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Saturday, 1 February 2025

"Ubi Arcado dei Consilio" by Pope Pius XI (translated into French).

 

Aux Patriarches, Primats, Archevêques, Evêques et autres ordinaires en paix et communion avec le Siège Apostolique

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique

 

Du jour où, sans que nul mérite assurément Nous signalât, un mystérieux dessein de la Providence divine Nous eut élevé sur cette Chaire de vérité et de charité, Nous Nous proposâmes, Vénérables Frères, de vous exprimer le plus tôt possible, en une Lettre Encyclique, Nos sentiments de vive affection, à vous et par vous à tous Nos fils bien-aimés dont vous êtes directement chargés.

Cette résolution, Nous croyons l'avoir manifestée lorsque, à peine élu, Nous avons, du balcon de la basilique vaticane, devant une foule immense, donné Notre bénédiction Urbi et Orbi, à Rome et au monde; le concert de joyeuses félicitations par lequel de tous les coins de l'horizon, le Collège sacré des cardinaux au premier rang, vous avez accueilli cette bénédiction, Nous apporta, au moment d'assumer le fardeau si inattendu du pontificat, un réconfort bien opportun, le plus précieux après la confiance que Nous mettions dans le secours divin.

Aujourd'hui enfin, à la veille de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ et au seuil d'une nouvelle année, il Nous est donné de vous adresser la parole (II Cor. VI, 11). Que cette lettre soit pour vous comme un de ces présents traditionnels qui traduisent les vœux de bonheur d'un père à ses enfants.

Si Nous n'avons pu le faire plus tôt, comme Nous le souhaitions, c'est que des empêchements successifs y ont jusqu'ici mis obstacle.

Tout d'abord, il fallut répondre aux adresses délicates des catholiques qui, dans les lettres qui Nous arrivaient chaque jour innombrables, saluaient le nouveau successeur de saint Pierre avec tous les témoignages de la plus ardente piété filiale. Puis, tout de suite, Nous eûmes à connaître ces préoccupations de chaque jour dont parle l'Apôtre, le souci de toutes les Eglises (II Cor. XI, 28).

Et des problèmes nouveaux vinrent accroître la tâche ordinaire de Notre charge. Il nous fallut poursuivre les démarches d'une haute importance que Nous avions trouvées engagées au sujet de la Terre Sainte ainsi que du statut à assurer en ce pays aux chrétiens et à des Églises vénérables entre toutes.

Fidèle à Notre mission, Nous eûmes, auprès des Conférences où les Etats vainqueurs débattaient le sort des peuples, à défendre la cause de la charité en même temps que de la justice, surtout en les priant d'accorder la considération qu'ils méritent aux intérêts spirituels, dont la valeur n'est pas inférieure mais supérieure à celle des intérêts temporels.

Nous dûmes rechercher tous les moyens de secourir d'innombrables populations lointaines minées par la famine et des souffrances de toute sorte, et Nous y avons travaillé soit en expédiant les plus larges secours que permettaient Nos pauvres ressources, soit en faisant appel à la générosité de l'univers entier.

Dans le pays même où nous avons vu le jour et au centre duquel Dieu a dressé le Siège de Pierre, il fallut Nous ingénier à apaiser les conflits que les excès de la violence multipliaient depuis quelque temps et qui semblaient menacer des pires dangers une nation très chère.

Parallèlement, des événements se produisirent qui Nous apportèrent une profonde joie. Les fêtes du XXVIème Congrès eucharistique international et du tricentenaire de la fondation de la Ste Congrégation de la Propagande inondèrent Notre âme de célestes consolations avec une abondance que Nous pouvions difficilement espérer au début de Notre pontificat. Il nous fut donné ainsi de recevoir en audience particulière presque tous Nos chers Fils les cardinaux, et même un tel nombre de Nos Vénérables Frères les évêques qu'il ne serait pas aisé d'en voir davantage en l'espace de plusieurs années. En outre, des foules considérables de fidèles, qui étaient comme autant de délégations de la famille presque infinie confiée à Notre sollicitude par le Seigneur, et, comme dit l'Apocalypse (V, 9), constituée de toute tribu, de toute langue, de toute race, de toute nation, ont pu Nous être présentées et recevoir la consolation, que Nous désirions tant leur donner, d'une paternelle attention.

Ce fut alors comme des visions de paradis qui se déroulèrent devant Nous : Jésus-Christ Notre Rédempteur, caché sous les voiles eucharistiques, s'avançant, tel un triomphateur, à travers la ville de Rome au milieu d'un imposant cortège de fidèles accourus de toutes parts, semblant rentrer en possession des honneurs dus au Roi des individus et des nations ; prêtres et pieux laïques, comme au sortir d'une nouvelle Pentecôte, manifestant an grand jour la ferveur et la flamme apostolique dont brillaient leurs âmes ; la foi vivace du peuple romain, attestée comme jadis à la face du monde entier, pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien des âmes.

De son côté, la Vierge Marie, Mère de Dieu en même temps que notre toute bonne Mère à tous, elle qui Nous avait déjà souri dans ses sanctuaires de Czenstochowa et d'Ostrabrama, à la Grotte miraculeuse de Lourdes, et surtout à Milan du haut du piédestal aérien qui surmonte le Dôme ainsi que du sanctuaire voisin de Rhô, parut agréer l'hommage de piété filiale que Nous lui rendîmes quand, après réparation des ravages causés par l'incendie, Nous fîmes remplacer dans la sacrée basilique de Lorette sa statue vénérée, artistement reconstituée ici même, consacrée et couronnée de Nos propres mains. Ce fut pour l'auguste Vierge elle aussi comme un magnifique et éclatant voyage triomphal : du Vatican à Lorette, dans toutes les localités qu'elle traversa, la sainte image fut de la part des pieux fidèles l'objet d'un concert ininterrompu de louanges, et les gens de toutes classes, accourant des alentours au-devant d'elle, manifestèrent leur attachement profond et leur dévouement envers Marie et envers le Vicaire de Jésus-Christ.

À la leçon des événements joyeux ou tristes dont Nous venons de consigner le souvenir pour la postérité, Nous sommes arrivé peu à peu à Nous faire une idée de plus en plus claire de la tâche principale qui s'imposait à Nous dans le suprême pontificat et des paroles qu'il importait d'écrire en ce message d'avènement.

C'est un fait évident pour tous : ni les individus, ni la société, ni les peuples n'ont encore, après la catastrophe d'une pareille guerre, retrouvé une véritable paix ; la tranquillité active et féconde que le monde appelle n'est pas encore rétablie. Il convient de mesurer d'abord avec soin l'étendue et la gravité de cette crise, puis d'en rechercher les causes et les origines, si l'on veut —  comme Nous le désirons Nous-même — y appliquer le remède approprié. C'est précisément à quoi, en vertu de Notre charge apostolique, Nous Nous proposons de consacrer cette lettre, et ce qui sera dans la suite le but de Nos constants efforts.

L'état de choses n'a pas changé qui a préoccupé, durant tout son pontificat, Notre très regretté prédécesseur Benoît XV ; il est donc logique que Nous fassions Nôtres ses initiatives et ses vues en ce qui concerne ces questions. Il est à souhaiter que tous les gens de bien s'associent à Notre propre manière de voir et à Nos projets, et Nous prêtent leur concours actif et empressé en vue d'obtenir de Dieu une réconciliation sincère et durable entre les hommes.

Les prophètes ont des mots qui s'appliquent et conviennent merveilleusement à notre époque : Nous attendions la paix et nous n'avons rien obtenu de bon ; le temps du remède, et voici la terreur (Jer. VIII, 15) ; le temps de la guérison, et voici l'épouvante (Jer. XIV, 19). Nous attendions la lumière, et voici les ténèbres...; le jugement, et il n'y en a pas ; le salut, et il s'est éloigné de nous (Is. LIX, 9-11). Si en Europe on a déposé les armes, vous savez que dans le Proche Orient s'amoncellent des menaces de guerres nouvelles ; en ce pays, sur d'immenses étendues de territoire, ce n'est partout, comme Nous avons eu l'occasion de le dire, qu'horreur et misère ; une multitude d'infortunés, surtout de vieillards, de femmes et d'enfants, succombent chaque jour à la famine, aux épidémies et aux dévastations. Dans tous les pays qui ont participé à la dernière guerre, les vieilles haines ne sont point tombées encore ; elles continuent de s'affirmer ou sournoisement dans les intrigues de la politique comme dans les fluctuations du change, ou sur le terrain découvert de la presse quotidienne et périodique ; elles ont même envahi des domaines qui de par leur nature sont fermés aux conflits aigus, tels que l'art et la littérature.

Il en résulte que des inimitiés et des attaques réciproques entre Etats empêchent les peuples de respirer ; et ce ne sont pas seulement les vaincus qui sont aux prises avec les peuples vainqueurs, mais les vainqueurs eux-mêmes se traitent mutuellement en ennemis, les plus faibles se plaignant d'être opprimés et dépouillés par les plus forts, et ceux-ci se déclarant victimes des haines et des embûches des plus faibles.

Ces pénibles conséquences de la dernière guerre, tous les pays sans exception les ressentent ; elles accablent les nations vaincues, mais elles pèsent lourdement sur celles mêmes qui n'ont point pris part à la lutte. Et, le remède tardant à venir, la crise devient chaque jour plus intolérable ; d'autant plus que les multiples échanges de vues auxquels les hommes politiques ont procédé jusqu'ici, et leurs efforts pour remédier à la situation ont donné un résultat nul, et pire même qu'on ne prévoyait.

De là comme une nécessité pour toutes les nations, dans la crainte toujours croissante de nouveaux conflits plus épouvantables, de vivre sur le pied de guerre, ce qui, outre l'épuisement du trésor public, amène l'affaiblissement physique de la race et la perturbation dans la culture intellectuelle comme dans la vie religieuse et morale.

Aux inimitiés extérieures entre peuples viennent s'ajouter, fléau plus triste encore, les discordes intestines qui mettent en péril les régimes politiques et la société même.

Il faut signaler en premier lieu cette lutte de classe qui, tel un ulcère mortel, s'est développée au sein des nations, paralysant l'industrie, les métiers, le commerce, tous les facteurs enfin de la prospérité, privée et publique. Cette plaie est rendue plus dangereuse encore du fait de l'avidité des uns à acquérir les biens temporels, de la ténacité des autres à les conserver, de l'ambition commune à tous de posséder et de commander. De là de fréquentes grèves, volontaires ou forcées ; de là encore des soulèvements populaires et des répressions par la force publique, fort pénibles et dommageables pour tous les citoyens.

Dans le domaine de la politique, les partis se sont presque fait une loi non point de chercher sincèrement le bien commun par une émulation mutuelle et dans la variété de leurs opinions, mais de servir leurs propres intérêts au détriment des autres. Que voyons-nous alors ? Les conjurations se multiplient : embûches, brigandages contre les citoyens et les fonctionnaires publics eux-mêmes, terrorisme et menaces, révoltes ouvertes et autres excès de même genre, qui deviennent plus graves dans la mesure où, comme c'est le cas pour les modernes régimes représentatifs, le peuple prend une part plus large à la direction de l'Etat. La doctrine de l'Eglise ne réprouve point ces institutions politiques — non plus que les autres institutions conformes au droit et à la raison, —  mais il est manifeste qu'elles se prêtent plus aisément que toutes autres au jeu déloyal des factions.

Or, fait très déplorable, ce mal s'est infiltré jusqu'aux racines profondes de la société, c'est-à-dire jusqu'à la cellule de la famille ; elle était déjà en voie de désagrégation, mais le cataclysme de la guerre en a précipité la ruine en dispersant pères et fils sur des fronts lointains, et en multipliant de toute manière les éléments de corruption. Il en résulte que l'autorité paternelle a cessé d'être respectée, les liens du sang se sont relâchés, maîtres et serviteurs se traitent en ennemis, trop fréquemment la fidélité conjugale même est violée, et les époux abandonnent leurs devoirs sacrés envers Dieu et la société.

La maladie d'un organisme ou d'une de ses parties essentielles compromet nécessairement la force des autres membres, même des plus petits ; par une loi analogue, les maux dont souffre la collectivité humaine et la famille rejaillissent naturellement sur tous et chacun des individus. Et de fait, nul ne l'ignore, chez les hommes de tout âge et de toute condition, les âmes sont devenues inquiètes, aigries et ombrageuses ; l'insubordination et la paresse sont devenues chose courante ; les limites imposées par la pudeur sont dépassées, surtout dans les modes et les danses, par suite de la légèreté des femmes et des jeunes filles, dont les toilettes fastueuses excitent la haine des déshérités ; enfin, la foule des miséreux grandit qui fournissent à l'armée de la sédition des effectifs considérables et toujours renouvelés.

Aussi la confiance et la sécurité ont-elles fait place à des préoccupations anxieuses et à des craintes toujours en éveil : l'inertie et la paresse ont remplacé l'activité et le travail ; au lieu de la tranquillité de l'ordre, gardienne de la paix, règnent un trouble et un chaos universels. De là cet arrêt de l'industrie, cette crise du commerce international, ce déclin de la littérature et de l'art. Conséquence bien plus grave encore, la vie chrétienne a si bien disparu en beaucoup de milieux qu'il semble que, loin d'avancer indéfiniment dans la voie du progrès, comme l'on a accoutumé de s'en vanter, l'humanité semble retourner à la barbarie.

Comme pour mettre le comble à tous les maux que Nous avons rappelés, viennent s'en ajouter d'autres qui échappent à l'homme animal (I Cor. II, 14), mais doivent être mis au nombre des pires fléaux de l'heure présente. Nous voulons parler des ravages exercés spécialement dans l'ordre spirituel et surnaturel ; comme ils mettent en jeu la vie des âmes, on voit tout de suite qu'ils dépassent en gravité la perte des biens extérieurs dans la mesure même où l'esprit est supérieur à la matière.

Sans revenir sur l'oubli général, déjà signalé, des devoirs chrétiens, quelle douleur pour Nous, et pour vous tout ensemble, Vénérables Frères, de constater qu'une partie notable des nombreuses églises qui furent affectées à des usages profanes pendant la guerre, n'ont pas encore été rendues au culte ; de nombreux Séminaires destinés à la formation religieuse des chefs et maîtres des peuples, fermés dans les mêmes circonstances, ne sont pas encore autorisés à se rouvrir.

Le clergé —  dont certains membres ont été fauchés par la guerre dans l'exercice du ministère divin, et d'autres, oublieux de leurs engagements sacrés, sont tombés sous le poids de leurs infidélités —  a vu presque partout se réduire ses effectifs ; c'est ce qui explique qu'en trop de paroisses la chaire ne retentit plus de la divine parole, pourtant indispensable au développement du corps du Christ (Eph. IV, 12).

Des confins de l'univers et du fond des régions barbares, nos missionnaires avaient été rappelés en grand nombre dans leur patrie pour contribuer aux travaux de la guerre ; après avoir quitté les champs de si fécond apostolat qu'ils arrosaient de leurs sueurs pour la cause de la religion et de l'humanité, bien peu, hélas ! sont retournés à leurs œuvres sains et saufs.

Des résultats fort consolants, il est vrai, ont contrebalancé ces pertes dans une certaine mesure. On put constater d'une manière plus tangible que —  contrairement aux calomnies répandues par les adversaires —  les clercs portent très profondément ancrés au cœur l'amour de la patrie et le sentiment de tous les devoirs ; une foule de soldats que frôlait de si près la mort, ayant sous les yeux les exemples éclatants de bravoure, de zèle, et de dévouement donnés par les ministres sacrés, leurs compagnons de tous les jours, se sont réconciliés avec le clergé et avec l'Eglise. Admirons ici la bonté et la sagesse de Dieu, qui seul sait tirer le bien du mal même.

Tels sont les maux dont le monde souffre présentement. Efforçons-nous maintenant d'en rechercher les causes, encore que Nous ayons nécessairement déjà quelque peu touché ce sujet.

Et tout d'abord, Vénérables Frères, il Nous semble entendre le divin Consolateur et Médecin des infirmités humaines affirmer de nouveau : Tous ces maux procèdent du dedans (Mc. VII, 23). Un pacte solennel, sans doute, a scellé la paix entre les belligérants ; mais cette paix a été consignée en des instruments diplomatiques, elle n'a pas été gravée dans les cœurs, et c'est dans les cœurs que couvent encore, à l'heure actuelle, des passions belliqueuses qui sont chaque jour plus néfastes à la société. Trop longtemps a partout triomphé le droit de la force. Insensiblement il a émoussé les sentiments de bonté et de miséricorde mis au cœur de l'homme par la nature, et perfectionnés par la loi de la charité chrétienne. Ces sentiments, la réconciliation dans la paix, tout artificielle et non réelle, est loin de les avoir remis en honneur. Chez la plupart, la haine entretenue durant de longues années a créé comme une seconde nature ; c'est le règne de la loi aveugle que saint Paul gémissait de voir contrarier dans ses propres membres la loi de l'esprit (Rom. VII, 23). Aussi, trop souvent, l'homme voit-il dans son semblable non un frère, comme l'ordonne le Christ, mais un étranger et un ennemi ; on ne fait presque aucun cas de la dignité et de la personne humaine même ; il n'y a que la force et le nombre qui comptent ; chacun s'efforce d'écraser son prochain, afin de jouir le plus possible des biens de cette vie.

Partout on trouve le dédain des biens éternels que le Christ ne cesse d'offrir à tous par son Eglise, et une soif insatiable de posséder les biens éphémères et caducs d'ici-bas.

Or, ces biens matériels ont pour effet, si on les recherche avec excès, d'engendrer des maux de tout genre et tout d'abord la corruption des mœurs et la discorde. Car, vils et grossiers de leur nature, ils ne peuvent rassasier le cœur de l'homme, qui, créé par Dieu et destiné à jouir de sa gloire, est voué à vivre dans une instabilité et une inquiétude perpétuelles aussi longtemps qu'il ne se repose pas dans le sein de Dieu.

De plus, ces biens étant fort limités, la part qu'en reçoit chacun diminue a mesure que grandit le nombre de ceux qui se les partagent ; tandis que les biens spirituels, même répartis entre un grand nombre, les enrichissent tous sans être amoindris. Il s'ensuit que, impuissants à satisfaire tout le monde également et ne pouvant rassasier personne complètement, les biens terrestres deviennent de ce chef des sources de discordes et d'animosité, et sont vraiment vanité des vanités et affliction de l'esprit (Eccl., I, 2, 14), comme les appelait d'expérience le prince des sages, Salomon. Et il en est de la société comme des individus. D'où viennent les guerres et les conflits parmi vous ? demandait l'apôtre Jacques ; n'est-ce pas de vos convoitises ? (Jacques, IV, 1, 2)

On ne saurait, en effet, imaginer peste plus mortelle que la concupiscence de la chair, c'est-à-dire la recherche effrénée du plaisir, pour bouleverser non seulement la famille, mais les États mêmes ; la concupiscence des yeux, c'est-à-dire la soif des richesses, donne naissance à cette lutte acharnée des classes, attachées chacune outre mesure à ses avantages particuliers ; quant à l'orgueil de la vie, c'est-à-dire la passion de dominer tous les autres, il a en propre d'inciter les partis politiques à des guerres civiles si âpres qu'ils ne reculent ni devant les attentats de lèse majesté, ni devant le crime de haute trahison, ni jusqu'au meurtre même de la patrie.

C'est à ces convoitises déréglées, se dissimulant pour donner le change, sous le voile du bien public et du patriotisme, qu'il faut attribuer sans contredit les haines et les conflits qui s'élèvent périodiquement entre les peuples. Cet amour même de sa patrie et de sa race, source puissante de multiples vertus et d'actes d'héroïsme lorsqu'il est réglé par la loi chrétienne, n'en devient pas moins un germe d'injustice et d'iniquités nombreuses si, transgressant les règles de la justice et du droit, il dégénère en nationalisme immodéré. Ceux qui tombent en cet excès oublient, à coup sûr, non seulement que tous les peuples, en tant que membres de l'universelle famille humaine, sont liés entre eux par des rapports de fraternité et que les autres pays ont droit à la vie et à la prospérité, mais encore qu'il n'est ni permis ni utile de séparer l'intérêt de l'honnêteté : la justice fait la grandeur des nations, le péché fait le malheur des peuples (Prov. XIV, 34). Que si une famille, ou une cité, ou un Etat, a acquis des avantages au détriment des autres, cela pourra paraître aux hommes une action d'éclat et de haute politique ; mais saint Augustin nous avertit sagement que de pareils succès ne sont pas définitifs et n'excluent pas les menaces de ruine : C'est un bonheur qui a l'éclat et aussi la fragilité du verre, pour lequel on redoute que soudain il ne se brise à jamais (S. Aug. de civitate Dei, l. IV, c. 3).

Si la paix est absente et si, comme le remède à tant de maux, elle se fait attendre encore aujourd'hui, il faut en rechercher les raisons, plus profondément que nous ne l'avons fait jusqu'ici.

Bien avant que la guerre mît l'Europe en feu, la cause principale de si grands malheurs agissait déjà avec une force croissante par la faute des particuliers comme des nations, cause que l'horreur même de la guerre n'aurait pas manqué d'écarter et de supprimer, si tous avaient saisi la portée de ces formidables événements. Qui donc ignore la prédiction de l'Ecriture : Ceux qui abandonnent le Seigneur seront réduits à néant (Is. I, 28) ? Et l'on ne connaît pas moins l'avertissement si grave de Jésus, Rédempteur et Maître des hommes : Sans moi, vous ne pouvez rien faire (Jn XV, 5) ; et cet autre : Celui qui ne recueille point avec moi dissipe (Lc, XI, 23).

De tout temps ces oracles divins se sont vérifiés, mais la vérité n'en a jamais avec une telle évidence éclaté aux yeux de tous que de nos jours. C'est pour s'être misérablement séparés de Dieu et de Jésus-Christ que de leur bonheur d'autrefois les hommes sont tombés dans cet abîme de maux ; c'est pour la même raison que sont frappés d'une stérilité à peu près complète tous les programmes qu'ils échafaudent en vue de réparer les pertes et de sauver ce qui reste de tant de ruines. Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l'autorité ne tirant plus son origine de Dieu, mais des hommes, les lois ont perdu la garantie de sanctions réelles et efficaces, ainsi que des principes souverains du droit, qui, aux yeux mêmes de philosophes païens comme Cicéron, ne peuvent dériver que de la loi éternelle de Dieu ; bien plus, les bases mêmes de l'autorité ont été renversées dès là qu'on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d'obéir pour les autres. Inéluctablement, il s'en est suivi un ébranlement de la société tout entière, désormais privée de soutien et d'appui solides, livrée en proie aux factions qui briguaient le pouvoir pour assurer leurs propres intérêts et non ceux de la patrie.

On décida de même que Dieu ni le Seigneur Jésus ne présideraient plus à la fondation de la famille, et l'on fit rentrer dans la catégorie des contrats civils le mariage, dont le Christ avait fait un grand sacrement (Eph. V, 32) et qui, dans sa pensée, devait être le symbole saint et sanctificateur du lien indissoluble qui l'unit lui-même à son Eglise. Aussi, dans les masses populaires s'obscurcissent les idées et les sentiments religieux que l'Eglise avait infusés à la cellule-mère de la société qu'est la famille ; la hiérarchie et la paix du foyer disparaissent ; l'union et la stabilité de la famille sont de jour en jour plus compromises ; le feu des basses convoitises et l'attachement mortel à des intérêts mesquins violent si fréquemment la sainteté du mariage, que les sources mêmes de la vie des familles et des peuples en sont infectées.

Enfin, on a paru exclure Dieu et le Christ de l'éducation de la jeunesse ; on est arrivé, et c'était inévitable, non pas tant à supprimer la religion dans les écoles qu'à l'y faire attaquer à mots couverts ou même ouvertement ; les enfants en ont conclu qu'ils n'avaient rien ou pour le moins fort peu à attendre, pour la conduite de la vie, de cet ordre de choses, qu'on passait absolument sous silence ou dont ou ne parlait qu'avec des termes de mépris. Et, de fait, si Dieu et sa loi sont proscrits de l'enseignement, on ne voit plus comment on peut demander aux jeunes gens de fuir le mal et de mener une vie honnête et sainte, ni comment préparer pour la famille et la société des hommes de mœurs rangées, partisans de l'ordre et de la paix, capables, et à même de contribuer à la prospérité publique.

Puisqu'on a renié les préceptes de la sagesse chrétienne, il n'y a pas lieu de s'étonner que les germes de discorde semés partout, comme en un sol bien préparé, aient fini par produire cet exécrable fruit d'une guerre, qui, loin d'affaiblir par la lassitude les haines internationales et sociales, ne fit que les alimenter plus abondamment par la violence et le sang.

Nous venons, Vénérables Frères, d'énumérer brièvement les causes des maux qui accablent la société. Il reste à étudier les remèdes que, en se basant sur la nature même de ces maux, on peut juger susceptibles de la guérir.

La tâche qui s'impose avant toute autre, c'est la pacification des esprits. Il y a bien peu à attendre d'une paix artificielle et extérieure qui règle et commande les rapports réciproques des hommes comme ferait un code de politesse ; ce qu'il faut, c'est une paix qui pénètre les cœurs, les apaise et les ouvre peu à peu à des sentiments réciproques de charité fraternelle. Une telle paix ne saurait être que la paix du Christ : et que la paix du Christ apporte l'allégresse en vos cœurs (Col. III, 15) ; il ne peut y avoir de paix autre et différente que celle que le Christ donne lui-même aux siens (Jn XIV, 27), lui qui, comme Dieu, voit dans les cœurs (I Samuel XVI, 7) et règne dans l'intime des âmes. C'est d'ailleurs à bon droit que le Seigneur Jésus appelait cette paix sa paix à lui, car il fut le premier à dire aux hommes : Vous êtes tous des frères (Matth. XXIII, 8) ; c'est lui qui a promulgué la loi de l'amour et du support mutuel entre tous les hommes, et la scella pour ainsi dire de son sang : Mon précepte à moi est que vous vous aimiez les uns les autres comme moi-même je vous ai aimés (Jn, XV, 12) ; Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ (Gal. VI, 2).

Il découle de là clairement que la paix authentique du Christ ne saurait s'écarter de la règle de la justice, puisque c'est Dieu qui juge la justice (Ps. IX, 5) et que la paix est œuvre de justice (Isaïe XXXII, 17). Mais encore cette justice ne doit-elle pas adopter une brutale inflexibilité de fer ; il faut qu'elle soit dans une égale mesure tempérée par la charité, cette vertu qui est essentiellement destinée à établir la paix entre les hommes. C'est dans ce sens que le Christ a procuré la paix au genre humain ; bien mieux, suivant la forte parole de saint Paul, il est lui-même notre paix (Eph. II, 14), puisque, en même temps que dans sa chair il satisfaisait sur la croix à la justice divine, il tuait en lui-même les inimitiés, réalisant la paix (Ibid.), et en lui réconciliait les hommes et le monde avec Dieu. Dans la rédemption même, saint Paul considère et relève moins une œuvre de justice —  elle l'est, certes —  qu'une œuvre divine de réconciliation et de charité : Dans le Christ Dieu se réconciliait le monde (II Cor. V, 19) ; Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique (Jn III, 16). Le Docteur angélique exprime cette pensée quand il dit, en une formule très heureuse comme toujours, que la paix véritable et authentique est plus de l'ordre de la charité que de la justice, cette dernière ayant mission d'écarter les obstacles à la paix tels que les torts, les dommages, tandis que la paix est proprement et tout spécialement un acte de charité (Summ. Theol., II-II, q. 29 art. 3, ad. III).

A cette paix du Christ, qui, fille de la charité, réside dans les profondeurs de l'âme, est applicable la parole de saint Paul sur le royaume de Dieu, car c'est précisément par la charité que Dieu règne dans les âmes : le royaume de Dieu n'est ni mets ni breuvage (Rom. XIV, 17). En d'autres termes, la paix du Christ ne s'alimente point de biens périssables, mais des réalités spirituelles et éternelles dont le Christ lui-même a révélé au monde et n'a cessé de montrer aux hommes l'excellence et la supériorité. C'est en ce sens qu'il disait : Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme ? Ou que pourra-t-il donner pour racheter son âme ? (Matth. XVI, 26.) De même il a indiqué la persévérance et la fermeté d'âme dont le chrétien doit être animé : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut perdre à la fois le corps et l'âme dans la géhenne (Matth. X, 28 ; Lc. XII, 4, 5).

Ce n'est pas que celui qui veut goûter la paix du Christ soit tenu de renoncer aux biens de cette vie ; loin de là, le Christ lui-même les lui promet en abondance : Cherchez tout d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tous ces biens vous seront donnés par surcroît (Matth. VI, 33 ; Lc. XII, 31). Seulement la paix de Dieu surpasse tout sentiment (Phil. IV, 7), et c'est pourquoi précisément elle commande aux appétits aveugles, et ignore les discussions et discordes que ne peut manquer d'engendrer la soif des richesses.

Que la vertu mette un frein aux convoitises, que l'on accorde aux biens spirituels la considération qu'ils méritent, et l'on obtient tout naturellement cet heureux résultat que la paix chrétienne assure l'intégrité des mœurs et met en honneur la dignité de la personne humaine, rachetée par le sang du Christ, adoptée par le Père céleste, consacrée par les liens fraternels qui l'unissent au Christ, rendue par les prières et les sacrements participante do la grâce et de la nature divines, en attendant que, en récompense d'une sainte vie ici-bas, elle jouisse éternellement de la possession de la gloire du ciel.

Nous avons déjà montré qu'une des causes principales du chaos où nous vivons réside dans ce fait que de graves atteintes ont été portées au culte du droit et au respect de l'autorité, - ce qui s'est produit le jour où on s'est refusé à voir en Dieu, Créateur et Maître du monde, la source du droit et de l'autorité. Ce mal trouvera lui aussi son remède dans la paix chrétienne, qui se confond avec la paix divine et par là même prescrit le respect de l'ordre, de la loi et de l'autorité. Nous lisons, en effet, dans l'Ecriture : Conservez la discipline dans la paix (Eccl., XLI, 14) ; La paix comble ceux qui chérissent ta loi, Seigneur (Ps. CXVIII, 165) ; Celui qui a le respect de la loi vivra dans la paix (Prov. XIII, 13). Le Seigneur Jésus ne s'est pas contenté de dire : Rendez à César ce qui est a César (Matth. XXII, 21) ; il a affirmé qu'il révérait en Pilate lui-même la puissance qui lui avait été donnée d'en haut (Jn, XIX, 11) ; et précédemment n'avait-il pas fait une loi à ses disciples de respecter ces scribes et pharisiens qui étaient assis sur la chaire de Moïse ? (Matth. XXIII, 2)

Dans sa famille, le Christ fut d'une admirable déférence pour l'autorité de ses parents, se soumettant pour l'exemple à Marie et à Joseph (Lc, II, 51). C'est en son nom, enfin, que les apôtres promulguèrent cette règle : Que tout homme soit soumis aux autorités supérieures, car il n'est point de pouvoir qui ne vienne de Dieu (Rom. XIII, 1 ; cf. I P. II, 13, 18).

Remarquons par ailleurs ce fait : sa doctrine et ses préceptes touchant la dignité de la personne humaine, la pureté des mœurs, le devoir de l'obéissance, l'organisation divine de la société, le sacrement de mariage et la sainteté de la famille chrétienne, tout cela et l'ensemble des vérités qu'il avait apportées du ciel sur la terre, le Christ ne l'a confié en dépôt qu'à son Eglise seule, avec la promesse formelle qu'il l'aiderait et serait avec elle à jamais, et il lui a donné mission de l'enseigner, en un magistère infaillible, à toutes les nations jusqu'à la fin des siècles. Cette observation fait entrevoir tout de suite quels puissants remèdes peut et doit offrir l'Église catholique pour la pacification du monde.

Ayant été seule constituée par Dieu interprète et gardienne de ces vérités et de ces préceptes, l'Eglise seule aussi jouit à jamais du pouvoir efficace d'extirper de la vie publique, de la famille et de la société civile, la plaie du matérialisme, qui y a déjà opéré tant de ravages ; d'y faire pénétrer les principes chrétiens, bien supérieurs aux systèmes des philosophes, sur la nature spirituelle ou l'immortalité de l'âme ; d'opérer le rapprochement de toutes les classes de citoyens, et d'unir le peuple tout entier par les sentiments d'une profonde bienveillance et par une certaine fraternité (S. Aug., de Moribus Ecclesiæ Catholicæ, I, 30) : de défendre la dignité humaine et de l'élever jusqu'à Dieu qui voit les cœurs, et conforme à ses enseignements et à ses préceptes, que le sentiment sacré du devoir soit la loi de tous, particuliers et gouvernants, et même des institutions publiques ; et qu'ainsi le Christ soit tout et en tous (Col. III, 11).

L'Eglise, qui détient la vérité et le pouvoir du Christ, a seule mission de donner aux esprits la formation qui convient ; elle est aussi seule en mesure non seulement de rétablir aujourd'hui la véritable paix du Christ, mais encore de la consolider pour l'avenir en conjurant les menaces imminentes de nouvelles guerres que Nous avons signalées. Seule, en vertu d'un mandat et d'un ordre divin, l'Eglise enseigne l'obligation pour les hommes de conformer à la loi éternelle de Dieu toute leur activité, publique aussi bien que privée, en tant que particuliers comme en tant que membres de la collectivité : par ailleurs, il est évident que ce qui a trait au sort du grand nombre a une importance beaucoup plus grande.

Le jour où Etats et gouvernements se feront un devoir sacré de se régler, dans leur vie politique, au dedans et au dehors, sur les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ, alors, mais alors seulement, ils jouiront à l'intérieur d'une paix profitable, entretiendront des rapports de mutuelle confiance, et résoudront pacifiquement les conflits qui pourraient surgir.

En cet ordre d'idées, certains efforts ont bien été tentés jusqu'ici ; mais, on le sait, ils n'ont abouti à rien ou presque rien, principalement sur les points où les divergences internationales sont les plus vives.

C'est qu'il n'est point d'institution humaine en mesure d'imposer à toutes les nations une sorte de Code international, adapté à notre époque, analogue à celui qui régissait au moyen âge cette véritable Société des Nations qui s'appelait la chrétienté. Elle aussi a vu commettre en fait beaucoup trop d'injustices ; du moins la valeur sacrée du droit demeurait incontestée, règle sûre d'après laquelle les nations avaient à rendre leurs comptes.

Mais il est une institution divine capable de garantir l'inviolabilité du droit des gens ; une institution qui, embrassant toutes les nations, les dépasse toutes, qui jouit d'une autorité souveraine et du glorieux privilège de la plénitude du magistère, c'est l'Eglise du Christ : seule elle se montre à la hauteur d'une si grande tâche grâce à sa mission divine, à sa nature, à sa constitution même, et au prestige que lui confèrent les siècles ; et les vicissitudes mêmes des guerres, loin de l'amoindrir, lui apportent de merveilleux développements.

Il ne saurait donc y avoir aucune paix véritable —  cette paix du Christ si désirée —  tant que tous les hommes ne suivront pas fidèlement les enseignements, les préceptes et les exemples du Christ, dans l'ordre de la vie publique comme de la vie privée ; il faut que, la famille humaine régulièrement organisée, l'Eglise puisse enfin, en accomplissement de sa divine mission, maintenir vis-à-vis des individus comme de la société tous et chacun des droits de Dieu.

Tel est le sens de notre brève formule : le règne du Christ.

Jésus-Christ, en effet, règne d'abord sur tous les hommes pris individuellement : il règne sur leurs esprits par ses enseignements, sur leurs cœurs par la charité, sur toute leur vie enfin quand elle se conforme à sa loi et imité ses exemples.

Jésus-Christ règne ensuite dans la famille lorsque, ayant à sa base le sacrement du mariage chrétien, elle conserve inviolablement son caractère d'institution sacrée, où l'autorité paternelle reflète la paternité divine qui en est la source et lui donne son nom (Eph. III, 15), où les enfants imitent l'obéissance de Jésus adolescent, et dont toute la vie respire la sainteté de la Famille de Nazareth.

Jésus-Christ règne dans la société lorsque, rendant à Dieu un souverain hommage, elle reconnaît que c'est de lui que dérivent l'autorité et ses droits, ce qui donne au pouvoir ses règles, à l'obéissance son caractère impératif et sa grandeur ; quand cette société reconnaît à l'Eglise son privilège, qu'elle tient de son Fondateur, de société parfaite, maîtresse et guide des autres sociétés ; non que l'Eglise amoindrisse l'autorité de ces sociétés —  légitimes chacune dans sa sphère, —  mais elle les complète très heureusement, comme le fait la grâce pour la nature ; d'ailleurs le concours de l'Eglise permet à ces sociétés d'apporter aux hommes une aide puissante pour atteindre leur fin dernière, qui est le bonheur éternel, et les met plus à même d'assurer le bonheur de leurs membres durant leur vie mortelle.

Il apparaît ainsi clairement qu'il n'y a de paix du Christ que par le règne du Christ, et que le moyen le plus efficace de travailler au rétablissement de la paix est de restaurer le règne du Christ.

Aussi, lorsqu'il s'efforçait de tout restaurer dans le Christ, Pie X, comme par une inspiration divine, préparait cette grande œuvre du rétablissement de la paix, qui devait être le programme de Benoît XV.

Quant à Nous, poursuivant la tâche que Nos deux prédécesseurs s'étaient proposée, ce que tous Nos efforts tendront à réaliser, c'est la paix du Christ par le règne du Christ, avec une confiance absolue dans la grâce de Dieu, qui, en Nous appelant au souverain pontificat, Nous a promis son assistance permanente.

Pour mettre ce programme à exécution. Nous comptons sur le concours de tous les hommes de bien ; mais c'est d'abord à vous que Nous faisons appel, Vénérables Frères, vous que le Christ, notre Guide et Chef qui Nous a confié le soin de l'ensemble de son troupeau, a appelés à prendre une part très importante de Notre sollicitude pastorale. L'Esprit-Saint, en effet, vous a constitués pour gouverner l'Eglise de Dieu (Actes XX, 28) ; vous êtes tout spécialement investis du ministère de la réconciliation, vous remplissez le rôle de légats du Christ (II Cor. V, 18, 20) ; vous participez au magistère de Dieu, vous êtes dispensateurs de ses mystères (I Cor. IV, 1) ; et pour cette raison vous êtes appelés sel de la terre et lumière du monde (Matth. V, 13, 14), docteurs et pères des peuples chrétiens, modèle... du troupeau (I P V, 3), et serez magnifiés dans le royaume des cieux (Matth. V, 19) ; vous tous enfin êtes comme les membres principaux, unis par des liens d'or, qui maintiennent la forte unité du corps du Christ (Eph. IV, 15, 16), c'est-à-dire de l'Église, établie sur le fondement inébranlable de Pierre.

Vous Nous avez donné naguère un nouveau témoignage éclatant de votre zèle empressé quand, comme Nous le marquions au début de cette lettre, à l'occasion du Congrès eucharistique de Rome et du centenaire de la S. Congrégation de la Propagande, vous êtes presque tous accourus de toutes les régions du monde dans la Ville Eternelle auprès des tombeaux des Apôtres.

Cette assemblée de pasteurs, à laquelle leur renom et leur autorité donnaient tant d'éclat, Nous a suggéré l'idée de convoquer en temps opportun ici à Rome, capitale de l'univers catholique, une assemblée solennelle analogue, chargée d'appliquer les remèdes les plus appropriés après un pareil bouleversement de la société humaine ; et le retour prochain de l'Année Sainte est un heureux augure qui confirme encore les grands espoirs que Nous mettons en ce projet.

Toutefois, Nous n'osons point Nous résoudre à procéder sans délai à la reprise du Concile œcuménique ouvert par le très saint Pape Pie IX —  ce souvenir remonte à Nos jeunes années, —  qui ne mena à terme qu'une partie, fort importante, d'ailleurs, de son programme. Le motif de Notre hésitation est que Nous voulons, comme le célèbre guide des Israélites, attendre dans l'attitude suppliante de la prière que le Dieu bon et miséricordieux Nous manifeste plus clairement sa volonté (Juges, VI, 17).

En ces conjonctures, Nous le savons parfaitement, votre dévouement et votre activité n'ont nullement besoin de stimulant, et Nous leur rendons au contraire les hommages les plus mérités. Néanmoins, la conscience de Notre charge apostolique et de Nos devoirs paternels à l'égard de tous Nous inspire et Nous fait une sorte d'obligation d'ajouter comme de nouvelles flammes au feu qui vous dévore, dans l'assurance que Nos exhortations vous porteront à consacrer des soins encore plus attentifs à la portion du troupeau que le Maître a confiée à chacun de vous.

Que d'œuvres aussi excellentes qu'opportunes, concernant le clergé et tout le peuple fidèle, Nos prédécesseurs n'ont-ils pas, avec votre collaboration, sagement conçues, heureusement commencées et menées à bonne fin, initiatives que, étant données les circonstances, ils ont eu un singulier mérite à réaliser ! Nous en avons été informé par la renommée, transmise par la presse et confirmée par d'autres témoignages, comme aussi par les rapports particuliers que Nous tenons de vous-mêmes et d'un grand nombre d'autres personnes. Nous en rendons au Dieu éternel les plus ferventes actions de grâces dont Nous sommes capable.

Parmi ces œuvres, Nous relevons particulièrement celles, nombreuses et singulièrement opportunes, qui ont trait à la diffusion des saines doctrines et à la sanctification des âmes ; de même, les organisations, dites Pieuses Unions, de clercs et de laïques, qui ont pour objet le soutien et le développement des missions chez les infidèles, en vue d'étendre le règne de Dieu et de porter aux peuples barbares le salut temporel et éternel ; de même encore, les groupements si multipliés de jeunes gens, qui allient à une dévotion particulière envers la Sainte Vierge et surtout envers la sainte Eucharistie une pratique exemplaire de la foi, de la pureté, et d'une charité réciproque toute fraternelle ; ajoutons les associations tant d'hommes que de femmes, et tout spécialement les associations eucharistiques, qui se vouent à honorer l'auguste Sacrement, soit par des hommages plus fréquents ou plus solennels, tels même que de grandioses processions se déroulant par les rues des cités, soit encore par l'organisation d'imposants Congrès régionaux, nationaux, et même internationaux, où presque tous les peuples ont des représentants, mais dont tous les membres sont merveilleusement unis par la même foi, la même adoration, les mêmes prières, la même participation aux dons du ciel.

C'est à ce courant de piété que Nous attribuons l'accroissement fort notable de l'esprit apostolique, Nous voulons dire ce zèle très ardent qui, d'abord par la prière assidue et une vie exemplaire, puis par la voie féconde de la parole et de la presse et les autres moyens, y compris les œuvres de charité, tend à faire rendre au Cœur de Jésus, par les individus, par la famille et par la société, l'amour, le culte et les hommages dus à sa divine royauté. C'est le même but que poursuit ce bon combat " pour l'autel et le foyer ", cette lutte qu'il faut engager sur de multiples fronts en faveur des droits que la société religieuse qu'est l'Eglise et la société domestique qu'est la famille tiennent de Dieu et de la nature pour l'éducation des enfants. A cet apostolat se rattache enfin tout cet ensemble d'organisations, de programmes et d'œuvres qui, par l'appellation sous laquelle on les réunit, constituent l'action catholique, qui Nous est très particulièrement chère.

Toutes ces œuvres, et les autres institutions de même nature qu'il serait trop long d'énumérer, il importe de les maintenir avec énergie ; bien plus, on doit les développer avec une ardeur chaque jour croissante en les enrichissant des perfectionnements nouveaux que réclament les circonstances de choses et de personnes. Cette tâche peut paraître ardue et difficile aux Pasteurs et aux fidèles ; elle n'en est pas moins évidemment nécessaire, et il faut la ranger parmi les devoirs primordiaux du ministère pastoral et de la vie chrétienne.

Tous ces motifs démontrent —  avec trop d'évidence pour qu'il soit besoin d'insister —  à quel point toutes ces œuvres se commandent les unes les autres, et quels étroits rapports elles ont avec la restauration si désirée du règne du Christ et avec le retour de la paix chrétienne, impossible hors de ce règne : la paix du Christ par le règne du Christ.

Et voici maintenant, Vénérables Frères, ce que Nous vous demandons de dire à vos prêtres. Témoin et naguère collaborateur des travaux de toute sorte qu'ils ont courageusement entrepris pour le troupeau du Christ, le Pape a toujours apprécié et continue d'apprécier hautement le zèle admirable qu'ils déploient dans l'accomplissement de leur tâche, comme leur ingéniosité à découvrir des méthodes toujours nouvelles pour faire face aux nouvelles situations créées par l'évolution du temps. Ils Nous seront unis par un lien d'autant plus étroit, et, à Notre tour, Nous leur porterons une affection d'autant plus paternelle que, par la sainteté de leur vie et l'intégrité de leur obéissance, ils seront de meilleur cœur et plus étroitement unis à leurs chefs et maîtres les évêques, comme au Christ en personne.

Que Nous placions dans le clergé régulier une confiance spéciale pour la réalisation de Nos desseins et de Nos projets, il n'est pas besoin, Vénérables Frères, de longs discours pour vous en convaincre : vous savez trop bien l'importance du rôle que remplit ce clergé pour l'extension du règne du Christ dans nos pays et au dehors.

Voués à l'observation et à la pratique non seulement des préceptes mais encore des conseils évangéliques, les membres des familles religieuses, soit qu'ils s'exercent à la contemplation des choses divines dans l'ombre des cloîtres, soit qu'ils se produisent au grand jour de l'apostolat, expriment au vif dans leur existence l'idéal des vertus chrétiennes et, se consacrant tout entiers au bien commun, renoncent sans réserve aux biens et aux commodités de la terre pour jouir plus abondamment des biens spirituels ; ils excitent les fidèles, témoins constants de tels exemples, à porter leurs aspirations vers les biens supérieurs, et ils obtiennent ce résultat en s'adonnant aux œuvres admirables par lesquelles la bienfaisance chrétienne soulage toutes les souffrances du corps et de l'âme. Dans ce dévouement, comme en témoignent les monuments de l'histoire ecclésiastique, ces prédicateurs de l'Évangile sont allés à maintes reprises, sous l'impulsion de la divine charité, jusqu'à sacrifier leur vie pour le salut des âmes, et par leur mort ils ont contribué à étendre le règne du Christ, en reculant les frontières de la vraie foi et de la fraternité chrétienne.

Rappelez par ailleurs à l'attention des fidèles que c'est en travaillant, dans des œuvres d'apostolat privé et public, sous votre direction et celle de votre clergé, à développer la connaissance de Jésus-Christ et à faire régner son amour, qu'ils mériteront le titre magnifique de race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté (I P II, 9) ; c'est en s'unissant très étroitement à Nous et au Christ pour étendre et fortifier par leur zèle industrieux et actif le règne du Christ, qu'ils travailleront avec plus d'efficacité à rétablir la paix générale entre les hommes. Car le règne du Christ établit et fait épanouir une certaine égalité de droits et de dignité entre les hommes, tous ennoblis du sang précieux du Christ ; et ceux qui paraissent commander aux autres doivent en droit et en fait, à l'exemple du Christ Seigneur lui-même, être les administrateurs des biens communs, et par suite les serviteurs de tous les serviteurs de Dieu, principalement des plus humbles et des plus pauvres.

Cependant les transformations sociales qui ont amené ou accru la nécessité de recourir au concours des laïques dans les œuvres d'apostolat, ont exposé les inexpérimentés à des dangers nouveaux, aussi graves que nombreux. L'épouvantable guerre à peine finie, l'agitation des partis est venue bouleverser les cités ; un tel débordement de passions et une telle perversion d'idées se sont emparés du cœur et de l'esprit des hommes qu'on peut redouter de voir l'élite des chrétiens et même des prêtres, pris au mirage des apparences de la vérité et du bien, s'infecter de la funeste contagion de l'erreur.

Combien sont-ils, en effet, ceux qui admettent la doctrine catholique sur l'autorité civile et le devoir de lui obéir, le droit de propriété, les droits et devoirs des ouvriers de la terre et de l'industrie, les relations réciproques des Etats, les rapports entre ouvriers et patrons, les relations du pouvoir religieux avec le pouvoir civil, les droits du Saint-Siège et du Pontife romain, les privilèges des évêques, enfin les droits du Christ Créateur, Rédempteur et Maître, sur tous les hommes et tous les peuples ?

Et même ceux-là, dans leurs discours, leurs écrits et tout l'ensemble de leur vie, agissent exactement comme si les enseignements et les ordres promulgués à tant de reprises par les Souverains Pontifes, notamment par Léon XIII, Pie X et Benoît XV, avaient perdu leur valeur première ou même n'avaient plus du tout à être pris en considération.

Ce fait révèle comme une sorte de modernisme moral, juridique et social ; Nous le condamnons aussi formellement que le modernisme dogmatique.

Il les faut donc remettre en vigueur, ces enseignements et ces prescriptions ; il faut réveiller dans toutes les âmes cette flamme de la foi et de la charité divine, indispensables pour la pleine intelligence de ces doctrines et l'observation de ces ordres.

Ce renouveau, c'est principalement dans la formation de la jeunesse chrétienne que Nous voulons le voir s'opérer, chez celle surtout qui a le bonheur de se destiner au sacerdoce ; évitons que cette jeunesse, ballottée dans ce bouleversement social et cette perturbation de toutes les idées, se laisse emporter, selon le mot de l'Apôtre, à tout vent de doctrine, à la merci de la malice des hommes et des astuces enveloppantes de l'erreur (Eph. IV, 14).

Quand de ce Siège apostolique, comme du haut d'un observatoire, ou d'une tour de citadelle, Nous embrassons l'horizon du regard, Nous apercevons un nombre trop grand encore d'hommes qui, par ignorance totale du Christ ou par infidélité à sa doctrine intégrale et authentique ainsi qu'à l'unité qu'il a voulue, ne font point partie encore du bercail que le ciel leur a pourtant destiné. C'est pourquoi, partageant les ardents désirs du Pasteur éternel, dont il tient la place, le Pape ne peut s'empêcher de redire après lui cette parole si brave mais tout empreinte d'amour et de la plus indulgente tendresse : Celles-là aussi, il faut que je les amène (Jn X, 16), ni de se rappeler et répéter, le cœur débordant de joie, cette prédiction du Christ : Et elles entendront ma voix, et il n'y aura qu'un seul bercail et un seul Pasteur. Fasse Dieu —  Nous l'en supplions de Nos prières et de Nos vœux, unis aux vôtres, Vénérables Frères, et à ceux de vos fidèles —  que Nous puissions voir au plus tôt la réalisation de ce très consolant et infaillible oracle du Cœur divin.

Un événement très remarquable, que vous connaissez bien, est venu ces tout derniers temps offrir comme un augure de cette unité religieuse ; il s'est produit contre l'attente de tous, a pu déplaire à certains, mais Nous a procuré à Nous et à vous une joie très profonde : la plupart des princes et les chefs de presque toutes les nations, comme pressés par un même désir instinctif de paix, ont cherché comme à l'envi soit à renouer d'anciens liens d'amitié, soit à entrer pour la première fois en relations avec ce Siège apostolique. Nous avons le droit de nous réjouir de ce fait : non seulement il rehausse le prestige de l'Eglise, mais encore il constitue un hommage plus éclatant rendu à ses services, et fait toucher du doigt à tous la vertu merveilleuse dont seule dispose l'Eglise de Dieu pour assurer toute prospérité même temporelle, à la société humaine.

Encore que, de par sa mission divine, elle ait directement en vue les biens spirituels et non les biens périssables, l'Eglise —  tous les biens se favorisant et s'enchaînant les uns les autres —  n'en coopère pas moins à la prospérité, même terrestre, des individus et de la société, et cela avec une efficacité qu'elle ne pourrait surpasser si elle n'avait pour but que le développement de cette prospérité.

Certes, l'Eglise ne se reconnaît point le droit de s'immiscer sans raison dans la conduite des affaires temporelles et purement politiques, mais son intervention est légitime quand elle cherche à éviter que la société civile tire prétexte de la politique, soit pour restreindre en quelque façon que ce soit les biens supérieurs d'où dépend le salut éternel des hommes, soit pour nuire aux intérêts spirituels par des lois et décrets iniques, soit pour porter de graves atteintes à la divine constitution de l'Eglise, soit enfin pour fouler aux pieds les droits de Dieu lui-même dans la société.

Nous faisons donc absolument Nôtres les vues et les paroles mêmes de Notre très regretté prédécesseur Benoît XV, dont Nous avons plusieurs fois rappelé le souvenir ; les déclarations solennelles qu'il fit, dans sa dernière allocution du 21 novembre de l'an dernier, consacrée aux rapports mutuels à établir entre l'Eglise et la société, Nous les réitérons et les confirmons à Notre tour : " Nous ne souffrirons à aucun prix que, dans les accords de ce genre, il se glisse une stipulation quelconque qui soit contraire à l'honneur ou à la liberté de l'Eglise ; d'ailleurs, de nos jours surtout, il importe grandement à la prospérité de la société même que l'Eglise demeure à l'abri de toute atteinte sur ce point. "

Dans ces conditions, il est à peine besoin de vous dire combien profonde est Notre douleur de ne pouvoir compter l'Italie parmi les si nombreuses nations qui entretiennent des relations d'amitié avec le Siège apostolique —  cette Italie, Notre patrie bien-aimée, que le Dieu qui règle par sa providence le cours des temps et l'harmonie de toutes choses, a choisie pour y fixer le siège de son Vicaire ici-bas. De ce fait, cette auguste cité, jadis le centre d'un empire immense mais que limitaient néanmoins des frontières déterminées, est devenue de ce jour la capitale du monde entier ; Rome, en effet, comme siège du souverain pontificat, qui est par sa nature même au-dessus des frontières de races et de nationalités, embrasse tous les peuples et toutes les nations.

Or, l'origine et la nature divine de cette primauté d'une part, et de l'autre le droit imprescriptible de l'ensemble des fidèles répartis dans tout l'univers exigent que ce principat sacré ne paraisse dépendre d'aucune puissance humaine, d'aucune loi (alors même qu'elle promettrait une sauvegarde et des garanties pour la liberté du Pontife Romain) ; le Saint-Siège doit, au contraire, être en fait et paraître manifestement d'une indépendance absolue quant à ses droits et à sa souveraineté.

Il est d'autres garanties de liberté par lesquelles la divine Providence, maîtresse et arbitre des vicissitudes humaines, avait fortifié l'autorité du Pontife romain, non seulement sans dommage pour l'Italie, mais à son grand profit ; elles avaient, durant de longs siècles, répondu, efficacement au dessein divin de sauvegarder cette liberté ; et jusqu'ici, ni la divine Providence n'a indiqué ni les conseils des hommes n'ont découvert une solution analogue, appelée à remplacer ces garanties d'une façon satisfaisante.

Ces garanties ont été foulées aux pieds par la violence ennemie et, à l'heure présente, sont encore violées ; c'est ainsi que le Pontife Romain a été placé dans une situation indigne de lui, et qui accable d'une lourde et perpétuelle tristesse les âmes de tous les fidèles de l'univers.

Nous donc, héritier des idées comme des devoirs de Nos prédécesseurs, investi de la même autorité, seule compétente pour trancher une question d'une telle importance ; étranger à toute vaine ambition de domination temporelle, à laquelle Nous rougirions de Nous arrêter ne fût-ce qu'un instant, mais pensant à Notre mort et Nous rappelant le compte très rigoureux que Nous aurons à rendre au divin Juge ; dans la conscience d'être lié par un devoir sacré de Notre charge, Nous renouvelons ici les revendications formulées par Nos prédécesseurs en vue de défendre les droits et la dignité du Siège apostolique.

Au surplus, l'Italie n'aura jamais rien à craindre du Siège apostolique : le Pontife Romain, qui que ce puisse être, se montrera toujours tel qu'il puisse redire sincèrement ce mot du prophète : Mes pensées sont des pensées de paix et non d'affliction (Jer. XXIX, 11), des pensées de paix, disons-Nous , de paix véritable et donc nullement séparée de la justice, de telle sorte qu'il pourra ajouter : la justice et la paix se sont embrassées (Ps. LXXXIV, 11). C'est au Dieu tout-puissant et miséricordieux qu'il appartiendra de faire luire enfin ce jour beau entre tous, jour qui doit être fécond en toutes sortes de biens pour l'établissement du règne du Christ comme aussi pour la pacification de l'Italie et du monde. Pour qu'on en obtienne d'heureux résultats, tous les hommes au sentiment droit ont le devoir d'unir leur dévouement et leurs efforts.

Afin de hâter le jour où sera accordé aux hommes ce don si doux de la paix, Nous exhortons instamment tous les fidèles de joindre avec persévérance leurs ferventes prières aux Nôtres, surtout durant ces fêtes de la Nativité du Christ Seigneur, Roi pacifique, dont les milices angéliques saluèrent l'entrée dans le monde par ce chant nouveau : Gloire à Dieu dans les cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté (Lc, II, 14).

Comme gage de cette paix, recevez, Vénérables Frères, Notre Bénédiction Apostolique ; puisse-t-elle, messagère de bonheur pour chacun des membres de votre clergé et de vos fidèles, pour les cités et les familles chrétiennes, porter la prospérité aux vivants et obtenir aux morts le repos et la félicité éternelle : Nous vous l'accordons de tout cœur, en témoignage de paternelle bienveillance, à vous, à votre clergé et à vos fidèles.

 

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 23 décembre 1922,

de Notre Pontificat la première année.

Saturday, 10 June 2023

“Rite Expiatis” by Pope Pius XI (translated into English)

To Our Venerable Brethren the Patriarchs, Primates, Archbishops, Bishops, and other Ordinaries in Peace and Communion with the Apostolic See.

 

To the great Jubilee which was celebrated in Rome and is now extended to the whole world for the period of this year, which served to purify souls and called so many to a more perfect way of life, is now to be added, as a fulfillment of the fruits received or expected from the Holy Year, the solemn commemoration which Catholics everywhere are preparing to celebrate, the Seventh Centenary of the blessed passage of St. Francis of Assisi from his exile on earth to his heavenly home. Since Our immediate Predecessor has assigned this Saint, who was sent by Divine Providence for the reformation not only of the turbulent age in which he lived but of Christian society of all times, as the patron of “Catholic Action,” it is only right that Our children who labor in this field according to Our commands should in union with the numerous Franciscan brotherhood call to mind and praise the works, the virtues, and the spirit of the Seraphic Patriarch. While doing this, they must reject that purely imaginary figure of the Saint conjured up by the defenders of modern error or by the followers of luxury and worldly comforts, and seek to bring Christians to the faithful imitation of the ideal of sanctity which he exemplified in himself and which he learned from the purity and simplicity of the doctrines of the Gospels.

2. It is Our desire that the religious and civic festivals to be held during this Centenary, as well as the conferences and sermons to be given, should aim at celebrating this anniversary with expressions of true devotion, without making the Seraphic Patriarch either totally different from other men or unlike the historical figure he actually was, but showing him a man gifted by nature and grace which admirably assisted him in reaching himself and in rendering easy for his neighbors the highest possible perfection. If some dare to compare one with another the heavenly heroes of sanctity destined by the Holy Ghost each to his own special mission among men-these comparisons, the fruit for the most part of party passions, are valueless and are at the same time an insult to God, the author of sanctity-it seems necessary for Us to affirm that there has never been anyone in whom the image of Jesus Christ and the evangelical manner of life shone forth more lifelike and strikingly than in St. Francis. He who called himself the “Herald of the Great King” was also rightly spoken of as “another Jesus Christ,” appearing to his contemporaries and to future generations almost as if he were the Risen Christ. He has always lived as such in the eyes of men and so will continue to live for all future time. Nor is it marvelous that his early biographers, contemporaries of the Saint, in their accounts of his life and works, judged him to be of a nobility almost superior to human nature itself. Our Predecessors who dealt personally with Francis did not hesitate to recognize in him a providential help sent by God for the welfare of Christian peoples and of the Church.

3. Notwithstanding the long time that has elapsed since the death of the Seraphic Father, the admiration for him, not only of Catholics but even of non-Catholics, continues amazingly to increase for the reason that his greatness appears to the minds of men with no less splendor today than it did long ago. We, too, most ardently pray for the strength of his virtues which have been so powerful, even at the present hour, in remedying the ills of society. In fact, his work of reform has permeated so deeply Christian peoples that besides re-establishing purity of faith and of morals it has resulted in this, that even the laws of justice and of evangelical charity now more profoundly inspire and guide social life itself.

4. The nearness of so great and happy an event as this Centenary carries with it the counsel that We avail Ourselves of your services, Venerable Brothers, as the messengers and interpreters of Our words to arouse in Christian peoples that Franciscan spirit which differs no wise from evangelical ideals and practices, to help in recalling to memory on such a timely occasion the teachings and example of the life of the Patriarch of Assisi. It is a pleasure for Us to compete, as it were, in devotion towards the Saint with Our Predecessors, who never permitted any centenary of the principal events of his life to pass by without exhorting the faithful to celebrate it, confirming their exhortations by the teaching authority of the Apostles which they possessed.

5. In this regard We recall with pleasure-and many others who are now well on in years will remember the same facts-what love for St. Francis and his work was begotten among the faithful, and throughout the whole world, by the encyclical Auspicato written by Leo XIII forty-four years ago, on the recurrence of the Seventh Centenary of the Saint’s birth; and how, at that time, the love thus born was manifested in a multitude of demonstrations of piety and in a happy renaissance of the spiritual life. We do not see why the selfsame results should not crown the coming celebrations which are equally as important as the preceding ones. The present condition of the Christian peoples should give us much more hope that such will be the case. On the one hand, no one is unaware of the fact that today spiritual values are much better appreciated by the masses than formerly; also that the people, taught by the experience of the past not to expect peace and security if they do not return to God, look to the Catholic Church as the one source of salvation. On the other hand, the extension to the whole world of the Jubilee Indulgences happily coincides with this centennial commemoration which itself cannot be separated from the spirit of penance and love.

6. The terrible conditions existing in the times when St. Francis lived are well known to you, Venerable Brothers. It is quite true that then the faith was more deeply rooted in the people, as is proven by the holy enthusiasm with which not only professional soldiers but even citizens of every class bore arms in Palestine to free the Holy Sepulcher. However, heresies gradually arose and grew in the vineyard of the Lord, propagated either by open heretics or by sly deceivers who, because they professed a certain austerity of life and gave a false appearance of virtue and piety, easily led weak and simple souls astray. They went about, too, amid the multitudes spreading the destructive flames of rebellion. If some of these men, in their pride, believed themselves called by God to reform the Church to which they imputed the faults of private persons, even going to the length of rebelling against the teachings and authority of the Holy See, later they openly manifested the real intention by which they were inspired. It is a notorious fact that before long the greater part of these heretics ended their careers in licentiousness and vice, and succeeded in embroiling the state in difficulties and in undermining the foundations of religion, of property, of the family, and of society. In a word, what happened then is precisely what we see recurring so often in the course of the centuries; rebellions leveled against the Church are followed or accompanied by rebellions against the state, the one receiving aid and comfort from the other.

7. Although the Catholic faith still lived in the hearts of men, in some cases intact and in others a bit obscured, however lacking they might have been in the spirit of the gospels, the charity of Christ had become so weakened in human society as to appear to be almost extinct. To say nothing of the constant warfare carried on by the partisans of the Empire, on the one hand, and by those of the Church on the other, the cities of Italy were torn by internecine wars because one party desired to rule, refusing to recognize the rights of the barons to govern, or because the strong wished to force the weak to submit to them, or because of the struggles for supremacy between political parties in the same city. Horrible massacres, conflagrations, devastation and pillage, exile, confiscation of property and estates were the bitter fruits of these struggles.

8. Sad indeed was the fate of the common people, while between lords and vassals, between the greater and the lesser, as they were called, between the owners of land and the peasants existed relations in every sense of the world foreign to the spirit of humanity. Peace-loving people were harassed and oppressed with impunity by the powerful. Those who did not belong to that most unfortunate class of human beings, the proletariat, allowed themselves to be overcome by egotism and greed for possessions and were driven by an insatiable desire for riches. These men, regardless of the laws which had been promulgated in many places against vice, ostentatiously paraded their riches in a wild orgy of clothes, banquets, and feasts of every kind. They looked on poverty and the poor as something vile. They abhorred from the depths of their souls the lepers-leprosy was then very widespread-and neglected these outcasts completely in their segregation from society. What is worse, this greed for wealth and pleasure was not even absent, though many of the clergy are to be commended for the austerity of their lives, from those who should have most scrupulously guarded themselves from such sin. The custom, too, was prevalent of monopolizing wealth and piling up large fortunes. These fortunes were often acquired in divers and sinful manners, sometimes by the violent extortion of money and other times by usury. Many increased and swelled their patrimony by an illicit trade in public of and emoluments, in the administration of justice, and even by the procuring of immunity from punishment for persons convicted of crime.

9. The Church was not silent under these circumstances; neither did it spare its edicts of punishment; but of what use was all this when even the Emperors drew down on themselves the anathemas of the Holy See, and, to the great scandal of all, contumaciously despised these decrees? Even the monastic life, which had brought so many spiritual fruits to maturity, tarnished now by the dirt of this world, possessed no longer the strength to resist and to defend itself. If the founding of new religious orders brought some small help and strength to the maintenance of ecclesiastical discipline, certainly a much stronger flame of light and love was necessary to reform human society which had been so profoundly disturbed.

10. To bring light to the people of this world which We have described, and to lead them back to the pure ideals of the wisdom of the Gospels, there appeared, in the Providence of God, St. Francis of Assisi who, as Dante sang, “shone as the sun” (Paradiso, Canto XI), or as Thomas of Celano had already written of a similar figure, “he shone forth as a resplendent star on a dark night, like the morning which spreads itself over the darkness.” (Legenda I, No. 37)

11. As a youth, St. Francis was expansive and highstrung, a lover of luxurious dress. He was accustomed to invite to magnificent banquets the friends he had chosen from among the fashionable and pleasure-loving young men of the town. He walked through the streets with them, singing gaily. But even at that time in his life he became known for the integrity of his moral life, his correctness in conversation, and his utter disdain of wealth. After his imprisonment in Perugia, which was followed by a long illness, he felt himself, not without a certain sense of astonishment, completely transformed. However, as if he desired to flee from the hands of God, he went to Puglia on a military mission. On this journey he felt himself commanded by God in unmistakable terms to return to Assisi and learn there what he must do. After much wavering and many doubts, through divine inspiration and through having heard at solemn Mass that passage from the Gospels which speaks of the apostolic life, he understood at last that he, too, must live and serve Christ “according to the very words of the Holy Gospels.” From that time on he undertook to unite himself to Christ alone and to make himself like unto Him in all things. In “all his efforts, public as well as private, he turned to the Cross of Our Lord, and from the moment he began to live as a soldier of Christ, the divers mysteries of the Cross shone round about him.” (Thomas of Celano, Treatise on Miracles, No. 2) Truly he was a brave soldier and knight of Christ because of the nobility and generosity of his heart; wherefore to prove that neither he nor his disciples were ever to be separated from Our Lord, he always had recourse to the Gospels as to an oracle whenever he had to make a decision on any matter. The rules of the Orders founded by him were made to agree most scrupulously with the Gospels, and the religious life of his followers with the life of the Apostles. For this reason at the very beginning of his Rule, he wrote: “This is the life and rule of the Friars Minor, to observe the holy Gospel of Our Lord Jesus Christ.” (Beginning of Rule of the Friars Minor)

12. In order not to prolong this subject unduly, let us see now with what exercise of perfect virtue Francis prepared himself to follow the counsels of divine mercy and to make himself a capable instrument for the reformation of society.

13. It is not hard to imagine, although We know it is a very difficult task fitly to describe, the love of evangelical poverty which burned within him. Everyone knows how he, because of the noble character bestowed on him by nature, loved to befriend the poor, and how, as St. Bonaventure has said, he was so filled with kindness that being “no mere hearer of the Gospel” he had decided never to deny help to the poor, especially if they in asking for assistance did so with the plea “for the love of God.” (Legenda Maior, Chap. I, No. 1) Divine grace completed in him the work of nature and brought him to the highest perfection. Having on one occasion refused alms to a poor man, he forthwith repented and felt impelled to go and seek him out so that by the very abundance of his charity he might succor this man in his poverty.

14. On another occasion he was with a party of young men, singing in the streets after a gay banquet, when he stopped suddenly and, as if lifted outside himself by a wonderful vision, turned to his companions who had asked him if he was thinking of getting married and quickly replied, with some warmth, that they had guessed rightly because he proposed to take a spouse, and no one more noble, more rich, more beautiful than she could possibly be found, meaning by these words Poverty or the religious state which is founded on the profession of poverty. In fact, he had learned from Our Lord Jesus Christ Who, “although he was rich made Himself poor for us” (II Corinthians viii, 9) that we, too, should become rich by His poverty, which is, in truth, divine wisdom; a wisdom which cannot be overthrown by the sophistries of human wisdom, a wisdom which alone can renew and restore all things. For Christ has said: “Blessed are the poor in spirit; if thou wilt be perfect, go, sell what thou hast, and give to the poor, and thou shalt have treasure in heaven: and come follow me.” (Matt. v, 3, and Matt. xix, 21)

15. Poverty, which consists in the voluntary renunciation of every possession for reasons of love and through divine inspiration and which is quite the opposite of that forced and unlovable poverty preached by some ancient philosophers, was embraced by Francis with so much affection that he called her in loving accents, Lady, Mother, Spouse. In this regard, St. Bonaventure writes: “No one was ever so eager for gold as he was for poverty, nor more jealous in the custody of a treasure than he was of this pearl of the Gospel.” (Legenda Maior, Chap. VII) Francis himself, recommending and prescribing for his followers in the rule of his Order the exercise of this virtue in a very special manner, manifested the high esteem he had for poverty when he wrote these expressive words: “This is the sublimeness of the highest poverty which made you, my dearest brothers, heirs and kings of the Kingdom of heaven, which made you poor in things of this world but enriched you with all virtue. This should be your heritage; to which, giving yourselves up entirely in the name of Our Lord Jesus Christ, nothing else will you desire forever under heaven.” (Rule of Friars Minor, Chap. VI)

16. The reason why Francis particularly loved poverty was because he considered it a special virtue of the Blessed Virgin, and because Jesus Christ on the Cross, even more especially chose poverty for His spouse. Since then poverty has been forgotten by men and has appeared to the world both irksome and foreign to the spirit of the age.

17. Often when thinking of these things, St. Francis used to break down and shed bitter tears. Who would not be moved at this spectacle of a man who was so much in love with poverty that he appeared to his former boon companions and, to many others besides, bereft of his senses? What are we to say then of the generations following him which, even if they are very far from an understanding and practice of evangelical perfection, yet are filled with admiration for so ardent a lover of poverty, an admiration that is continually on the increase and which is particualarly noteworthy in the men of our own day? Dante anticipated this admiration of posterity in his poem “The Nuptials of St. Francis and Poverty,” in which poem one finds it difficult which to admire more, the remarkable sublimity of the ideas expressed or the beauty and elegance of the style. (Paradiso, Canto XI.)

18. The high ideals and generous love of poverty which possessed the mind and heart of Francis could not be satisfied by a mere renunciation of external wealth. Could one ever succeed in acquiring true poverty, following the footsteps of Jesus Christ, if he did not make himself also poor in spirit by means of the virtue of humility? Francis well understood this truth; he never separated one virtue from the other and greeted them both warmly: “Holy Lady Poverty, may the Lord save you and your sister, Holy Humility…. Holy Poverty destroys all cupidity and avarice and anxiety for the things of this world. Holy Humility destroys pride, all men who are of the world, and all the things which are in the world.” (Opusculum, Salutatio Virtutum, p. 20 et seq., edition 1904)

19. The author of that golden book The Imitation of Christ describes St. Francis in a word when he calls him “humble.” “For how much so ever each one is in thine eyes, O Lord, so much is he and no more, saith the humble St. Francis.” (Imitation of Christ, Book III, Chap. 50) In fact, it was the supreme wish of his heart to carry himself always with humility, as the least and last among men. Therefore, from the very beginning of his conversion, he ardently desired to be looked down upon and to be despised by all. Later on, although he became the Founder, the writer of their Rule, and the Father of the Friars Minor, he insisted that one of his followers should become the superior and master on whom even he was to depend. At the earliest possible moment, steeling himself against the prayers and wishes of his disciples, he desired to give up the supreme government of his Order “in order to practice the virtue of holy humility” and to remain “with her till death, living more humbly than any other friar.” (Thomas of Celano, Legenda, Chap. II, No. 143)

20. Cardinals and great lords often offered him hospitality but he abruptly refused all such invitations. Though he exhibited the greatest esteem for all men and rendered each man every possible deference, he looked upon himself as a sinner, considering himself as only one among many sinners. In fact, he believed himself the greatest of all sinners. He was accustomed to say that if the mercy shown him by God had been given to any other sinner, the latter would have become ten times holier than he, and that to God alone must be attributed whatever was found in him of goodness and beauty, for from God only was it derived. For this reason he tried in every possible way to hide those privileges and graces, especially the stigmata of Our Lord imprinted on his body, which might have gained for him the esteem and praise of men. When at times he was praised, either in public or in private, he not only refused to accept such praise but protested that he was worthy only of contempt and abuse and was really saddened thereby. Finally, what must we say about the fact that he thought so humbly of himself that he did not consider himself worthy to be ordained a priest?

21. On this selfsame foundation of humility he desired that his Order of Friars Minor should be founded and built. He repeatedly taught his followers, in exhortations begotten of a truly marvelous wisdom, that they should glory in nothing, and above all not in their acquisition of virtues or in the possession of divine grace. He admonished them too, and even, on occasion, reproved those friars who because of their duties as preachers, men of letters, philosophers, superiors of convents and provinces, were exposed to the dangers of vain glory. It would take too long to go into details; this is enough to prove our point that St. Francis, following the example and words of Christ (Matt. xx, 26, 28; Luke xxii, 26), considered humility in his followers as the distinctive mark of his Order-namely, “he insisted that his disciples be called ‘Minors,’ and the superiors of his Order ‘Ministers.’ He did this in order both to make use of the very language of the Gospels which he had promised to observe and to make his disciples understand by the name which they bore that they must go to the school of the humble Christ in order to learn humility.” (St. Bonaventure, Legenda Maior, Chap. VI, No. 5)

22. We have seen how the Seraphic Father, motivated by the idea of perfect poverty which had taken complete possession of his soul, made himself so small and humble as to obey others (it would be better to say almost everyone) with the very simplicity of a child, for the reason that he who does not deny himself and give up his own will, certainly cannot be said to have renounced all things or to have become humble of heart. St. Francis by his vow of obedience consecrated gladly and submitted fully his will, the greatest gift which God has bestowed on human nature, to the will of the Vicar of Jesus Christ.

23. What evil they do and how far from a true appreciation of the Man of Assisi are they who, in order to bolster up their fantastic and erroneous ideas about him, imagine such an incredible thing as that Francis was an opponent of the discipline of the Church, that he did not accept the dogmas of the Faith, that he was the precursor and prophet of that false liberty which began to manifest itself at the beginning of modern times and which has caused so many disturbances both in the Church and in civil society! That he was in a special manner obedient and faithful in all things to the hierarchy of the Church, to this Apostolic See, and to the teachings of Christ, the Herald of the Great King proved both to Catholics and nonCatholics by the admirable example of obedience which he always gave. It is a fact proven by contemporary documents, which are worthy of all credence, “that he held in veneration the clergy, and loved with a great affection all who were in holy orders.” (Thomas of Celano, Legenda, Chap. I, No. 62) “As a man who was truly Catholic and apostolic, he insisted above all things in his sermons that the faith of the Holy Roman Church should always be preserved and inviolably, and that the priests who by their ministry bring into being the sublime Sacrament of the Lord, should therefore be held in the highest reverence. He also taught that the doctors of the law of God and all the orders of clergy should be shown the utmost respect at all times.” (Julian a Spira, Life of St. Francis, No. 28) That which he taught to the people from the pulpit he insisted on much more strongly among his friars. We may read of this in his famous last testament and, again, at the very point of death he admonished them about this with great insistence, namely, that in the exercise of the sacred ministry they should always obey the bishops and the clergy and should live together with them as it behooves children of peace.

24. The most important side of his obedience, however, is shown by the fact that as soon as the Seraphic Patriarch had drawn up and written out the rules of his Order, he delayed not even an instant in presenting himself personally, together with his first eleven disciples, to Innocent III, in order to gain the Pope’s approval of his Rules. That Pontiff of immortal memory, moved deeply by the words and presence of the humble Poverello, embraced Francis with great affection and, divinely inspired, sanctioned the Rules presented to him. He also gave to Francis and to his co-laborers the faculty to preach penance. History attests that Honorius III added a new confirmation to this Rule, after it had been somewhat modified, in answer to the prayers of St. Francis.

25. The Seraphic Father commanded that the Rule and the Life of the Friars Minor should be the following: to observe the “holy Gospel of Our Lord Jesus Christ” living in obedience, without possessing any property, and in all chastity, and this not according to one’s own whims or individual interpretation of the Rule, but according to the commands of the Roman Pontiffs, canonically elected. For those who eagerly longed “to follow this manner of life. . . they had to be, first, diligently examined by the Father Ministers concerning their Catholic Faith and their reception of the sacraments of the Church; whether they believed all these things and were firm in their intention to profess them until death.” Those who had already become members of the Order must for no reason leave except it be “by order of Our Lord, the Pope.” To the clerics of the Order it is prescribed that they celebrate “the divine office according to the calendar of the Roman Church”; to the friars in general it was commanded that they should not preach in the territory of a bishop without his permission, and that they should not enter, not even for reasons of their ministry, the convents of sisters without a special faculty from the Apostolic See. No less reverence and docility towards the Apostolic See is shown by the words which St. Francis uses in commanding that a Cardinal Protector should be appointed for the Order: “In obedience, I enjoin the Ministers to ask the Lord Pope for one of the Cardinals of the Holy Roman Church to be the guide, protector and corrector of this Brotherhood; so that subordinate at all times and submissive, at the feet of the same Holy Roman Church, and thus firm in the Catholic Faith, . . . we shall observe, as we have faithfully promised to do, the holy Gospel of Our Lord Jesus Christ.” (Rule of Friars Minor, passim)

26. We must speak also of the “beauty and cleanliness of purity” which the Seraphic Father “loved singularly,” of that chastity of soul and body which he kept and defended even to the maceration of his own flesh. We have already seen that as a young man, although gay and fashionable, he abhorred everything sinful, even in word. When later on he cast aside the vain pleasures of this world, he began to repress the demands of his senses with great severity. Thus at times when he found himself moved or likely to be influenced by sensual feeling, he did not hesitate to throw himself into a bush of thorns or, in the very depths of winter, to plunge into the icy waters of a stream.

27. It is also well known that our Saint, desiring to call back men so that they would conform their lives to the teachings of the Gospel, used to exhort them “to love and fear God and to do penance for their sins.” (Legend of the Three Companions, No. 33 et seq) Moreover, he preached and invited all to penance by his own example. He wore a hair shirt, he was clothed in a poor rough tunic, went about barefoot, he slept resting his head on a stone or on the trunk of a tree, ate so little that it was barely sufficient to keep him from dying of starvation. He even mixed ashes and water with his food in order to destroy its taste. He passed the greater part of the year in fasting. Besides all this, no matter whether he was well or ill, he treated his body with the greatest severity; he used to call his body “my brother the ass”; nor could he be induced to give himself any relief or rest, not even when, as during the last years of his life, he was suffering greatly, the sufferings of one nailed to a cross, for he had become like unto Christ because of the stigmata which he bore. Neither did he neglect to inculcate austerity of life in his disciples, and, in this only did “the teachings of the Holy Patriarch differ from his own actions,” (Thomas of Celano, Legenda II, No. 129) he advised them to moderate a too excessive abstinence or punishment of the body.

28. Is there anyone who cannot see that all these virtues proceeded from the one and same fountain of divine love? In truth, as Thomas of Celano writes, “he was ever afire with divine love and longed to perform deeds of great heroism; walking with a strong heart in the way of the divine commandments, he eagerly desired to reach the highest perfection”; and St. Bonaventure testifies that “he seemed like a burning coal alive with the fire of God’s love.” (Legenda Maior, Chap. IX, No. 1) Wherefore there were those who “seeing him raised so rapidly to a state of intoxication of divine love” burst into tears. (Legend of the Three Companions, No. 21) This love of God he poured out in love for his neighbor, and conquering himself loved with a special tenderness the poor and, among the poor, the most miserable of all, the lepers, whom as a youth he had so abhorred; he dedicated completely both himself and his disciples to their care and service. He also wished that a brotherly love similar to his own should reign among his disciples; because of this his wish, the Franciscan Brotherhood grew to be “a noble edifice of charity, from the living stones of which, gathered from every part of the world, there was built a dwelling for the Holy Ghost.” (Thomas of Celano, Legenda I, No. 38 et seq)

29. It is Our pleasure, Venerable Brothers, to detain you somewhat more at length in a study of these his sublime virtues, for the reason that, in our times, many infected by the false spirit of secularism, habitually attempt to strip our saintly heroes of the true light and glory of their sanctity. These writers view the saint merely as models of human excellence or as professors of an empty spirit of religion, praising and magnifying them exclusively because of what they have done for the progress of arts and sciences, or because of certain works of mercy which they have accomplished and which have proven helpful to the fatherland and to mankind. We do not cease to wonder how an admiration of this kind for St. Francis, so false and even contradictory in itself, can in any way help his modern admirers who devote their lives to the search for riches and pleasure or who decked out in finery frequent public places, dances and theaters, or who roll in the very mud of voluptuousness, who ignore and cast aside the laws of Christ and His Church. In this context the following warning is very significant: “He who pretends to admire the good works of a saint must at the same time admire the homage and love due to God. Therefore either imitate that which you praise or do not permit yourself to praise that which you do not care to imitate. He who admires the good works of the saints must also distinguish himself by the holiness of his own life.” (Roman Breviary, 7th of November, Lesson IV)

30. St. Francis, trained in the manly virtues We have written about, was called providentially to a work of reform for the salvation of his contemporaries and to assist in the work of the Church Universal.

31. In the Church of St. Damian where he was accustomed to pray, he heard three times a voice from Heaven saying: “Go Francis, rebuild my house which is falling down.” (St. Bonaventure, Legenda Maior, Chap. II) But Francis, because of that deep humility which made him think himself incapable of accomplishing any great work whatsoever, did not understand the meaning of these mysterious words. Innocent III, however, discovered their import through the miraculous vision in which Francis was shown in the act of supporting on his shoulders the Church of the Lateran which was falling to the ground. The Pope then understood clearly that the mission of St. Francis was a very special one, given to him by a most merciful God.

32. The Seraphic Father founded two Orders, one for men and the other for women, both made up of aspirants to evangelical perfection. He then began a visit to the cities of Italy announcing, either personally or through the first disciples who had come to him, the foundation of his two Orders, preaching penance to the people in few but fiery words, gathering by this ministry and by his words and example almost unbelievable fruits. In all the places where he went to perform the functions of his apostolic ministry the people and clergy came out in procession to meet Francis, and there was much ringing of bells, singing of popular songs, and waving of olive branches. Persons of every age, sex, and condition flocked to him and, by day or night, surrounded the house where he lived so that they might have a chance of seeing him when he went out, of touching him, speaking to him, or listening to his words. No one, even if he were grown gray in habits of vice and sin, could resist the preaching of the Saint. Very many people, even some of mature age, vied with one another in giving up all their earthly goods for love of the evangelical life. Entire cities of Italy, reborn to a new moral life, placed themselves under the direction of Francis. The number of his sons grew beyond reckoning. Such was the enthusiasm which filled all to follow in his footsteps that the Seraphic Patriarch himself was often obliged to dissuade many and turn aside from the proposal to leave the world both men and women who were willing and ready to give up their conjugal rights and the joys of domestic life.

33. Meanwhile the principal desire which filled these new preachers of penance was to help bring back peace not only to individuals but to families, cities, and even nations, torn by interminable wars and steeped in blood. If at Assisi, Arezzo, Bologna, and in many other cities and towns it was possible to bring about a general era of peace, at times confirmed even by solemn treaties, this was due altogether to the superhuman power of the eloquence of these rough men.

34. In this work of reform and of bringing about a universal peace, the Third Order assisted greatly. The Third Order is indeed a religious Order but an altogether new type of community at that time, for while it possesses the spirit of a religious order, it does not obligate its members to take vows. It offers to both men and women, living in the world, the means not only of observing the laws of God but of attaining Christian perfection. The Rules of this new order may be reduced to the following principal articles. No one was accepted as a member unless he were of an unquestioned Catholic faith and obedient in all things to the Church; the manner of receiving candidates from each of the sexes into the Order; admission to religious profession was permitted after a year of novitiate, subject to the consent of the wife in the case of husbands and of the husband in the case of wives; love of purity and poverty, especially in the use of clothes, and of modesty in feminine attire; that the Tertiaries should abstain from feasting, from immodest shows and balls; abstinence and fasting; confession and communion three times a year, taking care to make peace with everyone beforehand and to restore the goods rightly belonging to others; not to bear arms except in defense of the Roman Church, of the Christian faith, and of one’s own country, or with the consent of one’s Minister; the recitation of the canonical hours and other prayers; the duty of making a last will and testament three months after admission into the Order; to restore as soon as possible peace among one’s brethren or among those outside the order if any trouble had arisen; what to do in case the rights and privileges of the Order had been violated; not to take an oath except in case of urgent necessity recognized by the Apostolic See. To these rules were added others of no less importance; for example, on the duty of hearing Mass; of attending meetings called on certain fixed days; on the giving of alms by each according to his ability to help the poor and, especially, the sick; on the performing of the last rites for dead members; on the manner of exchanging visits in case of illness; on the manner of bringing back to the ways of virtue those who had fallen or were obstinate in sin; on the duty of not refusing the offices and functions assigned to each and to fulfill these with care; on the manner of settling disputes.

35. We have dwelt on these matters somewhat in detail to show how Francis either by his own apostolate or by that of his disciples and, by the institution of the Third Order, laid the foundations of a new social order built on lines in strict conformity with the very spirit of the Gospels. Omitting everything in these Rules which relates to the liturgy and to spiritual formation, despite the fact that these matters are of primary importance, everyone can understand how from the other prescriptions of the Rules there should result such an order both in public and private life as to bring about a new type of civic intercourse. We will not call this merely a brotherly fellowship based on the practice of Christian perfection, but rather a shield of the rights of the poor and the weak against the abuses of the rich and the powerful, and all this without prejudice to good order and justice. From the association of the Tertiaries with the clergy there necessarily resulted this happy consequence, that new members were permitted to participate in the same exemptions and immunities which the latter already enjoyed. The Tertiaries no longer were called upon to take the so-called solemn oath of vassalage, neither were they conscripted for military service, nor had they to go to war or to bear arms, for in this the Rule of the Third Order was opposed to the feudal law, and by their membership in the Order they achieved a liberty which was otherwise impossible under the conditions of servitude under which they had lived. When they were set on and harassed by those whose every interest it was to cause conditions to return to their former state, they had as defenders and patrons the Popes Honorius III and Gregory IX who overcame every obstacle put in their way and prohibited such attacks by the severest punishments.

36. From this source, therefore, there arose that profound impulse toward a saving reform of human society, toward that vast expansion and growth among Christian nations which had its beginnings in the new Order of which Francis was the Father and Teacher. Innocence of life, too, blossomed forth once more in union with the spirit of penance. From this source arose that ardent zeal which impelled not only pontiffs, cardinals, and bishops to accept the badge of the Third Order, but also kings and princes who imbibed, together with the Franciscan spirit, evangelical wisdom and, from among whom, some rose even to the glory of sainthood. The noblest virtues, too, came back into public esteem and honor. In a word, the “face of the earth itself was changed.”

37. St. Francis, “a man who was truly Catholic and apostolic,” in the same admirable fashion that he had attended to the reformation of the faithful, so likewise set about personally and commanded his disciples to occupy themselves before everything else with the conversion of the heathen to the Faith and Law of Christ. Nor need We dwell at length on a subject so well known to all. Moved by an ardent desire to spread the Gospel and even to undergo martyrdom, he did not hesitate to go to Egypt and there bravely to appear in the very presence of the Sultan. In the annals of the Church, too, are not the names of those numerous apostles of the Gospel who, from the beginning, that is to say, in the springtime of the Order of Minors, found martyrdom in Syria and Morocco recorded in words of highest praise? With the passing of time this apostolate had been developed with much zeal and often with great shedding of blood by the numerous Franciscan brotherhood, for many lands inhabited by the heathen have been entrusted to their care through the express commands of the Roman Pontiffs.

38. No one will therefore marvel that throughout the whole period of seven hundred years just ending the memory of so many benefits derived from him has never been lost at any time or in any place. On the contrary we find that his life ant work, which as Dante writes can be sung better by those who enjoy the glories of heaven than by human tongue, has raised and exalted him century after century in the devotion and admiration of all so that not only is his greatness increasing in the Catholic world because of a remarkable appreciation of his great sanctity, but he is also surrounded by a certain civic cult and glory by reason of which the very name Assisi has become well known to the peoples of the whole world.

39. Shortly after his death, churches dedicated to the Seraphic Father and admirable for the beauty of their architecture and treasures of art began to rise, due to the wishes of the people to honor him. The most famous artists competed one with another as to who should succeed in portraying with the greatest perfection and beauty the likeness and life of Francis in paintings, in statues, in engravings, and in mosaics. Thus Santa Maria degli Angeli was built on that very plain where Francis “poor and humble entered rich into heaven.” Churches, too, were built at the place of his glorious burial as well as on the hills of Assisi, and to these pilgrims flocked from everywhere in small parties or in large groups, in order to recall for the benefit of their souls the memory of so great a saint and to admire these immortal monuments of art. Moreover, there arose to sing the praises of the Man of Assisi, as We have already seen a poet who has no equal, Dante Alighieri. He was followed by others both in Italy and elsewhere who brought glory to literature by exalting the grandeur of the saint.

40. Especially in our days franciscana have been studied more profoundly by the learned and a great number of works printed in various languages have seen the light of day. The talents, too, of artists who have made works of great artistic value have succeeded in arousing an almost limitless admiration for St. Francis among our contemporaries despite the fact that sometimes this admiration is not based on a true understanding of the Saint. Some admired in him the character of the poet by which he so wonderfully expressed the sentiments of his soul, and his famous Canticle became the delight of learned men who recognized in it one of the first great poems of the early Italian language. Others were taken by his love of nature, for he not only seemed fascinated by the majesty of inanimate nature, by the splendor of the stars, by the beauty of his Umbrian mountains and valleys, but, like Adam before his fall in the Garden of Eden, Francis even spoke to the animals themselves. He appears to have been joined to them in a kind of brotherhood and they were obedient to his every wish. Others praised his love of country because in him Our Italy, which boasts the great honor of having given him birth, found a more fruitful source of blessings than any other country. Others, finally, honor him for that truly singular and catholic love with which he embraced all men. All of this is quite admirable but it is the least that is to be praised in our Saint, and it all must be understood in a correct sense. If we stop at these aspects of his life and look upon them as the most important, or change their import so as to justify either our own morbid ideas or excuse our false opinions, or to uphold thereby some of our prejudices, it is certain that we would not possess a genuine picture of the real Francis. As a matter of fact, by his practice of all the virtues in a heroic manner, by the austerity of his life and his preaching of penance, by his manifold and restless activity for the reformation of society, the figure of Francis stands forth in all its completeness, proposed to us not so much for the admiration as for the imitation of Christian peoples. As the Herald of the Great King, his purposes were directed to persuading men to conform their lives to the dictates of evangelical sanctity and to the love of the Cross, not that they should become mere friends or lovers of flowers, birds, lambs, fishes or hares. He seemed filled with a great and tender affection for animals, and “no matter how small they were” he called them all “by the name of brother and sister”-a love which if it is kept within bounds is assuredly not prohibited by any law. This love of animals was due to no other cause than his own love of God, which moved him to love these creatures because he knew that they had the same origin as he (St. Bonaventure, Legenda Maior, Chap VIII, No. 6) and in them all he perceived the goodness of God. St. Francis, too, “saw the image of the Beloved imprinted on all things, and made of these things a ladder whereby to reach His throne.” (Thomas of Celano, Legenda, Chap. II, No. 165)

41. Why then forbid Italians to glory in him who was an Italian, who even in the sacred liturgy is called the “light of the Fatherland”? (Breviary of Friars Minor) Why prevent the defenders of the rights of the people preaching the love of Francis toward all men and especially toward the poor? The former admirers of St. Francis, impelled by an excessive love of their own nation, should take care not to boast of him as a mere sign and banner of their newborn love of country, thus lessening his glorious title of “Catholic Champion.” The latter should take care not to hold him up as a precursor and defender of errors, which of course he was very far from being. May it please Heaven that they who, through devotion to the Saint either find pleasure in these lesser praises of the man of Assisi or labor with zeal to promote the success of this Centenary, all worthy of Our praise, may, by the happy recurrence of his feast, draw from his life strong motives to examine more profoundly the true picture of this great imitator of Christ and thus themselves aspire to higher ideals.

42. Meanwhile, Venerable Brothers, We have good reasons for rejoicing because We see how through the united efforts of all good men to celebrate fitly the memory of the Holy Patriarch during this year which marks the Seven Hundredth Anniversary of his death, both religious and civic solemnities are being prepared in every part of the world and especially in that very district which, while living, he honored by his presence, by the light of his sanctity and the glory of his miracles. It is with great pleasure, too, that We see you giving in this an example to your own clergy and people. From this hour onward there is presented to Our soul, or better still We can almost see with Our very eyes, the great throngs of pilgrims who will visit Assisi and the other nearby sanctuaries of verdant Umbria, the rocky crags of Verna, the sacred hills that look out on the valley of the Rieti, all spots where Francis seems to live on teaching even now the lesson of his virtues, from which places the pious pilgrims can scarcely return home without being more and more filled with the Franciscan spirit. To quote Leo XIII: “Concerning the honors that are being prepared for St. Francis, it should be borne in mind that, above all, these honors will be agreeable to him to whom they are given only when they have been made fruitful by the one who actually offers them. In this then alone can We hope for lasting fruits, when those men who admire his great virtues seek to copy in some way this man, and in imitating him make themselves better.” (Encyclical Auspicato, 17 Sept. 1882) Some will say, perhaps, that to restore Christian society another Francis is needed today. But We say, do what you can to make men take up again with renewed zeal the ancient Francis as their teacher of piety and sanctity; do what you can that they imitate and follow the example which he has left us, that they accept him as a man who was “a mirror of virtue, a path of righteousness, a rule of morals.” (Breviary of Friars Minor) If this be done, will it not in itself be enough to heal and even put an end to the corruption of our own times?

43. First of all, then, the many children belonging to the Three Orders must reproduce in their lives the glorious image of their Father and Founder. They begin now “established in all parts of the world”-as Gregory IX wrote to the Blessed Agnes, daughter of the King of Bohemia-“every day the Almighty is in many ways glorified by them.” (de Conditoris Omnium, 9 May, 1238) On the one hand We sincerely rejoice that the Religious of the First Order, which is called Franciscan, in spite of the many unseemly vexations and spoilations which they have had to suffer like gold which has passed through the crucible, have come to realize each day more and more their pristine splendor. On the other hand, We no less sincerely desire that they, by the example of solid penance and humility which they give, shall become living protests against the concupiscence of the flesh and the pride of life so widespread among us. May it be their peculiar function to call back their fellowmen to the Gospel law of life. With much less difficulty will they attain this holy purpose if they themselves observe strictly the Rule which their Founder has called “the book of life, the hope of holiness, the substance of the Gospel, the way of perfection, the key of paradise, the pledge of an eternal alliance.” (Thomas of Celano, Legenda, Chap. II, No. 208) The Seraphic Patriarch will not cease to look down from heaven and bless the mystical vine which he with his own hands planted, and to nourish and strengthen its manifold roots with the moisture and sap of brotherly love, so that all may become “one heart and one soul,” so that all may give themselves up in all fervor to the restoration of Christian society.

44. The holy virgins of the Second Order who participate “in the angelic life which was made known by St. Clare” by the snow-like whiteness of their souls, should continue to spread abroad, like lilies planted in the Garden of the Lord, a sweet fragrance so pleasing to God. Through their prayers, may sinners in much larger numbers hasten back to the merciful arms of Christ Our Lord, and may Our Holy Mother the Church feel the increasing joy of seeing her children restored to divine grace and to the hope of eternal life.

45. We turn finally to the Tertiaries, both to those who are living together in regular communities and those who live in the world. They, too, should try, with truly apostolic zeal, to promote the spiritual welfare of Christian peoples. Their apostolate which, at its origins, made them worthy to be called by Gregory IX “soldiers of Christ and new Maccabees,” will today also, with no less efficacy, succeed in promoting the common good provided they, although they have grown in numbers all over the world, become like their Father, St. Francis, by giving proof of innocence of life and integrity of morals.

46. What Our Predecessors, Leo XIII in the letter Auspicato and Benedict XV in the encyclical Sacra Propediem, wrote to all the bishops of the Catholic world and which greatly pleased them, We repeat and recommend to your pastoral zeal. We expect that you will favor in every way within your power the Third Order of St. Francis, either by yourselves or by means of trained priests and eloquent preachers teaching the people the aims of this Order of men and women who live in the world, how worthy it is of popular esteem, how easy it is to enter this Order, to observe its holy rules, and how abundant are the indulgences and privileges which the Tertiaries enjoy. Finally, make known the great blessings which flow from the Third Order to individuals and to the communities where they live. You should urge those who have not yet given their names to this immortal band of soldiers to do so this year. As regards those who cannot, because of their age, join the Third Order, they should be enrolled as “Cordigeri” so that even from childhood they may become accustomed to the holy discipline of this Order.

47. It seems that God in His goodness and mercy has ordained that Our pontificate shall not pass without the happiest fruits for the Catholic Church, judging from the great and holy events in which We have so often been called upon to participate. We, therefore, view with great pleasure the preparations which are being made to celebrate this solemn Centenary of St. Francis who “in his life propped up the house and in his days fortified the temple.” (Ecclesiasticus i, 1) We take all the more pleasure in this festival since from Our earliest years We have with great devotion venerated St. Francis as Our patron. We have numbered Ourselves, too, among his children, having received the badge of the Third Order. In this year, therefore, which is the Seventh Centenary of the death of the Seraphic Father, the Catholic world, and in particular Our nation, Italy, should receive, through the intercession of St. Francis, so great an abundance of blessings that it will remain forever a year memorable in the history of the Church.

48. In the meantime, Venerable Brothers, We pray for you all heavenly favors and as a pledge of Our love both to you, to your clergy, and to your people, from the depths of Our heart, We impart, in Our Lord, the Apostolic Blessing.

 

Given at Rome, at St. Peter’s, on the thirtieth day of April, in the year 1926, the fifth of Our Pontificate.