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Thursday, 19 March 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XIX.

 

41

Déclaration

    Année 1847

«Maintenant, je crois qu’il ne sera pas inutile pour la gloire de Dieu que je dise quelque chose de mon intérieur, afin qu’on puisse discerner plus facilement quel est l’esprit qui me conduit. Je parlerai sous les yeux de Dieu, dans la simplicité et la vérité.

La voie par laquelle Notre-Seigneur me conduit est très pénible à la nature, car ce divin Sauveur exige de moi une mortification continuelle intérieure. J’ai rarement des consolations spirituelles et toutes les communications que je reçois de Notre-Seigneur sont plutôt de nature à me faire souffrir, puisqu’elles me montrent si souvent la justice de Dieu irritée, la perte éternelle de tous les pécheurs et la France sur le bord d’un abîme! Cette œuvre de réparation que je porte depuis près de quatre ans, avec des peines que Dieu seul connaît parce qu’Il est en Lui-même l’auteur; œuvre par laquelle il me semble que Dieu ferait grâce à la France, comme Il me l’a promis. Et cependant des époques terribles approchent et l’Œuvre de la Réparation ne paraît pas:

“O mon Dieu, levez-vous: c’est votre cause aussi bien que la nôtre que nous vous prions de défendre. Cachez la France dans le secret de votre Sainte-Face, et faites-lui miséricorde pour la gloire de votre Saint Nom”.

Oui, dans la lumière, je crois fermement que de cette œuvre dépend l’avenir de la France. Je la vois toujours liée à la France comme moyen de salut que Dieu a choisi dans son infinie miséricorde. Aussi je voudrais donner jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour l’obtenir; car Dieu s’apaiserait à cause de cette œuvre réparatrice, et bien des âmes seraient sauvées.

Voilà les sentiments que Dieu m’inspire et que je fais connaître pour l’acquit de ma conscience. Je déclare aussi que personne au monde ne m’a donné l’idée de cette œuvre que Dieu seul, et que j’ignorais parfaitement qu’il y eût à Rome une œuvre semblable à celle que Notre-Seigneur me communiquait. Je ne l’ai su que longtemps après par une disposition toute spéciale de la Providence. Je déclare aussi que je n’ai jamais été influencée par personne pour demander l’établissement de cette œuvre, mais au contraire de nos dignes et sages Supérieurs des réprimandes et des humiliations à cause de cette nouvelle dévotion[1]. Je déclare encore que la liaison qu’on trouvera dans la succession de ces communications est de la grâce et non de mon imagination, car à chaque lumière que je recevais de Notre-Seigneur, j’en faisais bien vite un petit extrait que je remettais à notre Mère, afin d’être soulagée; et je n’y pensais plus que pour prier Dieu d’accomplir ses desseins. Je n’osais même pas m’en entretenir avec notre très Révérende Mère, car j’éprouvais une grande confusion à faire connaître ces lumières. Lorsque Notre-Seigneur me chargea de cette mission, je Lui demandai deux grâces, qu’Il a eu la miséricorde de m’accorder: premièrement, celle de ne jamais avoir de sentiments de vanité à cause de ces communications; et la seconde: de n’être point connue comme instrument de Dieu dans cette Œuvre.

Notre-Seigneur qui dirige Lui-même mon âme en cette voie a si bien soin — si je peux m’exprimer ainsi — de me faire connaître ma misère et mon néant, qu’il n’est pas possible que je ne sois couverte de confusion à la vue de ces grâces singulières de mes  continuelles ingratitudes. Je laisse le soin à mes dignes supérieurs de s’occuper de l’établissement de cette œuvre de réparation. Pour moi, ma mission est de leur soumettre toutes les lumières que je reçois de Dieu et de prier pour l’accomplissement de ses grands desseins à la gloire de son Nom. C’est ce que j’ai fait en copiant les lettres écrites dans cette relation».

«... Voyant l’œuvre se développer peu à peu dans chaque communication, on en peut mieux juger, et il sera facile de voir quelle est la main puissante qui, par sa grâce et sa miséricorde infinie a cultivé un si beau fruit dans une aussi mauvaise terre! qui porte encore des chardons et les épines du péché après avoir été arrosée tant de fois des rosées divines de la grâce.

Cette œuvre, comme on le voit dans ces deux relations, a deux buts: la réparation des blasphèmes et la réparation du saint jour du dimanche profané par les travaux. En conséquence, elle embrasse la réparation des outrages faits à Dieu et la sanctification de son saint Nom. Maintenant on demandera peut-être si la dévotion à la Sainte-Face doit être unie à l’Œuvre? Oui, elle en fait la richesse et le plus précieux ornement, puisque Notre-Seigneur a fait présent de sa très Sainte-Face à l’Œuvre, pour être l’objet de la dévotion de ses associés, afin que cette Face adorable qui est en quelque sorte de nouveau méprisée et outragée — comme Il s’en plaint Lui-même — par les blasphèmes des pécheurs, qu’elle soit, dis-je, honorée et révérée avec un très profond respect par un culte spéciale.

En second lieu, Notre-Seigneur fait don de sa très Sainte-Face à l’Œuvre afin que les associés deviennent tout puissants auprès de Dieu par l’offrande qu’ils doivent Lui faire de cette Face auguste et sacrée, dont la présence Lui est si agréable qu’elle apaise infailliblement sa colère et attire sur les pauvres pécheurs sa miséricorde infinie. Oui, quand le Père éternel regarde la Face de son Fils bien-aimé, qui a été meurtrie par les soufflets et couverte d’ignominie, quand Il regarde ce chef sacré qui a été couronné d’épines, emblème des péchés des hommes qu’Il a pris sur sa tête afin de sauver ses membres (comme il le dit un jour), cette vue, dis-je, émeut les entrailles de sa miséricorde.

Tâchons donc de profiter d’un si précieux don et prions ce divin Sauveur de nous cacher dans le secret de sa Sainte-Face pendant les jours mauvais.

O Dieu! notre protecteur, regardez-nous, et jetez les yeux sur la Face de votre Christ!» (Ps. 83,9).

 

[1] Dévotion à Sainte Véronique (Oratoire de la Sainte-Face).

 

 

42

Marie, trésorière des grâces

“Je veux l'œuvre achevée”

    Lettre du 5 mai 1847

«Le Sauveur me fit entendre qu’il avait remis toutes choses entre ses mains,[1] et qu’elle nous obtiendrait le bref du souverain pontife. Cette œuvre réparatrice est si nécessaire à la France et si glorieuse à Dieu, qu’il veut que sa très sainte Mère ait l’honneur de la donner à ce royaume, comme un gage nouveau de sa miséricorde. Allons donc à la très sainte Vierge, qui est la trésorière des grâces de Dieu; disons-lui sans cesse que la France lui est consacrée et qu’elle lui appartient. Redoublons de zèle pour cette œuvre; que les difficultés ne nous abattent point; pour moi, Notre-Seigneur me donne une confiance sans bornes.

—Sit Nomen Domini benedictum!

“Je veux l’œuvre achevée...”

 

    Lettre du 23 mai 1847

«Notre-Seigneur m’a fait entendre qu’il ne voulait que mon cœur et ma volonté, et que, plus je l’aimerais, plus aussi j’obtiendrais de grâces de sa libéralité pour l’accomplissement de son dessein. Bientôt ce divin Sauveur, s’emparant de plus en plus des puissances de mon âme, l’a favorisée d’une lumière admirable sur la beauté et l’excellence de cette œuvre réparatrice. Je l’ai vue sous l’emblème d’une mine d’or, et Notre-Seigneur m’a dit qu’il fallait travailler pour l’exploiter, et que ce n’était qu’à force de travail qu’on réussirait. Le divin Maître m’a dit encore:

—Oh! si l’on savait les biens immenses que je réserve à ceux qui travaillent à ma mine, je ne manquerais pas d’ouvriers. Faites connaître cette communication.

Ensuite ce bon Sauveur m’a montré, pour ma consolation, que le travail fait à cette mine depuis quatre ans n’avait pas été infructueux. J’ai vu, en effet, que les nombreuses prières de Réparation déjà répandues, ainsi que le petit Manuel et les autres objets concernant l’œuvre, étaient comme de l’or exploité de cette mine précieuse, et Notre-Seigneur m’a adressé ces mots consolants, à propos des prières réparatrices:

—Cette nouvelle harmonie a charmé mes oreilles, ravi les anges et apaisé mon courroux; mais je ne reviens pas sur ce que j’ai dit primitivement, je veux l’œuvre achevée.

Cette déclaration si encourageante a rempli mon cœur de joie; les larmes cependant inondaient mon visage, mais c’était avec une extrême douceur; alors j’ai repris: “Mon Sauveur, si je vais dire à présent que vous n’êtes plus fâché, j’ai grand’peur que cela ne nuise au projet, en refroidissant le zèle de ceux qui n’y sont pas trop portés par eux-mêmes.” Notre-Seigneur m’a répondu:

—Ah! ma fille, que dites-vous là? Il faudrait avoir bien peu d’amour envers moi pour ne pas s’enflammer, au contraire, d’une nouvelle ardeur à perfectionner une chose qui m’est si agréable, qu’elle calme mon courroux.

Ensuite il m’a donné une grande lumière touchant la sublimité de cette association, et la préférence qu’il lui attribuait sur les autres déjà établies dans l’Église, à cause que sa fin est de réparer les outrages faits à la Divinité pas les blasphèmes et la violation du dimanche, comparant les premières au vin commun des noces de l’Époux, et cette dernière au vin miraculeux qui fut servi à la fin du souper aux noces de Cana. Je lui ai dit que nous avions de grands obstacles qui s’opposaient à son dessein. Il m’a consolée, en m’assurant que toutes ces oppositions ne feraient que lui donner une lumière plus éclatante, et que je devais dire à ma Mère prieure de continuer d’y travailler  quand elle trouverait des occasions favorables; il m’a fait entendre qu’il fallait prier, désirer et souffrir.

Voilà à peu près, ma très Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. En finissant, ce divin Sauveur m’a dit:

—C’est à ma sainte Mère que vous êtes redevable de la communication que vous venez de recevoir; c’est elle qui vous l’a obtenue; continuez de l’honorer.

Vivent Jésus et Marie!»[2]

 

[1] Entre les mains de Marie.

[2] Lettre du 23 mai 1847.

 

 

43

“Si Dieu est pour nous...”

    Lettre du 24 mai 1847

«La lettre que je vous ai remise hier au sujet de la grâce que j’ai reçue de Notre-Seigneur par rapport à l’œuvre par excellence consacrée à la gloire de son Nom, ne suffit pas à mon cœur, qui éprouve un besoin de s’épancher et de se dilater, car les effets de cette communication sont si grands en mon âme et l’ont tellement fortifiée, que tout l’enfer armé contre l’œuvre, et tous les hommes réunis, si cela était possible, n’ébranleraient pas ma confiance. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Quand le moment de Dieu sera arrivé, tout cédera à sa souveraine puissance. Oh! que cette œuvre est excellente! Qu’elle est sublime! Quels biens immenses sont réservés aux défenseurs du saint Nom de Dieu! Je voudrais publier par toute la terre les vérités que mon âme a apprises en ce jour mémorable de la Pentecôte, dans cette haute lumière qui ne se peut exprimer par des paroles. Que n’ai-je l’éloquence d’un saint Bernard pour engager tous les hommes à s’enrôler en cette sainte croisade! Dans un des siècles passés le Seigneur a levé une armée de soldats courageux, pour aller combattre les ennemis de la terre sainte, et son fidèle serviteur, saint Bernard, a prêché cette guerre avec un succès merveilleux; mais, dans le siècle actuel, ce même Seigneur demande des soldats courageux, des défenseurs de la gloire de son Nom, blasphémé et méprisé par ses ennemis. Hélas! n’en trouvera-t-il point? Il n’est pas nécessaire cependant en cette nouvelle croisade de quitter ses foyers comme en la première, ni de s’armer de cuirasse et de bouclier, ni d’exposer sa vie. En notre milice sacrée, la croix de Jésus-Christ sera notre arme offensive et défensive pour attaquer et combattre les ennemis de son Nom, et ce Nom sacré, plein de vertu et de force, sera lui-même notre divin rempart. Mais pour réussir en cette pieuse entreprise, adressons-nous avec une confiance sans bornes à la glorieuse Vierge Marie; prions-la de vouloir bien se mettre à la tête de cette sainte milice, elle qui est la générale des armées de Dieu, et qui est plus terrible aux démons qu’une « armée rangée en bataille ». C’est cette aimable Mère qui m’a obtenu, malgré mon indignité, l’insigne faveur que j’ai reçue hier de son très cher Fils; qu’elle en soit à jamais bénie! Étant ces jours derniers aux pieds de cette Mère auguste, je me sentis inspirée de l’invoquer sous le titre de Notre-Dame du saint Nom de Dieu; alors je lui fis une couronne composée de soixante-douze invocations, pour honorer les précieuses années de sa très sainte vie. A la suite de chaque dizaine je lui ai rappelé les paroles qu’elle a prononcées elle-même en son divin cantique: Il a fait en moi de grandes choses Celui de qui le Nom est saint! Après ces paroles, j’ai ajouté: “O très sainte et très digne Mère de Dieu, puissante avocate des chrétiens, je remets la cause du saint Nom de Dieu entre vos mais.” Cette petite dévotion toucha, je crois, le sensible Cœur de ma tendre Mère, car j’éprouvai en la faisant une grâce toute particulière en mon âme.

—O Vierge sainte — dis-je — daignez recevoir ce nouveau titre, car vous êtes véritablement Notre-Dame du Saint-Nom-de-Dieu, puisque vous êtes la Fille du Père, la Mère du Fils, et l’Épouse du Saint-Esprit, et que vous proclamez vous-même qu’il a fait en vous de grandes choses, celui de qui le Nom est saint! Oui, ô divine Vierge, vous l’honneur et la gloire du saint Nom de Dieu, parce que vous êtes le chef-d’œuvre de ses mains, qui ont opéré en vous des merveilles. Je vous appellerai donc Notre-Dame du Saint-Nom-de-Dieu.

C’est ainsi, ma Révérende Mère, que je dis tout ce que je pense à la très sainte Vierge pour l’intéresser, si je peux m’exprimer ainsi, à l’œuvre de la Réparation, lui rappelant respectueusement qu’elle est obligée plus que tout autre de travaille à la gloire du saint Nom de Dieu, qui l’a favorisée plus que toutes les autres créatures, et je ne doute point qu’elle ne nous obtienne l’établissement de cette œuvre que Notre-Seigneur a comparée au festin délicieux des noces de Cana, et remarquons bien que c’est la très sainte Vierge qui obtint de son Fils ce vin miraculeux. En attendant, je vous prie très humblement d’inviter les personnes qui ont à cœur cette œuvre à vouloir bien saluer avec moi la sainte Vierge sous le titre de Notre-Dame du Saint-Nom-de-Dieu.»

Thursday, 12 March 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XVIII.

 

38

C'est le brouillard d'un beau jour qui tombe

La France en danger

    Lettre du 7 mars 1847

«Vous savez que depuis plusieurs mois, Notre-Seigneur m’occupait diversement du salut des âmes. Il me faisait travailler tantôt dans un champ, tantôt dans un autre, selon son bon plaisir. Enfin, Il m’a mise quinze jours en retraite pour purifier mon âme et Il m’a défendu d’en sortir qu’Il ne m’appelât. Pendant ces jours, comme je vous l’ai dit, Il m’a fait voir toute l’ivraie que j’avais moi-même dans le champ de mon âme et j’ai fait la confession de mes fautes. Mais voilà que la voix de Notre-Seigneur s’est fait entendre. Il m’a rappelée, me faisant entendre qu’Il me donnait de nouveau mission pour l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes. Voilà trois fois qu’Il m’y invite. Il y a quelque temps qu’Il m’assura que cette œuvre s’établirait. Cela a mis dans mon âme une si grande confiance que, si je voyais la terre et l’enfer traverser cette œuvre, je ne laisserais pas d’espérer dans Celui dont le bras est tout puissant. D’ailleurs, Notre-Seigneur m’a dit qu’Il permettait au démon de traverser ses œuvres pour éprouver la confiance de ses serviteurs. Aujourd’hui, Notre-Seigneur m’a dit:

—Réjouissez-vous ma fille, l’heure approche de la naissance de la plus belle œuvre qui soit sous le soleil. Offrez mon Cœur à mon Père pour l’obtenir.

Voilà plusieurs fois que Notre-Seigneur me presse de prier avec ardeur pour cela; et comme je pensais aux obstacles qui se présentaient:

—C’est le brouillard d’un beau jour qui tombe.

Et Il m’a dit de m’abandonner de nouveau entre ses mains pour souffrir intérieurement et extérieurement tout ce qu’Il voudrait pour l’accomplissement de ses desseins en cette œuvre. Et Il m’a fait remarquer combien je n’étais qu’un faible instrument entre ses mains, qu’Il maniait à son gré. Ce qui est bien vrai, car voilà plusieurs mois que je ne m’occupais pas de l’Œuvre de la Réparation, non par indifférence, mais c’est que Notre-Seigneur m’occupait à d’autres choses. Je ne peux travailler à cette œuvre que par une grâce spéciale de Notre-Seigneur quand Il veut et comme Il veut. Maintenant, je sens que j’ai reçu cette grâce en mon âme; c’est pourquoi, avec la conduite de Notre-Seigneur qui va me diriger, je ne ferai rien que par son propre esprit.

Sit nomen Domini benedictum.»

 

La France en danger

    Lettre du 14 mars 1847

«Permettez-moi de vous rendre compte des tristes impressions que mon âme éprouve. Notre-Seigneur m’a fait entendre aujourd’hui, après la Sainte Communion, que les fléaux dont nous avons été frappés n’étaient que les avant-coureurs de ceux que la Justice divine nous prépare, si on n’apaise pas la colère de Dieu. Et Il m’a montré les péchés de blasphème et les profanations du saint jour du Dimanche sous l’emblème de deux pompes avec lesquelles les pécheurs qui se rendaient coupables de ces actions, attiraient les eaux de sa colère sur la France, et dans lesquelles elle est menacée d’être submergée, si on n’établissait pas cette Œuvre de la Réparation qu’Il donnait dans sa miséricorde à la France, comme moyen de salut.

Ensuite, Notre-Seigneur m’a dit que ces sectaires qu’on appelle communistes, n’avaient fait qu’une incursion; et Il a ajouté:

— Ah! si vous connaissiez leurs machinations secrètes et diaboliques et leurs principes anti-chrétiens! Ils n’attendent qu’un jour favorable pour incendier la France. Demandez donc l’établissement de l’Œuvre de la Réparation à qui de droit peut l’établir, pour obtenir miséricorde.

— Mais, mon divin Maître, ai-je répondu, mes Supérieurs l’ont déjà demandée.

— Cela ne suffit pas, c’est vous qui êtes l’instrument que j’ai choisi et qui devez la demander en mon nom et de ma part.

Voilà à peu près ce que je crois que Notre-Seigneur m’a fait entendre. Je vois bien que ces expressions d’eau et de feu dont Notre-Seigneur s’est servi sont emblématiques pour exprimer les maux dont la France est menacée».

 

 

39

“J'aime tant l'obéissance!”

Combattre les ennemis de Dieu!

    Lettre du 19 mars 1847

«Après la sainte Communion, ce matin, j’ai exposé à Jésus le conseil que vous m’avez donné de ne pas écrire à Monseigneur l’archevêque.[1] Voici à peu près ce que le divin Maître m’a répondu:

—Ma fille, j’aime tant l’obéissance! Soyez soumise, afin qu’on puisse reconnaître l’esprit qui vous conduit. Je désire cependant que les lumières que je vous donne soient communiquées à votre premier supérieur.

Alors j’ai repris: Mon divin Maître, permettez-moi de vous demander, avec la simplicité d’un enfant, ce que vous voulez dire en m’ordonnant de prier Monseigneur d’établir l’œuvre de la Réparation; car vous savez qu’il y a déjà travaillé en l’approuvant... Il m’a répondu:

—Si cette œuvre n’est point posée sur la pierre ferme, elle n’aura jamais de solidité; si elle n’a un bref qui lui soit propre, elle ne fera que languir et finirait par périr. Mais, si on l’exécute par la demande d’un bref, on la verra bientôt s’établir dans les villes de France, et il convient que ce soit celui qui le premier à “mis la main à l’œuvre qui l’achève”.

Comme j’exprimais la crainte de me tromper en demandant cette œuvre de sa part, il m’a fait remarquer que je n’en étais occupée que quand il m’en mettait la pensée dans l’esprit, et que je devais être en toute sûreté. Puis il m’a dit qu’il allait m’expliquer sa conduite à mon égard à l’aide d’une comparaison, et il m’a montré un arc et une flèche qu’il m’a dit être l’emblème de mon âme entre ses mains. Il m’a fait voir comme il dirigeait son arc et sa flèche du côté qu’il voulait pour l’accomplissement de ses desseins.

—C’est pour me servir d’instrument dans le dessein de cette œuvre de Réparation que je vous ai créée; aussi consolez-vous; quand cette œuvre sera faite, je ne vous laisserai pas longtemps sur la terre, et ma miséricorde récompensera vos petits travaux.

Permettez-moi de solliciter très humblement le secours de vos prières; car je vous assure que j’en ai grand besoin. Je n’enfante cette œuvre que par les prières et les souffrances. Quand Notre-Seigneur m’a chargée de nouveau de cette œuvre, il m’a dit:

—Priez sans cesse pour son établissement, et offrez-vous toute à moi, prête à souffrir dans votre corps et dans votre âme tout ce que je voudrai pour l’accomplissement de mes desseins.

L’effet a suivi de prêt ces paroles, car depuis ce moment je suis sur la croix; mais oserai-je me plaindre, moi qui ai dit tant de fois à Jésus que je voudrais donner jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour l’accomplissement de ses desseins en cette œuvre de réparation? Oh! que je suis indigne de souffrir pour une si noble fin: la gloire de Dieu et le salut des âmes! Je vous confesse cependant, ma très Révérende Mère, que j’ai la faiblesse de répandre souvent des larmes, mais je prie Notre-Seigneur de ne pas faire attention à cette pauvre nature.»

Combattre les ennemis de Dieu...

 

    Lettre du 29 mars 1847

«Aujourd’hui après la Sainte Communion, Notre-Seigneur m’a, je crois, chargée d’une nouvelle mission dont je serais effrayée si j’étais quelque chose. Mais comme je ne suis rien qu’un faible instrument dans la main puissante du Seigneur, je suis parfaitement en paix.

Notre-Seigneur m’a commandé de faire la guerre aux communistes, qu’Il dit être les ennemis de l’Église et de son Christ; me faisant entendre que ces lionceaux étaient pour la plupart nés dans l’Église dont ils se déclaraient maintenant les cruels ennemis. Alors Notre-Seigneur m’a dit:

—Je vous ai fait connaître que je vous tenais entre mes mains comme une flèche. Je vais maintenant lancer cette flèche vers mes ennemis. Je vous donne pour les combattre, les armes de ma Passion: ma Croix dont ils sont les ennemis, et les autres instruments de mon supplice. Allez vers eux avec la simplicité d’un enfant et le courage d’un soldat. Recevez pour cette mission le bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Alors, j’ai prié la très Sainte Vierge de vouloir bien être la dépositaire de ces divines armes que me donnait son divin Fils. Elle est comparée à la tour de David, d’où pendent mille boucliers. Notre-Seigneur m’a donné à ce sujet d’autres lumières qu’Il ne me serait pas facile de rapporter.

—Seigneur, ai-je dit, formez mes mains au combat et apprenez-moi à me servir de vos instruments.

Notre-Seigneur m’a dit:

—Les armes de mes ennemis donnent la mort, mais les miennes donnent la vie.

Voilà la prière que je dis souvent à cet effet:

—Père éternel, je vous offre dans le camp de vos ennemis la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ et tous les instruments de sa Sainte Passion, afin que vous mettiez entre eux la division car, ainsi que l’a dit votre Fils bien-aimé: « tout royaume divisé contre lui-même sera ruiné.[2]

Voilà à peu près, ma très Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Je m’abandonne entre les mains de Notre-Seigneur: Il fera de moi ce qu’Il voudra; je suis toute à Lui et je ne veux point avoir d’autre volonté que la sienne. Je suivrai pas à pas les lumières de sa grâce pour marcher dans ses voies.»

 

[1] «La pieuse carmélite, ayant reçu jusqu’à deux fois l’ordre d’écrire à l’archevêque, avait consulté la Mère prieure pour savoir si elle devait le faire; celle-ci l’en avait dissuadée sous prétexte qu’il ne fallait pas importuner Monseigneur au milieu de ses grandes occupations.»

— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

[2] Document D, lettre du 29 mars 1847.

 

40

“Ils m'ont vendu pour de l'argent”

“Que Dieu se lève!”

    Lettre du premier avril 1847

«Notre-Seigneur continue toujours à m’appliquer à faire la guerre aux communistes. Il me donne grâce et lumière pour le combat. Les instruments de sa Passion me servent d’armes; et son admirable Nom qui est si terrible aux démons et celui de sa Sainte Mère me servent de boulets de canon. Mais pour m’animer au combat contre ses ennemis, que je vois dans la lumière de Dieu être si redoutables, voici le triste secret que Notre-Seigneur m’a révélé:

—Le soldat qui sait le motif de la guerre à laquelle il est appelé, et qui sait l’injure qui a été faite au Prince, s’arme alors d’intrépidité contre les ennemis pour venger cet affront. Eh bien, ma fille, c’est cette société de communistes qui m’a arraché de mes tabernacles et a profané mes sanctuaires. Ils ont porté la main sur l’Oint du Seigneur. Ils ne réussiront point dans leurs desseins! N’ont-ils pas commis le crime de Judas? Ils m’ont vendu pour de l’argent! Cette connaissance ne doit pas être stérile en vous, car je ne vous la donne que pour vous animer au combat. Agissez avec un esprit de simplicité; car si vous voulez trop raisonner, vous ne serez point un instrument propre entre mes mains. Pensez plutôt à la gloire que la cour céleste me rendra d’avoir combattu de tels ennemis avec un si chétif instrument.

Voilà, à peu près, ma Révérende Mère, ce que Notre-Seigneur m’a fait entendre hier et aujourd’hui, jour remarquable. C’est en ce jour du jeudi saint qu’il institua le sacrement ineffable où il devait être exposé aux outrages et aux profanations de ses ennemis. Je vais donc de nouveau faire amende honorable à ce divin Sauveur, dans le sacrement de son amour, pour ces profanations et ces vols sacrilèges dont il m’a rappelé le triste souvenir, que j’avais, hélas! trop tôt oublié.»[1]

“Que Dieu se lève...”

 

    Lettre du 6 avril 1847

«Je suis entrée dans la lice pour combattre les ennemis de Dieu. La calme est revenu dans mon âme depuis que j’ai reçu, si je puis m’exprimer ainsi, le drapeau de l’obéissance. Je suis en sûreté sous cette enseigne et je ne crains plus le démon. Notre-Seigneur me donne grâce pour dresser mes batteries. Aujourd’hui après la sainte Communion, Il m’a encouragée au combat et Il m’a promis de me donner une croix d’honneur qui, m’a-t-il dit, m’ouvrirait le ciel. Si j’étais fidèle en ses combats, Il m’a promis aussi l’or de la charité. J’ai compris que c’était quelque tribulation que Notre-Seigneur me réservait dans sa miséricorde et qu’Il me ferait la grâce de souffrir avec patience et amour. Que son saint Nom soit béni. Mais revenons au combat, ma Révérende Mère, car après avoir combattu de toutes mes forces les ennemis de Dieu pendant ces trois jours de fête, j’en ai maintenant presque la contrition. Mais je m’explique: c’est que je crains d’avoir fait des imprécations contre eux. Je sais bien que le saint roi David en fait bien dans les Psaumes (108 par exemple), mais je ne sais pas si cela m’est permis. Enfin, j’ai dit tout ce que Notre-Seigneur m’a inspiré; si c’est mal et que je me trompe, je ne le ferai plus. Je vais vous dire que je commence par mettre mon âme entre les mains de Notre-Seigneur. Je le prie de bander son arc et de décocher ses flèches vers ses ennemis. Ensuite, je commence à combattre par sa Croix et par les instruments de sa Passion, ainsi qu’Il me l’a enseigné. C’est ici mon inquiétude pour les imprécations car, si c’est mal, j’ai dit ces paroles des centaines de fois; mais je n’ai point l’intention de leur vouloir du mal. Je n’en veux qu’à leur malice et à leurs passions. C’est ce que j’ai dit à Notre-Seigneur. Voici donc ce que je dis:

“Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés, et que tous ceux qui le haïssent s’enfuient devant sa Face.

Que le Nom de Dieu trois fois saint renverse tous leurs desseins.

Que le Nom sacré de Dieu vivant divise tous leurs sentiments.

Que le Nom terrible du Dieu de l’éternité anéantisse leur impiété”.

Je dis encore d’autres, et quand je les ai ainsi bien battus, je dis:

“Je ne veux point la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Mon Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font”.

Je fais cet exercice sans contention d’esprit et avec une grande facilité, parce que je me laisse conduire par la grâce qui me guide. Ainsi, ma Révérende Mère; jugez si je dois continuer ainsi. J’attendrai votre décision. Je crois bien que c’est le Général de la patrie adverse qui veut me donner une alerte (le diable)».

 

[1] Lettre du 1 avril 1847.

Thursday, 5 March 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XVII.

 

36

La publication de l'abrégé

Extraits...

«J’espérais que Notre-Seigneur avait exaucé mes vœux, et que je ne serais plus obligée d’écrire;[1] mais il n’en est pas ainsi, car il m’a communiqué certaines choses qu’il veut que je fasse connaître; ainsi je me soumets à son bon plaisir: Fait!»

 

«Notre aimable et divin Sauveur m’a fait entendre des plaintes sur son amour méconnu dans le très Saint-Sacrement de l’autel, par le manque de foi des chrétiens, et il a heureusement lié mon cœur et mon esprit à ses pieds, afin que je lui tienne compagnie dans cet abandon, en adorant sa très Sainte-Face, cachée sous le voile de l’Eucharistie. Oui, c’est par cet auguste sacrement que Jésus, notre Sauveur, veut communiquer aux âmes la vertu de sa très Sainte-Face. Elle est là, plus éclatante que le soleil, et il m’a promis de nouveau d’imprimer dans les âmes de ceux qui l’honoreraient les traits de sa divine ressemblance.

Notre-Seigneur m’a fait voir, à l’aide d’une comparaison aussi simple que juste, que les impies par leurs blasphèmes attaquaient son adorable Face, et que les fidèles la glorifiaient par les hommages de louange rendus à son Nom et à sa personne.

Le mérite est dans les personnes, mais la gloire qui les accompagne est dans leur nom; il la fait éclater lorsqu’on le prononce, le mérite ou le démérite d’une personne passe en son nom. Le très saint Nom de Dieu exprime la divinité, et renferme en lui toutes les perfections du Créateur; il suit de là que les blasphémateurs de ce Nom sacré attaquent Dieu lui-même. Maintenant rappelons-nous ces paroles de Jésus: “Je suis en mon Père, et mon Père est en moi.”[2] Jésus s’est rendu passible par l’Incarnation, et c’est lui qui a souffert, en sa Face adorable, les outrages faits par les blasphémateurs au Nom de Dieu, son Père. Notre-Seigneur m’a fait voir qu’il y avait quelque chose de mystérieux sur la face d’un homme d’honneur méprisé; oui, je vois que son nom et sa face ont une liaison particulière. Voyez un homme distingué par son nom et ses mérites, en présence de ses ennemis; ceux-ci ne portent pas la main sur lui, mais il l’accablent d’injures, ils ajoutent à son nom d’amères dérisions, au lieu des titres qui lui sont dus. Remarquez alors ce qui se passe sur la face de cet homme injurié; ne diriez-vous pas que toutes les paroles outrageantes qui sortent de la bouche de ses ennemis viennent se reposer sur sa face et lui font souffrir de rougeur, de honte et de confusion; l’opprobre et l’ignominie qu’elle souffre lui sont plus cruels à supporter que des tourments réels dans les autres parties de son corps. Eh bien, voilà un faible portrait de la Face de Notre-Seigneur outragée par les blasphèmes des impies! Représentons-nous ce même homme en présence de ses amis, qui, ayant appris les insultes qu’il à reçues, s’empressent de le consoler, de le traite selon sa dignité, font hommage à la grandeur de son nom en le qualifiant de tous les titres d’honneur; ne voyez-vous pas alors la face de cet homme ressentir la douceur de ces louanges? La gloire se repose sur son front, et, rejaillissant sur son visage, elle le rend tout resplendissant: la joie brille dans ses yeux, le sourire est sur ses lèvres; en un mot, ses fidèles amis ont guéri les douleurs cuisantes de cette face outragée par ses ennemis, la gloire a passé l’opprobre. Voilà ce que font les amis de Jésus par l’œuvre réparatrice; la gloire qu’ils rendent à son Nom se repose sur cet auguste front, et réjouit sa très Sainte-Face, d’une manière toute spéciale, au très Saint-Sacrement de l’autel.

Ma Révérende Mère, cette comparaison que Notre-Seigneur m’a mise devant les yeux m’a donné un grand jour dans l’esprit; je vois bien clairement, maintenant, que les blasphémateurs font souffrir la Face du Sauveur, et que les réparateurs la réjouissent et la glorifient. Je n’avais jamais fait cette remarque si juste, que la face de l’homme est le siège où viennent se reposer la gloire et l’ignominie. Je vais donc m’appliquer, tout de nouveau, à honorer le Nom et la très Sainte-Face de notre divin Sauveur, qui m’y invite d’une manière si touchante.»[3]

 

«Je reçus cet ordre avec respect, mais je vous confesse ma faiblesse, je fus affligée de ne point trouver en vous cette tendresse qui vous est si ordinaire, et le démon commença de me tenter. Heureusement je courus exposer mes peines à Notre-Seigneur, en versant des larmes, lui disant que cet office de portière était pour moi un continuel martyre, parce qu’il m’arrachait continuellement de sa présence. Après avoir expliqué à ce bon Maître tout ce qui me faisait de la peine en cet emploi, j’ajoutai: “Je ne veux pourtant, mon Seigneur, que ce qui vous glorifiera davantage et ce qui sauvera plus d’âmes. Vous n’êtes pas descendu de la croix, je n’en descendrai pas non plus!...” Et aussitôt j’ai fait acte d’obéissance en lui demandant ma guérison.»

 

«—Ma fille, la solitude ne fait-elle pas vos délices? Durant les premières années que vous avez passées en religion, sans emplois extérieurs, tous vos jours n’étaient-ils pas des jours de fête?

— Oui, Seigneur.

— Eh bien, sachez, ma fille, qu’une religieuse doit être un crucifix vivant. Si vous n’aviez pas ces peines, avec quoi sauveriez-vous les âmes que je remets entre vos mains? Comme preuve que je vous veux dans cette charge et que c’est moi-même qui, par la bouche de votre supérieure, vous ai refusé une seconde portière, je veux que vous soyez guérie à l’instant. Consolez-vous; pour tous ces travaux, je vous donnerai des âmes.[4]

Ah! mon Jésus, je reprends ma petite barque.»

Après la guérison

 

«—Je veux que vous honoriez ma servitude: je ne suis point venu pour être servi, mais pour servir...

Dans un temps de disette, où le pain est très cher, un père de famille ne mériterait-il pas des reproches de sa femme et de ses enfants, si, ayant une bonne maison où il fût à même de travailler toute la journée, il ne voulait travailler que la moitié du jour, et se mettre, par cette conduite, dans le cas de ne point gagner le pain nécessaire à la vie de ses enfants? Eh bien! ma fille, voilà votre portrait. Vous avez des enfants à nourrir, je vous l’ai dit: il faut leur gagner du pain; ils ont besoin de toute votre journée de travail; ne vous exposez pas, par votre paresse, à les entendre vous accuser au jour du jugement.»

 

Nouvelle instruction

«—Ma fille, vous vous plaignez que votre vie ne peut être solitaire à cause de vos occupations; mais savez-vous bien quelle est l’âme solitaire? C’est l’âme maîtresse de ses passions: ainsi, une âme qui immole continuellement sa propre volonté par le sacrifice de l’obéissance devient véritablement une âme solitaire; elle participe en quelque sorte à la solitude de Dieu, en vivant dans sa sainte volonté. Et, au contraire, une âme, dans le silence de la retraite, n’est point solitaire lorsque le bruit de ses passions l’agite, et qu’elle se plaît dans sa volonté propre. Or sachez que la propre volonté est la nourrice des passions.

Voilà, ma Révérende Mère les instructions que Notre-Seigneur a eu la bonté de me donner; maintenant je ne veux plus avoir d’autre volonté que la sienne; je serai portière toute ma vie, s’il plaît à Dieu et à mes supérieurs.»[5]

 

[1] A la suite de la publication, avec l’autorisation de l’Évêque, d’un Abrégé des faits concernant l’établissement de l’œuvre pour la Réparation des blasphèmes. « Cette feuille, destinée à quelques maisons du Carmel — précise l’abbé Janvier — et à un petit nombre d’âmes pieuses, fut soumise en manuscrit à l’archevêque, qui la renvoya à la Mère prieure avec ces mots:

      «Ma Révérende Mère, non seulement je ne désapprouve pas, mais j’adopte pleinement cette pensée; je crois qu’il est bon, nécessaire, et même urgent, de donner la suite que vous indiquez à ces inspirations. Le soin de joindre, aux réparations touchant le blasphème, celles qui sont relatives aux profanations des saints jours, me satisfait entièrement. Il m’a toujours paru que l’idée primitive, qui n’allait qu’au blasphème, et pas au delà, était incomplète et pas suffisamment en rapport avec les besoins et les circonstances. Dans l’écrit se trouve compris tout ce que je voulais y voir.» — Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

[2] Saint Jean: XIV, 11.

[3] «Au milieu de ces faveurs nouvelles, et malgré l’importance que les supérieurs y attachaient, la sœur était toujours retenue dans les pénibles et distrayantes fonctions de portière. Au mois de février 1847, quelques jours après les encouragements donnés par Monseigneur l’Archevêque, elle se trouva très fatiguée. Sentant l’affaiblissement de ses forces et le mauvais état de sa santé, elle profita, en toute simplicité, de cette circonstance pour demander une auxiliaire, qui, sous le titre de seconde portière, pût l’aider dans son office. La Mère prieure lui répondit sèchement qu’elle n’était pas en mesure de la satisfaire, ajoutant qu’il pouvait bien y avoir, dans son désir, un peu de paresse et d’amour-propre, et elle lui ordonna de prier pour le rétablissement de sa santé, de manière à reprendre, après quinze jours, ses exercices réguliers.»

— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

[4] «L’entretien allait continuer, l’action de grâces n’était pas finie; mais voici qu’un bruyant coup de cloche retentit au tour, et appelle à sa fonction la vertueuse portière. Ce fut comme le signal du sacrifice.»

— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

[5] Document B, lettre XX. — Elle fut, en effet, portière jusqu’à sa dernière maladie.

 

 

37

“Les plaies que me font les péchés...”

    Lettre du 2 mars 1847

«Depuis une quinzaine de jours, Notre-Seigneur m’avait mise en retraite; il ne s’était point communiqué à mon âme d’une manière extraordinaire; j’étais tout occupée à me renouveler dans mon intérieur, et à  m’humilier à la vue de mes nombreuses infidélités. Ayant fait hier la confession de toutes ces fautes, je me suis ce matin approchée de la sainte Communion, avec la ferme résolution d’être plus fidèle. Comme l’enfant prodigue, je me suis humiliée en disant: “J’ai péché.” Puis, comme je voulais m’anéantir, et le considérer couvert de gloire, il a prononcé ces paroles:

— Ah! ma fille, considérez-moi plutôt couvert de plaies que me font les pécheurs.

Et à l’instant il m’a semblé le voir en cet état; alors il m’a dit:

— Ma fille, approchez et prêtez l’oreille...

Et ce divin Sauveur m’a fait entendre ces lamentables plaintes, qui m’ont brisé le cœur et fait verser un torrent de larmes:

— Je ne suis point connu, je ne suis point aimé, on méprise mes commandements.

Et il a ajouté ces mots, qui me font frémir:

— Les pécheurs sont enlevés de ce monde comme des tourbillons de poussière que le vent emporte, et sont précipités dans l’enfer ; ayez pitié de vos frères, priez pour eux ; essuyez, par votre amour, le sang qui coule de mes plaies ; aimez-moi et ne craignez point ; quand vous élevez votre cœur vers moi par l’amour, je le reçois dans mes mains, alors il est en sûreté.

Ensuite il m’a insinué qu’il était content de ma petite retraité, et il a ajouté:

— Si les méditations que vous avez faites vous ont fait trouver en vous tant de défauts, pensez à une foule de malheureux qui ne méditent jamais ces grandes vérités. Ainsi, travaillez pour vous et pour eux ; faites comme une mère qui ne saurait prendre de nourriture sans partager avec son enfant.

Voilà ce que Notre-Seigneur m’a fait entendre. Oh! que cette perte éternelle des pécheurs me touche vivement! Que je désire ardemment devenir une bonne carmélite pour en gagner beaucoup à Dieu! Aidez-moi, s’il vous plaît, ma Révérende Mère, n’épargnez point mon orgueil et mon amour-propre; il est grand temps que j’immole toute cette méchante nature pour me revêtir de Notre-Seigneur Jésus-Christ.»[1]

 

[1] Document B. Lettre XXI.

 

 

38

C'est le brouillard d'un beau jour qui tombe

La France en danger

    Lettre du 7 mars 1847

«Vous savez que depuis plusieurs mois, Notre-Seigneur m’occupait diversement du salut des âmes. Il me faisait travailler tantôt dans un champ, tantôt dans un autre, selon son bon plaisir. Enfin, Il m’a mise quinze jours en retraite pour purifier mon âme et Il m’a défendu d’en sortir qu’Il ne m’appelât. Pendant ces jours, comme je vous l’ai dit, Il m’a fait voir toute l’ivraie que j’avais moi-même dans le champ de mon âme et j’ai fait la confession de mes fautes. Mais voilà que la voix de Notre-Seigneur s’est fait entendre. Il m’a rappelée, me faisant entendre qu’Il me donnait de nouveau mission pour l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes. Voilà trois fois qu’Il m’y invite. Il y a quelque temps qu’Il m’assura que cette œuvre s’établirait. Cela a mis dans mon âme une si grande confiance que, si je voyais la terre et l’enfer traverser cette œuvre, je ne laisserais pas d’espérer dans Celui dont le bras est tout puissant. D’ailleurs, Notre-Seigneur m’a dit qu’Il permettait au démon de traverser ses œuvres pour éprouver la confiance de ses serviteurs. Aujourd’hui, Notre-Seigneur m’a dit:

— Réjouissez-vous ma fille, l’heure approche de la naissance de la plus belle œuvre qui soit sous le soleil. Offrez mon Cœur à mon Père pour l’obtenir.

Voilà plusieurs fois que Notre-Seigneur me presse de prier avec ardeur pour cela; et comme je pensais aux obstacles qui se présentaient:

— C’est le brouillard d’un beau jour qui tombe.

Et Il m’a dit de m’abandonner de nouveau entre ses mains pour souffrir intérieurement et extérieurement tout ce qu’Il voudrait pour l’accomplissement de ses desseins en cette œuvre. Et Il m’a fait remarquer combien je n’étais qu’un faible instrument entre ses mains, qu’Il maniait à son gré. Ce qui est bien vrai, car voilà plusieurs mois que je ne m’occupais pas de l’Œuvre de la Réparation, non par indifférence, mais c’est que Notre-Seigneur m’occupait à d’autres choses. Je ne peux travailler à cette œuvre que par une grâce spéciale de Notre-Seigneur quand Il veut et comme Il veut. Maintenant, je sens que j’ai reçu cette grâce en mon âme; c’est pourquoi, avec la conduite de Notre-Seigneur qui va me diriger, je ne ferai rien que par son propre esprit.

Sit nomen Domini benedictum. »

 

La France en danger

    Lettre du 14 mars 1847

«Permettez-moi de vous rendre compte des tristes impressions que mon âme éprouve. Notre-Seigneur m’a fait entendre aujourd’hui, après la Sainte Communion, que les fléaux dont nous avons été frappés n’étaient que les avant-coureurs de ceux que la Justice divine nous prépare, si on n’apaise pas la colère de Dieu. Et Il m’a montré les péchés de blasphème et les profanations du saint jour du Dimanche sous l’emblème de deux pompes avec lesquelles les pécheurs qui se rendaient coupables de ces actions, attiraient les eaux de sa colère sur la France, et dans lesquelles elle est menacée d’être submergée, si on n’établissait pas cette Œuvre de la Réparation qu’Il donnait dans sa miséricorde à la France, comme moyen de salut.

Ensuite, Notre-Seigneur m’a dit que ces sectaires qu’on appelle communistes, n’avaient fait qu’une incursion; et Il a ajouté:

— Ah! si vous connaissiez leurs machinations secrètes et diaboliques et leurs principes anti-chrétiens! Ils n’attendent qu’un jour favorable pour incendier la France. Demandez donc l’établissement de l’Œuvre de la Réparation à qui de droit peut l’établir, pour obtenir miséricorde.

— Mais, mon divin Maître, ai-je répondu, mes Supérieurs l’ont déjà demandée.

— Cela ne suffit pas, c’est vous qui êtes l’instrument que j’ai choisi et qui devez la demander en mon nom et de ma part.

Voilà à peu près ce que je crois que Notre-Seigneur m’a fait entendre. Je vois bien que ces expressions d’eau et de feu dont Notre-Seigneur s’est servi sont emblématiques pour exprimer les maux dont la France est menacée».