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Thursday, 19 March 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XIX.

 

41

Déclaration

    Année 1847

«Maintenant, je crois qu’il ne sera pas inutile pour la gloire de Dieu que je dise quelque chose de mon intérieur, afin qu’on puisse discerner plus facilement quel est l’esprit qui me conduit. Je parlerai sous les yeux de Dieu, dans la simplicité et la vérité.

La voie par laquelle Notre-Seigneur me conduit est très pénible à la nature, car ce divin Sauveur exige de moi une mortification continuelle intérieure. J’ai rarement des consolations spirituelles et toutes les communications que je reçois de Notre-Seigneur sont plutôt de nature à me faire souffrir, puisqu’elles me montrent si souvent la justice de Dieu irritée, la perte éternelle de tous les pécheurs et la France sur le bord d’un abîme! Cette œuvre de réparation que je porte depuis près de quatre ans, avec des peines que Dieu seul connaît parce qu’Il est en Lui-même l’auteur; œuvre par laquelle il me semble que Dieu ferait grâce à la France, comme Il me l’a promis. Et cependant des époques terribles approchent et l’Œuvre de la Réparation ne paraît pas:

“O mon Dieu, levez-vous: c’est votre cause aussi bien que la nôtre que nous vous prions de défendre. Cachez la France dans le secret de votre Sainte-Face, et faites-lui miséricorde pour la gloire de votre Saint Nom”.

Oui, dans la lumière, je crois fermement que de cette œuvre dépend l’avenir de la France. Je la vois toujours liée à la France comme moyen de salut que Dieu a choisi dans son infinie miséricorde. Aussi je voudrais donner jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour l’obtenir; car Dieu s’apaiserait à cause de cette œuvre réparatrice, et bien des âmes seraient sauvées.

Voilà les sentiments que Dieu m’inspire et que je fais connaître pour l’acquit de ma conscience. Je déclare aussi que personne au monde ne m’a donné l’idée de cette œuvre que Dieu seul, et que j’ignorais parfaitement qu’il y eût à Rome une œuvre semblable à celle que Notre-Seigneur me communiquait. Je ne l’ai su que longtemps après par une disposition toute spéciale de la Providence. Je déclare aussi que je n’ai jamais été influencée par personne pour demander l’établissement de cette œuvre, mais au contraire de nos dignes et sages Supérieurs des réprimandes et des humiliations à cause de cette nouvelle dévotion[1]. Je déclare encore que la liaison qu’on trouvera dans la succession de ces communications est de la grâce et non de mon imagination, car à chaque lumière que je recevais de Notre-Seigneur, j’en faisais bien vite un petit extrait que je remettais à notre Mère, afin d’être soulagée; et je n’y pensais plus que pour prier Dieu d’accomplir ses desseins. Je n’osais même pas m’en entretenir avec notre très Révérende Mère, car j’éprouvais une grande confusion à faire connaître ces lumières. Lorsque Notre-Seigneur me chargea de cette mission, je Lui demandai deux grâces, qu’Il a eu la miséricorde de m’accorder: premièrement, celle de ne jamais avoir de sentiments de vanité à cause de ces communications; et la seconde: de n’être point connue comme instrument de Dieu dans cette Œuvre.

Notre-Seigneur qui dirige Lui-même mon âme en cette voie a si bien soin — si je peux m’exprimer ainsi — de me faire connaître ma misère et mon néant, qu’il n’est pas possible que je ne sois couverte de confusion à la vue de ces grâces singulières de mes  continuelles ingratitudes. Je laisse le soin à mes dignes supérieurs de s’occuper de l’établissement de cette œuvre de réparation. Pour moi, ma mission est de leur soumettre toutes les lumières que je reçois de Dieu et de prier pour l’accomplissement de ses grands desseins à la gloire de son Nom. C’est ce que j’ai fait en copiant les lettres écrites dans cette relation».

«... Voyant l’œuvre se développer peu à peu dans chaque communication, on en peut mieux juger, et il sera facile de voir quelle est la main puissante qui, par sa grâce et sa miséricorde infinie a cultivé un si beau fruit dans une aussi mauvaise terre! qui porte encore des chardons et les épines du péché après avoir été arrosée tant de fois des rosées divines de la grâce.

Cette œuvre, comme on le voit dans ces deux relations, a deux buts: la réparation des blasphèmes et la réparation du saint jour du dimanche profané par les travaux. En conséquence, elle embrasse la réparation des outrages faits à Dieu et la sanctification de son saint Nom. Maintenant on demandera peut-être si la dévotion à la Sainte-Face doit être unie à l’Œuvre? Oui, elle en fait la richesse et le plus précieux ornement, puisque Notre-Seigneur a fait présent de sa très Sainte-Face à l’Œuvre, pour être l’objet de la dévotion de ses associés, afin que cette Face adorable qui est en quelque sorte de nouveau méprisée et outragée — comme Il s’en plaint Lui-même — par les blasphèmes des pécheurs, qu’elle soit, dis-je, honorée et révérée avec un très profond respect par un culte spéciale.

En second lieu, Notre-Seigneur fait don de sa très Sainte-Face à l’Œuvre afin que les associés deviennent tout puissants auprès de Dieu par l’offrande qu’ils doivent Lui faire de cette Face auguste et sacrée, dont la présence Lui est si agréable qu’elle apaise infailliblement sa colère et attire sur les pauvres pécheurs sa miséricorde infinie. Oui, quand le Père éternel regarde la Face de son Fils bien-aimé, qui a été meurtrie par les soufflets et couverte d’ignominie, quand Il regarde ce chef sacré qui a été couronné d’épines, emblème des péchés des hommes qu’Il a pris sur sa tête afin de sauver ses membres (comme il le dit un jour), cette vue, dis-je, émeut les entrailles de sa miséricorde.

Tâchons donc de profiter d’un si précieux don et prions ce divin Sauveur de nous cacher dans le secret de sa Sainte-Face pendant les jours mauvais.

O Dieu! notre protecteur, regardez-nous, et jetez les yeux sur la Face de votre Christ!» (Ps. 83,9).

 

[1] Dévotion à Sainte Véronique (Oratoire de la Sainte-Face).

 

 

42

Marie, trésorière des grâces

“Je veux l'œuvre achevée”

    Lettre du 5 mai 1847

«Le Sauveur me fit entendre qu’il avait remis toutes choses entre ses mains,[1] et qu’elle nous obtiendrait le bref du souverain pontife. Cette œuvre réparatrice est si nécessaire à la France et si glorieuse à Dieu, qu’il veut que sa très sainte Mère ait l’honneur de la donner à ce royaume, comme un gage nouveau de sa miséricorde. Allons donc à la très sainte Vierge, qui est la trésorière des grâces de Dieu; disons-lui sans cesse que la France lui est consacrée et qu’elle lui appartient. Redoublons de zèle pour cette œuvre; que les difficultés ne nous abattent point; pour moi, Notre-Seigneur me donne une confiance sans bornes.

—Sit Nomen Domini benedictum!

“Je veux l’œuvre achevée...”

 

    Lettre du 23 mai 1847

«Notre-Seigneur m’a fait entendre qu’il ne voulait que mon cœur et ma volonté, et que, plus je l’aimerais, plus aussi j’obtiendrais de grâces de sa libéralité pour l’accomplissement de son dessein. Bientôt ce divin Sauveur, s’emparant de plus en plus des puissances de mon âme, l’a favorisée d’une lumière admirable sur la beauté et l’excellence de cette œuvre réparatrice. Je l’ai vue sous l’emblème d’une mine d’or, et Notre-Seigneur m’a dit qu’il fallait travailler pour l’exploiter, et que ce n’était qu’à force de travail qu’on réussirait. Le divin Maître m’a dit encore:

—Oh! si l’on savait les biens immenses que je réserve à ceux qui travaillent à ma mine, je ne manquerais pas d’ouvriers. Faites connaître cette communication.

Ensuite ce bon Sauveur m’a montré, pour ma consolation, que le travail fait à cette mine depuis quatre ans n’avait pas été infructueux. J’ai vu, en effet, que les nombreuses prières de Réparation déjà répandues, ainsi que le petit Manuel et les autres objets concernant l’œuvre, étaient comme de l’or exploité de cette mine précieuse, et Notre-Seigneur m’a adressé ces mots consolants, à propos des prières réparatrices:

—Cette nouvelle harmonie a charmé mes oreilles, ravi les anges et apaisé mon courroux; mais je ne reviens pas sur ce que j’ai dit primitivement, je veux l’œuvre achevée.

Cette déclaration si encourageante a rempli mon cœur de joie; les larmes cependant inondaient mon visage, mais c’était avec une extrême douceur; alors j’ai repris: “Mon Sauveur, si je vais dire à présent que vous n’êtes plus fâché, j’ai grand’peur que cela ne nuise au projet, en refroidissant le zèle de ceux qui n’y sont pas trop portés par eux-mêmes.” Notre-Seigneur m’a répondu:

—Ah! ma fille, que dites-vous là? Il faudrait avoir bien peu d’amour envers moi pour ne pas s’enflammer, au contraire, d’une nouvelle ardeur à perfectionner une chose qui m’est si agréable, qu’elle calme mon courroux.

Ensuite il m’a donné une grande lumière touchant la sublimité de cette association, et la préférence qu’il lui attribuait sur les autres déjà établies dans l’Église, à cause que sa fin est de réparer les outrages faits à la Divinité pas les blasphèmes et la violation du dimanche, comparant les premières au vin commun des noces de l’Époux, et cette dernière au vin miraculeux qui fut servi à la fin du souper aux noces de Cana. Je lui ai dit que nous avions de grands obstacles qui s’opposaient à son dessein. Il m’a consolée, en m’assurant que toutes ces oppositions ne feraient que lui donner une lumière plus éclatante, et que je devais dire à ma Mère prieure de continuer d’y travailler  quand elle trouverait des occasions favorables; il m’a fait entendre qu’il fallait prier, désirer et souffrir.

Voilà à peu près, ma très Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. En finissant, ce divin Sauveur m’a dit:

—C’est à ma sainte Mère que vous êtes redevable de la communication que vous venez de recevoir; c’est elle qui vous l’a obtenue; continuez de l’honorer.

Vivent Jésus et Marie!»[2]

 

[1] Entre les mains de Marie.

[2] Lettre du 23 mai 1847.

 

 

43

“Si Dieu est pour nous...”

    Lettre du 24 mai 1847

«La lettre que je vous ai remise hier au sujet de la grâce que j’ai reçue de Notre-Seigneur par rapport à l’œuvre par excellence consacrée à la gloire de son Nom, ne suffit pas à mon cœur, qui éprouve un besoin de s’épancher et de se dilater, car les effets de cette communication sont si grands en mon âme et l’ont tellement fortifiée, que tout l’enfer armé contre l’œuvre, et tous les hommes réunis, si cela était possible, n’ébranleraient pas ma confiance. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Quand le moment de Dieu sera arrivé, tout cédera à sa souveraine puissance. Oh! que cette œuvre est excellente! Qu’elle est sublime! Quels biens immenses sont réservés aux défenseurs du saint Nom de Dieu! Je voudrais publier par toute la terre les vérités que mon âme a apprises en ce jour mémorable de la Pentecôte, dans cette haute lumière qui ne se peut exprimer par des paroles. Que n’ai-je l’éloquence d’un saint Bernard pour engager tous les hommes à s’enrôler en cette sainte croisade! Dans un des siècles passés le Seigneur a levé une armée de soldats courageux, pour aller combattre les ennemis de la terre sainte, et son fidèle serviteur, saint Bernard, a prêché cette guerre avec un succès merveilleux; mais, dans le siècle actuel, ce même Seigneur demande des soldats courageux, des défenseurs de la gloire de son Nom, blasphémé et méprisé par ses ennemis. Hélas! n’en trouvera-t-il point? Il n’est pas nécessaire cependant en cette nouvelle croisade de quitter ses foyers comme en la première, ni de s’armer de cuirasse et de bouclier, ni d’exposer sa vie. En notre milice sacrée, la croix de Jésus-Christ sera notre arme offensive et défensive pour attaquer et combattre les ennemis de son Nom, et ce Nom sacré, plein de vertu et de force, sera lui-même notre divin rempart. Mais pour réussir en cette pieuse entreprise, adressons-nous avec une confiance sans bornes à la glorieuse Vierge Marie; prions-la de vouloir bien se mettre à la tête de cette sainte milice, elle qui est la générale des armées de Dieu, et qui est plus terrible aux démons qu’une « armée rangée en bataille ». C’est cette aimable Mère qui m’a obtenu, malgré mon indignité, l’insigne faveur que j’ai reçue hier de son très cher Fils; qu’elle en soit à jamais bénie! Étant ces jours derniers aux pieds de cette Mère auguste, je me sentis inspirée de l’invoquer sous le titre de Notre-Dame du saint Nom de Dieu; alors je lui fis une couronne composée de soixante-douze invocations, pour honorer les précieuses années de sa très sainte vie. A la suite de chaque dizaine je lui ai rappelé les paroles qu’elle a prononcées elle-même en son divin cantique: Il a fait en moi de grandes choses Celui de qui le Nom est saint! Après ces paroles, j’ai ajouté: “O très sainte et très digne Mère de Dieu, puissante avocate des chrétiens, je remets la cause du saint Nom de Dieu entre vos mais.” Cette petite dévotion toucha, je crois, le sensible Cœur de ma tendre Mère, car j’éprouvai en la faisant une grâce toute particulière en mon âme.

—O Vierge sainte — dis-je — daignez recevoir ce nouveau titre, car vous êtes véritablement Notre-Dame du Saint-Nom-de-Dieu, puisque vous êtes la Fille du Père, la Mère du Fils, et l’Épouse du Saint-Esprit, et que vous proclamez vous-même qu’il a fait en vous de grandes choses, celui de qui le Nom est saint! Oui, ô divine Vierge, vous l’honneur et la gloire du saint Nom de Dieu, parce que vous êtes le chef-d’œuvre de ses mains, qui ont opéré en vous des merveilles. Je vous appellerai donc Notre-Dame du Saint-Nom-de-Dieu.

C’est ainsi, ma Révérende Mère, que je dis tout ce que je pense à la très sainte Vierge pour l’intéresser, si je peux m’exprimer ainsi, à l’œuvre de la Réparation, lui rappelant respectueusement qu’elle est obligée plus que tout autre de travaille à la gloire du saint Nom de Dieu, qui l’a favorisée plus que toutes les autres créatures, et je ne doute point qu’elle ne nous obtienne l’établissement de cette œuvre que Notre-Seigneur a comparée au festin délicieux des noces de Cana, et remarquons bien que c’est la très sainte Vierge qui obtint de son Fils ce vin miraculeux. En attendant, je vous prie très humblement d’inviter les personnes qui ont à cœur cette œuvre à vouloir bien saluer avec moi la sainte Vierge sous le titre de Notre-Dame du Saint-Nom-de-Dieu.»

Tuesday, 17 March 2026

Tuesday's Serial: "St. Martin’s Summer" by Rafael Sabatini (in English) - V.

 

CHAPTER VI. MONSIEUR DE GARNACHE KEEPS HIS TEMPER

Night had fallen and it had begun to rain when Garnache and Valerie reached Grenoble. They entered the town afoot, the Parisian not desiring to attract attention by being seen in the streets with a lady on the withers of his horse.

With thought for her comfort, Monsieur de Garnache had divested himself of his heavy horseman’s cloak and insisted upon her assuming it, so setting it about her that her head was covered as by a wimple. Thus was she protected not only from the rain, but from the gaze of the inquisitive.

They made their way in the drizzle, through the greasy, slippery streets ashine with the lights that fell from door and window, Rabecque following closely with the horses. Garnache made straight for his inn—the Auberge du Veau qui Tete—which enjoyed the advantage of facing the Palais Seneschal.

The ostler took charge of the nags, and the landlord conducted them to a room above-stairs, which he placed at mademoiselle’s disposal. That done, Garnache left Rabecque on guard, and proceeded to make the necessary arrangements for the journey that lay before them. He began by what he conceived to be the more urgent measure, and stepping across to the Palais Seneschal, he demanded to see Monsieur de Tressan at once.

Ushered into the Lord Seneschal’s presence, he startled that obese gentleman by the announcement that he had returned from Condillac with Mademoiselle de La Vauvraye, and that he would require an escort to accompany them to Paris.

“For I am by no means minded to be exposed to such measures as the tigress of Condillac and her cub may take to recover their victim,” he explained with a grim smile.

The Seneschal combed his beard and screwed up his pale eyes until they vanished in the cushions of his cheeks. He was lost in amazement. He could only imagine that the Queen’s emissary had been duped more successfully this time.

“I am to gather, then,” said he, dissembling what was passing through his mind, “that you delivered the lady by force or strategy.”

“By both, monsieur,” was the short answer.

Tressan continued to comb his beard, and pondered the situation. If things were so, indeed, they could not have fallen out more to his taste. He had had no hand in it, one way or the other. He had run with the hare and hunted with the hounds, and neither party could charge him with any lack of loyalty. His admiration and respect for Monsieur de Garnache grew enormously. When the rash Parisian had left him that afternoon for the purpose of carrying his message himself to Condillac, Tressan had entertained little hope of ever again seeing him alive. Yet there he stood, as calm and composed as ever, announcing that singlehanded he had carried out what another might well have hesitated to attempt with a regiment at his heels.

Tressan’s curiosity urged him to beg for the details of this marvel, and Garnache entertained him with a brief recital of what had taken place, whereat, realizing that Garnache had indeed outwitted them, the Seneschal’s wonder increased.

“But we are not out of the quagmire yet,” cried Garnache; “and that is why I want an escort.”

Tressan became uneasy. “How many men shall you require?” he asked, thinking that the Parisian would demand at least the half of a company.

“A half-dozen and a sergeant to command them.”

Tressan’s uneasiness was dissipated, and he found himself despising Garnache more for his rashness in being content with so small a number than he respected him for the boldness and courage he had so lately displayed. It was not for him to suggest that the force might prove insufficient; rather was it for him to be thankful that Garnache had not asked for more. An escort Tressan dared not refuse him, and yet refuse it him he must have done—or broken with the Condillacs—had he asked for a greater number. But six men! Pooh! they would be of little account. So he very readily consented, inquiring how soon Garnache would require them.

“At once,” was the Parisian’s answer. “I leave Grenoble to-night. I hope to set out in an hour’s time. Meanwhile I’ll have the troopers form a guard of honour. I am lodged over the way.”

Tressan, but too glad to be quit of him, rose there and then to give the necessary orders, and within ten minutes Garnache was back at the Sucking Calf with six troopers and a sergeant, who had left their horses in the Seneschal’s stables until the time for setting out. Meanwhile Garnache placed them on duty in the common-room of the inn.

He called for refreshment for them, and bade them remain there at the orders of his man Rabecque. His reason for this step was that it became necessary that he should absent himself for a while to find a carriage suitable for the journey; for as the Sucking Calf was not a post-house he must seek one elsewhere—at the Auberge de France, in fact, which was situate on the eastern side of the town by the Porte de Savoie—and he was not minded to leave the person of Valerie unguarded during his absence. The half-dozen troopers he considered ample, as indeed they were.

On this errand he departed, wrapped tightly in his cloak, walking briskly through the now heavier rain.

But at the Auberge de France a disappointment awaited him. The host had no horses and no carriage, nor would he have until the following morning. He was sorrow-stricken that the circumstance should discompose Monsieur de Garnache; he was elaborate in his explanations of how it happened that he could place no vehicle at Monsieur de Garnache’s disposal—so elaborate that it is surprising Monsieur de Garnache’s suspicions should not have been aroused. For the truth of the matter was that the folk of Condillac had been at the Auberge de France before him—as they had been elsewhere in the town wherever a conveyance might be procurable—and by promises of reward for obedience and threats of punishment for disobedience, they had contrived that Garnache should hear this same story on every hand. His mistake had lain in his eagerness to obtain a guard from the Seneschal. Had he begun by making sure of a conveyance, anticipating, as he should have done, this move on the part of the Condillacs—a move which he did not even now suspect—it is possible that he might have been spared much of the trouble that was to follow.

An hour or so later, after having vainly ransacked the town for the thing he needed, he returned wet and annoyed to the Veau qui Tote. In a corner of the spacious common-room—a corner by the door leading to the interior of the inn—he saw the six troopers at table, waxing a trifle noisy over cards. Their sergeant sat a little apart, in conversation with the landlord’s wife, eyes upturned adoringly, oblivious of the increasing scowl that gathered about her watchful husband’s brow.

At another table sat four gentlemen—seemingly travellers, by their air and garb—in a conversation that was hushed at Garnache’s entrance. But he paid no heed to them as he stalked with ringing step across the rushstrewn floor, nor observed how covertly and watchfully their glances followed him as returning, in passing the sergeant’s prompt salute he vanished through the doorway leading to the stairs.

He reappeared again a moment later, to call the host, and give him orders for the preparing of his own and Rabecque’s supper.

On the landing above he found Rabecque awaiting him.

“Is all well?” he asked, and received from his lackey a reassuring answer.

Mademoiselle welcomed him gladly. His long absence, it appeared, had been giving her concern. He told her on what errand he had been, and alarm overspread her face upon hearing its result.

“But, monsieur,” she cried, “you are not proposing that I should remain a night in Grenoble.”

“What alternative have we?” he asked, and his brows met, impatient at what he accounted no more than feminine whimsey.

“It is not safe,” she exclaimed, her fears increasing. “You do not know how powerful are the Condillacs.”

He strode to the fire, and the logs hissed under the pressure of his wet boot. He set his back to the blaze, and smiled down upon her.

“Nor do you know how powerful are we,” he answered easily. “I have below six troopers and a sergeant of the Seneschal’s regiment; with myself and Rabecque we are nine men in all. That should be a sufficient guard, mademoiselle. Nor do I think that with all their power the Condillacs will venture here to claim you at the sword point.”

“And yet,” she answered, for all that she was plainly reassured, at least in part, “I would rather you had got me a horse, that we might have ridden to Saint Marcellin, where no doubt a carriage might be obtained.”

“I did not see the need to put you to so much discomfort,” he returned. “It is raining heavily.”

“Oh, what of that?” she flung back impatiently.

“Besides,” he added, “it seems there are no horses at the post-house. A benighted place this Dauphiny of yours, mademoiselle.”

But she never heeded the gibe at her native province. “No horses?” she echoed, and her hazel eyes looked up sharply, the alarm returning to her face. She rose, and approached him. “Surely that is impossible.”

“I assure you that it is as I say—neither at the post-house nor at any of the inns I visited could I find me a spare horse.”

“Monsieur,” she cried, “I see the hand of Condillac in this.”

“As how?” he inquired, and his tone again was quickened by impatience.

“They have anticipated you. They seek to keep you here—to keep us in Grenoble.”

“But to what end?” he asked, his impatience growing. “The Auberge de France has promised me a carriage in the morning. What shall it avail them at Condillac to keep us here to-night?”

“They may have some project. Oh, monsieur! I am full of fears.”

“Dismiss them,” he answered lightly; and to reassure her he added, smiling: “Rest assured we shall keep good watch over you, Rabecque and I and the troopers. A guard shall remain in the passage throughout the night. Rabecque and I will take turn about at sentry-go. Will that give you peace?”

“You are very good,” she said, her voice quivering with feeling and real gratitude, and as he was departing she called after him. “You will be careful of yourself,” she said.

He paused under the lintel, and turned, surprised. “It is a habit of mine,” said he, with a glint of humour in his eye.

But there was no answering smile from her. Her face was all anxiety.

“Beware of pitfalls,” she bade him. “Go warily; they are cruelly cunning, those folk of Condillac. And if evil should befall you...”

“There would still remain Rabecque and the troopers,” he concluded.

She shrugged her shoulders. “I implore you to be careful,” she insisted.

“You may depend upon me,” he said, and closed the door.

Outside he called Rabecque, and together they went below. But mindful of her fears, he dispatched one of the troopers to stand sentry outside her door whilst he and his lackey supped. That done, he called the host, and set himself at table, Rabecque at his elbow in attendance to hand him the dishes and pour his wine.

Across the low-ceilinged room the four travellers still sat in talk, and as Garnache seated himself, one of them shouted for the host and asked in an impatient tone to know if his supper was soon to come.

“In a moment, sir,” answered the landlord respectfully, and he turned again to the Parisian. He went out to bring the latter’s meal, and whilst he was gone Rabecque heard from his master the reason of their remaining that night in Grenoble. The inference drawn by the astute lackey—and freely expressed by him—from the lack of horses or carriages in Grenoble that night, coincided oddly with Valerie’s. He too gave it as his opinion that his master had been forestalled by the Dowager’s people, and without presuming to advise Garnache to go warily—a piece of advice that Garnache would have resented, to the extent perhaps of boxing the fellow’s ears—he determined, there and then, to keep a close watch upon his master, and under no circumstances, if possible, permit him to leave the Sucking Calf that night.

The host returned, bearing a platter on which there steamed a ragout that gave out an appetizing odour; his wife followed with other dishes and a bottle of Armagnac under her arm. Rabecque busied himself at once, and his hungry master disposed himself to satisfy the healthiest appetite in France, when suddenly a shadow fell across the table. A man had come to stand beside it, his body screening the light of one of the lamps that hung from a rafter of the ceiling.

“At last!” he exclaimed, and his voice was harsh with ill-humour.

Garnache looked up, pausing in the very act of helping himself to that ragout. Rabecque looked up from behind his master, and his lips tightened. The host looked up from the act of drawing the cork of the flagon he had taken from his wife, and his eyes grew big as in his mind he prepared a judicious blend of apology and remonstrance wherewith to soothe this very impatient gentleman. But before he could speak, Garnache’s voice cut sharply into the silence. An interruption at such a moment vexed him sorely.

“Monsieur says?” quoth he.

“To you, sir—nothing,” answered the fellow impudently, and looked him straight between the eyes.

With a flush mounting to his cheeks, and his brows drawn together in perplexity, Garnache surveyed him. He was that same traveller who had lately clamoured to know when he might sup, a man of rather more than middle height, lithe and active of frame, yet with a breadth of shoulder and depth of chest that argued strength and endurance as well. He had fair, wavy hair, which he wore rather longer than was the mode, brown eyes, and a face which, without being handsome, was yet more than ordinarily engaging by virtue of its strength and frank ingenuousness. His dress was his worst feature. It was flamboyant and showy; cheap, and tawdrily pretentious. Yet he bore himself with the easy dignity of a man who counts more inferiors than superiors.

Despite the arrogant manner of his address, Garnache felt prepossessed in the newcomer’s favour. But before he could answer him, the host was speaking.

“Monsieur mistakes...” he began.

“Mistakes?” thundered the other in an accent slightly foreign. “It is you who mistake if you propose to tell me that this is not my supper. Am I to wait all night, while every jackanapes who follows me into your pigsty is to be served before me?”

“Jackanapes?” said Garnache thoughtfully, and looked the man in the face again. Behind the stranger pressed his three companions now, whilst the troopers across the room forgot their card-play to watch the altercation that seemed to impend.

The foreigner—for such, indeed, his French proclaimed him—turned half-contemptuously to the host, ignoring Garnache with an air that was studiously offensive.

“Jackanapes?” murmured Garnache again, and he, too, turned to the host. “Tell me, Monsieur l’Hote,” said he, “where do the jackanapes bury their dead in Grenoble? I may need the information.”

Before the distressed landlord could utter a word, the stranger had wheeled about again to face Garnache. “What shall that mean?” he asked sharply, a great fierceness in his glance.

“That Grenoble may be witnessing the funeral of a foreign bully by to-morrow, Monsieur l’Etranger,” said Garnache, showing his teeth in a pleasant smile. He became conscious in that moment of a pressure on his shoulder blade, but paid no heed to it, intent on watching the other’s countenance. It expressed surprise a moment, then grew dark with anger.

“Do you mean that for me, sir?” he growled.

Garnache spread his hands. “If monsieur feels that the cap fits him, I shall not stay him in the act of donning it.”

The stranger set one hand upon the table, and leaned forward towards Garnache. “May I ask monsieur to be a little more definite?” he begged.

Garnache sat back in his chair and surveyed the man, smiling. Quick though his temper usually might be, it was checked at present by amusement. He had seen in his time many quarrels spring from the flimsiest of motives, but surely never had he seen one quite so self-begotten. It was almost as if the fellow had come there of set purpose to pick it with him.

A suspicion flashed across his mind. He remembered the warning mademoiselle had given him. And he wondered. Was this a trick to lure him to some guet-apens? He surveyed his man more closely; but the inspection lent no colour to his suspicions. The stranger looked so frank and honest; then again his accent was foreign. It might very well be that he was some Savoyard lordling unused to being kept waiting, and that his hunger made him irritable and impatient. If that were so, assuredly the fellow deserved a lesson that should show him he was now in France, where different manners obtained to those that he displayed; yet, lest he should be something else, Garnache determined to pursue a policy of conciliation. It would be a madness to embroil himself just then, whether this fellow were of Condillac or not.

“I have asked you, monsieur,” the stranger insisted, “to be a little more definite.”

Garnache’s smile broadened and grew more friendly. “Frankly,” said he, “I experience difficulty. My remark was vague. I meant it so to be.”

“But it offended me, monsieur,” the other answered sharply.

The Parisian raised his eyebrows, and pursed his lips. “Then I deplore it,” said he. And now he had to endure the hardest trial of all. The stranger’s expression changed to one of wondering scorn.

“Do I understand that monsieur apologizes?”

Garnache felt himself crimsoning; his self-control was slipping from him; the pressure against his shoulder blade was renewed, and in time he became aware of it and knew it for a warning from Rabecque.

“I cannot conceive, sir, that I have offended,” said he at length, keeping a tight hand upon his every instinct—which was to knock this impertinent stranger down. “But if I have, I beg that you will believe that I have done so unwittingly. I had no such intent.”

The stranger removed his hand from the table and drew himself erect.

“So much for that, then,” said he, provokingly contemptuous. “If you will be as amiable in the matter of the supper I shall be glad to terminate an acquaintance which I can see no honour to myself in pursuing.”

This, Garnache felt, was more than he could endure. A spasm of passion crossed his face, another instant and despite Rabecque’s frantic proddings he might have flung the ragout in the gentleman’s face; when suddenly came the landlord unexpectedly to the rescue.

“Monsieur, here comes your supper now,” he announced, as his wife reentered from the kitchen with a laden tray.

For a moment the stranger seemed out of countenance. Then he looked with cold insolence from the dishes set before Garnache to those which were being set for himself.

“Ah,” said he, and his tone was an insult unsurpassable, “perhaps it is to be preferred. This ragout grows cold, I think.”

He sniffed, and turning on his heel, without word or sign of salutation to Garnache, he passed to the next table, and sat down with his companions. The Parisian’s eyes followed him, and they blazed with suppressed wrath. Never in all his life had he exercised such self-control as he was exercising then—which was the reason why he had failed to achieve greatness—and he was exercising it for the sake of that child above-stairs, and because he kept ever-present in his mind the thought that she must come to grievous harm if ill befell himself. But he controlled his passion at the cost of his appetite. He could not eat, so enraged was he. And so he pushed the platter from him, and rose.

He turned to Rabecque, and the sight of his face sent the lackey back a pace or two in very fear. He waved his hand to the table.

“Sup, Rabecque,” said he. “Then come to me above.”

And followed, as before, by the eyes of the stranger and his companions, Garnache strode out of the room, and mounting the stairs went to find solace in talk with Valerie. But however impossible he might find it to digest the affront he had swallowed, no word of the matter did he utter to the girl, lest it should cause her fears to reawaken.

Thursday, 12 March 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XVIII.

 

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C'est le brouillard d'un beau jour qui tombe

La France en danger

    Lettre du 7 mars 1847

«Vous savez que depuis plusieurs mois, Notre-Seigneur m’occupait diversement du salut des âmes. Il me faisait travailler tantôt dans un champ, tantôt dans un autre, selon son bon plaisir. Enfin, Il m’a mise quinze jours en retraite pour purifier mon âme et Il m’a défendu d’en sortir qu’Il ne m’appelât. Pendant ces jours, comme je vous l’ai dit, Il m’a fait voir toute l’ivraie que j’avais moi-même dans le champ de mon âme et j’ai fait la confession de mes fautes. Mais voilà que la voix de Notre-Seigneur s’est fait entendre. Il m’a rappelée, me faisant entendre qu’Il me donnait de nouveau mission pour l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes. Voilà trois fois qu’Il m’y invite. Il y a quelque temps qu’Il m’assura que cette œuvre s’établirait. Cela a mis dans mon âme une si grande confiance que, si je voyais la terre et l’enfer traverser cette œuvre, je ne laisserais pas d’espérer dans Celui dont le bras est tout puissant. D’ailleurs, Notre-Seigneur m’a dit qu’Il permettait au démon de traverser ses œuvres pour éprouver la confiance de ses serviteurs. Aujourd’hui, Notre-Seigneur m’a dit:

—Réjouissez-vous ma fille, l’heure approche de la naissance de la plus belle œuvre qui soit sous le soleil. Offrez mon Cœur à mon Père pour l’obtenir.

Voilà plusieurs fois que Notre-Seigneur me presse de prier avec ardeur pour cela; et comme je pensais aux obstacles qui se présentaient:

—C’est le brouillard d’un beau jour qui tombe.

Et Il m’a dit de m’abandonner de nouveau entre ses mains pour souffrir intérieurement et extérieurement tout ce qu’Il voudrait pour l’accomplissement de ses desseins en cette œuvre. Et Il m’a fait remarquer combien je n’étais qu’un faible instrument entre ses mains, qu’Il maniait à son gré. Ce qui est bien vrai, car voilà plusieurs mois que je ne m’occupais pas de l’Œuvre de la Réparation, non par indifférence, mais c’est que Notre-Seigneur m’occupait à d’autres choses. Je ne peux travailler à cette œuvre que par une grâce spéciale de Notre-Seigneur quand Il veut et comme Il veut. Maintenant, je sens que j’ai reçu cette grâce en mon âme; c’est pourquoi, avec la conduite de Notre-Seigneur qui va me diriger, je ne ferai rien que par son propre esprit.

Sit nomen Domini benedictum.»

 

La France en danger

    Lettre du 14 mars 1847

«Permettez-moi de vous rendre compte des tristes impressions que mon âme éprouve. Notre-Seigneur m’a fait entendre aujourd’hui, après la Sainte Communion, que les fléaux dont nous avons été frappés n’étaient que les avant-coureurs de ceux que la Justice divine nous prépare, si on n’apaise pas la colère de Dieu. Et Il m’a montré les péchés de blasphème et les profanations du saint jour du Dimanche sous l’emblème de deux pompes avec lesquelles les pécheurs qui se rendaient coupables de ces actions, attiraient les eaux de sa colère sur la France, et dans lesquelles elle est menacée d’être submergée, si on n’établissait pas cette Œuvre de la Réparation qu’Il donnait dans sa miséricorde à la France, comme moyen de salut.

Ensuite, Notre-Seigneur m’a dit que ces sectaires qu’on appelle communistes, n’avaient fait qu’une incursion; et Il a ajouté:

— Ah! si vous connaissiez leurs machinations secrètes et diaboliques et leurs principes anti-chrétiens! Ils n’attendent qu’un jour favorable pour incendier la France. Demandez donc l’établissement de l’Œuvre de la Réparation à qui de droit peut l’établir, pour obtenir miséricorde.

— Mais, mon divin Maître, ai-je répondu, mes Supérieurs l’ont déjà demandée.

— Cela ne suffit pas, c’est vous qui êtes l’instrument que j’ai choisi et qui devez la demander en mon nom et de ma part.

Voilà à peu près ce que je crois que Notre-Seigneur m’a fait entendre. Je vois bien que ces expressions d’eau et de feu dont Notre-Seigneur s’est servi sont emblématiques pour exprimer les maux dont la France est menacée».

 

 

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“J'aime tant l'obéissance!”

Combattre les ennemis de Dieu!

    Lettre du 19 mars 1847

«Après la sainte Communion, ce matin, j’ai exposé à Jésus le conseil que vous m’avez donné de ne pas écrire à Monseigneur l’archevêque.[1] Voici à peu près ce que le divin Maître m’a répondu:

—Ma fille, j’aime tant l’obéissance! Soyez soumise, afin qu’on puisse reconnaître l’esprit qui vous conduit. Je désire cependant que les lumières que je vous donne soient communiquées à votre premier supérieur.

Alors j’ai repris: Mon divin Maître, permettez-moi de vous demander, avec la simplicité d’un enfant, ce que vous voulez dire en m’ordonnant de prier Monseigneur d’établir l’œuvre de la Réparation; car vous savez qu’il y a déjà travaillé en l’approuvant... Il m’a répondu:

—Si cette œuvre n’est point posée sur la pierre ferme, elle n’aura jamais de solidité; si elle n’a un bref qui lui soit propre, elle ne fera que languir et finirait par périr. Mais, si on l’exécute par la demande d’un bref, on la verra bientôt s’établir dans les villes de France, et il convient que ce soit celui qui le premier à “mis la main à l’œuvre qui l’achève”.

Comme j’exprimais la crainte de me tromper en demandant cette œuvre de sa part, il m’a fait remarquer que je n’en étais occupée que quand il m’en mettait la pensée dans l’esprit, et que je devais être en toute sûreté. Puis il m’a dit qu’il allait m’expliquer sa conduite à mon égard à l’aide d’une comparaison, et il m’a montré un arc et une flèche qu’il m’a dit être l’emblème de mon âme entre ses mains. Il m’a fait voir comme il dirigeait son arc et sa flèche du côté qu’il voulait pour l’accomplissement de ses desseins.

—C’est pour me servir d’instrument dans le dessein de cette œuvre de Réparation que je vous ai créée; aussi consolez-vous; quand cette œuvre sera faite, je ne vous laisserai pas longtemps sur la terre, et ma miséricorde récompensera vos petits travaux.

Permettez-moi de solliciter très humblement le secours de vos prières; car je vous assure que j’en ai grand besoin. Je n’enfante cette œuvre que par les prières et les souffrances. Quand Notre-Seigneur m’a chargée de nouveau de cette œuvre, il m’a dit:

—Priez sans cesse pour son établissement, et offrez-vous toute à moi, prête à souffrir dans votre corps et dans votre âme tout ce que je voudrai pour l’accomplissement de mes desseins.

L’effet a suivi de prêt ces paroles, car depuis ce moment je suis sur la croix; mais oserai-je me plaindre, moi qui ai dit tant de fois à Jésus que je voudrais donner jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour l’accomplissement de ses desseins en cette œuvre de réparation? Oh! que je suis indigne de souffrir pour une si noble fin: la gloire de Dieu et le salut des âmes! Je vous confesse cependant, ma très Révérende Mère, que j’ai la faiblesse de répandre souvent des larmes, mais je prie Notre-Seigneur de ne pas faire attention à cette pauvre nature.»

Combattre les ennemis de Dieu...

 

    Lettre du 29 mars 1847

«Aujourd’hui après la Sainte Communion, Notre-Seigneur m’a, je crois, chargée d’une nouvelle mission dont je serais effrayée si j’étais quelque chose. Mais comme je ne suis rien qu’un faible instrument dans la main puissante du Seigneur, je suis parfaitement en paix.

Notre-Seigneur m’a commandé de faire la guerre aux communistes, qu’Il dit être les ennemis de l’Église et de son Christ; me faisant entendre que ces lionceaux étaient pour la plupart nés dans l’Église dont ils se déclaraient maintenant les cruels ennemis. Alors Notre-Seigneur m’a dit:

—Je vous ai fait connaître que je vous tenais entre mes mains comme une flèche. Je vais maintenant lancer cette flèche vers mes ennemis. Je vous donne pour les combattre, les armes de ma Passion: ma Croix dont ils sont les ennemis, et les autres instruments de mon supplice. Allez vers eux avec la simplicité d’un enfant et le courage d’un soldat. Recevez pour cette mission le bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Alors, j’ai prié la très Sainte Vierge de vouloir bien être la dépositaire de ces divines armes que me donnait son divin Fils. Elle est comparée à la tour de David, d’où pendent mille boucliers. Notre-Seigneur m’a donné à ce sujet d’autres lumières qu’Il ne me serait pas facile de rapporter.

—Seigneur, ai-je dit, formez mes mains au combat et apprenez-moi à me servir de vos instruments.

Notre-Seigneur m’a dit:

—Les armes de mes ennemis donnent la mort, mais les miennes donnent la vie.

Voilà la prière que je dis souvent à cet effet:

—Père éternel, je vous offre dans le camp de vos ennemis la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ et tous les instruments de sa Sainte Passion, afin que vous mettiez entre eux la division car, ainsi que l’a dit votre Fils bien-aimé: « tout royaume divisé contre lui-même sera ruiné.[2]

Voilà à peu près, ma très Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Je m’abandonne entre les mains de Notre-Seigneur: Il fera de moi ce qu’Il voudra; je suis toute à Lui et je ne veux point avoir d’autre volonté que la sienne. Je suivrai pas à pas les lumières de sa grâce pour marcher dans ses voies.»

 

[1] «La pieuse carmélite, ayant reçu jusqu’à deux fois l’ordre d’écrire à l’archevêque, avait consulté la Mère prieure pour savoir si elle devait le faire; celle-ci l’en avait dissuadée sous prétexte qu’il ne fallait pas importuner Monseigneur au milieu de ses grandes occupations.»

— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

[2] Document D, lettre du 29 mars 1847.

 

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“Ils m'ont vendu pour de l'argent”

“Que Dieu se lève!”

    Lettre du premier avril 1847

«Notre-Seigneur continue toujours à m’appliquer à faire la guerre aux communistes. Il me donne grâce et lumière pour le combat. Les instruments de sa Passion me servent d’armes; et son admirable Nom qui est si terrible aux démons et celui de sa Sainte Mère me servent de boulets de canon. Mais pour m’animer au combat contre ses ennemis, que je vois dans la lumière de Dieu être si redoutables, voici le triste secret que Notre-Seigneur m’a révélé:

—Le soldat qui sait le motif de la guerre à laquelle il est appelé, et qui sait l’injure qui a été faite au Prince, s’arme alors d’intrépidité contre les ennemis pour venger cet affront. Eh bien, ma fille, c’est cette société de communistes qui m’a arraché de mes tabernacles et a profané mes sanctuaires. Ils ont porté la main sur l’Oint du Seigneur. Ils ne réussiront point dans leurs desseins! N’ont-ils pas commis le crime de Judas? Ils m’ont vendu pour de l’argent! Cette connaissance ne doit pas être stérile en vous, car je ne vous la donne que pour vous animer au combat. Agissez avec un esprit de simplicité; car si vous voulez trop raisonner, vous ne serez point un instrument propre entre mes mains. Pensez plutôt à la gloire que la cour céleste me rendra d’avoir combattu de tels ennemis avec un si chétif instrument.

Voilà, à peu près, ma Révérende Mère, ce que Notre-Seigneur m’a fait entendre hier et aujourd’hui, jour remarquable. C’est en ce jour du jeudi saint qu’il institua le sacrement ineffable où il devait être exposé aux outrages et aux profanations de ses ennemis. Je vais donc de nouveau faire amende honorable à ce divin Sauveur, dans le sacrement de son amour, pour ces profanations et ces vols sacrilèges dont il m’a rappelé le triste souvenir, que j’avais, hélas! trop tôt oublié.»[1]

“Que Dieu se lève...”

 

    Lettre du 6 avril 1847

«Je suis entrée dans la lice pour combattre les ennemis de Dieu. La calme est revenu dans mon âme depuis que j’ai reçu, si je puis m’exprimer ainsi, le drapeau de l’obéissance. Je suis en sûreté sous cette enseigne et je ne crains plus le démon. Notre-Seigneur me donne grâce pour dresser mes batteries. Aujourd’hui après la sainte Communion, Il m’a encouragée au combat et Il m’a promis de me donner une croix d’honneur qui, m’a-t-il dit, m’ouvrirait le ciel. Si j’étais fidèle en ses combats, Il m’a promis aussi l’or de la charité. J’ai compris que c’était quelque tribulation que Notre-Seigneur me réservait dans sa miséricorde et qu’Il me ferait la grâce de souffrir avec patience et amour. Que son saint Nom soit béni. Mais revenons au combat, ma Révérende Mère, car après avoir combattu de toutes mes forces les ennemis de Dieu pendant ces trois jours de fête, j’en ai maintenant presque la contrition. Mais je m’explique: c’est que je crains d’avoir fait des imprécations contre eux. Je sais bien que le saint roi David en fait bien dans les Psaumes (108 par exemple), mais je ne sais pas si cela m’est permis. Enfin, j’ai dit tout ce que Notre-Seigneur m’a inspiré; si c’est mal et que je me trompe, je ne le ferai plus. Je vais vous dire que je commence par mettre mon âme entre les mains de Notre-Seigneur. Je le prie de bander son arc et de décocher ses flèches vers ses ennemis. Ensuite, je commence à combattre par sa Croix et par les instruments de sa Passion, ainsi qu’Il me l’a enseigné. C’est ici mon inquiétude pour les imprécations car, si c’est mal, j’ai dit ces paroles des centaines de fois; mais je n’ai point l’intention de leur vouloir du mal. Je n’en veux qu’à leur malice et à leurs passions. C’est ce que j’ai dit à Notre-Seigneur. Voici donc ce que je dis:

“Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés, et que tous ceux qui le haïssent s’enfuient devant sa Face.

Que le Nom de Dieu trois fois saint renverse tous leurs desseins.

Que le Nom sacré de Dieu vivant divise tous leurs sentiments.

Que le Nom terrible du Dieu de l’éternité anéantisse leur impiété”.

Je dis encore d’autres, et quand je les ai ainsi bien battus, je dis:

“Je ne veux point la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Mon Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font”.

Je fais cet exercice sans contention d’esprit et avec une grande facilité, parce que je me laisse conduire par la grâce qui me guide. Ainsi, ma Révérende Mère; jugez si je dois continuer ainsi. J’attendrai votre décision. Je crois bien que c’est le Général de la patrie adverse qui veut me donner une alerte (le diable)».

 

[1] Lettre du 1 avril 1847.