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Thursday, 5 February 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XIII.

 

26

Satan a trop grand peur de la Croix...

    Lettre du 5 janvier 1846

«...Voilà à peu près ce que Notre-Seigneur me fit entendre (hier et aujourd’hui).

Ce divin Maître me fit connaître que la terre que nous avions achetée à son divin Père par l’offrande de sa Sainte-Face, était une figure sensible de la terre des vivants que nous devions acheter pour un grand nombre d’âmes, avec la pièce divine et mystérieuse de sa Face adorable [1]. Ensuite, ce divin Pasteur me présenta un troupeau en me disant qu’il m’en faisait la bergère. Il me fit entendre que ses pauvres brebis étaient mordues par le serpent et qu’elles avaient une rage du blasphème; qu’il fallait que je les mène paître sur les terres de ses divins mystères afin qu’elles y trouvent leur guérison, et que je les loge dans les plaies adorables de son Sacré-Cœur, en les marquant à l’effigie de sa Sainte-Face. Notre-Seigneur me fit entendre que j’aurais beaucoup à souffrir à cause que ce troupeau de blasphémateurs était, d’une manière toute spéciale, sous la conduite du prince des démons. Notre-Seigneur me fit connaître que Lucifer laissait volontiers aux autres démons la conduite des autres troupeaux de pécheurs, comme par exemple les impudiques, les ivrognes, les avares... Mais les blasphémateurs sont son troupeau chéri.

—C’est lui — me fit entendre ce divin Sauveur —, qui vous donne tant de répugnance pour cette œuvre de réparation des blasphèmes. Mais, ne le craignez pas: saint Michel et les saints Anges vous protégeront. Avec ma Croix que je vous donne pour vous servir de houlette, vous deviendrez, par cette arme, terrible au démon.

Ensuite, Notre-Seigneur me fit entendre que c’était pour cette mission qu’il m’avait retirée du monde et appelée dans la sainte maison; et comme j’éprouvait une certaine inquiétude sur la véracité, craignant toujours l’illusion, Notre-Seigneur me dit :

—Soyez tranquille ! Satan a trop grand peur de la Croix pour en marquer ses opérations.

Dans une de mes oraisons dont j’ai oubliai la date, Notre-Seigneur m’a reprise de ce que j’avais négligé de prier pour la conversion des blasphémateurs, en me faisant voir que j’avais laissé le démon me tenter de défiance en sa miséricorde. Il semblait me dire :

—Ne vous ai-je pas donné l’exemple de prier pour eux lorsque j’étais sur la Croix ?

Et il me fit connaître qu’il avait de grands desseins de miséricorde sur cette classe de pécheurs, et qu’il voulait se servir de moi comme d’un instrument malgré mon indignité, pour l’accomplissement de ses desseins. Notre-Seigneur m’a fait connaître que cette œuvre [tendait à] la réparation des blasphèmes du saint Nom de Dieu, mais aussi des autres blasphèmes proférés contre la religion et contre l’Église; cependant, elle s’applique spécialement aux blasphèmes du saint Nom de Dieu».

 

[1] Allusion à la parcelle de terrain achetée par les Carmélites. Voir lettre du 29 octobre 1845.

 

 

27

La France devenue hideuse

    Lettre du 23 janvier 1846

«Je ne peux retenir mes larmes d’après ce que Notre-Seigneur vient de me dire, après L’avoir reçu dans la sainte communion. Voici les terribles paroles de ce divin Sauveur:

—La face de la France est devenue hideuse aux yeux de mon Père ; elle provoque sa justice ! Offrez-lui donc la Face de son Fils qui charme son Cœur, pour attirer sur cette France sa miséricorde ; sans quoi, elle sera châtiée. Là est son salut! c’est-à-dire en la Face du Sauveur. Voyez quelle preuve de ma bonté pour la France, qui ne me paie que d’ingratitude.

Alors j’ai dit: —Seigneur, est-ce bien vous qui ne donnez ces lumières ?

Notre-Seigneur m’a répondu:

—Auriez-vous pu vous les procurer vous-même dans la dernière communication? C’est exprès que je vous ai laissée depuis huit jours dans des ténèbres si profondes, afin de vous faire discerner mon opération.

Père éternel, nous vous offrons la Face adorable de votre Fils bien-aimé, pour l’honneur et la gloire de votre saint Nom et pour le salut de la France!» [1]

Réparer, réparer…

 

    Lettre du 8 mars 1846

«Permettez-moi de vous ouvrir mon pauvre cœur, blessé par un glaive de douleur, à cause de la nouvelle application que Notre-Seigneur m’a donnée ce matin sur son précieux chef couronné d’épines et sur sa Face adorable qui est un butte aux outrages des ennemis de Dieu et de l’Église. Il m’a fait entendre de nouveau ses douloureuses plaintes! Et ce divin Sauveur me faisait entendre qu’Il cherchait dans notre maison des âmes pour cicatriser ses blessures en réparant les outrages qui lui sont faits et en appliquant sur ses divines plaies le vin de la compassion et l’huile de la charité. Et il me semblait que Notre-Seigneur me disait que si la Communauté s’appliquait à cet exercice de réparation, Il lui donnerait un baiser d’amour qui serait le gage du baiser éternel. Il me semble aussi, ma Révérende Mère, que Notre-Seigneur me disait de vous remercier de ce que vous aviez déjà fait pour Lui en cette œuvre de réparation des blasphèmes et qu’Il vous engageait à continuer. J’avais peine à prendre la résolution de parler de ces choses, à cause que je craignais l’illusion, et je disais à Notre-Seigneur que, malgré le désir que j’avais de Le voir glorifié, je n’aurais pourtant jamais voulu dire une chose qui fût seulement un simple effet de mon imagination. Mais il me semblait que Notre-Seigneur me pressait de plaider sa cause et de demander pour Lui du soulagement à ses cruelles douleurs. J’ai senti pendant près de deux heures la présence de ce divin Sauveur dans mon âme.

—Mon Sauveur, lui ai-je dit, ah! veuillez vous choisir un plus digne instrument. Cherchez une Thérèse ou une Gertrude.

Et les sanglots et les larmes ont un peu soulagé mon pauvre cœur. Cette journée a été pour moi pleine d’angoisse ; mais heureuses souffrances, puisqu’il me semblait que Notre-Seigneur me faisait connaître qu’en me voyant prendre part à ses peines et les partager avec lui, il en été consolé!

Oh! ma bonne et Révérende Mère, je vous demande en grâce, pour l’amour et la consolation de Notre-Seigneur que vous vouliez envoyer dans quelques-unes de nos maisons les prières de la Réparation des blasphèmes qui sont si agréables à Notre-Seigneur: aussi je les ai dites deux fois dans cette journée en priant ce divin Sauveur de les recevoir comme le précieux parfum que sainte Madeleine son amante Lui versa sur la tête quelques jours avant sa Passion.

Voilà à peu près, ma Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Il y avait cinq semaines que Notre-Seigneur n’avait rien opéré en moi d’extraordinaire: seulement j’étais toujours appliquée à la réparation des blasphèmes, en soupirant après la naissance de cette œuvre, toutefois dans une grande paix, m’occupant du troupeau dont la garde m’a été remise ; tous les jours je le mène paître dans les divines prairies des mystères de la vie et de la Passion du Bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis, afin qu’aucune d’elles ne périsse.». [2]

 

[1] Lettre du 23 janvier 1846.

[2] Lettre du 8 mars 1846.

 

 

28

Véronique et le bon Laron – Promesses

    Lettre du 12 mars 1846

«C’est pour obéir à Notre-Seigneur qui, je crois, m’a commandé d’écrire ce qu’Il m’a communiqué ce matin après la Sainte Communion, que je vais soumettre les lumières suivantes.

Notre-Seigneur m’a fait entendre que deux personnes Lui avaient rendu un signalé service pendant sa Passion. La première, c’est la pieuse Véronique qui a glorifié sa sainte humanité en essuyant sa Face adorable dans la route du Calvaire. La seconde est le bon Larron sur la Croix qui, de là comme d’une chaire, a pris la parole pour défendre la cause du Sauveur, confesser et glorifier sa divinité pendant qu’Il était blasphémé par son compagnon et par les Juifs. Notre-Seigneur m’a fait entendre que ces deux personnes étaient deux modèles pour ses défenseurs en l’œuvre de la réparation des blasphèmes: la pieuse Véronique le modèle des personnes de son sexe, qui ne sont pas préposées pour défendre sa cause à haute voix, mais pour essuyer sa Sainte-Face en réparant par la prière, les louanges et les adorations, les blasphèmes des pécheurs; mais que le bon Larron était le modèle de ses ministres qui devaient hautement et publiquement défendre sa cause en l’Œuvre de la Réparation.

Ensuite, ce divin Sauveur m’a fait remarquer les magnifiques récompenses dont il avait gratifié ces deux personnes, l’une en lui laissant son divin portrait, l’autre en lui donnant son céleste royaume, tant il avait eu pour agréables les services qu’elles Lui avaient rendus pendant la Passion. Ensuite Notre-Seigneur m’a promis que tous ceux qui défendraient sa cause en cette œuvre, par paroles, par prières ou par écrits, Il défendrait leur cause devant son Père et qu’Il leur donnerait son royaume; il me semblait qu’Il me disait de le promettre de sa part en toute assurance à ses ministres qui plaideraient sa cause en cette œuvre, et qu’Il promettait à ses épouses qui s’appliqueraient à honorer et essuyer sa Sainte-Face en réparant les blasphème des pécheurs en cette œuvre, qu’à l’heure de la mort, il essuierait la face de leurs âmes en effaçant les tâches du péché, et qu’Il leur rendrait leur beauté première.

Ensuite, il me semblait que Notre-Seigneur me disait:

—Écrivez ces promesses, car elles feront plus d’impression sur les esprits que tout ce que je vous ai déjà dit par rapport à cette œuvre, en raison de l’intérêt éternel qui s’y trouve engagé, intérêt que je ne condamne pas, puisque j’ai donné ma vie pour mériter aux pécheurs ce royaume du ciel.

Il me semblait aussi que Notre-Seigneur me disait :

—Si vous voulez garder ces choses secrètes, sans vouloir en parler, vous commettez une injustice.

Notre-Seigneur me parlait ainsi parce que j’hésitait à croire cette communication, car je crains toujours de me tromper.

Voilà à peu près, ma Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Ces dernières lumières que j’ai reçues m’ont toute bouleversée. J’éprouve une douleur intérieur et un feu qui me dévore; je n’ai qu’à m’anéantir devant Dieu, adorant ses divines opérations sur un chétif néant». [1]

Promesses…

 

    Lettre du 23 mars 1846

«...Ce divin Sauveur m’a fait entendre que l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes était née de Lui et de l’Église son Épouse; qu’il fallait à sa naissance, produire l’autorité divine dont elle émane, afin qu’elle ait vie et qu’elle soit bien reçue des fidèles, sans quoi elle n’aurait point de succès. Notre-Seigneur me disait aussi qu’il fallait faire connaître le désir qu’Il a de voir cette œuvre s’établir, leur en faire la nature et ses précieux avantages. Et Il m’a dit:

—Tous ceux qui embrasseront cette œuvre et qui véritablement s’y dévoueront ne mourront pas de la mort éternelle. Je défendrai leur cause devant mon Père et je leur donnerai le royaume du ciel. Que ces promesses ne vous étonnent point, car cette œuvre est l’essence de la charité, et ceux qui ont la charité ont la vie. D’ailleurs, je leur accorderai des grâces de préservation.

Voilà deux fois que Notre-Seigneur me fait ces magnifiques promesses. Puissent-elles être reçues avec actions de grâce pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des associés de l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes! Que le Saint Nom de Dieu soit béni!». [2]

 

[1] Lettre du 12 mars 1846.

[2] Lettre du 23 mars 1846.

Thursday, 29 January 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XII.

 

23

L'effigie du Prince

    Lettre du 29 octobre 1845

« ... Ayant pris pour sujet de mon oraison la trahison de Notre-Seigneur par Judas, je considérai avec douleur quel outrage avait reçu la Sainte-Face de Notre-Seigneur par un baiser si perfide, et il me semblait que Notre-Seigneur m’invitait à baiser l’image de sa Sainte-Face avec beaucoup d’amour, en esprit de réparation. Après avoir fait plusieurs actes, j’ai senti intérieurement que Notre-Seigneur m’attirait à Lui. J’ai obéi à cette touche secrète de la grâce. Alors ce divin Sauveur a bien voulu m’instruire sur l’excellence du « don » qu’Il m’avait fait en me donnant sa Face adorable; et Il a encore eu la bonté de s’accommoder à la faiblesse de mon esprit par une simple comparaison.

— De même — m’a-t-il dit — que dans un royaume on se procure tout ce qu’on désire avec une pièce d’argent marquée à l’effigie du Prince, de même aussi, avec la pièce précieuse de ma sainte Humanité, qui est ma Face adorable, vous obtiendrez dans le royaume du ciel, tout ce que vous voudrez, par l’offrande de cette divine pièce.

Et ces précieuses lumières que je suis obligée d’exprimer par ces paroles que je viens de dire, pour me faire comprendre, m’ont mises tout hors de moi. Je ressentis une opération intérieure qu’il m’est impossible d’exprimer.

Alors, j’ai prié Notre-Seigneur d’avoir la bonté de m’instruire et de me rendre à mon pauvre esprit un peu plus intelligible ce que j’éprouvais, car les puissances de mon âme étaient comme suspendues. Notre-Seigneur permit qu’en cet état, mon esprit se portât vers la portion de terrain que notre Révérende Mère m’avait dit de demander à Notre-Seigneur. Il me sembla que je devais l’acheter par l’offrande de la Sainte-Face et Notre-Seigneur me dit qu’avant un an, on en serait en possession. Il me l’assura en m’ajoutant de ne pas indiquer comment cela se pourrait faire.[1]

Cette faveur m’a remplie de crainte; car je la regarde comme le signe sensible de ce que j’ai reçu dans le don de la Sainte-Face, et je tremble en pensant au compte que Dieu me demandera, si je ne sais pas faire valoir ce divin talent pour sa gloire et les salut des âmes». [2]

 

[1] Effectivement, quelques mois après, cette affaire qui paraissait désespérée, se renoua. Le propriétaire, que rien auparavant n’avait pu fléchir, vint de lui-même offrir son terrain à des conditions dont nos Supérieurs furent satisfaits, et quelques jours après avoir signé l’acte de vente, il mourut subitement. Cette grâce m’a remplie de crainte, car je la regarde comme le signe sensible de la grâce que j’ai reçue de Notre-Seigneur dans le don de sa Sainte-Face; et je tremble en pensant au compte que j’aurai à rendre à Dieu si je ne fais pas valoir ce divin talent pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

[2] Lettre du 29 octobre 1845.

 

 

24

Souviens-toi, ô mon âme!

    Lettre du 30 octobre 1845

«Souviens-toi, ô mon âme, de la divine instruction que ton divin Époux t’a donnée aujourd’hui sur la Face adorable !

Souviens-toi que ce divin Chef représente le Père éternel qui n’est point engendré; que la bouche de cette Sainte-Face représente le Verbe divin engendré par le Père; et que les deux yeux de cette Face mystérieuse représentent l’amour réciproque du Père et du Fils — car ces yeux divins n’ont tous deux qu’une même lumière, une même connaissance, et ne produisent qu’un même amour, qui représente le Saint-Esprit. Contemple en sa chevelure la diversité des perfections adorables de la Sainte Trinité. Vois dans cette tête majestueuse la pièce précieuse de l’humanité du Sauveur, l’image de l’unité de Dieu.

C’est donc cette Face adorable et mystérieuse du Sauveur que les blasphémateurs couvrent de nouveaux opprobres et renouvellent en quelque sorte les souffrances de la Passion et attaquant par leurs blasphèmes la divinité dont elle est l’image». [1]

Réparer le portrait défiguré…

 

    Lettre du 3 novembre 1845

«— Selon le soin que vous aurez à préparer mon portrait défiguré par les blasphémateurs, j’aurai soin de réparer la vôtre, qui a été défiguré par le péché. J’y réimprimerai mon image, et je le rendrai aussi beau qu’il était en sortant des fonts du baptême. Abandonnez-vous donc entre mes mains, et soyez disposée à souffrir toutes les opérations nécessaires pour la restauration de cette image. Ne soyez pas troublée si vous éprouvez des tristesses et des ténèbres, car vous savez que, dans une image, les couleurs sombres servent à faire ressortir celles qui sont plus vives. Il y a des hommes qui ont l’art de restaurer les corps; mais il n’y a que moi qu’on puisse appeler le restaurateur des âmes, et qui les rétablisse à l’image de Dieu. Je vous ai fait connaître cette œuvre de réparation, je vous en ai montré l’excellence, et maintenant je vous promets la récompense. Oh ! si vous pouviez voir la beauté de ma Face! Vos yeux sont encore trop faibles! [2]

 

[1] Lettre du 30 octobre 1845.

[2] Lettre du 3 novembre 1845.

 

 

25

Réimprimer dans les âmes l'image de Dieu

    Lettre du 6 novembre 1845

« Notre-Seigneur continue toujours à m’instruire au sujet de sa Sainte-Face par rapport à l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes. Ce divin Sauveur m’a fait entendre qu’il avait résolu de faire connaître la vertu de sa Face adorable pour réimprimer dans les âmes l’image de Dieu, qui était effacée dans un grand nombre par le péché. Ensuite, Il m’a montré dans l’apôtre saint Pierre un exemple de la vertu de sa Sainte-Face. Il la tourna vers cet apôtre infidèle et il devint pénitent. Jésus regarde Pierre, et Pierre pleure amèrement. dans la lumière de Dieu, je vois que cette face adorable est comme le cachet de la divinité, qui a la vertu de réimprimer dans les âmes qui s’appliquent à elle, l’image de Dieu. C’est cette vue qui me porta a saluer cette très Sainte-Face par ces paroles:

Je vous salue, je vous adore et je vous aime, ô Face adorable de Jésus, mon bien-aimé; noble cachet de la divinité, je m’applique à vous de toutes les forces et puissances de mon âme et vous prie très humblement de réimprimer en nous l’image de Dieu.

Ma Révérende Mère, si ces lumières viennent de Dieu, cette œuvre est vraiment l’Œuvre de la Réparation; car l’homme est invité à réparer les outrages faits à Dieu, et par retour d’amour, Dieu nous promet de réparer son image dans nos âmes en y appliquant la vertu de sa Face adorable. Quel mystère d’amour!... Essuyons donc cette divine Face du Sauveur, salie par les crachats des blasphémateur, et ce divin Maître essuiera la nôtre salie par les crachats du péché.

Voilà, ma Révérende Mère, les sentiments et les lumières que Notre-Seigneur me donne. Il me semble qu’Il a de grands desseins de miséricorde sur les âmes en nous découvrant la vertu de sa Sainte-Face adorable.

Nous avons, en ce précieux « don », un moyen infaillible pour apaiser la colère du Père céleste, irrité contre les blasphémateurs. Nous le prierons de jeter un regard sur la Face de son divin Fils et la foudre Lui tombera des mains. “O Dieu ! notre protecteur, regardez-nous et jetez un regard sur la Face de votre Christ”. [1]

 

[1] Lettre du 6 novembre 1845.

Thursday, 22 January 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XI.

 

21

Un livre... – Dans les ténèbres

    Lettre du 26 juillet 1845

A Monsieur Dupont

(pour lui demander un livre)

«Notre Révérende Mère vous prie de vouloir bien me procurer un livre dont elle croit que l’intitulé est: “Triomphe de Jésus au très Saint-Sacrement”. Elle ne sait en quel endroit, durant notre délogement, a été mis celui qu’elle avait.

Comme je n’ai pas assez de ferveur, je désire en obtenir à quelque prix que ce soit; j’espère trouver, dans la lecture de ce livre, de quoi m’enflammer d’amour pour Jésus au très Saint-Sacrement». [1]

 

Dans les ténèbres

    Lettre du 11 Octobre 1845

«Depuis la dernière lettre de la première relation, datée du 19 novembre 1844, jusqu’au 17 juin 1845, époque où j’eus l’honneur et la grâce de parler à notre prélat, je reçus peu de communications par rapport à l’Œuvre de la Réparation...

Oh ! que mon âme était souffrante à cette époque (de l’entrevue avec Mgr Morlot). Alors je souffris un martyre intérieur que Dieu seul connaît; je ne pouvais plus manger, je ne pouvais plus vivre. Le céleste Époux me dit de ne point craindre de parler à Monseigneur, qu’il m’accompagnerait et me suggérerait ce que j’aurais à lui dire. Ce divin Sauveur tint sa promesse, car je parlai à ce digne prélat avec le respect dû à Sa Grandeur et avec la simplicité d’un enfant envers son père, sans être trop intimidée. [2]

Ces paroles furent comme un baume répandu sur mon âme; elles me donnèrent une grande consolation, car jusqu’alors mon confesseur n’avait pas voulu se prononcer sur ce qui se passait en moi au sujet de la réparation, me disant que mon premier supérieur avait reçu de l’Esprit-Saint le pouvoir d’exercer un jugement équitable, et qu’il fallait se soumettre à sa décision; alors je fus plus convaincue que jamais de la volonté divine, et quoique Monseigneur ne m’ait pas donné grand espoir qu’il puisse procéder à l’établissement de l’œuvre à cause des graves difficultés qu’il prévoit, cela ne m’empêche pas d’espérer que Dieu lèvera les obstacles quand le temps marqué dans ses décrets sera arrivé. Voici le raisonnement que je fais et la conclusion que j’en tire: si les communications que, malgré mon indignité, je reçois de Dieu par rapport à la réparation, ne sont pas illusoires, ainsi que me le dit celui qui a reçu d’en haut grâce pour en juger, cette œuvre assurément s’établira, car la parole de Dieu est créatrice et efficace; si, au contraire, Monseigneur m’eût dit que c’étaient des illusions, j’aurais abandonné tout cela, car, par la grâce de Dieu, j’ai toujours eu plus de confiance en la parole de mes supérieurs, qu’aux paroles intérieures que j’ai cru entendre de Notre-Seigneur: dans celles-ci on peut se tromper, mais la foi ne trompera jamais; le divin Maître a dit des supérieurs : Qui vous écoute, m’écoute; on ne peut donc se tromper en les écoutant. Ce mot du saint Évangile m’a toujours frappée; je l’ai gravé dans mon cœur, et en le mettant en pratique j’ai reçu de grandes grâces par le moyen de ceux qui ont eu la direction de mon âme».

 

Publication des prières

«Mais l’impression n’en fut pas exécutée tout de suite; alors Notre-Seigneur me fit entendre que si l’on se contentait d’imprimer ces prières sans y joindre une instruction sur le but de l’Œuvre à établir, cela ne suffirait pas, et que, pour intéresser les fidèles à réciter ces prières, il fallait leur apprendre le dessein de sa volonté, et qu’alors on verrait les âmes pieuses se jeter sur les prières de la réparation avec le même empressement que les abeilles se jettent sur les fleurs; et il me fit connaître que ces prières obtiendraient de grandes grâces pour la conversion des pécheurs.

Monseigneur approuva ce petit ouvrage, qui eut aussitôt un grand succès; en peu de temps il se répandit, ainsi que plus de vingt-cinq mille prières de la réparation. De différentes villes de France on adressait à Tours des demandes, afin de propager cette dévotion à la gloire du saint Nom de Dieu, et ces prières se récitaient partout avec une grande ferveur. Notre-Seigneur me dit à ce sujet que cette nouvelle harmonie apaisait sa colère, mais qu’il voulait l’association comme il l’avait demandée».

«Ce divin Époux s’est caché à mon âme et Il m’a remise dans l’oraison de considération ou très simple méditation sur mes fins dernières. Je suis rentrée dans le fond de mon âme pécheresse et criminelle, et là, Notre-Seigneur m’a fait connaître par de vives lumières l’abîme de mon néant. J’ai vu aussi mes nombreux péchés, tant d’infidélité à ses grâces et toutes mes ingratitudes. J’ai vu avec une grande certitude que je n’étais qu’un fantôme de carmélite et que j’étais bien éloignée de l’être en réalité. D’après ces vives lumières, je me suis jetée aux pieds de notre bon Sauveur, me reconnaissant coupable et le Lui ai confessé mes péchés. J’ai fait aussi une petite revue de conscience à mon confesseur, et j’ai pris la ferme résolution de commencer une vie toute nouvelle, à la faveur des lumières que Notre-Seigneur me donnait sur mes misères et sur mon néant. Il me semblait que c’étaient mes péchés qui étaient la cause que l’œuvre de la réparation restait inachevée. C’est pourquoi, le cœur pressé de douleur, j’ai prié Notre-Seigneur de vouloir bien se choisir un autre instrument pour l’accomplissement de ses desseins, qui fût digne de Lui.

Après ces lumières, Notre-Seigneur a permis que je sois éprouvée par des tentations. Je ne sentais plus en moi que des dispositions au mal. Si Notre-Seigneur ne m’avait pas retenue par sa sainte grâce, j’aurais fait bien des fautes. Ensuite, mes peines intérieures se sont augmentées par la privation de la grâce sensible. Oh! que cet état est pénible. Je ne parle pas ici de la soustraction des consolations intérieures, mais d’une grâce ou d’un mouvement intérieur qui porte l’âme au bien et à Dieu. Il semble qu’en cet état, l’âme a perdu la grâce; elle est comme agonisante.

— Seigneur — m’écriai-je — soutenez-moi, car je tombe en défaillance, je meurs.

Je n’osais presque plus faire la sainte communion, n’ayant à offrir à mon divin Époux qu’un cœur glacé. Je ne pouvais plus aussi glorifier le saint Nom de Dieu; cet exercice de réparation n’excitait plus en moi que dégoût et amertume. Et cependant dans le fond de mon âme, il me semblait que le bon Dieu voulait que je sois fidèle à cet exercice. Enfin, aujourd’hui, ma Révérende Mère, j’avais pris la résolution d’aller vous ouvrir mon âme avant de faire la sainte communion, car je ne pouvais me décider à la faire en cet état. Cependant, j’ai remis cette démarche et pensant à la sainte communion, j’ai dit: “Ce pain des forts soutiendra mon courage”, et en attendant la sainte Messe, j’ai pris avec foi le crucifix, pensant que Lui seul pouvait me guérir; m’étant souvenue que ce divin Sauveur m’avait dit que la louange qu’il m’avait donnée sous le titre de la “Flèche d’Or” blessait délicieusement son divin Cœur, j’ai fait dix fois cet acte de louange au saint Nom de Dieu et j’ai pris la résolution faire la communion, en réparation pour tous les blasphèmes proférés contre la divine Majesté.

— Oh ! que Dieu est bon ! Oh ! que sa miséricorde est grande !

Après avoir reçu par la sainte Communion ce Dieu d’amour, je Lui ai dit avec foi :

— Oh ! céleste et divin Médecin, je remets mon âme entre vos mains.

Ce divin Sauveur a de suite fait sentir à mon âme l’effet de sa prière en la recueillant en Lui pour Lui faire oublier ses douleurs, et ce bon Maître m’a fait entendre que sa divine volonté était toujours que je m’employasse à l’exercice de la réparation des blasphèmes, malgré les efforts du démon, qui voulait m’en empêcher en remplissant mon âme de peines et de répugnances lorsque je voulais m’y appliquer, parce qu’il voudrait anéantir cette œuvre si c’était en son pouvoir. Alors Notre-Seigneur a transporté mon esprit sur la route du Calvaire, et m’a vivement représenté le pieux office que Lui rendit Véronique qui, de son voile, essuya la très Sainte-Face qui était alors couverte de crachats, de poussière, de sueur et de sang. Ensuite, ce divin Sauveur m’a fait entendre que les impies renouvelaient actuellement, par leurs blasphèmes, les outrages faits à sa Sainte-Face; j’ai compris que tous ces blasphèmes que ces impies lançaient contre la Divinité, contre Dieu qu’ils ne peuvent atteindre, retombent comme les crachats des Juifs sur la Sainte-Face de Notre-Seigneur qui s’est fait la victime des pécheurs. Alors, notre divin Sauveur m’a fait entendre qu’il fallait que j’imite le courage de sainte Véronique qu’Il me donnait comme protectrice et pour modèle: elle qui traversa courageusement la foule de ses ennemis. Ensuite, j’ai compris que Notre-Seigneur me disait qu’en s’appliquant à l’exercice de la réparation des blasphèmes, on Lui rendait le même service que Lui rendit la pieuse Véronique, et qu’Il regardait celles qui le Lui rendaient, avec les yeux d’une même complaisance dont Il regarda cette sainte femme lors de sa Passion: et je voyais que Notre-Seigneur avait beaucoup d’amour pour elle. C’est pourquoi Il me dit qu’Il désirait qu’elle soit honorée particulièrement dans la Communauté, me disant de Lui demander telle grâce que nous voudrions, par le service que Lui rendit la pieuse Véronique, et qu’Il promettait de l’accorder. Il me semblait aussi que Notre-Seigneur me disait de prier notre Révérende Mère de faire part de cela aux Sœurs qui, dans ces jours, faisaient une dévotion de réparation en disant en l’honneur de la vie de Notre-Seigneur un certain nombre de fois la louange au saint Nom de Dieu dite “Flèche d’Or”. Notre-Seigneur me fit comprendre qu’Il avait pour agréable cette dévotion, faisant voir qu’Il s’était servi de moi comme d’un vil instrument pour introduire cette dévotion dans la Communauté, qui étant pratiquée par de bonnes âmes, Lui rendait service...» [3]

«Les effets de cette communication furent si grands dans mon âme, que je ne pouvais me lasser d’admirer la puissance et la bonté de Notre-Seigneur. Avant la communion j’étais plongée dans un abîme de douleur, et, après avoir reçu le pain de vie, j’étais comme ressuscitée de la mort, et la joie dilatait mon âme. J’allai trouver notre Révérende Mère, et je lui appris ce que le divin Maître venait de me faire connaître sur sa Sainte-Face par rapport à l’œuvre de la réparation, en lui disant:

— Ma Mère,, Notre-Seigneur m’a promis de m’accorder une grâce par l’intercession de la pieuse Véronique; que voulez-vous que je demande de votre part ?

Je me sentais pressée intérieurement de faire cette demande à notre Révérende Mère; Notre-Seigneur me donnait la conviction que j’allais être exaucée, et je pensais que, s’il m’accordait cette grâce, elle serait une preuve de vérité pour la nouvelle lumière que je croyais avoir reçue. Notre Mère me dit alors:

— Si Notre-Seigneur désire que nous essuyons sa Face, et s’il est disposé à nous accorder une grâce par le service que lui a rendu la pieuse Véronique, la grâce que je vous ordonne de lui demander, c’est qu’il ait la bonté de vouloir bien voiler notre face, à nous qui serons exposés aux yeux des séculiers, si la portion de terre qui avoisine notre jardin est vendue à des étrangers; ainsi priez-le de vouloir bien la donner à ses épouses; s’il vous accorde cette grâce, vos supérieurs auront une preuve sensible de l’esprit qui vous conduit».

La sœur obéit à l’ordre…

«Vous savez bien, mon Dieu, que je ne désire ce terrain qu’à cause de vous, et pour la gloire de votre saint Nom!

Je crois éprouver une protection spéciale de la pieuse Véronique, et je suis continuellement occupée à l’adoration de la Face auguste et très sainte de notre divin Sauveur. Je sens que mon âme est entre les mains de Dieu comme un instrument qu’il manie à son gré. J’ai été pressée, ces jours-ci, d’exposer à Jésus ce que notre digne prélat m’avait dit touchant l’œuvre de la réparation des blasphèmes, lorsque j’eus la grâce de lui parler. Hier surtout, après la communion, j’ai conjuré Notre-Seigneur de vouloir bien me donner de nouvelles lumières, en lui disant:

— Vous savez bien, mon Dieu, que c’est de la part de Monseigneur que je vous fait cette demande ; c’est en vertu de la sainte obéissance.

         Ce divin Sauveur n’a pas jugé à propos de me répondre; il m’a seulement recueillie en lui très profondément dans la contemplation de sa Face adorable.».

 

[1] Lettre du 26 juillet 1845 à Monsieur Dupont.

[2] Le prélat répondit: « Mon enfant, je désire de tout mon cœur établir cette œuvre et lui donner la publicité qu’elle mérite, mais c’est une chose difficile. Si vous connaissiez comme moi les obstacles! Nous avons déjà tant de peine à faire marcher notre peuple dans la voie ordinaire: que dira-t-on si je propose quelque pratique de plus? Cela n’excitera-t-il pas les méchants à de plus grands blasphèmes? Exposez à Dieu nos difficultés et priez beaucoup pour moi; demandez de nouvelles lumières; si le Seigneur vous éclaire, vous m’en donnerez connaissance. Mon enfant, ce que vous éprouvez n’a point le caractère des illusions; j’y reconnais, au contraire, le cachet de Dieu. Nous avons pris des informations et nous savons que plusieurs personnes ont eu la même inspiration que vous au sujet de cette œuvre réparatrice; elle existe en Italie, et il y a un mouvement pour elle dans plusieurs diocèses de France. Je désire beaucoup que les âmes pieuses s’appliquent à cette dévotion, mais vous surtout, mon enfant; offrez-vous à Dieu comme une victime; offrez vos pénitences et toutes vos œuvres en sacrifice de réparation pour l’Église et pour la France; unissez-vous à Notre-Seigneur Jésus-Christ au très Saint-Sacrement de l’autel pour rendre, par lui, honneur, louange et gloire aux trois divines personnes de l’adorable Trinité; tâchons d’empêcher le bras du Seigneur de s’appesantir sur nous. Adressons-nous au saint Cœur de Marie; offrons au Père éternel, par les mains de cette auguste Mère, le sang, les souffrances et tous les mérites de son Fils, et j’espère que nous apaiserons la colère de Dieu.

      Vous ferez, le jeudi une amende honorable; le vendredi, vous direz les litanies de la Passion, et le samedi, celles de la sainte Vierge. Quand le Seigneur vous l’inspirera, vous réciterez, mon enfant, les prières de la Réparation; mais j’aime mieux que vous fassiez les prières les plus communes.

      Dès lors que vous ne vous obstinez pas à rien poursuivre hors des limites de l’obéissance et que vous abandonnez ces choses au jugement de vos supérieurs, vous devez être parfaitement tranquille.

      Je trouve tout cela très bien; priez le Seigneur de m’éclairer et agissez uniquement pour la gloire de Dieu ».

Document B, page 45.

[3] Document B, page 49 — Lettre du 11 octobre 1845.

 

 

22

“Dieu est le Chef de son Christ”

    Lettre du 27 octobre 1845

«... Ce matin, en arrivant à l’oraison, Notre-Seigneur s’est emparé des puissances de mon âme. Il m’a fait entrer dans son divin Cœur et Il m’a fait voir et entendre des choses admirables en me faisant connaître ses admirables desseins sur l’Œuvre de la Réparation...

C’est ici, ma Révérende Mère, que j’ai grand besoin que l’Esprit Saint conduise ma plume, car je ne sais comment écrire ce que j’ai vu et entendu. Voici donc à peu près ce que je crois que Notre-Seigneur m’a communiqué.

Notre divin Sauveur, ayant recueilli les puissances de mon âme dans son divin Cœur, Il m’a fortement appliquée à la contemplation de sa Face adorable et Il m’a fait connaître par la lumière de ses divins rayons que cette Face auguste et Sainte, offerte à nos adorations, était le miroir ineffable des perfections divines qui sont renfermées, exprimées, contenues dans le très Saint nom de Dieu. D’après cette vue intellectuelle que Dieu m’a donnée, mais qu’il m’est impossible d’exprimer si ce n’est par ces paroles de l’Apôtre saint Paul, que j’ai lues depuis peu et qui m’ont vivement touchées parce que j’ai reconnu en ces paroles ce que j’avais vu et entendu en cette lumière: “Dieu est le chef de son Christ”. Et j’ai compris par cette communication que, comme le Sacré-Cœur de Jésus est l’objet sensible offert à nos adorations pour représenter son amour immense au très Saint-Sacrement de l’Autel, de même aussi, la Face adorable de Notre-Seigneur est l’objet sensible offert à l’adoration des associés de l’Œuvre de la Réparation, pour honorer et vénérer avec un profond respect, cette Sainte-Face couverte d’opprobres par les blasphémateurs qui attaquent la divinité dont elle est la figure, le miroir et l’expression; et par la vertu de cette Sainte-Face, offerte au Père éternel, on peut apaiser sa colère et obtenir la conversion des impies et des blasphémateurs. Cette dévotion n’est pas contraire à l’Œuvre; elle ne peut que lui être avantageuse. Notre-Seigneur m’a donné aussi une autre lumière en me faisant voir que l’Église est son corps mystique et que la religion était la face de ce corps. Alors, Il m’a fait voir cette face en butte à tous les ennemis de son Saint Nom; et je voyais que tous les blasphémateurs et les sectaires renouvelaient à la Sainte-Face de Notre-Seigneur tous les opprobres de sa Passion. Je voyais à la faveur de cette divine lumière, que les impies qui profèrent de mauvaises paroles et blasphèment le Saint Nom de Dieu crachait à la Face de Notre-Seigneur et la couvraient de boue, et que tous les coups que les sectaires donnaient à la Sainte Église, à la religion, étaient le renouvellement de nombreux soufflets que la Face de Notre-Seigneur avait reçus et qu’ils faisaient sur cette Face divine, en s’efforçant d’anéantir les divins travaux!

En suite de cette vue, Notre-Seigneur m’a dit :

— Je cherche des « Véronique » pour essuyer et adorer ma divine Face qui a peu d’adorateurs.

Et il m’a fait entendre de nouveau que tous ceux qui s’appliqueraient à cette Œuvre de la Réparation feraient en cela l’office de la pieuse Véronique.

Ensuite, Notre-Seigneur m’a dit:

— Je vous donne cette Sainte-Face en récompense des services que vous m’avez rendus depuis deux ans. Vous avez fait peu de choses, il est vrai; mais votre cœur a conçu de grands désirs. Je vous donne donc cette Face en présence de mon Père, dans la vertu du Saint-Esprit, et en présence des Anges et des Saints. Je vous fait ce « don » par les mains de ma Sainte Mère et de sainte Véronique, qui vous apprendra à la vénérer.

Ensuite, Notre-Seigneur m’a dit:

— Par cette Sainte-Face, vous ferez des prodiges.

Ce divin Sauveur me faisait connaître en même temps le désir qu’Il avait de voir sa Sainte-Face offerte à l’adoration de ses enfants, comme l’objet de la dévotion des associés de l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes. Il semblait m’inviter à faire connaître son adorable Face. Ensuite, Notre-Seigneur me fit entendre que la grâce qu’Il m’avait faite en ce jour était la plus grande qu’Il pouvait me faire, après la grâce des sacrements, et qu’Il m’avait préparée, en labourant la terre de mon âme par les grandes peines intérieurs que j’avais souffertes il y a peu de temps. Il me fit entendre qu’Il ne tentait point ses enfants au-dessus de leurs forces. Je compris aussi qu’Il députait saint Louis, roi de France, pour protecteur de cette Œuvre de la Réparation, à cause du zèle qu’il avait eu pour la gloire de son Nom, et la pieuse Véronique, à cause du service qu’elle Lui avait rendu dans la route du Calvaire, en essuyant sa Face adorable. Après que Notre-Seigneur m’eût donné ces vives lumières sur l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes, Il me dit:

— Maintenant, ceux qui ne reconnaîtront pas ici mon œuvre, c’est qu’ils fermeront les yeux.

A la fin de cette communication, je sentis un peu d’inquiétude sur la véracité de cette opération à cause de sa longueur; mais Notre-Seigneur me rassura en me disant qu’Il avait divers moyens pour se communiquer aux âmes et qu’Il s’accommodait à ma faiblesse; que je devais déjà avoir l’expérience qu’Il s’était communiqué à mon âme de cette manière douce et paisible. C’est comme un tendre Père qui me donne ses ordres et qui me fait connaître ses désirs. Mais il faut pour cela que mon âme ne soit agitée d’aucune passion: une grande joie ou une grande peine qui causent la moindre agitation, m’empêchent de recevoir ces lumières de Notre-Seigneur. Mais quand, par pure bonté, Il se fait entendre à mon âme, tout cela se passe si doucement et s’imprime tellement en moi que je ne peux plus m’appliquer qu’à ce que mon divin Maître m’a montré être de son bon plaisir.

Il m’avait promis, à mon entrée en religion, que, si je voulais, pour l’accomplissement de ses desseins, lui faire un parfait abandon de moi-même et de tout ce que je pourrais mériter, il dirigerait lui-même mon âme dans ses voies; mais je peux bien assurer ici, à la gloire de cet aimable Pasteur, qu’il me conduit pas à pas, comme une de ses brebis, malgré mon indignité. Il me mène à son gré, paître tantôt dans des vallons délicieux, puis dans des déserts arides, selon le besoin de sa pauvre brebis et pour le besoin spirituel de mon âme. J’ai pensé qu’il n’était pas inutile de faire connaître en peu de mots la manière dont Notre-Seigneur conduisait mon âme, afin qu’on puisse mieux juger ces lumières que je crois recevoir de notre divin Sauveur. Que son saint Nom soit béni d’avoir tant de soins d’une misérable pécheresse». [1]

 

[1] Lettre du 27 octobre 1845.