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Thursday, 1 January 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - VIII.

 

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RÈGLE ET TITRE...

    Lettre du 2 février 1844

« Depuis plusieurs semaines, je n’avais rien éprouvé d’extraordinaire pour l’œuvre de réparation; seulement Notre-Seigneur m’occupait toujours intérieurement avec lui à glorifier son divin Père et à réparer les outrages qui lui sont faits, ainsi qu’à demander la sanctification de son Nom. Mais aujourd’hui, jour de la Présentation de Jésus au Temple, mon tour était venu de faire la sainte communion de voeu pour l’accomplissement des desseins du Sacré-Cœur de Jésus, et ce bon Sauveur a eu la bonté, malgré mon indignité, de se communiquer à mon âme.

L’avant-dernière fois qu’Il m’avait parlé, Il était tout en colère contre la France; moi j’étais saisie et je pleurais. Mais aujourd’hui, Il a rempli mon âme de joie en me faisant connaître la satisfaction de son divin Cœur à la vue du zèle et des désirs de ses enfants pour son association naissante. De même que sa sainte Mère a adopté l’archiconfrérie, il adopte celle de la Réparation: elles doivent aller de concert, l’une pour réparer les outrages faits à Dieu, l’autre pour obtenir le pardon, l’une à Jésus, l’autre à Marie. Mais Notre-Seigneur m’a fait entendre que l’association qu’Il voulait établir en France avait deux buts: premièrement la réparation des blasphèmes, secondement la sanctification du Saint Nom de Dieu, pour extirper les blasphèmes et les travaux du saint jour du dimanche, qui sont les principaux péchés qui provoqueraient la colère de Dieu sur la France. Ainsi on joindra aux règles de l’association de Rome que les associés ne travaillent point aux jours défendus par l’Église et ne feront point travailler, mais contribueront de tous leurs efforts à empêcher les travaux dans ces saints jours. Il me semble que Notre-Seigneur désire que cette association soit sous le patronage de saint Martin, saint Louis, saint Michel, ensuite que chaque associé dise tous les jours un Pater, Ave, Gloria Patri et cette louange que Notre-Seigneur me donna sous le titre de la “Flèche d’Or”, avec une invocation aux saints patrons. Mais les dimanches et fêtes, ils feront les prières de la Réparation entières pour réparer les outrages faits à Dieu en ces saints jours et demander miséricorde pour les coupables. Notre-Seigneur m’a fait voir cette association comme une armée de vaillants soldats qui vont s’unir à Lui comme à leur chef pour défendre la gloire de son Père. Il désire que leur nom réponde à la noblesse de leur emploi et, pour cela il m’a fait entendre que l’Association eût pour titre : “Les Défenseurs du Saint Nom de Dieu”. Il m’a fait aussi entendre que chaque associé porterait une croix où il serait bravé d’un côté: “Sit nomen Domini benedictum” et de l’autre : “Vade retro Satana”. Il donnera à cette divine arme une vertu spéciale pour combattre le démon du blasphème par la bouche des pécheurs. A chaque fois qu’on entra blasphémer, on dira ce qui est écrit sur cette croix, ainsi on fera la guerre au démon et on donnera gloire à Dieu.

Il me sembla aussi que Notre-Seigneur m’a fait entendre que le démon fera tous ses efforts pour anéantir cette œuvre sortie de son divin Cœur. Il me semble que je voudrais donner jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour cette sainte association. Notre-Seigneur m’a fait entendre qu’Il ne m’avait rien dit depuis longtemps parce que cela n’était pas nécessaire et qu’Il ne faisait rien d’inutile ; mais qu’il le fallait aujourd’hui et Il m’a fait voir la différence de l’association de France avec celle d’Italie à cause des travaux du dimanche. Oh ! si l’on savait la joie que cause à Jésus cette association naissante, on s’empresserait d’augmenter la joie de son Cœur et de s’enrôler dans cette sainte milice dont Il est le Roi, pour combattre avec sa croix les ennemis du Saint Nom de Dieu et les soumettre à son empire.

Voilà, ma Révérende Mère, les lumières que j’ai reçues sur cette association. Je soumets ces choses, comme je l’ai déjà fait, à votre jugement. Je peux me tromper; mais l’Esprit-Saint qui éclaire les Supérieurs ne les trompera point; c’est pourquoi je parle sans crainte et en toute simplicité.» [1]

 

[1] Lettre du 2 février 1844.

 

 

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IL FAUT ÉCRIRE À L'ARCHEVÊQUE

    Lettre du 25 février 1844

« ... Notre-Seigneur désire, mais d’un très vif désir, que cette œuvre s’établisse, comme Il me l’a fait connaître, car son divin Cœur ne désire que la miséricorde.

Notre-Seigneur applique toujours mon âme à la réparation et à compatir à la douleur de son divin Cœur à la vue des outrages faits à son divin Père et à son Épouse, la sainte Église, par les blasphèmes et les impies. Il me semble entendre ce divin Jésus du fond du tabernacle, nous adresser ces paroles:

— Oh ! vous qui êtes mes amis et mes fidèles enfants, voyez s’il est une douleur semblable à la mienne ! Mon divin Père et son Épouse, la sainte Église, l’objet des délices de mon Cœur sont méprisés, outragés par mes ennemis. Ne se lèvera-t-il don une personne pour me consoler en défendant la gloire de mon Père et de son Épouse attaquée ? Je ne peux plus rester au milieu de ce peuple ingrat. Voyez les torrents de larmes qui coulent de mes yeux. Ne trouverai-je personne pour les essuyer en faisant réparation d’honneur à la gloire de mon Père et en demandant pardon pour les coupables ?

Voilà, ma Révérende Mère, les sentiments que Dieu met en mon âme et qui lui font éprouver cette peine intérieure que le Cœur de Jésus glorieux ne peut plus ressentir.

Voici encore une autre pensée qui fait grande impression sur mon cœur: si un roi est méprisé par une puissance étrangère, ou seulement son ambassadeur, tout de suite on court aux armes : il faut venger l’honneur du prince. On lève des troues; on compte pour peu de chose la mort d’un grand nombre de soldats. Et voilà que le Nom Saint et terrible du Dieu des armées, du Roi des rois, est blasphémé, méprisé, et son jour profané par une infinité de pécheurs ; et on ne s’en met pas en peine, on n’y pense pas ! Mais voilà Notre-Seigneur Jésus, l’envoyé, le divin Fils du Dieu des batailles, le divin ambassadeur du royaume du ciel, qui demande réparation d’honneur pour son divin Père, ou qui nous déclare la guerre et menace la France de sa colère. Avons-nous à balancer dans notre choix ? Puisque Dieu a inspiré au Souverain Pontife d’engager les fidèles à former des associations pour réparer les blasphèmes, dans le même mois que Notre-Seigneur nous a communiqué cette dévotion, je vous prie, très humblement, ma Révérende Mère, de prier Monseigneur l’Archevêque de vouloir bien s’en occuper.

Veuillez, s’il vous plaît, lui donner connaissance de tout ce qui s’est passé d’extraordinaire dans mon âme depuis la fête de saint Louis, roi de France, au sujet de la Réparation. Notre-Seigneur lui donnera lumière pour connaître sa volonté en cette œuvre. Si vous voulez bien, ma Révérende Mère, examiner avec Monsieur le Supérieur s’il n’est point contre l’humilité que j’écrive à Sa Grandeur comme j’en ai le désir, j’en sollicite très humblement la permission. Alors, j’aurai fait tout ce qui aura été en mon pouvoir pour l’accomplissement de l’œuvre de la Réparation, qui m’a été révélée malgré mon indignité. Mais je n’écrirai à Sa Grandeur que quand je sentirai mon âme sous l’empire de la grâce, car je ne veux pas me servir de mon propre esprit, qui n’est capable de rien. Je servirai seulement de plume à Notre-Seigneur, si je peux m’exprimer ainsi”». [1]

 

[1] Lettre du 25 février 1844.

 

 

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AUX PIEDS DE JÉSUS POUR LA FRANCE

    Lettre du 27 février 1844

« Permettez-moi e vous dire, en toute simplicité, ce qui s’est passé aujourd’hui dans mon âme, après la sainte communion. Notre-Seigneur m’avait dit de me présenter à Lui au non de la France et de le recevoir dans le royaume de mon âme en qualité de Roi, Lui offrant ma communion en esprit de réparation pour les crimes dont la France est coupable et surtout son divin Père et son Épouse, la sainte Église. Après avoir reçu ce divin Roi, j’ai été fortement appliquée à Le prier pour notre patrie. Alors Il s’est communiqué à mon âme et Il m’a fait entendre qu’il me chargeait de la France, qu’Il me faisait son ambassadeur pour traiter de paix avec Lui ; qu’il fallait alors que je me tienne à ses pieds au très Saint-Sacrement, en grande humilité, priant pour la France et pour l’établissement de l’Œuvre de la Réparation. Ensuite Il m’a fait entendre de bien peser les obligations de la charge qu’Il m’imposait et que quand un ambassadeur se retire du royaume, que c’est signe de guerre. Notre-Seigneur voulait me faire comprendre de ne pas me retirer volontairement de sa présence au très Saint-Sacrement, où je dois me tenir en esprit au nom de la France. Alors, j’ai dit à peu près ces paroles à Notre-Seigneur: “Mon Dieu, je me suis donnée toutes à vous pour l’accomplissement de vos desseins; opérer en moi selon votre sainte volonté”. Et je me suis prosternée la face contre terre, adorant les desseins de Dieu, qui se sert de tout ce qu’il y a de plus pauvre et de plus misérable en ses œuvres, Le priant de me rendre propre à ses desseins et de les accomplir Lui-même en moi.

Pour cette adoration de Jésus au Saint-Sacrement, voilà plusieurs jours que Jésus m’y applique en sortant du Chœur pour aller vaquer à mes occupations. Je laisse mon cœur et mon esprit aux pieds de notre bon Sauveur et, de tous les endroits de la maison où je me trouve, je tâche de le regarder et de Lui tenir compagnie. Voilà l’exercice intérieur que Notre-Seigneur demande de moi, et Il veut que je sois là, à ses pieds, au nom de la France. Voilà à peu près, ma Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme pauvre et pécheresse...» [1]

 

[1] Lettre du 27 février 1844.

Thursday, 18 December 2025

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - VII.

 

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LA FRANCE NOMMÉE...[1]

    LETTRE DU 7 DÉCEMBRE 1843

Jésus irrité contre la France

— « Mon âme est dans un grand effroi de ce que Notre-Seigneur vient de me faire entendre à l’oraison et Il m’a chargé de le transmettre à mes Supérieures sans crainte de me tromper. Je vais le faire en toute simplicité.

Notre-Seigneur ayant recueilli les puissances de mon âme dans son divin Cœur, m’a fait voir combien Il était irrité contre la France, et qu’Il avait juré de s’en venger dans sa colère si on ne faisait pas réparation d’honneur à son divin Père pour tous les blasphèmes dont elle était coupable, me faisant entendre qu’Il ne pouvait plus demeurer dans cette France qui, comme une vipère, déchirait les entrailles de sa miséricorde, et qu’Il souffrait encore patiemment les mépris qu’on Lui faisait à Lui-même, mais que les outrages faits à son divin Père provoquaient son courroux; que la France avait sucé les mamelles de sa miséricorde jusqu’au sang; c’est pourquoi sa miséricorde fera place à sa justice qui débordera avec autant de fureur qu’elle aura plus attendu. Alors toute saisie, j’ai dit :

— Mon Seigneur, permettez-moi de vous demander: si on vous fait cette réparation que vous désirez, pardonnerez-vous encore à la France ?

Il m’a répondu :

— Je lui pardonnerai encore une fois; mais remarquez bien: une fois. Et encore ce péché de blasphème s’étend par toute la France et est public, il faut aussi que cette réparation s’étende par toutes les villes de France et soit publique. Malheur à celles qui ne feront pas cette réparation !

J’abandonne toutes ces choses à votre sagesse, ma Révérende Mère. Je ne suis qu’une enfant qui ne peut rien et n’a d’autre consolation que de s’en remettre à ses supérieurs.» [2]

 

L’ASSOCIATION ROMAINE

« A cette époque, Notre-Seigneur voulut soulager mon âme par une grande consolation: j’appris qu’il y avait à Rome une association pour l’extirpation du blasphème. Et quelles furent mon admiration et ma reconnaissance lorsque je lus sur la feuille imprimée à cet effet que le souverain Pontife avait donné, en date du 8 août 1843, une bref par lequel il permettait d’instituer de pieuses confréries! Oh! alors je ne doutai plus que l’œuvre dont j’étais chargée ne fût l’œuvre de Dieu. Ce qui me touchait davantage, ce que j’admirais dans cette divine Providence, était ce rapport frappant: le 8 du mois d’août 1843, le souverain Pontife donnait son bref à Rome, et le 26 du même mois et de la même année, Notre-Seigneur, en France, le lendemain de la fête de saint Louis, découvrait à une pauvre petite novice carmélite, bien pauvre et bien misérable, cette grande œuvre de la réparation des blasphèmes dont il voulait enrichir la France comme d’un moyen de salut pour la dérober à sa justice irritée.

Plusieurs âmes pieuses commencèrent alors à réciter les prières réparatrices; on répandit des feuilles d’association et on tenta même de l’établir en France. » [3]

« J’avais ressenti un redoublement de dévotion envers le saint Enfant-Jésus, et m’étant unie avec une de mes sœurs qui avait aussi le même attrait, nous avions, pour l’honorer, formé le dessein de nous consacrer spécialement à ce divin Enfant en ce jour de son Incarnation. Je fus chargée de composer l’acte projeté, et je le fis aussi conforme que possible à l’acte de parfaite donation que Notre-Seigneur semblait exiger. Je n’aurais pas voulu le faire sans permission, mais, dans la crainte d’essuyer un refus, je ne la demandai point moi-même; je priai cette sœur de demander à notre Révérende Mère, pour nous deux, la permission de faire à Jésus la consécration désirée; notre bonne Mère nous le permit. Alors je fus enchantée, croyant être parvenue à ma fin. Mais le saint Enfant-Jésus n’aime point la fraude, et il ne reçut cet acte que selon l’intention de ma supérieure, comme simple consécration. C’est pourquoi il me dit qu’il me fallait de nouveau solliciter l’autorisation afin d’avoir un très parfait consentement. J’allai donc faire la confession de ma faute à notre Révérende Mère, et je lui dis ce que Notre-Seigneur m’avait fait entendre; elle en parla à notre digne supérieur, et j’eus la grâce d’avoir leur assentiment.

Il y a quelque chose de remarquable dans cette volonté expresse de Notre-Seigneur que je lui fisse un parfait abandon de moi-même pour l’accomplissement de ses desseins; car n’est-il pas le maître souverain de ses créatures ? N’est-il pas libre de faire en elles et de leur personne tout ce qu’il veut ? Ensuite il a exigé un parfait consentement de mes supérieurs avant de prendre cette parfaite possession de mon âme. Ah! c’est qu’ils devaient eux-mêmes avoir une grande part dans l’œuvre que ce divin Sauveur voulait édifier sur un si pauvre terrain; je ne devais leur servir que d’un chétif instrument pour travailler à l’œuvre de Dieu ; et, comme ils devaient éprouver bien des contradictions, Notre-Seigneur respectait en quelque façon leur libre arbitre.

Je fis cet acte le 25 décembre 1843, jour de la naissance du saint Enfant; je le remis entre les mains de la très sainte Vierge, avant de commencer les matines de Noël, la priant de l’offrir à Jésus naissant à minuit dans l’étable de Béthléem.

 

ACTE D’UNE PARFAITE DONATION AU TRÈS SAINT ENFANT-JÉSUS, SELON L’ÉTENDUE DE SA VOLONTÉ SUR MOI, POUR L’ACCOMPLISSEMENT DE SES DESSEINS À LA GLOIRE DU SAINT NOM DE DIEU

« O très Saint et très aimable Enfant-Jésus, le voilà donc arrivé ce jour que j’ai tant désiré, où, sans crainte de manquer à l’obéissance, je peux en toute liberté m’offrir toute à vous, selon l’étendue de votre puissance et de votre volonté sur mon âme, pour l’accomplissement de vos desseins. Je suis bien indigne, il est vrai, de vous faire cette offrande; mais, ô divin Enfant, puisqu’il me semble que vous le désirez, veuillez purifier votre victime par les larmes de votre sainte enfance et par votre précieux sang. Prosternée à vos pieds devant la chèche, en cette nuit à jamais mémorable de votre auguste naissance, oui, mon divin Époux, avec une pleine liberté je m’offre toute à vous, par les mains bénies de Marie et de Joseph, sur l’autel enflammé de votre Cœur plein d’amour, sous la protection des anges et des saints. Là je vous fais l’entier abandon de moi-même pour l’accomplissement de vos desseins à la gloire du Saint Nom de Dieu.

O divin Enfant, qui avez dit à votre sainte Mère, lorsqu’elle vous retrouva dans le temple de Jérusalem: “Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas qu’il faut que je sois occupé à ce qui regarde le service de mon Père ?” Ah ! veuillez en ce jour me recevoir pour votre disciple; faites que désormais je sois occupée en union avec vous aux choses qui regardent le service de votre divin Père, pour la gloire de son Nom.

O très saint Enfant-Jésus, Dieu et homme, je renonce à tout ce que je suis, et je me donne à tout ce que vous êtes. Faites de moi et en moi tout ce qu’il vous plaira, pour l’accomplissement de vos desseins, possédez-moi souverainement. Oui, divin Enfant, de bon cœur, pour l’amour de vous, je me dépouille de tout pour toujours. Daignez donc, dans votre grande miséricorde, me revêtir de la robe de vos sacrés mérites, qui est parfumée de la bonne odeur des vos vertus, afin qu’au jour de mon jugement je puisse recevoir la bénédiction de votre Père céleste. — Amen.

Sœur Marie de Saint-Pierre de la Sainte Famille,

Carmélite indigne.» [4]

 

« Cet acte étant passé avec Notre-Seigneur, malgré mon indignité, il me regarda comme toute à lui et continua de construire dans mon âme son édifice à la gloire du saint Nom de Dieu. En même temps il me pressait de demander à mes supérieurs qu’ils fissent imprimer les prières de la réparation, afin qu’elles fussent propagées. Mais quand j’adressais cté supplique à notre très Révérende Mère, elle me grondait fort de ma présomption, disant qu’il valait bien mieux réciter les belles formules que les saints Pères avaient écrites, et que j’étais une entêtée de penser toujours à cette œuvre de réparation. J’eus alors l’idée d’offrir à la sainte Vierge toutes mes déceptions comme un argent spirituel, afin qu’elle payât l’impression des prières que son divin Fils voulait répandre dans le monde. Cependant Notre-Seigneur accordait de grandes grâces aux sœurs de notre communauté qui faisaient ces prières pour elles ou pour leurs parents. Comme elles ignoraient complètement qui en était l’auteur, elles en parlaient librement devant moi et disaient :

— Vraiment, on obtient tout ce qu’on veut de Notre-Seigneur quand on fait la neuvaine de réparation.

Il y avait alors une sœur qui était malade; elle se sentit pressée de promettre à Notre-Seigneur qu’elle ferait cette neuvaine. Le troisième jour elle se trouva tout à coup guérie. Elle vint m’en faire la confidence: ce qui me fit grand plaisir; car, voyant que le Sauveur accordait ainsi plusieurs faveurs très remarquables, je me confirmai dans la pensée que je ne me trompais pas, et que, par la grâce de Dieu, les lumières qui me venaient de sa miséricorde, par rapport à cette œuvre, n’étaient pas illusoires. Un jour, après la sainte Communion, le bon Maître voulut lui-même, malgré mon indignité, me consoler par ces paroles qui se sont vérifiées :

 Ma fille, ces prières de réparation seront imprimées, et elles seront répandues.

Nos dignes et charitables supérieurs, qui examinaient sérieusement la conduite de Dieu en mon âme afin de se bien assurer si véritablement c’était son esprit qui me conduisait, m’ordonnèrent de leur rendre compte par écrit de mon intérieur. Voici ce que je leur écrivis alors :

Ma Révérende et très honorée Mère, avec le secours du saint Enfant-Jésus et de mon bon ange, je vais tâcher d’accomplir l’ordre que vous m’avez donné de vous écrire de quelle manière je fais mon oraison. Cela m’est un peu difficile, mais l’obéissance me donnera grâce. D’ailleurs, ma très Révérende Mère, vous êtes habituée à mon pauvre langage ; vous verrez bien, par ce que je vais vous dire, les dispositions de mon âme ; c’est là l’essentiel.

 

LA MÉTHODE D’ORAISON

Premièrement, je n’ai aucun mérite dans l’oraison, car elle m’est toute naturelle: j’ai reçu ce don de Dieu dès mon enfance, malgré mon indignité. D’abord je tâche, pour ma préparation éloignée, de ne point perdre de vue Notre-Seigneur. Ainsi, le long du jour, je lui tiens compagnie dans l’intérieur de mon âme. Ayant laissé à ce divin Sauveur le soin de mes parents et de tout ce qui me concerne, je ne suis appliquée qu’à lui, me regardant toujours comme la petite servante de la sainte Famille. Par suite, tout ce que je fais dans mon office de portière, je le regarde fait en la maison de Nazareth. Je pense qu’une domestique a trois devoirs à remplir: accompagner son maître, faire ses commissions et garder ses brebis sur ses propriétés, et enfin accomplir toutes les actions pour le service de son maître et selon sa volonté. Eh bien ! voilà ce que je tâche d’exécuter avec la grâce de Dieu. Mon exercice intérieur est d’accompagner Notre-Seigneur en ses mystères pour m’unir à lui et lui rendre mes hommages; ensuite je fais ses commissions en pensant à ces paroles du saint Évangile : “Et il leur était soumis”. A chaque fois que la cloche du tour m’appelle, je m’offre en sacrifice au Père éternel sur l’autel du Sacré-Cœur de Jésus, le priant de m’unir à son divin Fils, afin que ce soit Jésus qui agisse en moi. Quand je n’ai pas d’occupations distrayantes, je m’entretiens avec lui ; je fais paître ses brebis sur ses propriétés, je veux dire dans ses mystères dont la considération et les mérites servent d’aliment à nos âmes ; je prie pour les pasteurs de l’Église et pour la conversion des pécheurs, et je tâche de ne point laisser mon esprit se distraire; j’unis toutes mes actions à celles du divin Sauveur. De cette manière, les occupations extérieures dissipent rarement mon âme, et lui font désirer avec plus d’ardeur le repos de l’oraison ; mais, quand l’heure destinée à cet exercice est arrivée, alors Notre-Seigneur me dédommage de tous mes petits sacrifices de la journée.

Je commence mon oraison par faire mon examen de conscience, après lequel, m’humiliant aux pieds de Jésus de toutes mes infidélités, je le prie de vouloir bien purifier mon âme par sa miséricorde. Ensuite je m’entretiens tout simplement avec cet aimable Sauveur, comme le ferait un enfant avec son père.

Voici une méthode d’oraison que Notre-Seigneur me donna un jour; je ne sais si ce fut par la parole intérieur ou par une lumière :

— Videz votre âme par le recueillement;

Purifiez-la par un acte de contrition;

Ensuite remplissez-la de Dieu.

Mais comme il est tout à fait inutile de continuer à verser dans un vase une fois qu’il est plein, de même aussi il est inutile de vouloir charger l’âme par de nouveaux actes et de nouvelles pensées, quand une seule la remplit et l’occupe.

Quelquefois je me sens intérieurement portée à faire l’oraison en union avec Notre-Seigneur s’offrant à son Père pour sa gloire et le salut des âmes; alors je me trouve recueillie dans le Sacré-Cœur de Jésus; je trouve dans ce grand sacrifice ample matière d’oraison, et, me trouvant alors revêtue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je m’approche plus facilement de son divin Père, et, me voyant riche de ses mérites, je ne crains pas de demander à Dieu de grandes grâces pour la sainte Église et le salut de beaucoup d’âmes. Je suis souvent appliquée à ce genre d’oraison, qui n’est pas tout à fait surnaturel; seulement je sens que les puissances de mon âme sont recueillies dans le Cœur de Jésus: alors le Sauveur agit en moi et moi en lui: les distractions sont rares, parce que l’imagination est là, captive. Mais, quand je suis ainsi près de Notre-Seigneur et qu’il veut me communiquer quelque chose au sujet de son œuvre de la Réparation, il se fait en mon âme une seconde opération: je sens que je ne peux plus agir; il me semble que mon propre esprit s’anéantit pour faire place à celui de Jésus. Alors mon âme entend sa parole intérieure. Plus cet anéantissement est grand, plus l’âme est heureuse: elle se trouve comme fondue en Dieu. L’âme dans cet état se trouve en Lui sans savoir comment elle y est entrée: un attrait dominant de grâce la saisit, l’élève au-dessus d’elle-même et l’abîme toute en Dieu. Oh! quels délicieux moments !

C’est là une faveur toute gratuite; mais j’éprouve rarement cette parfaite contemplation; je suis bien indigne d’une si grande grâce. Mon oraison habituelle se fait dans le Sacré-Cœur de Jésus: là il m’apprend sa volonté, me communique ses désirs de travailler à la gloire de son Père et au salut des âmes: c’est mon occupation la plus délicieuse. Il m’est impossible de méditer longtemps: d’abord, parce que je n’en ai plus l’esprit, et qu’ensuite cet attrait qui sort du Cœur de Jésus porte mon âme vers lui; et je me trouve dans ce divin sanctuaire renfermée, comme un petit enfant l’est dans le sein de sa mère: alors la volonté et les affections de mon cœur font tout, et mon esprit se trouve déchargé de son travail. C’est Notre-Seigneur qui m’a appelée à ce genre d’oraison. Au commencement je n’osais suivre cet attrait, dans la crainte de mal faire en ne suivant pas ma méthode; mais lui, qui voulait que je suivisse la sienne, me mit un jour dans l’esprit cette comparaison: que, si le roi m’invitait à sa table, il serait bien ridicule que je voulusse porter avec moi mon dîner, au lieu de me nourrir des mets de la table du prince à laquelle je serais invitée. Ayant consulté sur ce que j’éprouvais, on me dit de ne point craindre et de marcher dans la voie que le Saint-Esprit m’ouvrait, que c’était la meilleure méthode ; et j’en ai fait l’heureuse expérience: je trouve les mets du Sacré-Cœur de Jésus bien meilleurs que ceux que je pourrais apporter avec tout mon petit esprit, et la fin de ce délicieux repas sonne quelquefois avant que j’aie eu le temps de rendre grâces à mon bienfaiteur. Alors je le fais brièvement, et je prends la résolution de ne point perdre de vue celui qui a eu la charité de si bien me traiter malgré mon indignité, et de le servir fidèlement.

Je ne suis pas sans éprouver de temps en temps la disette; car les sécheresses et les peines intérieures sont quelquefois très nécessaires à l’âme; alors je prends ma nourriture comme Notre-Seigneur juge à propos de ma la donner.» [5]

«Notre-Seigneur me donna une peine intérieure si grande, par le désir que j’avais de voir son œuvre s’établir, que je n’étais pas en état de prendre aucune nourriture; je ne pouvais plus porter un si pesant fardeau sans succomber sous le poids; c’est pourquoi je me sentis pressée fortement de le déposer aux pieds de Monseigneur l’Archevêque.» [6]

«Nous eûmes l’honneur d’écrire à Monseigneur. Déjà nos dignes supérieurs l’avaient instruit de tout ce que divin Maître m’avait fait connaître sur l’œuvre de la réparation. Alors ce pieux prélat fit imprimer des feuilles qui, précédemment, l’avaient été à Nantes. Il y joignit son approbation personnelle, le 15 mars 1844, en recommandant l’association à Messieurs les curés et autres ecclésiastiques de son diocèse, “dans l’espérance qu’elle intéresserait vivement les fidèles, et qu’elle contribuerait à mettre un terme aux outrages contre la souveraine Majesté”. On répandit un grand nombre de ces feuilles; mais on n’établit point d’association comme Notre-Seigneur le demandait: il paraît que l’heure n’était pas encore venue. Adorons en silence les desseins de Dieu. »

 

DÉMÉNAGEMENT

«Vers la fin de l’année 1843, on conclut la vente de notre ancien monastère, les acquéreurs ayant accepté des conditions raisonnables, avec la clause expresse que pendant vingt ans l’église, dont nous ne laissions que les murs, ne servirait à aucun usage contraire à sa destination primitive.

Après toutes ces négociations, le moment arriva de mettre la main à l’œuvre; dans le nouvel emplacement, il fallait tout créer; le plan d’un monastère fut tracé; on se conforma, autant que le permettaient le terrain et les moyens, au cérémonial et aux usages de l’ordre; on ménagea surtout la distribution des lieux réguliers, et tout ce qui peut faciliter la pratique de nos saintes observances. Notre Révérende Mère Marie de l’Incarnation, alors en charge, déploya, ainsi que notre vénéré supérieur, Monsieur Alleron, un zèle et un dévouement dignes de toute notre reconnaissance, et Dieu fit bien voir qu’il les avait choisis pour cette œuvre, en donnant d’abondantes bénédictions à leurs travaux.» [7]

 

LA PORTIÈRE DE LA NOUVELLE MAISON…

«Le temps était arrivé où Notre-Seigneur me ménageait une grande épreuve. Ayant été obligée de quitter le cher couvent où il avait reçu mes vœux, et où j’avais été comblée de grâces par sa divine et miséricordieuse libéralité, je me trouvais dans une maison séculière, [8] qui, par conséquent, n’avait point de grilles, et j’avais toujours l’office de portière, qui me mettait en grand rapport avec le dehors. Condamnée à demeurer près de deux ans dans ce parloir, et voyant qu’il venait un grand nombre de personnes, les unes pour recommander des malades, les autres afin de solliciter des prières pour la conversion des pécheurs qui les intéressaient, ceux-ci pour se consoler dans leurs peines, d’autres enfin par pure curiosité, cette nouvelle position me jeta dans une affliction extrême. Craignant de perdre l’esprit de retraite et de recueillement pour lequel j’avais beaucoup d’attrait, je disais: Hélas! pourrai-je entendre ici la voix de mon Sauveur ? J’allai trouver notre Révérende Mère et lui découvris les répugnances que j’éprouvais dans mon emploi. J’aurais été bien aise qu’elle m’en déchargeât, ou au moins qu’elle eût la bonté de me donner une compagne pour en partager avec moi les occupations; mais, malgré sa très grande charité, elle jugea à propos de me laisser toute seule.

Pour éviter ces fréquentes visites, j’avais beau dire à ceux qui se présentaient qu’une carmélite a pour mission de parler à Dieu dans le silence et peu aux hommes; qu’ils devaient aller exposer leurs peines et se consoler chez d’autres religieuses non obligées comme nous à la retraite, et que nous prierions pour leurs intentions: toutes mes raisons étaient inutiles. Je ne peux pas m’empêcher de rire encore, quand je me rappelle une bonne femme qui voulait absolument m’amener sa fille, afin, disait-elle, que je lui donnasse des conseils pour se marier; sur ma réponse négative, elle fut obligée sans doute d’aller consulter quelqu’un de plus instruit que moi pour cette affaire.

Notre bon Sauveur me laissa quelque temps sentir ma faiblesse et les extrêmes répugnances que j’éprouvais pour ma nouvelle position, mais un jour il eut la bonté de venir me consoler dans l’intime de mon âme. Il me fit entendre qu’il ne fallait point me faire de la peine d’avoir un office qui me mettait en rapport avec mon prochain, et que je devais recevoir ces personnes dans le même esprit de charité avec lequel il recevais ceux qui s’approchaient de lui lorsqu’il parcourait les villes de la Judée, me promettant que cet office et ces occupations ne nuiraient point à mon âme, et qu’il en tirait gloire. »

 

[1] Lettre du 7 décembre 1943.

[2] Abbé Janvier. “Vie de la Sœur Saint-Pierre”; pages 151-152. Carmel de Tours. 1884.

Après cette communication, d’après le témoignage de l’une des carmélites, Sœur Saint-Pierre “sortit du chœur dans un état difficile à décrire. Elle était pâle comme la mort, inondée de larmes, portant une expression, une empreinte de douleur qui lui resta longtemps, et qui se renouvelait lorsqu’elle recevait des révélations de ce genre, expression de visage bien opposé à sa gaieté ordinaire. Elle semblait alors comme anéantie sous le poids de la colère divine”.

[3] Document B, page 25.

[4] Document A, page 75.

[5] Document A, pages 76 à 80.

[6] Document A, page 83.

[7] Annales du Carmel de Tours.

[8] Cette maison, située sur la place Grégoire, derrière la cathédrale, en face du grand Séminaire, est actuellement (en 1879) possédée par Monsieur le Chanoine Allégret, qui, plein de respect pour la mémoire de la sœur Saint-Pierre et le séjour du Carmel, a dressé dans l’endroit où se trouvait la chapelle un petit oratoire décoré d’une Sainte-Face.

Saturday, 13 December 2025

Saturday's Good Reading: “Afonso Arino” by Olavo Bilac (in Portuguese)

 

Há poucos meses, em Belo Horizonte, falando a homens de letras de Minas, procurei evocar, em poucas linhas, numa reminiscência, a figura de Afonso Arinos, homem e artista:

Conheci-o, a princípio, em Ouro Preto, na austera Vila Rica; ali vivi com ele, no silêncio e na poeira dos arquivos; e ali comecei a admirar o profundo brasileirismo orgânico, que forrava o seu espírito. Conheci-o depois, e melhor na Europa, no tumulto de Paris, e em longas viagens, romarias a catedrais e a castelos, passeios por cidades e campos. Na Europa, Afonso Arinos era ainda mais brasileiro do que no Brasil. Alto, robusto, elegante, de uma estatura e um ar de gigante amável, em que se aluavam a energia e a graça, conservando no olhar e na alma o nosso céu e o nosso sol, ele era como uma das árvores das nossas matas, exilada nas frias terras do velho continente. Nos boulevards, nos salões, nos teatros, e ainda nas geladas galerias de Rambouillet e de Versalhes, onde erravam os espectros de Francisco I e Luís XIV, — Afonso Arinos mantinha, sob a polidez das suas maneiras de fidalgo, o andar firme, um pouco pesado, e o jeito reservado, um pouco tímido, e o falar comedido, um pouco hesitante, de um sertanejo forte, andeiro e cavaleiro, caçador e escoteiro, simples e ousado... Ainda hoje o vejo, e me vejo, claramente, num dia de fevereiro de 1909, quando visitamos juntos a Catedral de Chartres. Era duro o inverno. Quando chegamos à velhíssima cidade episcopal, caía neve. De pé, insensíveis às lufadas cortantes dos flocos brancos, quedamos na praça, admirando a maravilhosa fábrica do templo, a sua caprichosa ossatura de contrafortes e botaréus, diante da fachada, a um tempo leve e severa, com a graciosa majestade da primeira fase da arquitetura ogival: as três portas baixas sobrecarregadas de estátuas, a grande rosaça fulgurando em cores múltiplas, e as duas torres, uma lisa, a outra rendada, esguias e longas, preces de pedra num surto para o céu... Dentro, na misteriosa cripta, na ressoante nave, nas capelas cheias de sombra, passamos duas horas, esmagados pela grandeza da catedral anciã de sete séculos, em que vivem, numa vida muda, mais de dez mil pinturas e esculturas, entes de sonho e terror, santos, apóstolos, bispos, anjos, demônios, animais e monstros fabulosos, grifos, dragões e quimeras. Ao cabo da longa conversação, em que nos haviam preocupado tantos aspectos da história e da arte do Cristianismo, houve um momento, em que, por não sei que vaga associação de ideias, Afonso entrou a dizer-me episódios de uma das suas recentes caçadas no Distrito Diamantino, nas cercanias do Serro. Estávamos no centro do cruzeiro, entre o coro e as naves colaterais. Do ponto em que estávamos, o nosso olhar abrangia um trecho fantástico da sombria floresta de pedra: as colunas, em duas filas, rodeavam-nos, como esbeltos estipes de palmeiras, misturando em cima, na abobada, as suas palmas em leques, entre lianas, entre folhas e flores, lódão e vinha, hera e nenúfar. E milagre da palavra... A voz de Afonso animava-se, exaltava-se e sacudia a catedral. Dizia os atalhos, as escarpas, os voltados, a mata, e os relinchos dos cavalos, e os estampidos dos tiros, e a alegria dos caçadores, e as cantigas dos camaradas, — e o sol mineiro... E a floresta gótica transformava-se em floresta natural: a pedra negra verdecia, a abóbada frondejava e sussurrava, a treva alagava-se de luz ofuscante, e um verão brasileiro incendiava o inverno europeu. Já não estávamos em Chartres: estávamos no Brasil...

Fica bem esta evocação no limiar do volume, em que se enfeixam as conferências de Afonso Arinos sobre histórias e lendas do Brasil. Estas conferências, e a lição, que ele professou, em Belo Horizonte, em 1915, sobre “A Unidade da Pátria”, são digno remate de uma obra literária, que foi perfeita pela consciência e pela beleza com que foi concebida e executada.

Quando, enfeitiçado pela palavra ardente do meu companheiro, vi o teto da catedral de Chartres mudar-se em cúpula de brenha tropical, era porque ele, nas suas peregrinações pelo velho mundo, levava consigo, num ambiente próprio, como a sua verdadeira atmosfera moral, a paisagem da terra que amava. E ninguém mais do que ele sentiu e definiu o influxo da visão natal: a alma da paisagem, para onde quer que andemos longe, nos segue de perto e acompanha, e chama-se a saudade; ela nos soa aos ouvidos em misteriosas melodias, onde flutuam, com o refrão de velhas canções, ladridos de vento no coqueiral, gorjeios de pássaros familiares; ela se debruça, à calada da noite, sobre os nossos leitos, para murmurar-nos as suas confidências em forma de recordações do passado, e acender no nosso ânimo as esperanças do porvir...

E com estas lembranças e esperanças o espírito da pátria dava ao espírito do pensador sobressaltos e, às vezes, desesperações. Na “Unidade da Pátria”, que foi de fato o primeiro grito de alarme e o primeiro gesto fecundo da campanha de regeneração em que estamos empenhados, Afonso Arinos resumiu, com precisão cruel, os males que nos adoecem e envergonham: a dispersão dos bons esforços; o desamparo do povo do interior, dócil e resignado, roído de epidemias e de impostos; a falta do ensino; a desorganização administrativa; a incompetência econômica; a insuficiência, e muitas vezes os criminosos desvios da justiça; a ignorância petulante e egoísta dos que governam este imenso território, em que ainda não existe nação.

Mas o amor e a força do artista achavam remédio para o desânimo e salvação para a descrença: a sua alma ancorava-se na alma popular, e banhava-se na verdadeira fonte da energia dos povos, — as tradições, as lendas, a boa poesia, em que se espelham as virtudes da gente simples, seiva, sangue, fluido nervoso, que conservam a sua pureza e o seu vigor, enquanto a doença assola o organismo social, e bastam para sarar, no momento dado, todas as devastações.

Este livro é o efeito desta crença. Afonso Arinos nunca descreu da grandeza moral do Brasil. Conhecendo o seu povo, ele sabia que ele é o verdadeiro operário da sua nação. O valor e a bondade do povo hão de anular a fraqueza e a maldade dos que o exploram; e um dia os fracos e os maus desaparecerão, e os fortes e os bons, saídos da massa anônima, já livre e Instruída, serão os definitivos governadores.

Edouard Schurè, no prefácio da sua “Histoire du Lied”, escreveu estas linhas admiráveis: “O povo, muito tempo desprezado, sonha e canta, e tem a sua poesia e o seu ideal; opera-se nele um grande e surdo trabalho. Muitas vezes, este trabalho instintivo passa-se para a literatura, e os verdadeiros autores da obra ficam desconhecidos. Os homens da imprensa e das classes cultas não percebem isto; mas a imaginação popular continua a agitar se, subterrânea, múltipla, criadora, incessante, como a vegetação do coral, que lentamente se levanta do fundo do mar em ramificações infinitas, acabando por abrolhar em ilhas encantadoras que deslumbram os navegadores.”

Palavras que sempre devem ser meditadas por nós, homens de pensamento e de palavra. Os poetas, quando jovens pensam, no inocente orgulho da sua mocidade, e no natural engano do seu talento, que são eles que dão ao povo ideias e sentimentos; e ignoram que são apenas instrumentos de uma força estranha, que os inspira e exalta, emanações insensíveis da sua terra, eflúvios invisíveis da sua gente. O tempo e a reflexão, que dão modéstia, esfriam esse entusiasmo. Depois de certa idade, sabemos que os melhores poemas são os que nascem sem artifício, independentes do uso das métricas e dos léxicos, — os que saem do seio da natureza, frescos e límpidos, como a água salta das rochas. São os poemas melhores, e os mais duradouros. Os nossos livros, concebidos e dados à luz na ansiedade e na tortura, viverão menos do que esses contos singelos, essas lendas infantis, essas trovas ingênuas, que o povo ideou e criou, sem esforço, em sorrisos, entre o amanho da terra e a contemplação do céu.

Afonso Arinos conheceu bem, de perto, esse claro e eterno manancial da nossa poesia. Viajadorda nossa terra, familiar do sertão e dos sertanejos, ele teve o dom de tratar os homens de alma simples, sabendo falar-lhes e sabendo ouvi-los, e enternecendo-se com o seu sonho rústico.

Este enternecimento perfumou a sua vida, e adoçou a sua morte.

 

Olavo Bilac, 1917.