Wednesday, 1 April 2026

Wednesday's Good Reading: “Dialogue” by Sr. Madeleva (in English).

 

A Word, a Word

Thou, Lord, didst utter which Thy willing handmaid heard,

And infinite, small Life within my own life breathed and stirred.

A blessed space

My Lord in me and I in Him found resting place;

In such divine repose I waited, silent and full of grace.

Answer is nigh;

O God, I lift a Child up heart-and-heaven high

And say, “This is my Flesh and Blood”; Thy Word is my reply.

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XXI.

 

46

La “petite voie”

    Lettre du 1 août 1847

Introduction

«Malgré ma répugnance à mettre par écrit les dispositions actuelles de mon âme, je le ferai cependant de bon cœur, pour pratiquer l’obéissance et la simplicité du saint Enfant-Jésus, que je veux imiter. Comme j’ai la confiance que vous mettrez ce papier au feu, je vous parlerai avec la simplicité d’un petit enfant, et vous rendrez compte de ce qui s’est passé en mon âme depuis la fête de saint Jean-Baptiste jusqu’à ce jour.

Ma Révérende Mère, mon âme, depuis cette époque, a été appliquée à adorer le Verbe incarné à la mamelle de sa sainte Mère. Oh! que ce mystère est ineffable! L’âme est toute ravie d’un tel prodige; un Dieu, enfant d’une Vierge! Celui qui a parlé par les prophètes, et qui a donné sa loi aux hommes au milieu des éclairs et du tonnerre, Celui enfin par qui tout a été fait, le Verbe divin, la parole éternelle du Père, est là en silence, attaché au sein de sa Mère, par obéissance à Dieu, son Père, lui faisant hommage de son pouvoir absolu en se réduisant à l’impuissance d’un petit enfant, se nourrissant d’un lait qui, bientôt changé en son sang précieux, se répandra pour le salut du monde!

Il est là ce Dieu agneau, destiné au sacrifice, attaché à la mamelle de sa sainte Mère par la même obéissance qui bientôt l’attachera à la croix. Oh! que cette contemplation est ravissante! Mais, après avoir considéré avec respect et amour ce divin Enfant, mon esprit se porte sur son auguste Mère. Ah! quels devaient être les sentiments de son cœur, en voyant son Dieu, son Créateur se nourrir de sa substance! Combien je la remercie d’avoir allaité mon Sauveur, d’avoir engraissé, si je peux m’exprimer ainsi, la victime de notre salut!

Oui, ô divine Marie, rien n’est si pur que votre sein virginal, parce que vous êtes bénie entre toutes les femmes. Il m’apparaît comme un soleil de pureté et comme une fontaine de grâces! Allons y puiser, afin de naître à l’enfance spirituelle de Jésus naissant.»

 

La «petite voie»

«Je dois imiter les vertus de son enfance, et, pour m’en être une fois un peu éloignée, j’ai perdu la présence de la sainte Vierge et celle de l’Enfant-Jésus pendant à peu près huit jours; mais je me suis humiliée devant Dieu au souvenir de mes profondes misères; il a lancé dans mon cœur un vif trait de contrition, j’ai pleuré amèrement mes péchés passés; bientôt, comme le père de l’enfant prodigue, il m’a donné le baiser de paix et de réconciliation, et s’est communiqué à mon âme de la manière la plus intime. Alors il m’a fait connaître la pureté, la perfection que je devais avoir pour m’unir à lui, parce qu’il est mon Dieu et mon tout; ensuite il m’a montré les faveurs qu’il me destinait, si j’étais fidèle à suivre la lumière de sa grâce.

Cette communication a changé la disposition de mon âme, j’ai retrouvé l’Enfant-Jésus au sein virginal de sa divine Mère. Notre-Seigneur m’a déclaré plusieurs fois qu’il voulait que je l’adorasse en cet état, car peu d’âmes sont capables de cette sainte application, qui demande une grande pureté de cœur. Le démon est venu me tourmenter, pour me faire abandonner mes exercices envers ce mystère; mais quand j’eus soumis mes inquiétudes au guide de mon âme et mis ses conseils en pratique, le démon a fui devant l’obéissance.»

«Mon âme est toute perdue en ce mystère ineffable; j’y pense nuit et jour. Une fois que j’étais éveillée à une heure du matin, je sentais en moi la présence de la sainte Vierge; elle me fit de nouveau connaître les trésors de grâces qu’elle renfermait dans son sein, m’invitant à puiser à cette source en pleine liberté et me pressant de faire part de mon abondance aux pauvres pécheurs. A la sainte communion, en ce même jour, l’Enfant-Jésus m’avertit de prier pour les âmes impures.

—Je vous ai préparée et purifiée, me disait-il; maintenant, levez-vous, allez me chercher des âmes, afin que je règne sur elles.

Ensuite il a opéré en moi quelque chose que je ne puis comprendre: j’ai senti un poids de douleur inexprimable, j’étais comme dans un feu; mes sens étaient liés par une puissance divine. J’ai compris que l’Enfant-Jésus voulait me faire combattre le démon de l’orgueil et de l’impureté avec les vertus et les grâces de sa sainte Enfance. Vivent Jésus et Marie! »

Remarque [1]

«On sera peut-être étonné, après m’avoir vue occupée pendant quatre ans à méditer la grandeur du très saint Nom de Dieu, de me voir maintenant si attachée à un mystère qui semble, aux yeux de quelques chrétiens, le plus petit et le moins honorable dans la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je ne condamnerai pas ceux qui peuvent avoir cette opinion: car l’année dernière, sans les lumières que l’Enfant-Jésus et sa sainte Mère m’ont accordées, j’aurais peut-être partagé leur sentiment. Mais aujourd’hui il n’en est pas ainsi, et d’après les communications que j’ai reçues et que je reçois encore au moment où j’écris, je dirai que ce mystère, si inconnu qu’il soit au monde, est cependant grand, admirable, ineffable; sa profondeur n’est pénétrée que par l’Enfant-Jésus, qui en est l’objet, et par la Vierge sa tendre Mère.

A Dieu ne plaise que j’imite les anges rebelles, qui, après avoir contemplé la hauteur et la sublimité des perfections divines, n’ont pas voulu ensuite abaisser leurs regards orgueilleux sur les humiliations du Verbe incarné et l’adorer dans cet état d’anéantissement. Oui, ô divin Enfant, vous êtes aussi digne de nos respects et de nos adorations sur le sein virginal de votre Mère que dans le sein de votre Père éternel; vous êtes et vous serez toujours le Dieu de l’éternité.»[2]

 

[1] «La sœur fait suivre ce récit (ci-dessus) d’une réflexion qui mérite d’être remarquée.»

— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

[2] Document C, Lettre VI.

 

 

47

Marie, canal des grâces

    Lettre du 13 août 1847

Explication...

«Comment vous exprimer, ma Révérende Mère, par de faibles paroles des choses aussi incompréhensibles ? Cependant, avec le secours du saint Enfant-Jésus, j’essayerai d’en balbutier quelques mots, qui, quoique imparfaitement dits, pourront néanmoins vous donner lumière sur l’état actuel de mon âme.

Ah ! si je savais écrire, si je savais parler! Non, jamais jusqu’ici je n’avais bien connu le précieux don que Jésus nous a fait en nous léguant sa Mère. O mystère de clémence et d’amour ! Aussitôt  qu’il nous eut enfantés sur la croix, au milieu des plus affreuses souffrances, il a remis tous ces nouveau-nés entre les bras de Marie, la plus tendre des mères, afin qu’elle les nourrît et les élevât pour la vie éternelle. Dans cette vue, il a rempli son sein du lait de la grâce et de la miséricorde; il a fait cette divine Mère légataire des biens immenses qu’il avait acquis pendant sa laborieuse vie et sa douloureuse passion, afin qu’elle devînt le canal admirable d’où découleraient des mérites infinis sur la sainte Église, son Épouse.

J’ai encore été éclairée sur ce mystère: le Saint-Esprit, du plus pur sang de Marie, avait formé le corps adorable de notre divin Sauveur. Ce corps sacré était né de cette tendre Mère, elle avait des droits sur lui; c’est pourquoi, après sa mort, il a été déposé entre ses bras maternels. Cet aimable Jésus m’a fait entendre qu’il avait voulu lui rendre tout ce qu’il avait reçu d’elle pour opérer la rédemption du monde. Elle l’avait nourri de son lait très pur; Jésus, pour la remercier, lui a remis son sang, dont il l’a faite la dépositaire: oui, elle était là, debout au pied de la croix, afin de recevoir ce dépôt dans le précieux vaisseau de son cœur maternel! Marie avait donné à Jésus son corps adorable, et Jésus le lui a rendu après sa mort, orné de ses glorieuses plaies, afin qu’elle puisât, dans ses fontaines sacrées, la vie éternelle pour les enfants que son amour lui avait engendrés avant son dernier soupir. Oui, Jésus est à Marie avec tous ses trésors, et Marie est aux hommes avec toutes ses tendresses! Oh qu’elle est grande la miséricorde de cette Mère ! Elle nous tend ses bras bienfaisants, elle nous invite à puiser le lait de la grâce sur son sein virginal : son Cœur est toujours ouvert pour nous recevoir.

— Tant que l’homme est sur la terre, il est dans un état d’enfance ; au ciel seulement il sera dans l’âge parfait ; c’est pourquoi il doit sans cesse recourir à sa Mère comme un petit enfant.

Oui, je le vois clairement dans la lumière de Dieu, l’homme doit sans cesse recourir à la très sainte Vierge, sa Mère, s’il veut parvenir à l’âge parfait de la vie éternelle. Voilà les deux grands mystères de la maternité de Marie que l’Enfant-Jésus veut m’apprendre : Marie, Mère de Dieu, et Marie, Mère de l’homme. C’est pourquoi il m’applique continuellement à le considérer au sein de sa Mère, se nourrissant de son lait virginal, afin de m’apprendre par son exemple à recourir à elle, pour me nourrir du lait de ses vertus

Elle [1] m’a fait comprendre que, de même qu’elle choisit certains lieux, afin d’y répandre ses grâces avec profusion, ainsi elle choisirait mon âme pour en faire le théâtre de ses miséricordes. Je n’ai pas tardé à ressentir l’effet de cette promesse, car aujourd’hui, après la sainte communion, l’Enfant-Jésus, m’apparaissant au sein de sa divine Mère, m’a fait connaître plus clairement sa volonté: ce grand mystère est un trésor caché dans le champ de son Église, et il le découvre à qui il lui plaît. Il y a eu des âmes chargées par lui d’honorer les mystères de sa Passion; à cet effet, il les a marquées de ses sacrés stigmates; mais, pour moi, il me charge, malgré mon indignité, de porter l’état de sa petite enfance. Déjà il m’a préparée lui-même à cette faveur. Voici qu’aujourd’hui il daigne, par la sainte communion, m’unir à lui et me faire entrer dans son Cœur adorable, afin que je m’approche du sein virginal de son auguste Mère ; c’est lui qui me conduit à cette source de grâces et de bénédictions, me disant de puiser le lait de la divine miséricorde dans l’esprit de charité avec lequel il a puisé lui-même; car il a pris ce lait pour tous les hommes, et, pour tous les hommes, il l’a répandu en versant son sang sur la croix. Je dois, à son exemple, m’approprier cette mystérieuse liqueur sur le sein de Marie, au nom de tous mes frères, et la répandre ensuite sur le monde entier, comme une rosée céleste, pour rafraîchir et purifier la terre dévorée par le feu de la concupiscence et pleine de corruption.

—Je veux que vous soyez bien petite, mais que vous ayez un grand cœur.

Voici une petite prière qui m’a été inspirée, avec laquelle je dois recueillir cette liqueur mystérieuse sur le sein maternel de Marie :

O très sainte et très digne Mère de Dieu, faites couler à grand flots sur tous les hommes, qui sont vos enfants, le lait de la grâce et de la miséricorde.

[La très sainte Vierge m’a dit que je devais] bien connaître le grand privilège qui m’était accordé par la bonté de son Fils.

Ma très Révérende Mère, comment vous expliquer ce que j’ai ressenti pendant cette opération de la grâce. Oh! que c’est une chose admirable et incompréhensible de se trouver, comme un petit enfant, dans l’union de Jésus sur le sein de sa Mère, la divine Marie ! Oh ! comme elle donne abondamment ce lait de miséricorde : La source, m’a-t-elle dit, est intarissable.

Mais, hélas ! qui suis-je, moi misérable et indigne, pour ainsi députée afin de puiser à cette fontaine pour le salut des pécheurs ? Je me suis prosternée la face contre terre, confessant à Dieu mon indignité pour une telle mission; mais le Seigneur choisit toujours les instruments les plus faibles pour faire éclater davantage sa puissance.

 

Objection au sujet du lait...

Je dois répondre d’après les lumières que j’ai reçues à ce sujet:

—Le lait très pur de la sainte Vierge, dira-t-on, est vénérable ; saint Louis, roi de France, en avait apporté quelques gouttes de la Terre-Sainte, et il les estimait comme une des plus grandes richesses de son trésor royal ; mais il sera toujours vrai de dire que ce lait sacré de Marie n’a pas la vertu de purifier les pécheurs. Ce privilège n’appartient qu’au sang précieux du Sauveur. C’est précisément le raisonnement que je faisait moi-même, lorsque Notre-Seigneur daigna m’instruire. Voici, à peu près, ce qu’il m’a enseigné: il est certain que le lait proprement dit de la substance de la très sainte Vierge, dont a été nourri le Verbe incarné dans son enfance, n’avait point alors la vertu de sanctifier les âmes, ce serait une erreur de le croire; mais ce lait sacré, ayant rempli les veines adorables de notre Sauveur, est devenu le sang d’un Dieu. Par la rédemption, nous avons été faits enfants du Père céleste et frères de Notre-Seigneur Jésus-Christ; la Mère de Jésus est devenue notre Mère. Alors le Sauveur l’a établie dépositaire des richesses et des mérites infinis de sa vie et de sa Passion; il lui a rendu le corps et le sang adorables qu’il avait reçus d’elle; il a rempli ses mamelles d’un lait mystérieux et divin, pour nourrir les nouveaux enfants qu’il avait engendrés sur la croix, et dont elle est la Mère dans l’ordre de la grâce. Ainsi, quand Notre-Seigneur m’envoie au sein de Marie chercher le lait de la miséricorde pour le salut des pécheurs, il n’y a en ce procédé rien de contraire à la foi, ni à la doctrine de l’Église, qui nomme la très sainte Vierge le refuge des pécheurs, la trésorière de son Fils. Les mamelles virginales et le lait mystérieux dont j’ai parlé dans cette relation sont l’image des douceurs de la grâce, et la figure de l’effusion de la miséricorde.»

«Je vous salue, ô Marie, conçue sans péché, vigne mystérieuse, qui avez produit la divine grappe de raisin foulé plus tard au pressoir de la croix: il en est sorti un vin sacré, déposé dans le précieux vaisseau de votre Cœur, afin que vous le distilliez sur les enfants dont vous êtes devenue la Mère sur la montagne du Calvaire!»[2]

 

[1] La sainte Vierge.

[2] Document C, Lettre VII.

 

 

48

L'exemple de Jésus...

    Lettre du 14 septembre 1847

L’humilité de Jésus enfant

[Ma Révérende Mère], l’Enfant-Jésus me fait porter l’état de sa petite enfance, ainsi qu’il me l’avait promis. Mais comment parler de ces opérations aussi admirables qu’extraordinaires ? Oui, je l’avoue en toute simplicité, il n’y a que l’amour de l’obéissance qui puisse me déterminer à en dire quelques mots; c’est par obéissance que j’ai répondu à l’appel de l’Enfant-Jésus, qui m’a conduite au sein de sa divine Mère. Je ne suis restée à cette fontaine de grâces que par obéissance à mes supérieurs, et ce sera encore sous l’étoile de l’obéissance que j’écrirai; sa douce lumière éclairera mon âme et l’empêchera de tomber dans les pièges du démon.

Un jour, pendant mon oraison, le Saint-Esprit me fit connaître la pureté du sein virginal de la Mère de Dieu ; mon âme, suspendue en la contemplation de ce soleil éclatant de lumière et de pureté, goûtait des délices ineffables.»[1]

«L’Enfant-Jésus, malgré mon extrême indignité, a transformé mon âme en lui, et m’a fait participer au lait mystérieux de sa sainte Mère. Il m’a été donné de puiser dans ces fontaines admirables le lait de la grâce et de la miséricorde pour mes frères les pauvres pécheurs. Par ce privilège, que le très saint Enfant-Jésus m’accordait, il me fut dit que j’obtiendrais de grandes faveurs « pour la France », et que je n’étais qu’un instrument dont Dieu voulait se servir. Ainsi je vois très clairement que ces grâces ne me sont point personnelles; je dois, au contraire, en quelque sorte m’oublier. Je me regarde, entre les mains de l’Enfant-Jésus, comme un vase pour recueillir à la fontaine mystérieuse et répandre ensuite cette divine liqueur, sans rien en retenir par intérêt propre. La plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes: voilà le cri de mon cœur. Je reçois gratuitement, je dois donner gratuitement. Je suis, en cette nouvelle mission, la petite économe du saint Enfant-Jésus. Puissé-je être fidèle! Car un jour il me demandera compte de mon administration sur les biens qu’il a mis entre mes faibles mains.»

 

Considération

«Oh! quels sentiments excite dans l’âme la contemplation d’un Dieu enfant suspendu à la mamelle de sa Mère ! Le Verbe éternel enveloppé de pauvres langes ! La Parole éternelle du Père réduite au silence ! Toutes les perfections infinies du Dieu Vivant cachées sous la nuée de l’humanité ! Le Tout-Puissant réduit à l’impuissance ! La grandeur raccourcie ! Oh ! quelle gloire Jésus enfant a rendue à son divin Père en cet état de pauvreté et d’humiliation ! car alors il lui a fait l’hommage de son pouvoir absolu en suspendant ses divines opérations. Que d’actions éclatantes il aurait pu faire en entrant dans le monde! Cependant il s’en est privé pour obéir à son Père, et pour nous montrer l’exemple d’une profonde humilité. — Après cette considération, je me dis à moi-même: Oh! de quel prix doit être aux yeux du Père éternel cette seule action du Verbe enfant, pressant pendant quinze mois le sein maternel de la Vierge Marie, puisqu’il a comme anéanti ou renfermé dans cette seule action sa grandeur, sa puissance, sa sagesse et toutes ses facultés ! O mystère profond et ineffable ! Plus il paraît petit aux yeux des hommes, plus il est grand aux yeux du Père éternel. J’ai vu un jour dans une lumière divine que le Père céleste m’accordera ce que je désirerai, lorsque je le lui demanderai au nom de l’Enfant-Jésus sur le sein de sa Mère. Oui, ô divin Enfant, vous êtes, en cet humble état, aussi digne de notre amour, de nos hommages et de nos adorations, que vous le fûtes plus tard lorsque vous guérissiez les malades, ressuscitiez les morts, et commandiez aux vents et à la mer. Ici je vous contemple silencieux, caché, adorant les conseils éternels de votre Père sur votre vie et votre douloureuse Passion ; déjà la croix est plantée dans votre Cœur, vous n’attendez que les heures marquées par votre Père céleste pour accomplir sa volonté.»

 

Partage des amertumes...

«J’ai obéi, mais j’ai été terriblement tourmentée par le démon, qui craint sans doute que ces âmes ne lui échappent. La très sainte Vierge m’a dit qu’il fallait persévérer dans mes exercices, malgré les efforts de mes ennemis. Le diable ne peut combattre contre un petit enfant, il est trop orgueilleux pour cela; voilà pourquoi il fait tout ce qu’il peut pour me détourner du mystère de la maternité divine.»

«Notre-Seigneur m’a fait connaître depuis quelques jours qu’en suçant la mamelle de sa très sainte Mère, il suçait aussi la mamelle de la rigoureuse justice de son Père, et qu’il allait m’y faire participer. Je commence à porter cet état; je vois ce divin Enfant si triste! Je le regarde maintenant chargé des péchés du monde, et portant déjà la croix dans son Cœur.»

«Oh ! que je trouve un merveilleux rapport entre Jésus attaché au sein de Marie et Jésus attaché à la croix ! Je le vois en ces deux états comme une victime suspendue entre le ciel et la terre. Ici je vois la Reine des martyrs, le Cœur déjà blessé par le glaive de douleur, nourrir se sa propre substance ce corps adorable qui doit tant souffrir pour nous dans sa passion. Je vois Jésus le Sauveur du monde remplir ses veines sacrées de ce précieux sang qu’il doit répandre un jour sur le Calvaire.

Le cardinal Halgrinus[2] compare toutes les gouttes de lait que la très sainte Vierge a données à notre divin Rédempteur, avec tout le sang que les martyrs ont répandu pour lui ; il conclut que dans la vérité la très sainte Vierge a plus mérité par son lait que les martyrs par leur sang. N’a-t-il pas raison, puisque ce sang n’était répandu que pour la défense de la foi, et que  ce lait était donné pour la nourriture de l’adorable personne du Verbe incarné, qui est bien plus noble que la foi?

Je vous salue, ô Marie, reine des martyrs, dont le sang précieux, blanchi par la piété maternelle, a coulé pendant quinze mois de votre sein virginal pour remplir les veines sacrées du Roi des martyrs!»

 

[1] Document C, Lettre VIII.

[2] Jean, surnommé Halgrin, né à Abbeville, créé cardinal par Grégoire IX en 1227 et mort en 1237, « a laissé à la postérité des témoignages de son éminente doctrine dans le riche commentaire qu’il a fait sur le Cantique des cantiques. » (Histoire générale des Cardinaux, t. I, p. 258.) — En faisant ressortir, d’après l’autorité de ce savant cardinal, les mérites de la sainte Vierge dans l’allaitement du Verbe, la sœur Saint-Pierre suppose toujours, on doit le comprendre, la pauvreté et la perfection des vertus et des dispositions intérieures avec lesquelles Marie a accompli cet acte, et qui surpassent sans contredit le mérite des martyrs et tous les saints.

— Note de l’abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

Tuesday, 31 March 2026

Tuesday's Serial: "St. Martin’s Summer" by Rafael Sabatini (in English) - VII.

 

CHAPTER VIII. THE CLOSING OF THE TRAP

Upon leaving the Champs aux Capuchins, hawk-faced Monsieur Gaubert had run every foot of the way to the Sucking Calf, and he had arrived there within some five minutes, out of breath and wearing every appearance of distress—of a distress rather greater than his haste to find his friend should warrant.

At the door of the inn he found the carriage still waiting; the post-boy, however, was in the porch, leaning in talk with one of the drawers. The troopers sat their horses in stolid patience, keeping guard, and awaiting, as they had been bidden, the return of Monsieur de Garnache. Rabecque, very watchful, lounged in the doorway, betraying in his air none of the anxiety and impatience with which he looked for his master.

At sight of Monsieur Gaubert, running so breathlessly, he started forward, wondering and uneasy. Across the street, from the Palais Seneschal, came at that same moment Monsieur de Tressan with rolling gait. He reached the door of the inn together with Monsieur Gaubert.

Full of evil forebodings, Rabecque hailed the runner.

“What has happened?” he cried. “Where is Monsieur de Garnache?”

Gaubert came to a staggering halt; he groaned and wrung his hands.

“Killed!” he panted, rocking himself in a passion of distress. “He has been butchered! Oh! it was horrible!”

Rabecque gripped him by the shoulder, and steadied him with a hand that hurt. “What do you say?” he gasped, his face white to the lips.

Tressan halted, too, and turned upon Gaubert, a look of incredulity in his fat countenance. “Who has been killed?” he asked. “Not Monsieur de Garnache?”

“Helas! yes,” groaned the other. “It was a snare, a guet-apens to which they led us. Four of them set upon us in the Champs aux Capuchins. As long as he lived, I stood beside him. But seeing him fallen, I come for help.”

“My God!” sobbed Rabecque, and loosed his grasp of Monsieur Gaubert’s shoulder.

“Who did it?” inquired Tressan, and his voice rumbled fiercely.

“I know not who they were. The man who picked the quarrel with Monsieur de Garnache called himself Sanguinetti. There is a riot down there at present. There was a crowd to witness the combat, and they have fallen to fighting among themselves. Would to Heaven they had stirred in time to save that poor gentleman from being murdered.”

“A riot, did you say?” cried Tressan, the official seeming to awaken in him.

“Aye,” answered the other indifferently; “they are cutting one another’s throats.”

“But... But... Are you sure that he is dead, monsieur?” inquired Rabecque; and his tone was one that implored contradiction.

Gaubert looked and paused, seeming to give the matter a second’s thought. “I saw him fall,” said he. “It may be that he was no more than wounded.”

“And you left him there?” roared the servant. “You left him there?”

Gaubert shrugged his shoulders. “What could I do against four? Besides, the crowd was interfering already, and it seemed best to me to come for help. These soldiers, now—”

“Aye,” cut in Tressan, and he turned about and called the sergeant. “This becomes my affair.” And he announced his quality to Monsieur Gaubert. “I am the Lord Seneschal of Dauphiny.”

“I am fortunate in finding you,” returned Gaubert, and bowed. “I could place the matter in no better hand.”

But Tressan, without heeding him, was already ordering the sergeant to ride hard with his troopers for the Champs aux Capuchins. Rabecque, however, thrust himself suddenly forward.

“Not so, Monsieur le Seneschal,” he interposed in fresh alarm, and mindful of his charge. “These men are here to guard Mademoiselle de La Vauvraye. Let them remain. I will go to Monsieur de Garnache.”

The Seneschal stared at him with contemptuously pouting underlip. “You will go?” said he. “And what can you do alone? Who are you?” he asked.

“I am Monsieur de Garnache’s servant.”

“A lackey? Ah!” And Tressan turned aside and resumed his orders as if Rabecque did not exist or had never spoken. “To the Champs aux Capuchins!” said he. “At the gallop, Pommier! I will send others after you.”

The sergeant rose in his stirrups and growled an order. The troopers wheeled about; another order, and they were off, their cantering hoofs thundering down the narrow street.

Rabecque clutched at the Lord Seneschal’s arm.

“Stop them, monsieur!” he almost screamed in his excitement. “Stop them! There is some snare, some trick in this.”

“Stop them?” quoth the Seneschal. “Are you mad?” He shook off Rabecque’s detaining hand, and left him, to cross the street again with ponderous and sluggish haste, no doubt to carry out his purpose of sending more troopers to the scene of the disturbance.

Rabecque swore angrily and bitterly, and his vexation had two entirely separate sources. On the one hand his anxiety and affection for his master urged him to run at once to his assistance, whilst Tressan’s removal of the troopers rendered it impossible for him to leave Mademoiselle de La Vauvraye unguarded—though what he should do with her if Garnache came not back at all, he did not at this stage pause to consider. On the other hand, an instinctive and growing suspicion of this Monsieur Gaubert—who was now entering the inn—inspired him with the opinion that the fat Seneschal had been duped by a wild tale to send the troopers from the spot where they might presently become very necessary.

Full of fears, anxiety, and mistrust, it was a very dispirited Rabecque that now slowly followed Monsieur Gaubert into the inn. But as he set his foot across the threshold of the common-room, a sight met his eyes that brought him to a momentary standstill, and turned to certainty all his rising suspicions. He found it tenanted by a half-dozen fellows of very rude aspect, all armed and bearing an odd resemblance in air and accoutrements to the braves he had seen at Condillac the day before. As to how they came there, he could only surmise that they had entered through the stable-yard, as otherwise he must have observed their approach. They were grouped now at the other end of the long, low chamber, by the door leading to the interior of the inn. A few paces distant the landlord watched them with uneasy eyes.

But what dismayed Garnache’s servant most of all was to see the man who called himself Gaubert standing in talk with a slender, handsome youth, magnificently arrayed, in whom he recognized Marius de Condillac.

Rabecque checked in his advance, and caught in that moment from Marius the words: “Let her be told that it is Monsieur de Garnache wishes her to descend.”

At that Rabecque stepped towards them, very purposeful of mien. Gaubert turned at his approach, and smiled. Marius looked up quickly; then made a sign to the men. Instantly two of them went out by the door they guarded, and ere it swung back again Rabecque saw that they were making for the stairs. The remaining four ranged themselves shoulder to shoulder across the doorway, plainly with intent to bar the way. Gaubert, followed immediately by Marius, stepped aside and approached the landlord with arms akimbo and a truculent smile on his pale hawk face. What he and Marius said, Rabecque could not make out, but he distinctly heard the landlord’s answer delivered with a respectful bow to Marius:

“Bien, Monsieur de Condillac. I would not interfere in your concerns—not for the world. I will be blind and deaf.”

Marius acknowledged the servile protestation by a sneer, and Rabecque, stirring at last, went forward boldly towards the doorway and its ugly, human barrier.

“By your leave, sirs,” said he—and he made to thrust one of them aside.

“You cannot pass this way, sir,” he was answered, respectfully but firmly.

Rabecque stood still, clenching and unclenching his hands and quivering with anger. It was in that moment that he most fervently cursed Tressan and his stupid meddling. Had the troopers still been there, they could have made short work of these tatter-demalions. As it was, and with Monsieur de Garnache dead, or at least absent, everything seemed at an end. He might have contended that, his master being slain, it was no great matter what he did, for in the end the Condillacs must surely have their way with Mademoiselle de La Vauvraye. But he never paused to think of that just then. His sense of trust was strong; his duty to his master plain. He stepped back, and drew his sword.

“Let me pass!” he roared. But at the same instant there came the soft slither of another weapon drawn, and Rabecque was forced to turn to meet the onslaught of Monsieur Gaubert.

“You dirty traitor,” cried the angry lackey, and that was all they left him breath to say. Strong arms gripped him from behind. The sword was wrenched from his hand. He was flung down heavily, and pinned prone in a corner by one of those bullies who knelt on his spine. And then the door opened again, and poor Rabecque groaned in impotent anguish to behold Mademoiselle de La Vauvraye pause white-faced and wide-eyed on, the threshold at sight of Monsieur de Condillac bowing low before her.

She stood there a moment between the two ruffians who had been sent to fetch her, and her eyes travelling round that room discovered Rabecque in his undignified and half; strangled condition.

“Where... Where is Monsieur de Garnache?” she faltered.

“He is where all those who cross the will of Condillac must sooner or later find themselves,” said Marius airily. “He is... disposed of.”

“Do you mean that he is dead?” she cried.

“I think it very probable by now,” he smiled. “So you see, mademoiselle, since the guardian the Queen appointed you has... deserted you, you would do well to return to my mother’s roof. Let me assure you that we shall very gladly welcome your return. We blame none but Garnache for your departure, and he has paid for the brutality of his abduction of you.”

She turned in despair from that mocking gentleman, and attempted to make appeal to the landlord, as though he could help her who could not help himself.

“Monsieur l’Hote—” she began, but Marius cut in sharply.

“Take her out that way,” he said, and pointed back down the passage by the stairs. “To the coach. Make haste.”

She sought to resist them now; but they dragged her back, and there was a rush of the others following through the doorway, the rear being brought up by Gaubert.

“Follow presently,” was his parting command to the man who still knelt upon Rabecque, and with that he vanished too.

Their steps died away in the passage; a door banged in the distance. There followed a silence, disturbed only by the sound of Rabecque’s laboured breathing; then came a stir outside the door of the inn; some one shouted an order. There was a movement of hoofs, a creak and crunch of wheels, and presently the rumble of a heavy carriage being driven rapidly away. But too well did Rabecque surmise what had taken place.

The ruffian released him at last, and, leaping to his feet, was gone before Rabecque could rise. Once up, however, the lackey darted to the door. In the distance he saw his late assailant running hard; the coach had disappeared. He turned, and his smouldering eye fell upon the landlord.

“O pig!” he apostrophized him, snarling at him to vent some of his pent-up rage. “O cowardly pig.”

“What would you?” expostulated the frightened taverner. “They had cut my throat if I resisted them.”

Rabecque poured abuse upon him, until for very lack of words he was forced to cease, then, with a final bark of contempt, he went to recover his sword, which had been flung into a corner of the room. He was stooping in the act, when a quick step rang behind him on the threshold, an angry voice harsh and metallic pronounced his name:

“Rebecque!”

The sword clattered from Rabecque’s hand suddenly gone nerveless—nerveless with sheer joy, all else forgotten in the perception that there, safe and sound, stood his beloved master.

“Monsieur!” he cried, and the tears welled up to the rough servant’s eyes. “Monsieur!” he cried again, and then with the tears streaming down his cheeks, sallow and wrinkled as parchment, “Oh, thank God!” he blubbered. “Thank God!”

“For what?” asked Garnache, coming forward, a scowl like a thunder-cloud upon his brow. “Where is the coach, where the troopers? Where is mademoiselle? Answer me!”

He caught Rabecque’s wrist in a grip that threatened to snap it. His face was livid, his eyes aflame.

“They—they—” stammered Rabecque. He had not the courage to tell the thing that had happened. He feared Garnache would strike him dead.

And then out of his terror he gathered an odd daring. He spoke to Garnache as never he had dreamt to speak to him, and it may well be that by his tone and by what he said he saved his life just then.

“You fool,” he cried to him. “I told you to be on your guard. I warned you to go warily. But you would not heed me. You know better than Rabecque. You would have your way. You must go a-brawling. And they duped you, they fooled you to the very top of their bent, monsieur.”

Garnache dropped the servant’s hand and stood back a pace. That counter-blast of passion and that plain speaking from a quarter so unexpected served, in part at least, to sober him. He understood the thing that had happened, the thing that already he suspected must have happened; but he understood too that he alone was to blame for it—he and his cursed temper.

“Who—who fooled me?” he stammered.

“Gaubert—the fellow that calls himself Gaubert. He and his friends. They fooled you away. Then Gaubert returned with a tale that you had been killed and that there was a disturbance in the Champs aux Capuchins. Monsieur de Tressan was here, as ill-luck would have it, and Gaubert implored him to send soldiers thither to quell the riot. He dispatched the escort. I sought in vain to stay them. He would not listen to me. The troopers went, and then Monsieur Gaubert entered the inn, to join Monsieur de Condillac and six of his braves who were waiting there. They overpowered me, and carried mademoiselle off in the coach. I did what I could, but—”

“How long have they been gone?” Garnache interrupted him to inquire.

“But few minutes before you came.”

“It would be, then, the coach that passed me near the Porte de Savoie. We must go after them, Rabecque. I made a short cut across the graveyard of Saint Francis, or I must have met the escort. Oh, perdition!” he cried, smiting his clenched right hand into his open left. “To have so much good work undone by a moment’s unguardedness.” Then abruptly he turned on his heels. “I am going to Monsieur de Tressan,” said he over his shoulder, and went out.

As he reached the threshold of the porch, the escort rode up the street, returned at last. At sight of him the sergeant broke into a cry of surprise.

“At least you are safe, monsieur,” he said. “We had heard that you were dead, and I feared it must be so, for all that the rest of the story that was told us was clearly part of a very foolish jest.”

“Jest? It was no jest, Vertudieu!” said Garnache grimly. “You had best return to the Palais Seneschal. I have no further need of an escort,” he added bitterly. “I shall require a larger force.”

And he stepped out into the rain, which had begun again a few minutes earlier, and was now falling in a steady downpour.