41
Déclaration
Année 1847
«Maintenant, je crois qu’il ne sera pas inutile pour la gloire de Dieu que je dise quelque chose de mon intérieur, afin qu’on puisse discerner plus facilement quel est l’esprit qui me conduit. Je parlerai sous les yeux de Dieu, dans la simplicité et la vérité.
La voie par laquelle Notre-Seigneur me conduit est très pénible à la nature, car ce divin Sauveur exige de moi une mortification continuelle intérieure. J’ai rarement des consolations spirituelles et toutes les communications que je reçois de Notre-Seigneur sont plutôt de nature à me faire souffrir, puisqu’elles me montrent si souvent la justice de Dieu irritée, la perte éternelle de tous les pécheurs et la France sur le bord d’un abîme! Cette œuvre de réparation que je porte depuis près de quatre ans, avec des peines que Dieu seul connaît parce qu’Il est en Lui-même l’auteur; œuvre par laquelle il me semble que Dieu ferait grâce à la France, comme Il me l’a promis. Et cependant des époques terribles approchent et l’Œuvre de la Réparation ne paraît pas:
“O mon Dieu, levez-vous: c’est votre cause aussi bien que la nôtre que nous vous prions de défendre. Cachez la France dans le secret de votre Sainte-Face, et faites-lui miséricorde pour la gloire de votre Saint Nom”.
Oui, dans la lumière, je crois fermement que de cette œuvre dépend l’avenir de la France. Je la vois toujours liée à la France comme moyen de salut que Dieu a choisi dans son infinie miséricorde. Aussi je voudrais donner jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour l’obtenir; car Dieu s’apaiserait à cause de cette œuvre réparatrice, et bien des âmes seraient sauvées.
Voilà les sentiments que Dieu m’inspire et que je fais connaître pour l’acquit de ma conscience. Je déclare aussi que personne au monde ne m’a donné l’idée de cette œuvre que Dieu seul, et que j’ignorais parfaitement qu’il y eût à Rome une œuvre semblable à celle que Notre-Seigneur me communiquait. Je ne l’ai su que longtemps après par une disposition toute spéciale de la Providence. Je déclare aussi que je n’ai jamais été influencée par personne pour demander l’établissement de cette œuvre, mais au contraire de nos dignes et sages Supérieurs des réprimandes et des humiliations à cause de cette nouvelle dévotion[1]. Je déclare encore que la liaison qu’on trouvera dans la succession de ces communications est de la grâce et non de mon imagination, car à chaque lumière que je recevais de Notre-Seigneur, j’en faisais bien vite un petit extrait que je remettais à notre Mère, afin d’être soulagée; et je n’y pensais plus que pour prier Dieu d’accomplir ses desseins. Je n’osais même pas m’en entretenir avec notre très Révérende Mère, car j’éprouvais une grande confusion à faire connaître ces lumières. Lorsque Notre-Seigneur me chargea de cette mission, je Lui demandai deux grâces, qu’Il a eu la miséricorde de m’accorder: premièrement, celle de ne jamais avoir de sentiments de vanité à cause de ces communications; et la seconde: de n’être point connue comme instrument de Dieu dans cette Œuvre.
Notre-Seigneur qui dirige Lui-même mon âme en cette voie a si bien soin — si je peux m’exprimer ainsi — de me faire connaître ma misère et mon néant, qu’il n’est pas possible que je ne sois couverte de confusion à la vue de ces grâces singulières de mes continuelles ingratitudes. Je laisse le soin à mes dignes supérieurs de s’occuper de l’établissement de cette œuvre de réparation. Pour moi, ma mission est de leur soumettre toutes les lumières que je reçois de Dieu et de prier pour l’accomplissement de ses grands desseins à la gloire de son Nom. C’est ce que j’ai fait en copiant les lettres écrites dans cette relation».
«... Voyant l’œuvre se développer peu à peu dans chaque communication, on en peut mieux juger, et il sera facile de voir quelle est la main puissante qui, par sa grâce et sa miséricorde infinie a cultivé un si beau fruit dans une aussi mauvaise terre! qui porte encore des chardons et les épines du péché après avoir été arrosée tant de fois des rosées divines de la grâce.
Cette œuvre, comme on le voit dans ces deux relations, a deux buts: la réparation des blasphèmes et la réparation du saint jour du dimanche profané par les travaux. En conséquence, elle embrasse la réparation des outrages faits à Dieu et la sanctification de son saint Nom. Maintenant on demandera peut-être si la dévotion à la Sainte-Face doit être unie à l’Œuvre? Oui, elle en fait la richesse et le plus précieux ornement, puisque Notre-Seigneur a fait présent de sa très Sainte-Face à l’Œuvre, pour être l’objet de la dévotion de ses associés, afin que cette Face adorable qui est en quelque sorte de nouveau méprisée et outragée — comme Il s’en plaint Lui-même — par les blasphèmes des pécheurs, qu’elle soit, dis-je, honorée et révérée avec un très profond respect par un culte spéciale.
En second lieu, Notre-Seigneur fait don de sa très Sainte-Face à l’Œuvre afin que les associés deviennent tout puissants auprès de Dieu par l’offrande qu’ils doivent Lui faire de cette Face auguste et sacrée, dont la présence Lui est si agréable qu’elle apaise infailliblement sa colère et attire sur les pauvres pécheurs sa miséricorde infinie. Oui, quand le Père éternel regarde la Face de son Fils bien-aimé, qui a été meurtrie par les soufflets et couverte d’ignominie, quand Il regarde ce chef sacré qui a été couronné d’épines, emblème des péchés des hommes qu’Il a pris sur sa tête afin de sauver ses membres (comme il le dit un jour), cette vue, dis-je, émeut les entrailles de sa miséricorde.
Tâchons donc de profiter d’un si précieux don et prions ce divin Sauveur de nous cacher dans le secret de sa Sainte-Face pendant les jours mauvais.
O Dieu! notre protecteur, regardez-nous, et jetez les yeux sur la Face de votre Christ!» (Ps. 83,9).
[1] Dévotion à Sainte Véronique (Oratoire de la Sainte-Face).
42
Marie, trésorière des grâces
“Je veux l'œuvre achevée”
Lettre du 5 mai 1847
«Le Sauveur me fit entendre qu’il avait remis toutes choses entre ses mains,[1] et qu’elle nous obtiendrait le bref du souverain pontife. Cette œuvre réparatrice est si nécessaire à la France et si glorieuse à Dieu, qu’il veut que sa très sainte Mère ait l’honneur de la donner à ce royaume, comme un gage nouveau de sa miséricorde. Allons donc à la très sainte Vierge, qui est la trésorière des grâces de Dieu; disons-lui sans cesse que la France lui est consacrée et qu’elle lui appartient. Redoublons de zèle pour cette œuvre; que les difficultés ne nous abattent point; pour moi, Notre-Seigneur me donne une confiance sans bornes.
—Sit Nomen Domini benedictum!
“Je veux l’œuvre achevée...”
Lettre du 23 mai 1847
«Notre-Seigneur m’a fait entendre qu’il ne voulait que mon cœur et ma volonté, et que, plus je l’aimerais, plus aussi j’obtiendrais de grâces de sa libéralité pour l’accomplissement de son dessein. Bientôt ce divin Sauveur, s’emparant de plus en plus des puissances de mon âme, l’a favorisée d’une lumière admirable sur la beauté et l’excellence de cette œuvre réparatrice. Je l’ai vue sous l’emblème d’une mine d’or, et Notre-Seigneur m’a dit qu’il fallait travailler pour l’exploiter, et que ce n’était qu’à force de travail qu’on réussirait. Le divin Maître m’a dit encore:
—Oh! si l’on savait les biens immenses que je réserve à ceux qui travaillent à ma mine, je ne manquerais pas d’ouvriers. Faites connaître cette communication.
Ensuite ce bon Sauveur m’a montré, pour ma consolation, que le travail fait à cette mine depuis quatre ans n’avait pas été infructueux. J’ai vu, en effet, que les nombreuses prières de Réparation déjà répandues, ainsi que le petit Manuel et les autres objets concernant l’œuvre, étaient comme de l’or exploité de cette mine précieuse, et Notre-Seigneur m’a adressé ces mots consolants, à propos des prières réparatrices:
—Cette nouvelle harmonie a charmé mes oreilles, ravi les anges et apaisé mon courroux; mais je ne reviens pas sur ce que j’ai dit primitivement, je veux l’œuvre achevée.
Cette déclaration si encourageante a rempli mon cœur de joie; les larmes cependant inondaient mon visage, mais c’était avec une extrême douceur; alors j’ai repris: “Mon Sauveur, si je vais dire à présent que vous n’êtes plus fâché, j’ai grand’peur que cela ne nuise au projet, en refroidissant le zèle de ceux qui n’y sont pas trop portés par eux-mêmes.” Notre-Seigneur m’a répondu:
—Ah! ma fille, que dites-vous là? Il faudrait avoir bien peu d’amour envers moi pour ne pas s’enflammer, au contraire, d’une nouvelle ardeur à perfectionner une chose qui m’est si agréable, qu’elle calme mon courroux.
Ensuite il m’a donné une grande lumière touchant la sublimité de cette association, et la préférence qu’il lui attribuait sur les autres déjà établies dans l’Église, à cause que sa fin est de réparer les outrages faits à la Divinité pas les blasphèmes et la violation du dimanche, comparant les premières au vin commun des noces de l’Époux, et cette dernière au vin miraculeux qui fut servi à la fin du souper aux noces de Cana. Je lui ai dit que nous avions de grands obstacles qui s’opposaient à son dessein. Il m’a consolée, en m’assurant que toutes ces oppositions ne feraient que lui donner une lumière plus éclatante, et que je devais dire à ma Mère prieure de continuer d’y travailler quand elle trouverait des occasions favorables; il m’a fait entendre qu’il fallait prier, désirer et souffrir.
Voilà à peu près, ma très Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. En finissant, ce divin Sauveur m’a dit:
—C’est à ma sainte Mère que vous êtes redevable de la communication que vous venez de recevoir; c’est elle qui vous l’a obtenue; continuez de l’honorer.
Vivent Jésus et Marie!»[2]
[1] Entre les mains de Marie.
[2] Lettre du 23 mai 1847.
43
“Si Dieu est pour nous...”
Lettre du 24 mai 1847
«La lettre que je vous ai remise hier au sujet de la grâce que j’ai reçue de Notre-Seigneur par rapport à l’œuvre par excellence consacrée à la gloire de son Nom, ne suffit pas à mon cœur, qui éprouve un besoin de s’épancher et de se dilater, car les effets de cette communication sont si grands en mon âme et l’ont tellement fortifiée, que tout l’enfer armé contre l’œuvre, et tous les hommes réunis, si cela était possible, n’ébranleraient pas ma confiance. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Quand le moment de Dieu sera arrivé, tout cédera à sa souveraine puissance. Oh! que cette œuvre est excellente! Qu’elle est sublime! Quels biens immenses sont réservés aux défenseurs du saint Nom de Dieu! Je voudrais publier par toute la terre les vérités que mon âme a apprises en ce jour mémorable de la Pentecôte, dans cette haute lumière qui ne se peut exprimer par des paroles. Que n’ai-je l’éloquence d’un saint Bernard pour engager tous les hommes à s’enrôler en cette sainte croisade! Dans un des siècles passés le Seigneur a levé une armée de soldats courageux, pour aller combattre les ennemis de la terre sainte, et son fidèle serviteur, saint Bernard, a prêché cette guerre avec un succès merveilleux; mais, dans le siècle actuel, ce même Seigneur demande des soldats courageux, des défenseurs de la gloire de son Nom, blasphémé et méprisé par ses ennemis. Hélas! n’en trouvera-t-il point? Il n’est pas nécessaire cependant en cette nouvelle croisade de quitter ses foyers comme en la première, ni de s’armer de cuirasse et de bouclier, ni d’exposer sa vie. En notre milice sacrée, la croix de Jésus-Christ sera notre arme offensive et défensive pour attaquer et combattre les ennemis de son Nom, et ce Nom sacré, plein de vertu et de force, sera lui-même notre divin rempart. Mais pour réussir en cette pieuse entreprise, adressons-nous avec une confiance sans bornes à la glorieuse Vierge Marie; prions-la de vouloir bien se mettre à la tête de cette sainte milice, elle qui est la générale des armées de Dieu, et qui est plus terrible aux démons qu’une « armée rangée en bataille ». C’est cette aimable Mère qui m’a obtenu, malgré mon indignité, l’insigne faveur que j’ai reçue hier de son très cher Fils; qu’elle en soit à jamais bénie! Étant ces jours derniers aux pieds de cette Mère auguste, je me sentis inspirée de l’invoquer sous le titre de Notre-Dame du saint Nom de Dieu; alors je lui fis une couronne composée de soixante-douze invocations, pour honorer les précieuses années de sa très sainte vie. A la suite de chaque dizaine je lui ai rappelé les paroles qu’elle a prononcées elle-même en son divin cantique: Il a fait en moi de grandes choses Celui de qui le Nom est saint! Après ces paroles, j’ai ajouté: “O très sainte et très digne Mère de Dieu, puissante avocate des chrétiens, je remets la cause du saint Nom de Dieu entre vos mais.” Cette petite dévotion toucha, je crois, le sensible Cœur de ma tendre Mère, car j’éprouvai en la faisant une grâce toute particulière en mon âme.
—O Vierge sainte — dis-je — daignez recevoir ce nouveau titre, car vous êtes véritablement Notre-Dame du Saint-Nom-de-Dieu, puisque vous êtes la Fille du Père, la Mère du Fils, et l’Épouse du Saint-Esprit, et que vous proclamez vous-même qu’il a fait en vous de grandes choses, celui de qui le Nom est saint! Oui, ô divine Vierge, vous l’honneur et la gloire du saint Nom de Dieu, parce que vous êtes le chef-d’œuvre de ses mains, qui ont opéré en vous des merveilles. Je vous appellerai donc Notre-Dame du Saint-Nom-de-Dieu.
C’est ainsi, ma Révérende Mère, que je dis tout ce que je pense à la très sainte Vierge pour l’intéresser, si je peux m’exprimer ainsi, à l’œuvre de la Réparation, lui rappelant respectueusement qu’elle est obligée plus que tout autre de travaille à la gloire du saint Nom de Dieu, qui l’a favorisée plus que toutes les autres créatures, et je ne doute point qu’elle ne nous obtienne l’établissement de cette œuvre que Notre-Seigneur a comparée au festin délicieux des noces de Cana, et remarquons bien que c’est la très sainte Vierge qui obtint de son Fils ce vin miraculeux. En attendant, je vous prie très humblement d’inviter les personnes qui ont à cœur cette œuvre à vouloir bien saluer avec moi la sainte Vierge sous le titre de Notre-Dame du Saint-Nom-de-Dieu.»