à la lie.

Elle était animée de la plus tendre confiance en Dieu et d’un ardent désir du ciel; à la pensée de sa mort, elle tressaillait d’allégresse: “Mon heure est venue, disait-elle, bientôt tous mes liens seront brisés. Quand vous contemplerai-je, ô céleste séjour? Quand, ô mon Dieu, vous verrai-je face à face et sans voile?” Si on lui parlait du ciel, sa figure prenait une expression animée: “C’est là où j’aspire, disait-elle avec transport. Beau ciel, éternelle patrie, vous épuisez tous mes désirs! Quand, de la terre où je soupire, m’envolerai-je vers les cieux?” Et autres belles paroles des cantiques qu’elle se rappelait à ce sujet. Il semblait, à la voir, que déjà un rayon de la béatitude avait pénétré dans son âme. La plus douce sérénité était sur son front et le sourire sur ses lèvres; sa bouche ne s’ouvrait que pour parler de Dieu. On l’aurait quelquefois regardée longtemps sans qu’elle levât les yeux, tant elle était absorbée dans un profond recueillement.

Au commencement de juin, elle se trouva si mal, qu’elle-même demanda les derniers sacrements: le danger pressait, on se hâta de la satisfaire. Elle reçut le saint viatique et l’Extrême-Onction avec de grands sentiments de piété. Elle demanda pardon à la communauté de la manière la plus touchante. Puis, après la cérémonie, quelques sœurs restèrent à prier auprès d’elle: sa figure était radieuse; elle semblait être dans une sorte d’extase; on ne pouvait la voir sans se sentir pénétré de dévotion, et attendri jusqu’aux larmes. Au bout d’un certain temps, nous nous approchâmes d’elle, lui demandant si elle ne dormait pas: “Oh! non, dit-elle, je m’entretiens avec Notre-Seigneur.” — “Vous vous trouvez donc bien heureuse?” — “Oui, ma Mère, je ne désire plus rien, j’ai mon Tout!”

Le vendredi, 16 juin, elle eut une crise très forte; on crut que ce serait la dernière: la communauté se réunit à l’infirmerie pour réciter les prières des agonisants. La chère malade, qui avait toute sa connaissance, s’y unissait par de ferventes aspirations, mais elle souffrait cruellement et ne pouvait faire davantage. Tout à coup, elle entra dans un état surnaturel dont les effets furent très sensibles. Lorsqu’après la recommandation de l’âme nos sœurs prononcèrent ces paroles: Maria, Mater gratiæ, Mater misericordiæ, elle étendit spontanément ses bras vers le ciel, comme un enfant qui s’élance vers sa mère dès qu’il l’aperçoit, et resta assez longtemps dans cette position, bien que, peu de minutes auparavant, ses bras fussent si faibles et si raides qu’on n’avait pu parvenir à lui faire former le signe de la croix. Ensuite, à deux fois différentes, elle se mit les bras en croix pour expirer comme une victime, et, lorsqu’on voulut l’en empêcher, elle dit: “Laissez-moi ainsi, c’est pour moi un devoir.” Elle prenait tour à tour son crucifix et une petite statue de l’Enfant-Jésus qui ne la quittait jamais, les couvrait de baisers, les serrait sur son cœur; puis tenant l’Enfant-Jésus élevé le plus haut qu’il lui fut possible, elle prononça solennellement, mais assez bas, ces paroles: “Père éternel, je vous offre encore une fois cet adorable Enfant, votre divin Fils, pour l’expiation de mes péchés et ceux de tous les hommes, pour les besoins de la sainte Église, pour la France, pour la Réparation. Aimable Jésus, je remets, j’abandonne cette œuvre entre vos mains; c’est pour elle que j’ai vécu, c’est pour elle que je meurs!” Puis elle posa l’Enfant-Jésus sur sa tête, en disant: “Divin Enfant, couvrez ma vie criminelle par les mérites de votre sang précieux; renouvelez en moi la grâce de l’innocence ; revêtez-moi de votre vertu de pureté, de votre esprit d’humilité. Oh! venez avec moi quand je sortirai de ce monde ; venez, ô mon Jésus, venez, ne tardez pas ! Marie, ma tendre Mère, venez chercher mon âme!” Elle prononçait toutes ces paroles et beaucoup d’autres avec une expression qu’on essayerait en vain de reproduire: on eût dit des étincelles de feu qui s’échappaient d’un foyer brûlant. Elle demanda pardon de ses fautes à Dieu, puis à la communauté, en répandant des larmes amères, remercia des soins qu’on lui avait prodigués et ajouta: “Oh! mes sœurs, qu’on est heureux de mourir carmélite!” Puis, s’adressant à nous: “Adieu, ma Mère, dit-elle, donnez-moi votre bénédiction; bientôt je paraîtrai devant Dieu, et je suis heureuse de mourir entre vos bras.”

Elle nous témoigna sa reconnaissance du soin que nous avions pris de son âme; elle dit ensuite: “L’heure est arrivée, ô Jésus, venez.” Et un peu après, croisant ses bras sur sa poitrine: “Mon Père, je remets mon âme entre vos mains.” Elle resta quelques instants recueillie, puis revint à son état naturel. Pendant cette scène touchante, il était aisé de voir qu’il se passait en elle quelque chose de céleste et d’extraordinaire ; la communauté, témoin de ce spectacle ne pouvait, que par des larmes, témoigner son admiration.

Pendant sa maladie, sœur Saint-Pierre reçut la sainte communion, soit en dévotion, soit en viatique, aussi souvent que son état et nos règles le permirent. Elle soupirait après cette précieuse faveur, et trouvait dans l’Eucharistie toute sa force et toute sa consolation. Selon son habitude, elle s’y disposait dès la veille, et, comme elle était privée de sommeil, la nuit entière se passait en d’amoureux colloques. Plusieurs de celles qui la veillèrent ces nuits-là assurent n’en avoir jamais passé de plus agréables. Une fois, entre autres, notre pieuse sœur ne put contenir ses sentiments, et, pour annoncer qu’elle devait communier, elle dit avec effusion de cœur:

 

Demain matin

L’Époux divin,

Plein de tendresse,

Viendra soutenir ma faiblesse,

Demain matin!

 

Et de temps en temps elle ajoutait:

 

Mon Bien-Aimé ne paraît pas encore:

Trop longue nuit, dureras-tu toujours?

 

Elle prenait ensuite son Enfant-Jésus, le baisait sans cesse, lui demandant pardon de ses fautes, et le conjurant de purifier le cœur de sa petite servante; puis, pour l’offrir au Père éternel, elle le tint levé très haut et resta une heure entière dans cette position fatigante, sans faire le moindre mouvement.

Une autre fois, nous hésitions à la faire communier dans la crainte qu’elle ne fût pas bien à elle, car elle avait passé une fort mauvaise nuit et paraissait très abattue; mais sœur Saint-Pierre n’oublia pas la faveur qui lui avait été promise. Le matin, dès qu’elle nous aperçut, elle dit: “Ma Mère, j’attends mon Dieu; quand viendra-t-il? Oh ! que je le désire ! j’ai si grand besoin de lui!” Il fallut céder à ses instances. Après cette communion, elle resta dans une profonde oraison; à la voir, on eût dit que son âme jouissait d’une félicité anticipée. Un jour qu’on lui donnait la sainte Eucharistie, une religieuse remarqua sur sa figure une expression de sainteté dont elle fut frappée ; elle ne put la fixer longtemps, à cause de l’éclat qu’elle crut voir sur son visage.

Le viatique fut renouvelé à notre chère malade le jour de la très Sainte-Trinité, fête patronale de l’Archiconfrérie Réparatrice. Elle eût bien désiré mourir ce jour-là, mais Dieu en avait décidé autrement, et le lui fit connaître dans la communion. Quelque temps après la cérémonie, je me rendis à l’infirmerie pour la voir. “Ma Mère, nous dit-elle, je resterai encore un peu sur la terre, parce que mon âme n’est pas assez purifiée; mais pendant ce temps je vais souffrir cruellement, car Notre-Seigneur m’a attachée à la croix, et j’y resterai jusqu’à mon dernier soupir. Ne me donnez plus de soins, plus de soulagements; je dois maintenant souffrir et je ne veux plus penser qu’à mon éternité. Je désire rester seule avec mon Dieu, car je puis presque plus parler; on croit que je dors, mais non, je suis uniquement occupée de lui. Bientôt je contemplerai sa Face adorable, bientôt je chanterai ses louanges pour une éternité. Oh! comme je prierai alors pour l’Église, pour la France, pour la communauté et pour la Réparation!... — “Mais, lui dis-je, n’avez-vous pas, au sujet de cette œuvre, la crainte d’avoir été dans l’illusion, ou l’inquiétude d’avoir suivi plutôt vos idées que l’esprit de Dieu ?” — “Non, non, répondit-elle d’un ton grave et solennel; j’ai pu me tromper, je l’ai toujours dit, mais je puis assurer, prête à paraître devant le Seigneur, que je n’ai jamais agi en cela par mon propre esprit; il m’en a beaucoup coûté, aussi n’ai-je rien fait que par la volonté de Dieu et pour accomplir ses desseins. Dans tout ce que j’ai écrit par ordre de nos supérieurs, j’ai toujours parlé dans la sincérité de mon âme, et je le signerais de mon sang. Je n’ai, par la grâce de Dieu, rien à me reprocher à cet égard, je suis parfaitement tranquille.” — “Avez-vous quelque espoir pour l’avenir de la France?” — “J’ai la plus grande confiance ; les méchants ne feront pas tout ce qu’ils veulent; la paix reviendra: c’est pour cela que la Réparation est établie. Ma carrière est finie comme Notre-Seigneur me l’a déclaré ; car l’œuvre de la Réparation est faite: c’est pour cette œuvre que Dieu m’a mise au monde et c’est elle qui sauvera la France. Oh ! que Dieu est boy! que sa miséricorde est étendue! Il ne veut même pas que sa petite servante soit séparée de lui après la mort, et il la purifie entièrement pour l’emmener tout de suite au ciel. Non, jamais je n’aurais pu croire qu’il me fit cette grâce, si je ne l’avais entendu de sa bouche. La sainteté de Dieu est si grande, que je croyais rester en purgatoire jusqu’à la fin du monde. Maintenant donc, je n’ai plus qu’à souffrir, il faut entrer dans les desseins de Dieu. Oh ! qu’il est bien vrai que sa justice a pour se satisfaire des moyens inconnus aux hommes!...”

Effectivement cette généreuse victime commença une nouvelle carrière de souffrances dont on essayera vainement de se représenter la rigueur. Elle ne voulait plus qu’on la soulageât: “Non, disait-elle, plus rien que la souffrance; laissez, laissez Dieu agir.” Si on lui offrait quelque chose, elle répondait: “Je le prendrai si on me le donne, mais je ne le demanderai pas.” Néanmoins elle céda à l’obéissance plutôt qu’au besoin de la nature, et rentra dans la voie commune, prenant et demandant ce qui lui était nécessaire. Mais on ne pouvait désormais apporter ni remède ni adoucissement à ses maux: tout ce qu’on lui donnait semblait, au contraire, y ajouter de nouveaux aiguillons. Pas une plainte cependant ne sortit de sa bouche. Quelque fois l’excès de la douleur lui arrachait des cris plaintifs, mais toujours entrecoupés de paroles édifiantes et de sentiments de résignation, comme ceux-ci : “Mon Dieu, que je souffre! Ayez pitié de moi, n’abandonnez pas votre petite servante. Je suis votre victime, vous savez, Seigneur ; mais souvenez-vous-en. Que Dieu est admirable dans ses voies! Adorons sa volonté sainte. Que le temps est long! Que je soupire ardemment après mon Bien-Aimé! Mon doux Jésus, vous ne me ferez donc pas mourir! Venez, Seigneur Jésus, venez, ne tardez pas!” Au plus fort de ses angoisses, elle disait avec un accent qu’il est impossible de retracer: “Ah ! que les sévérités de la justice divine sont terribles! Mon Dieu, que vos desseins sont rigoureux! Si l’on savait ce que j’endure! O mon divin Époux, que vous m’êtes amer, vous qui êtes si doux!” Pour la soutenir dans ces moments de désolation, nous lui rappelâmes qu’elle s’était offerte à Dieu pour accomplir ses desseins. “Oui, répondit-elle, et je ne m’en repens pas. Mon Dieu, je veux tout ce que vous voudrez, autant que vous le voudrez; et, s’il le faut, je consens à souffrir jusqu’à la fin du monde.” Quand on lui demandait d’où elle souffrait le plus: “De toutes les parties de mon corps, disait-elle ; c’est un martyre universel, mon lit est un purgatoire où je brûle, le feu me consume et chaque instant me paraît un siècle. Je ne demande pas à Dieu qu’il abrège ou qu’il adoucisse mes douleurs, mais j’appelle l’heure de ma délivrance. Mon divin Jésus, quand vous serai-je unie pour toujours?” Elle aimait à répéter: “Je meurs fille de l’Église et fille du Carmel.” Dans ses plus violentes crises, elle disait d’un ton suppliant qui arrachait les larmes: “Je vous en conjure, demandez pour moi la patience, je ne puis souffrir plus longtemps. Parlez-moi du ciel, parlez-moi de Dieu.” Elle réclamait son crucifix et le baisait sans cesse. “Je ne veux plus que mon crucifix, disait-elle, il est mon trésor, ma force et ma consolation; j’ai continuellement les yeux fixés sur lui, car il m’encourage à souffrir. Oui, mon amour est crucifié et je suis crucifiée avec lui.” Elle demandait souvent qu’on offrit de nouveau ses souffrances à Notre-Seigneur, et comme on la priait une fois de les appliquer pour une intention particulière, elle dit: “Je ne sais si je le puis, car je suis toute consacrée à la Réparation; je suis victime, mais l’obéissance en décidera.” Nous lui demandâmes, pendant ses derniers jours, comment doit mourir une victime: “Immolée”, répondit-elle.

Cette terrible agonie se prolongea bien au delà de toutes les prévisions. Pour la supporter, il fallut que sœur Saint-Pierre reçût de Dieu des forces physiques et spirituelles presque au-dessus de la nature. Au milieu de tant de douleurs, elle conserva la paix la plus profonde, un calme d’âme toujours égal, il reparaissait sur son visage, altéré par la souffrance, une douce et admirable gaieté. Elle disait un jour, en parlant des soins que son état réclamait: “La nature est bien exigeante, mais le cœur est tout au Sauveur.” On s’estimait heureuse de lui rendre quelques services; car elle les recevait avec une reconnaissance extrême et les payait toujours agréablement; on eût voulu ne pas la quitter. Elle s’efforçait de donner à toutes des marques de gratitude et d’attachement; à nous surtout, elle prodiguait les plus touchantes expressions d’amour et de reconnaissance. Un jour, en nous apercevant, elle tendit les bras et se leva sur son lit: “Où voulez-vous donc aller? lui dit-on. — Dans les bras de ma Mère”, répondit-elle. Elle répétait, après un rude combat pendant lequel nous l’avions secourue: “Oh ! qu’il fait bon de tout dire à ses supérieurs !”

En même temps, cette âme innocente, sur laquelle il semblait que Satan ne pût exercer aucun empire, se vit soudain en butte aux assauts de l’enfer: il fallait que tout en elle participât à l’holocauste et qu’elle subit l’épreuve de la tentation. “C’est, disait-elle, une partie de ma pénitence.” Pendant les derniers jours, elle fut donc en proie à la malice des démons; elle croyait avoir près d’elle un de ces mauvais esprits qui la portait sans cesse à l’impatience et au murmure, proférait à ses oreilles des injures et des blasphèmes, et même lui suggérait des pensées de désespoir. Cet esprit, disait-elle, la tourmentait cruellement; elle était dans son lit comme sur un brasier ; elle paraissait extrêmement agitée et ne voulait pas un instant rester seule. Elle recourait à la sainte Vierge; mais bientôt son ennemi redoublait d’efforts. “Ah! s’écriait-elle, que je souffre! Mon Dieu, je ne puis plus y tenir, ayez pitié de moi.” Sa vue seule pénétrait de compassion. Enfin elle recourut à la saint Enfance de Notre-Seigneur, objet de sa tendre dévotion, et prit sur elle «le petit Évangile» de la Circoncision: la vertu du saint Nom de Jésus dissipa les prestiges du démon; le feu dévorant, les tentations terribles, tout cessa à l’instant, et elle se trouva dans le plus grand calme. Elle avait eu souvent recours à l’eau bénite: “Elle me soulage d’âme et de corps,” disait-elle.

A la fin de sa maladie, elle fut honorée de la visite de Monseigneur Morlot; le vénérable archevêque daigna se transporter près d’elle pour la bénir une dernière fois: consolation bien grande, que la chère mourante sut vivement apprécier! Elle fut aussi assistée du supérieur de la communauté, et elle aimait à en témoigner sa joie et sa reconnaissance.

Une bienfaitrice de la maison, qui, en cette qualité, avait le droit de pénétrer dans la clôture, demanda à la Mère prieure un jour, en entrant, que la sœur Saint-Pierre lui donnât sa bénédiction. On ne pouvait lui promettre cette faveur, dont la proposition eût effrayé l’humilité de la pieuse malade; on admit néanmoins la respectable solliciteuse auprès de son lit. Elle semblait à ce moment dans cet état de sommeil apparent qui était une profonde absorption en Dieu. Après l’avoir considérée quelque temps sans vouloir troubler son silence, la digne bienfaitrice se disposait à se retirer, quand tout à coup, par un mouvement plein d’élan, la sœur saisit la statuette de l’Enfant-Jésus, et, sans rien dire, fit un signe de croix sur la vénérable dame, lui donnant ainsi la bénédiction qu’elle avait en vain demandée, et qui, vu la spontanéité de cet acte, devait être pour elle d’un plus grand prix.

L’âme si pure de notre languissante victime avait recouvré sa paix et sa tranquillité premières; cependant son corps était toujours en proie à d’inexprimables douleurs, et elles devenaient de plus en plus aiguës à mesure que le terme approchait. Le vendredi 7 juillet, elle entra tout à fait en agonie, mais elle conserva sa connaissance jusqu’à sa dernière heure. Comme on pensait qu’elle ne passerait pas la nuit, on lui fit dès le soir les prières de la recommandation de l’âme. Cette nuit suprême fut très pénible pour notre chère mourante; elle demandait souvent de l’eau bénite et s’unissait à Dieu par de ferventes  aspirations. Nous restâmes auprès d’elle, car elle éprouvait de la consolation, et, nous priait avec insistance de ne pas la quitter. Cependant, le matin étant venu, je me retirai quelques moments. Durant cet intervalle, elle voulut changer de position; il lui fallut de l’aide; car depuis longtemps elle ne pouvait faire aucun mouvement; on lui dit que nous avions recommandé de ne pas la remuer, mais que, si elle souffrait trop, on allait y essayer, supposant bien notre intention. Elle n’y consentit pas: “Non alors, dit-elle; l’obéissance!” Elle répondait à tous les actes qu’on lui suggérait, et sans cesse, le sourire sur les lèvres, baisait son crucifix; puis elle le serait sur son cœur, en disant: “Il est à moi, je suis à lui. Quel bonheur de souffrir!” Nous revînmes près de sœur Saint-Pierre, qui nous dit: “Ma Mère, quand?” J’ajoutai: “Quand l’Époux viendra-t-il, n’est-ce pas?” Elle répondit par un signe affirmatif, et je lui dis: “Bientôt, mon enfant, dans quelques moments!”

Elle parut satisfaite et se recueillit. Se rappelant alors que, dans une communication, Notre-Seigneur lui avait promis de rétablir en son âme, à l’heure de la mort, l’image de Dieu, elle voulut renouveler les vœux de son baptême; et, comme symbole de la grâce qu’elle désirait recevoir, elle demanda de l’eau bénite, fit sur sa tête le signe de la croix et dit: “Enfant, je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.” Puis, joignant les mains, elle ajouta: “Je renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres ; je veux être à Jésus-Christ pour toujours.” Peu auparavant, elle avait paru soutenir un pénible combat ; mais après cette petite cérémonie, sa figure prit un air tout céleste: on eût dit que c’était effectivement un enfant sortant des eaux du baptême, ou un ange descendu du ciel et qui allait y remonter. Depuis cet instant jusqu’à son dernier soupir, elle ne cessa pas de prier; les sueurs de la mort la couvraient, son corps était déjà glacé, et cependant ses lèvres froides et livides disaient encore: “Jésus, Marie, Joseph! Venez, Seigneur Jésus! Sit Nomen Domini benedictum!...” Ce sont les dernières paroles que nous  ayons pu comprendre ; car le mouvement de ses lèvres continua, mais d’une manière inintelligible. Bientôt elle n’entendit plus, ses yeux se fermèrent, et, pour dernier trait de ressemblance avec son divin Maître, elle jeta un cri, et expira doucement en présence de toute la communauté.

La pieuse mort de Marie de Saint-Pierre arriva le 8 juillet 1848, vers midi. C’était un samedi, jour consacré à Marie; car notre chère sœur avait prié la sainte Vierge de présenter son âme à Dieu. Elle avait encore demandé à ne pas mourir la nui, afin que toutes ses sœurs se trouvassent à sa mort et ne fussent pas effrayées. Ce désir de charité a été aussi exaucé, tant il est vrai que le Seigneur fait la volonté de ceux qui l’aiment.» [2]

 

[1] Révolution dite journées de Février.

[2] Annales du Carmel, page 83 et suivantes.

 

 

59

“Si le grain ne pourrit pas...”

Les grâces

Mr Dupont et sœur Saint-Pierre

Monsieur Dupont fut profondément touché par la mort de sœur Marie de Saint-Pierre. Il en ressentit, non pas de la tristesse, mais plutôt de la joie, car « à ses yeux une sainte mort était un jour de joie, un commencement de gloire pour l’humble vierge et pour son œuvre de prédilection. Il avait assisté aux obsèques le visage rayonnant, et conduit comme en triomphe sa dépouille mortelle au cimetière de Saint-Jean-des-Coups — ancien cimetière, ainsi nommé à cause de la défaite sanglante que subirent les Normands au IX siècle à l’aspect des reliques de saint Martin —, lieu qui lui était déjà bien cher, puisqu’il y avait conduit six mois auparavant le corps d’Henriette, sa fille unique et bien-aimée. Quand il reçut du Carmel la notice nécrologique, il la lut avec un véritable transport d’admiration.

 

“Sit Nomen Domini benedictum!

Nous touchons, je crois, à la réalisation des vœux de la vénérable sœur, apôtre de l’œuvre réparatrice. Il est impossible que la circulaire ne produise pas un grand effet dans le monde chrétien, et le monde chrétien s’occupera à demander grâce et miséricorde. Que Dieu en soit bénit, et son saint Nom glorifié à jamais!”[1]

Dès lors une de ses pratiques fut d’aller souvent prier sur la tombe de cette sœur vénéré et de veiller à son entretien. Il se rendait de la tombe de sa fille à la tombe de la carmélite, et lui recommandait toutes les affaires qui l’intéressaient. Outre qu’il avait au plus haut degré le culte des morts, il professait une très grande confiance dans le crédit qu’il croyait que Marie de Saint-Pierre devait avoir au ciel. Il envoyait fréquemment prier au cimetière Saint-Jean les personnes qui venaient de loin lui confier leurs besoins. En y allant un jour lui-même, il disait à un prêtre qui l’accompagnait: “C’est là un de mes secrets, de m’adresser à cette sainte âme pour obtenir quelque grâce de Dieu.” Sous son impulsion, le sépulcre de la fille du Carmel recevait de nombreuses visites.

Afin de perpétuer cette sorte de pèlerinage et témoigner de plus en plus sa vénération pour la mémoire de la défunte, il se chargea d’acheter en son nom et à ses frais, une concession trentenaire dont il remit à la communauté l’acte daté du 27 septembre 1854.

Mais, disait-il, Dieu peut faire plus encore pour glorifier sa fidèle servante. Il faudrait, dans une circonstance que lui seul connaît, une translation du cimetière au Carmel.” Ce pieux désir ne tarda pas à se réaliser. Trois ans après, à la suite de la grande inondation de la Loire en 1856, le cimetière ayant été transféré hors la ville, Monsieur Dupont saisit cette occasion de faire exhumer les restes de Marie de Saint-Pierre pour les restituer à son monastère. Le 13 novembre 1857, anniversaire du jour où la sœur était entrée en religion, dès grand matin, il accompagnait l’inspecteur des cimetières pour procéder à l’ouverture du tombeau. Un coffre en bois de noyer doublé de zinc avait été préparé. Monsieur Dupont, avec les soins les plus minutieux et un religieux respect, y déposa les ossements, faisant recueillir jusqu’aux moindres débris; et à la grande joie de la Mère prieure et de toutes ses religieuses, il obtint de l’autorité compétente que ces précieux restes fussent déposés à l’intérieur du monastère dans la salle du chapitre, où ils sont encore. L’endroit correspond à la partie de la chapelle qui est à droite en entrant. Une pierre fixée dans la muraille, auprès du bénitier, porte cette simple inscription:

 

ICI REPOSE

SŒUR MARIE DE SAINT-PIERRE DE LA SAINTE FAMILLE

PROFESSE DE CE MONASTÈRE

DÉCÉDÉE LE 8 JUILLET 1848

ÂGÉE DE TRENTE ET UN ANS ET NEUF MOIS

AYANT DE RELIGION NEUF ANS ET HUIT MOIS

Seigneur, vous la cacherez dans les secrets de votre Face» [2]

 

Les grâces... [3]

«Dès que la servante de Dieu eut rendu le dernier soupir, la conviction de son bonheur remplit tous les cœurs affligés de sa perte; on se sentait porté à l’invoquer plutôt qu’à prier pour elle; chacune se rappelait ses vertus et disait hautement qu’elle était une sainte; cependant elles ignoraient encore les rares faveurs et les communications dont le Seigneur avait comblé son épouse. Elle devint dans la communauté l’objet de la vénération générale; on ambitionnait les moindres objets dont elle s’était servie; on approchait d’elle avec respect, et on lui faisait toucher des objets de piété; on eût désiré ne pas se séparer de ses restes précieux. Sa figure respirait un air de paix et de bonheur ; ses membres, qui pendant sa maladie étaient raides par l’excès de sa maigreur et de ses souffrances, devinrent souples et flexibles aussitôt après son décès. Une sœur qui couchait près de l’infirmerie, ressentit d’abord un peu de la frayeur naturelle qu’inspire la mort; mais tout d’un coup elle se trouva changée par une persuasion intime que la défunte était au ciel, ce qui la rassura pleinement et produisit en son âme un encouragement à la vertu.

Cependant il y eut une qui, en quelque sorte malgré elle, ne partageait pas cette opinion de sainteté qu’avaient sur Marie de Saint-Pierre ses autres compagnes. Elle ne lui avait point vu sans doute commettre de fautes; mais sa vie si simple, si commune, ne lui paraissait pas mériter tant d’éloges. Préoccupée néanmoins du désaccord où elle se sentait avec tout le monde, elle avait un mois environ avant la mort de la sœur, adressé à Dieu du fond du cœur cette prière: “Mon Dieu, si Marie de Saint-Pierre est aussi sainte qu’on le dit, faites-le-moi connaître en me donnant du soulagement — cette religieuse était malade —, de manière que je puisse prendre part aux exercices de la communauté.” Elle fut aussitôt exaucée, et put suivre immédiatement les exercices du chœur à la surprise de toutes. Pourtant elle ne se rendit pas à cette première faveur; elle ne changea d’opinion qu’au trépas de la sœur, et voici comment. Pendant la nuit, elle eut un songe dont les circonstances lui donnèrent fort à penser. Il lui semblait être avec les autres autour du lit de la mourante, qui expirait sous ses yeux; et aussitôt elle la vit ressusciter sous la forme d’un enfant, le plus beau qu’elle eût jamais vu, qui descendit de son lit, vint embrasser toutes les sœurs, excepté elle, et disparut pour ne plus revenir. Le lendemain à la communion, elle se trouva complètement changée. La vie de sa pieuse compagne se présenta à son esprit avec des caractères de sainteté qu’elle n’avait pas remarqués, et elle regretta de ne connaître la valeur d’un si précieux trésor qu’après l’avoir perdu.

Pendant que notre chère sœur fut exposée au chœur, sur son lit funèbre, un grand nombre de personnes du dehors vinrent la visiter; on la regardait avec bonheur et plusieurs répétaient: “Elle est comme un ange! ah! qu’elle prie pour nous !” Une affluence considérable assista à son convoi; tous, et particulièrement ceux qui l’avaient davantage connue, donnaient des larmes et des bénédictions à sa mémoire.

On remarqua, pendant la cérémonie des funérailles, qui dura environ une heure et demie, que les quatre cierges, placés aux angles du cercueil, brûlaient sans se consumer. Ils restèrent cependant si bien allumés qu’on eut de la peine à les éteindre, et il y avait un courant d’air si fort que ceux des sœurs diminuèrent beaucoup. Ce fait, que nous nous abstenons de qualifier, se vérifia à l’aide d’un cinquième cierge qui n’avait point servi parce qu’il était plus court que les quatre autres: la même différence entre eux fut trouvée lorsqu’on les mesura après la cérémonie.

Le ciel donna d’autres témoignages en faveur de l’humble carmélite: plusieurs personnes eurent recours à son intercession et ont assuré en avoir ressenti les effets d’une manière extraordinaire. Dès que la nouvelle de sa mort fut répandue, on demanda de toutes parts des choses qui avaient été à son usage [4] ; et, en divers endroits fort éloignés les uns des autres, on s’aperçut que les petites parcelles de ses vêtements exhalaient une odeur balsamique très prononcée, qui ne ressemblait à aucun autre parfum connu: c’était un baume céleste qui pénétrait jusqu’aux âmes, dans lesquelles il excitait l’amour de Dieu et de la vertu. Des personnes de grande considération, religieuses et séculières, ont attesté le fait; et l’une d’elles assure même qu’en ouvrant une boite qui avait contenu quelque temps ces petits morceaux d’étoffe, il en sortait une émanation si suave, qu’on eût dit d’un bouquet de fleurs.

Une dame d’Igouville, au diocèse de Rouen, était prise d’une fièvre d’une nature pernicieuse à laquelle les médecins ne voyaient point de remède. On envoya à la malade un morceau du voile de la sœur Saint-Pierre ; à peine lui fut-il appliqué qu’elle sentit un grand travail intérieur s’accomplir en elle, et cela pendant quatre heures; la crise fatale, dont les premiers symptômes s’étaient déjà annoncés, ne survint pas; la nuit fut bonne, et le lendemain cette dame était hors de danger.»

 

[1] Mot qu’il envoya à Mère Marie de l’Incarnation, prieure du Carmel de Tours.

[2] — Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

[3] Annales du Carmel de Tours. Page 83 et suivantes.

[4] Nous avons eu soin, en accédant à ce pieux désir, de signifier que ces choses devaient être regardées comme simple souvenir, et non point comme objets d’une vénération due seulement aux reliques des saints reconnus par l’Église. (Note de la Circulaire du Carmel).

Wednesday, 29 April 2026

Wednesday's Good Reading; “Recordações de uma Indústria Morta” by Graciliano Ramos (in Portuguese)

 

Era uma vez um sertanejo que se chamava Gouveia e se mantinha comprando peles de bode na catinga, vendendo-as em povoações do interior, em dias de feira. Negócio difícil. Os armazenistas fixam peso mínimo para a mercadoria aproveitável: o que fica abaixo é refugo. Em consequência os matutos se defendem derramando chumbo miúdo nas orelhas murchas das peles, tapando os buracos depois com cera.

O nosso pequeno comprador aperfeiçoou-se nesse truque, imaginou outros, conheceu todos os segredos do ofício, adquiriu tanta habilidade que poderia, segundo afirmavam os tabaréus, esfolar uma cabra viva sem que ela percebesse que estava sendo esfolada.

O êxito vertiginoso do homem justificou a malícia cabocla. Saiu da capoeira, estabeleceu-se na cidade, passou a infligir a criadores e intermediários as regras a que se havia sujeitado em tempos duros. Cresceu rapidamente, engrossou demais. E como, no dizer dos roceiros, a água corre para os rios e daí para o mar, tornou-se rio, foi desaguar na capital, onde se espraiou em excesso e virou mar.

No comércio de exportação, Gouveia fez diversas viagens à Europa, hospedou-se em hotéis de luxo, fingiu extasiar-se na ópera e conseguiu arranhar duas ou três línguas necessárias ao débito e ao crédito.

A fortuna repentina lhe proporcionou inimigos fortes. Os colegas apertaram-no, a política interveio na briga, interesses públicos relacionaram-se com melindres de família. Gouveia desacatou um cidadão poderoso e fugiu, largando bens aos credores, que tiveram prejuízo de mais de noventa por cento.

Absolutamente pelado, foi plantar-se no sertão, pelado também, no lugar mais triste do mundo, ermo que só dava cascalho e espinho, e planeou aí uma indústria audaz, quase impossível por lhe faltar capital e ter o nome estragado na liquidação horrível. O conhecimento das línguas e o domínio que exercia sobre as vontades alheias forneceram-lhe os recursos indispensáveis. Associou-se a um carcamano e a um gringo, com esses dois testas de ferro organizou a razão social, importou maquinismo, chamou técnicos e iniciou a fabricação num ambiente de clara desconfiança. Na verdade o produto dele, nacional e cambembe, se distanciava do que vinha nos porões dos transatlânticos, bem empacotado, bem rotulado, com larga fama entre os consumidores, resistente e made in England. Mas isso foi no princípio. Endireitou-se, levantou a cabeça e em poucos anos entrou violentamente no mercado, oferecendo-se por preço baixo, alarmando o intruso considerável, trade mark. O carrascal, fértil em seixos, mandacaru, xique-xique, transformou-se em jardim e pomar, com água farta chegada em tubos do rio próximo. E numa cachoeira notável, mencionada sempre com respeito, admiração e inércia, turbinas foram acordar alguns cavalos da manada que lá dormia o sono dos séculos.

A metade nórdica da firma, toda escrita em consoantes, permaneceu longe, na civilização, embolsando os lucros, áspera, fechada, invisível. A parte meridional, composta de vogais e maleável, foi arrastada para o local da exploração, onde Gouveia a torturava, a manejava despoticamente e, simulando escorar-se na moleza e nos arrepios dela, estirava pelos arredores uma autoridade sem limites.

Arame farpado cercava a fábrica e a vila operária. E os agentes do governo, funcionários da prefeitura, soldados de polícia, detinham-se nas cancelas, porque lá dentro não eram precisos.

Estava tudo em ordem, ordem até excessiva, as casas abrindo-se e fechando-se no horário, os deveres conjugais observados com rigor, o cinema exibindo fitas piedosas, as escolas arrumando nas crianças noções convenientes. Apito de manhã, apito ao cair da noite, instrumentos e pessoas em roda viva, tudo melhorando, a procura superior à oferta. Definitivamente escorraçada a mercadoria trade mark.

Nesse ponto surgiram alguns sujeitos louros, de chapéu alto e fala emperrada, meteram-se num automóvel, mergulharam no sertão, dirigiram-se a Gouveia e pretenderam, com salamaleques e razões várias, apoderar-se da fábrica. Não se combinaram. Gouveia respondeu em quatro línguas — na dele, na dos visitantes, nas dos sócios — que a transação era inexeqüível. Os tipos louros acenderam os cachimbos e disseram:

— Ya. Bene. All right. Pois não.

Em seguida voltaram à carga, ofereceram soma exorbitante. Nada obtendo, acomodaram-se no automóvel, sumiram-se e regressaram ao cabo de uma semana, agregados a cavalheiros sutis que se interessavam no arranjo por patriotismo. Receberam friamente a recusa do carcamano silencioso e do gringo invisível e abstrato. E despediram-se:

— Good-bye. Arrivederci.

Mas não se reviram. Algum tempo depois Gouveia recebeu um tiro de emboscada no coração. Fez-se o enterro, declamou-se o discurso fúnebre, expediram-se os telegramas necessários, publicou-se a notícia nos jornais, rezou-se a missa do sétimo dia, realizou-se o inventário e prenderam-se dois cabras de somenos valia. Um tentou fugir e morreu. O outro foi indultado e penetrou no funcionalismo. Um profundo esquecimento cobriu Gouveia, amortalhou a indústria aparecida com audácia no sertão, entre imburanas, catingueiras, rabos-de-raposa e coroas-de-frade. Certa companhia estrangeira apossou-se das máquinas, rebentou-as, jogou-as no rio. Os cavalos, despertos por Gouveia, adormeceram de novo na cachoeira magnífica, celebrada em prosa, imortalizada em verso, apontada com orgulho, sinal da nossa grandeza.

 

Rio de Janeiro, outubro de 1942.

Tuesday, 28 April 2026

Tuesday's Serial: "St. Martin’s Summer" by Rafael Sabatini (in English) - XI.

 

CHAPTER XV. THE CONFERENCE

The matter that brought Monsieur de Tressan to Condillac—and brought him in most fearful haste—was the matter of the courier who had that day arrived at the chateau.

News of it had reached the ears of my Lord Seneschal. His mind had been a prey to uneasiness concerning this business of rebellion in which he had so rashly lent a hand, and he was anxious to know whence came this courier and what news he brought. But for all his haste he had paused—remembering it was the Marquise he went to visit—to don the gorgeous yellow suit with the hanging sleeves which he had had from Paris, and the crimson sash he had bought at Taillemant’s, all in the very latest mode.

Thus arrayed, his wig well curled and a clump of it caught in ribbon of flame-coloured silk on the left side, his sword hanging from belt and carriages richly wrought with gold, and the general courtier-like effect rather marred by the heavy riding-boots which he would have liked to leave behind yet was constrained to wear, he presented himself before the Dowager, hiding his anxiety in a melting smile, and the latter in the profoundest of bows.

The graciousness of his reception overwhelmed him almost, for in his supreme vanity he lacked the wit to see that this cordiality might be dictated by no more than the need they had of him at Condillac. A lackey placed a great chair for him by the fire that he might warm himself after his evening ride, and the Dowager, having ordered lights, sat herself opposite him with the hearth between them.

He simpered awhile and toyed with trivialities of speech before he gave utterance to the matter that absorbed him. Then, at last, when they were alone, he loosed the question that was bubbling on his lips.

“I hear a courier came to Condillac to-day.”

For answer she told him what he sought to learn, whence came that courier, and what the message that he brought.

“And so, Monsieur de Tressan,” she ended, “my days at Condillac are numbered.”

“Why so?” he asked, “since you say that Florimond has adopted towards you a friendly tone. Surely he would not drive his father’s widow hence?”

She smiled at the fire in a dreamy, pensive manner.

“No,” said she, “he would not drive me hence. He has offered me the shelter of Condillac for as long as it may pleasure me to make it my home.”

“Excellent!” he exclaimed, rubbing his little fat hands and screwing the little features of his huge red face into the grotesque semblance of a smile. “What need to talk of going, then?”

“What need?” she echoed, in a voice dull and concentrated. “Do you ask that, Tressan? Do you think I should elect to live upon the charity of this man?”

For all that the Lord Seneschal may have been dull-witted, yet he had wit enough to penetrate to the very marrow of her meaning.

“You must hate Florimond very bitterly,” said he. She shrugged her shoulders.

“I possess, I think, the faculty of feeling strongly. I can love well, monsieur, and I can hate well. It is one or the other with me. And as cordially as I love my own son Marius, as cordially do I detest this coxcomb Florimond.”

She expressed no reasons for her hatred of her late husband’s elder son. Hers were not reasons that could easily be put into words. They were little reasons, trivial grains of offence which through long years had accumulated into a mountain. They had their beginning in the foolish grievance that had its birth with her own son, when she had realized that but for that rosy-cheeked, well-grown boy borne to the Marquis by his first wife, Marius would have been heir to Condillac. Her love of her own child and her ambitions for him, her keen desire to see him fill an exalted position in the world, caused her a thousand times a day to wish his half-brother dead. Yet Florimond had flourished and grown, and as he grew he manifested a character which, with all its imperfections, was more lovable than the nature of her own offspring. And their common father had never seen aught but the faults of Marius and the virtues of Florimond. She had resented this, and Marius had resented it; and Marius, having inherited with his mother’s beauty his mother’s arrogant, dominant spirit, had returned with insolence such admonitions as from time to time his father gave him, and thus the breach had grown. Later, since he could not be heir to Condillac, the Marquise’s eyes, greedy of advancement for him, had fallen covetously upon the richer La Vauvraye, whose lord had then no son, whose heiress was a little girl.

By an alliance easy to compass, since the lords of Condillac and La Vauvraye were lifelong friends, Marius’s fortunes might handsomely have been mended. Yet when she herself bore the suggestion of it to the Marquis, he had seized upon it, approved it, but adopted it for Florimond’s benefit instead.

Thereafter war had raged fiercely in the family of Condillac—a war between the Marquis and Florimond on the one side, and the Marquise and Marius on the other. And so bitterly was it waged that it was by the old Marquis’s suggestion that at last Florimond had gone upon his travels to see the world and carry arms in foreign service.

Her hopes that he would take his death, as was a common thing when warring, rose high—so high as to become almost assurance, a thing to be reckoned with. Florimond would return no more, and her son should fill the place to which he was entitled by his beauty of person and the high mental gifts his doting mother saw in him.

Yet the months grew into years, and at long intervals full of hope for the Marquise news came of Florimond, and the news was ever that he was well and thriving, gathering honours and drinking deep of life.

And now, at last, when matters seemed to have been tumbled into her lap that she might dispose of them as she listed; now, when in her anxiety to see her son supplant his step-brother in the possession of La Vauvraye—if not, perhaps, in that of Condillac as well she had done a rashness which might end in making her and Marius outlaws, news came that this hated Florimond was at the door; tardily returned, yet returned in time to overthrow her schemes and to make her son the pauper that her husband’s will had seemed to aim at rendering him.

Her mind skimmed lightly over all these matters, seeking somewhere some wrong that should stand out stark and glaring, upon which she might seize, and offer it to the Seneschal as an explanation of her hatred. But nowhere could she find the thing she sought. Her hatred had for foundation a material too impalpable to be fashioned into words. Tressan’s voice aroused her from her thoughts.

“Have you laid no plans, madame?” he asked her. “It were surely a madness now to attempt to withstand the Marquis.”

“The Marquis? Ah yes—Florimond.” She sat forward out of the shadows in which her great chair enveloped her, and let candle and firelight play about the matchless beauty of her perfect face. There was a flush upon it, the flush of battle; and she was about to tell the Seneschal that not while one stone of Condillac should stand upon another, not while a gasp of breath remained in her frail body, would she surrender. But she checked her rashness. Well might it be that in the end she should abandon such a purpose. Tressan was ugly as a toad, the most absurd, ridiculous bridegroom that ever led woman to the altar. Yet rumour ran that he was rich, and as a last resource, for the sake of his possessions she might bring herself to endure his signal shortcomings.

“I have taken no resolve as yet,” said she, in a wistful voice. “I founded hopes upon Marius which Marius threatens to frustrate. I think I had best resign myself to the poverty of my Touraine home.”

And then the Seneschal realized that the time was now. The opportunity he might have sought in vain was almost thrust upon him. In the spirit he blessed Florimond for returning so opportunely; in the flesh he rose from the chair and, without more ado, he cast himself upon his knees before the Dowager. He cast himself down, and the Dowager experienced a faint stirring of surprise that she heard no flop such as must attend the violent falling of so fat a body. But the next instant, realizing the purpose of his absurd posture, she shrank back with a faint gasp, and her face was mercifully blurred to his sight once more amid the shadows of her chair. Thus was he spared the look of utter loathing, of unconquerable, irrepressible disgust that leapt into her countenance.

His voice quivered with ridiculous emotion, his little fat red fingers trembled as he outheld them in a theatrical gesture of supplication.

“Never contemplate poverty, madame, until you have discarded me,” he implored her. “Say but that you will, and you shall be lady of Tressan. All that I have would prove but poor adornment to a beauty such as yours, and I should shrink from offering it you, were it not that, with it all, I can offer you the fondest heart in France. Marquise—Clotilde, I cast myself humbly at your feet. Do with me as you will. I love you.”

By an effort she crushed down her loathing of him—a loathing that grew a hundredfold as she beheld him now transformed by his amorousness into the semblance almost of a satyr—and listened to his foolish rantings.

As Marquise de Condillac it hurt her pride to listen and not have him whipped for his audacity; as a woman it insulted her. Yet the Marquise and the woman she alike repressed. She would give him no answer—she could not, so near was she to fainting with disdain of him—yet must she give him hope against the time when, should all else fail, she might have to swallow the bitter draught he was now holding to her lips. So she temporized.

She controlled her voice into a tone of gentle sadness; she set a mask of sorrow upon her insolent face.

“Monsieur, monsieur,” she sighed, and so far overcame her nausea as for an instant to touch his hand in a little gesture of caress, “you must not speak so to a widow of six months, nor must I listen.”

The quivering grew in his hands and voice; but no longer did they shake through fear of a rebuff: they trembled now in the eager strength of the hope he gathered from her words. She was so beautiful, so peerless, so noble, so proud—and he so utterly unworthy—that naught but her plight had given him courage to utter his proposal. And she answered him in such terms!

“You give me hope, Marquise? If I come again—?”

She sighed, and her face, which was once more within the light, showed a look of sad inquiry.

“If I thought that what you have said, you have said out of pity, because you fear lest my necessities should hurt me, I could give you no hope at all. I have my pride, mon ami. But if what you have said you would still have said though I had continued mistress of Condillac, then, Tressan, you may repeat it to me hereafter, at a season when I may listen.”

His joy welled up and overflowed in him as overflows a river in time of spate.

He bent forward, caught her hand, and bore it to his lips.

“Clotilde!” he cried, in a smothered voice; then the door opened, and Marius stepped into the long chamber.

At the creaking sound of the opening door the Seneschal bestirred himself to rise. Even the very young care not so to be surprised, how much less, then, a man well past the prime of life? He came up laboriously—the more laboriously by virtue of his very efforts to show himself still nimble in his mistress’s eyes. Upon the intruder he turned a crimson, furious face, perspiration gleaming like varnish on brow and nose. At sight of Marius, who stood arrested, scowling villainously upon the pair, the fire died suddenly from his glance.

“Ah, my dear Marius,” said he, with a flourish and an air of being mightily at his ease. But the young man’s eyes went over and beyond him to rest in a look of scrutiny upon his mother. She had risen too, and he had been in time to see the startled manner of her rising. In her cheeks there was a guilty flush, but her eyes boldly met and threw back her son’s regard.

Marius came slowly down the room, and no word was spoken. The Seneschal cleared his throat with noisy nervousness. Madame stood hand on hip, the flush fading slowly, her glance resuming its habitual lazy insolence. By the fire Marius paused and kicked the logs into a blaze, regardless of the delicate fabric of his rosetted shoes.

“Monsieur le Seneschal,” said madame calmly, “came to see us in the matter of the courier.”

“Ah!” said Marius, with an insolent lifting of his brows and a sidelong look at Tressan; and Tressan registered in his heart a vow that when he should have come to wed the mother, he would not forget to take payment for that glance from her pert son.

“Monsieur le Comte will remain and sup with us before riding back to Grenoble,” she added.

“Ah!” said he again, in the same tone. And that for the moment was all he said. He remained by the fire, standing between them where he had planted himself in the flesh, as if to symbolize the attitude he intended in the spirit.

But one chance he had, before supper was laid, of a word alone with his mother, in her own closet.

“Madame,” he said, his sternness mingling with alarm, “are you mad that you encourage the suit of this hedgehog Tressan?”

She looked him up and down with a deliberate eye, her lip curling a little.

“Surely, Marius, it is my own concern.”

“Not so,” he answered her, and his grasp fastened almost viciously on her wrist. “I think that it is mine as well. Mother, bethink you,” and his tone changed to an imploring key, “bethink you what you would do! Would you—you—mate with such a thing as that?”

His emphasis of the pronoun was very eloquent. Not in all the words of the French language could he have told her better how high he placed her in his thoughts, how utterly she must fall, how unutterably be soiled by an alliance with Tressan.

“I had hoped you would have saved me from it, Marius,” she answered him, her eyes seeming to gaze down into the depths of his. “At La Vauvraye I had hoped to live out my widowhood in tranquil dignity. But—” She let her arms fall sharply to her sides, and uttered a little sneering laugh.

“But, mother,” he cried, “between the dignity of La Vauvraye and the indignity of Tressan, surely there is some middle course?”

“Aye,” she answered scornfully, “starvation on a dunghill in Touraine—or something near akin to it, for which I have no stomach.”

He released her wrist and stood with bent head, clenching and unclenching his long white hands, and she watched him, watching in him the working of his proud and stubborn spirit.

“Mother,” he cried at last, and the word sounded absurd between them, by so little did he seem the younger of the twain, “mother, you shall not do it you must not!”

“You leave me little alternative—alas!” sighed she. “Had you been more adroit you had been wed by now, Marius, and the future would give us no concern. As it is, Florimond comes home, and we—” She spread her hands and thrust out her nether lip in a grimace that was almost ugly. Then: “Come,” she said briskly. “Supper is laid, and my Lord Seneschal will be awaiting us.”

And before he could reply she had swept past him and taken her way below. He followed gloomily, and in gloom sat he at table, never heeding the reckless gaiety of the Seneschal and the forced mirth of the Marquise. He well understood the sort of tacit bargain that his mother had made with him. She had seen her advantage in his loathing of the proposed union with Tressan, and she had used it to the full. Either he must compel Valerie to wed him this side of Saturday or resign himself to see his mother—his beautiful, peerless mother—married to this skin of lard that called itself a man.

Living, he had never entertained for his father a son’s respect, nor, dead, did he now reverence his memory as becomes a son. But in that hour, as he sat at table, facing this gross wooer of his mother’s, his eyes were raised to the portrait of the florid-visaged haughty Marquis de Condillac, where it looked down upon them from the panelled wall, and from his soul he offered up to that portrait of his dead sire an apology for the successor whom his widow destined him.

He ate little, but drank great draughts, as men will when their mood is sullen and dejected, and the heat of the wine, warming his veins and lifting from him some of the gloom that had settled over him, lent him anon a certain recklessness very different from the manner of his sober moments.

Chancing suddenly to raise his eyes from the cup into which he had been gazing, absorbed as gazes a seer into his crystal, he caught on the Seneschal’s lips so odious a smile, in the man’s eyes so greedy, hateful a leer as he bent them on the Marquise, that he had much ado not to alter the expression of that flabby face by hurling at it the cup he held.

He curbed himself; he smiled sardonically upon the pair; and in that moment he swore that be the cost what it might, he would frustrate the union of those two. His thoughts flew to Valerie, and the road they took was fouled with the mud of ugly deeds. A despair, grim at first, then mocking, took possession of him. He loved Valerie to distraction. Loved her for herself, apart from all worldly advantages that must accrue to him from an alliance with her. His mother saw in that projected marriage no more than the acquisition of the lands of La Vauvraye, and she may even have thought that he himself saw no more. In that she was wrong; but because of it she may have been justified of her impatience with him at the tardiness, the very clumsiness with which he urged his suit. How was she to know that it was just the sincerity of his passion made him clumsy? For like many another, normally glib, self-assured, and graceful, Marius grew halting, shy, and clumsy only where he loved.

But in the despair that took him now the quality of his passion seemed to change. Partly it was the wine, partly the sight of this other lover—of whom there must be an end—whose very glance seemed to him an insult to his mother. His imagination had taken fire that night, and it had ripened him for any villainy. The Seneschal and the wine, between them, had opened the floodgates of all that was evil in his nature, and that evil thundered out in a great torrent that bid fair to sweep all before it.

And suddenly, unexpectedly for the others, who were by now resigned to his moody silence, the evil found expression. The Marquise had spoken of something—something of slight importance—that must be done before Florimond returned. Abruptly Marius swung round in his seat to face his mother. “Must this Florimond return?” he asked, and for all that he uttered no more words, so ample in their expression were those four that he had uttered and the tone of them, that his meaning left little work to the imagination.

Madame turned to stare at him, surprise ineffable in her glance—not at the thing that he suggested, but at the abruptness with which the suggestion came. The cynical, sneering tone rang in her ears after the words were spoken, and she looked in his face for a confirmation of their full purport.

She observed the wine-flush on his cheek, the wine-glitter in his eye, and she remarked the slight smile on his lips and the cynical assumption of nonchalance with which he fingered the jewel in his ear as he returned her gaze. She beheld now in her son a man more purposeful than she had ever known before.

A tense silence had followed his words, and the Lord Seneschal gaped at him, some of the colour fading from his plethoric countenance, suspecting as he did the true drift of Marius’s suggestion. At last it was madame who spoke—very softly, with a narrowing of the eyes.

“Call Fortunio,” was all she said, but Marius understood full well the purpose for which she would have Fortunio called.

With a half-smile he rose, and going to the door he bade his page who was idling in the anteroom go summon the captain. Then he paced slowly back, not to the place he had lately occupied at table, but to the hearth, where he took his stand with his shoulders squared to the overmantel.

Fortunio came, fair-haired and fresh-complexioned as a babe, his supple, not ungraceful figure tawdrily clad in showy clothes of poor material the worse for hard usage and spilt wine. The Countess bade him sit, and with her own hands she poured a cup of Anjou for him.

In some wonder, and, for all his ordinary self-possession, with a little awkwardness, the captain did her bidding, and with an apologetic air he took the seat she offered him.

He drank this wine, and here was a spell of silence till Marius, grown impatient, brutally put the thing for which the Marquise sought delicate words.

“We have sent for you, Fortunio,” said he, in a blustering tone, “to inquire of you what price you’d ask to cut the throat of my brother, the Marquis de Condillac.”

The Seneschal sank back in his chair with a gasp. The captain, a frown between his frank-seeming, wide-set eyes, started round to look at the boy. The business was by no means too strong for the ruffler’s stomach, but the words in which it was conveyed to him most emphatically were.

“Monsieur de Condillac,” said he, with an odd assumption of dignity, “I think you have mistaken your man. I am a soldier, not a cut-throat.”

“But yes,” the Marquise soothed him, throwing herself instantly into the breach, and laying a long, slender hand upon the frayed green velvet of the captain’s sleeve. “What my son means and what he says are vastly different things.”

“It will sorely tax your wits, madame,” laughed Marius brutally, “to make clear that difference.”

And then the Seneschal nervously cleared his throat and muttering that it waxed late and he must be riding home, made shift to rise. Him, too, the Marquise at once subdued. She was not minded that he should go just yet. It might be useful to her hereafter to have had him present at this conference, into which she meant to draw him until she should have made him one with them, a party to their guilt. For the task she needed not over many words: just one or two and a melting glance or so, and the rebellion in his bosom was quelled at once.

But with the captain her wiles were not so readily successful. He had no hopes of winning her to wife—haply no desire, since he was not a man of very great ambitions. On the other hand, he had against him the very worst record in France, and for all that he might embark upon this business under the auspices of the Lord Seneschal himself, he knew not how far the Lord Seneschal might dare to go thereafter to save him from a hanging, should it come to that.

He said as much in words. In a business of this kind, he knew from experience, the more difficulties he advanced, the better a bargain he drove in the end; and if he was to be persuaded to risk his neck in this, he should want good payment. But even for good payment on this occasion he was none too sure as yet that he would let himself be persuaded.

“Monsieur Fortunio,” the Marquise said, very softly, “heed not Monsieur Marius’s words. Attend to me. The Marquis de Condillac, as no doubt you will have learned for yourself, is lying at La Rochette. Now it happens that he is noxious to us—let the reasons be what they may. We need a friend to put him out of our way. Will you be that friend?”

“You will observe,” sneered Marius, “how wide a difference there is between what the Marquise suggests and my own frank question of what price you would take to cut my brother’s throat.”

“I observe no difference, which is what you would say,” Fortunio answered truculently, his head well back, his brown eyes resentful of offence—for none can be so resentful of imputed villainy as your villain who is thorough-paced. “And,” he concluded, “I return you the same answer, madame—that I am no cut-throat.”

She repressed her anger at Marius’s sneering interference, and made a little gesture of dismay with her eloquent white hands.

“But we do not ask you to cut a throat.”

“I have heard amiss, then,” said he, his insolence abating nothing.

“You have heard aright, but you have understood amiss. There are other ways of doing these things. If it were but the cutting of a throat, should we have sent for you? There are a dozen in the garrison would have sufficed for our purpose.”

“What is it, then, you need?” quoth he.

“We want an affair contrived with all decency. The Marquis is at the Sanglier Noir at La Rochette. You can have no difficulty in finding him, and having found him, less difficulty still in giving or provoking insult.”

“Excellent,” murmured Marius from the background. “It is such an enterprise as should please a ready swordsman of your calibre, Fortunio.”

“A duel?” quoth the fellow, and his insolence went out of him, thrust out by sheer dismay; his mouth fell open. A duel was another affair altogether. “But, Sangdieu! what if he should slay me? Have you thought of that?”

“Slay you?” cried the Marquise, her eyes resting on his face with an expression as of wonder at such a question. “You jest, Fortunio.”

“And he with the fever,” put in Marius, sneering.

“Ah!” muttered Fortunio. “He has the fever? The fever is something. But—but—accidents will happen.”

“Florimond was ever an indifferent swordsman,” murmured Marius dreamily, as if communing with himself.

The captain wheeled upon him once more.

“Why, then, Monsieur Marius,” said he, “since that is so and you are skilled—as skilled as am I, or more—and he has a fever, where is the need to hire me to the task?”

“Where?” echoed Marius. “What affair may that be of yours? We ask you to name a price on which you will do this thing. Have done with counter-questions.”

Marius was skilled with the foils, as Fortunio said, but he cared not for unbaited steel, and he was conscious of it, so that the captain’s half-sneer had touched him on the raw. But he was foolish to take that tone in answer. There was a truculent, Southern pride in the ruffler which sprang immediately into life and which naught that they could say thereafter would stamp out.

“Must I say again that you mistake your man?” was his retort, and as he spoke he rose, as though to signify that the subject wearied him and that his remaining to pursue it must be idle. “I am not of those to whom you can say: ‘I need such a one killed, name me the price at which you’ll be his butcher’.”

The Marquise wrung her hands in pretty mimicry of despair, and poured out soothing words, as one might pour oil upon stormy waters. The Seneschal sat in stolid silence, a half-scared spectator of this odd scene, what time the Marquise talked and talked until she had brought Fortunio back to some measure of subjection.

Such reasoning as she made use of she climaxed by an offer of no less a sum than a hundred pistoles. The captain licked his lips and pulled at his mustachios. For all his vaunted scorn of being a butcher at a price, now that he heard the price he seemed not half so scornful.

“Tell me again the thing that you need doing and the manner of it,” said he, as one who was moved to reconsider. She told him, and when she had done he made a compromise.

“If I go upon this business, madame, I go not alone.”

“Oh, as for that,” said Marius, “it shall be as you will. Take what men you want with you.”

“And hang with them afterwards, maybe,” he sneered, his insolence returning. “The hundred pistoles would avail me little then. Look you, Monsieur de Condillac, and you, madame, if I go, I’ll need to take with me a better hostage than the whole garrison of this place. I’ll need for shield some one who will see to it that he is not hurt himself, just as I shall see to it that he is hurt before I am.”

“What do you mean? Speak out, Fortunio,” the Marquise bade him.

“I mean, madame, that I will go, not to do this thing, but to stand by and render help if help be needed. Let Monsieur de Condillac go, and I will go with him, and I will undertake to see to it that he returns unhurt and that we leave the other stark.”

Both started, and the Seneschal leaned heavily upon the table. He was not, with all his faults, a man of blood, and this talk of butchery turned him sick and faint.

Vainly now did the Marquise seek to alter the captain’s resolution; but in this she received a sudden check from Marius himself. He cut in upon her arguments to ask the captain:

“How can you promise so much? Do you mean that you and I must fall upon him? You forget that he will have men about him. A duel is one thing, a rough-and-tumble another, and we shall fare none so well in this, I’m thinking.”

The captain closed one eye, and a leer of subtle cunning overspread his face.

“I’ve thought of that,” said he. “Neither a duel nor a rough-and-tumble do I propose, but something between the two; something that shall seem a duel yet be a rough-and-tumble.”

“Explain yourself.”

“What further explanation does it ask? We come upon Monsieur le Marquis where his men are not. We penetrate, let us say, into his chamber. I turn the key in the door. We are alone with him and you provoke him. He is angry, and must fight you there and then. I am your friend; I must fill the office of second for both sides. You engage, and I stand aside and let you fight it out. You say he is indifferently skilled with the sword, and, in addition, that he has a fever. Thus you should contrive to put your steel through him, and a duel it will have been. But if by luck or skill he should have you in danger, I shall be at hand to flick in my sword at the right moment and make an opening through which you may send yours home.”

“Believe me it were better—” began the Dowager. But Marius, who of a sudden was much taken with the notion, again broke in.

“Are you to be depended upon to make no mistake, Fortunio?”

“Per Bacco!” swore the ruffler. “A mistake must cost me a hundred pistoles. I think you may depend upon me there. If I err at all, it will be on the side of eagerness to see you make short work of him. You have my answer now, monsieur. If we talk all night, you shall not move me further. But if my proposal suits you, I am your man.”

“And I yours, Fortunio,” answered Marius, and there was a ring almost of exultation in his voice.

The Dowager looked from one to the other, as if she were weighing the men and satisfying herself that Marius ran no risk. She put a question or two to her son, another to the captain; then, seeming satisfied with what had been agreed, she nodded her head and told them they had best be stirring with the dawn.

“You will have light enough by half-past six. Do not delay later in taking the road. And see that you are back here by nightfall; I shall be anxious till you are returned.”

She poured wine again for the captain, and Marius coming up to the table filled himself a glass, which he tossed off. The Marquise was speaking to Tressan.

“Will you not drink to the success of the venture?” she asked him, in a coaxing tone, her eyes upon his own. “I think we are like to see the end of our troubles now, monsieur, and Marius shall be lord both of Condillac and La Vauvraye.”

And the gross, foolish Seneschal, under the spell of her magnificent eyes, slowly raised his cup to his lips and drank to the success of that murderous business. Marius stood still, a frown between his eyes haled thither by the mention of La Vauvraye. He might be winning it, as his mother said, but he would have preferred to have won it differently. Then the frown was smoothed away; a sardonic smile replaced it; another cup of wine he poured himself. Then, without word to any there, he turned on his heel and went from the room, a trifle unsteady in his gait, yet with such lines of purposefulness in the way he bore himself that the three of them stared after him in dull surprise.