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Thursday, 26 February 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XVI.

 

33

Une multitude d'âmes va en enfer

    Lettre du 21 décembre 1846

« Comment vous dire tout ce qui s’est passé dans mon âme depuis quinze jours, que Notre-Seigneur répand sur cette misérable pécheresse? Non, cela n’est pas en mon pouvoir, un tel langage ne peut être rendu par une pauvre idiote... Je vais vous dire, cependant, à peu près comme je le pourrai, ce que Jésus m’a fait entendre :

Ce divin Directeur de mon âme m’a dit :

— Ma fille, ayez plus d’abandon à ma conduite et plus de simplicité ; car je veux vous nourrir moi-même du lait de mes consolations. Ces retours inquiets, ces craintes d’illusion m’empêchent d’agir pleinement sur vous.

Alors j’ai confessé ma faute; il a pris une nouvelle puissance sur moi et m’a découvert plusieurs secrets admirables de son infinie miséricorde. Il a commencé à m’appliquer à sa souveraine justice, me faisant voir les eaux de sa colère; mais en même temps, il m’a commandé de les épuiser avec son divin Cœur, afin qu’elles s’écoulent dans cet abîme.

Un autre jour, Notre-Seigneur m’a fait voir la multitude d’âmes qui tombent continuellement en enfer, en m’invitant de la manière la plus touchante de secourir ces pauvres pécheurs et en me faisant voir l’étroite obligation de l’âme religieuse envers ces pauvres aveugles qui se précipitent dans l’abîme éternel et à qui sa miséricorde ouvrirait les yeux, si des âmes charitables demandaient pour elles grâce et miséricorde. Notre-Seigneur me disait aussi que s’il demandait compte aux riches des biens temporels qu’Il leur a confiés pour secourir les pauvres, avec quelle bien plus grande sévérité Il demanderait compte à une Carmélite, à l’âme religieuse, riche de tous les biens de son Époux, possédant les trésors immenses des mérites de sa vie et de sa Passion, quel usage elle en a fait et si elle a su puiser dans ces trésors qui lui sont ouverts des richesses pour secourir les pauvres pécheurs. Alors cet aimable Sauveur, m’ouvrant ses trésors immenses composés des mérites de sa vie et de sa Passion, ajouta :

— Ma fille, je vous donne ma Face et mon Cœur. Je vous donne mon sang, je vous ouvre mes plaies ; puisez et versez ! Achetez sans argent: mon sang est le prix des âmes. Oh! quelle peine pour mon Cœur de voir que des remèdes qui m’ont coûté si cher sont méprisés. Demandez à mon Père autant d’âmes que j’ai versé de sang dans ma Passion.

Un autre jour, Notre-Seigneur me présenta sa Sainte Croix en me disant qu’Il avait enfanté tous ses enfants sur ce lit de douleur, me faisant entendre que c’était par la croix portée pour son amour et par la prière que j’obtiendrais la vie éternelle à des morts à la grâce, dont Il désire si ardemment la résurrection. Oh, quel désir je vois dans le Cœur de Jésus pour le salut des pécheurs ! Quelle vive connaissance Il m’a donnée sur l’efficacité de la prière offerte pour ces âmes égarées. Mais que dirai-je de cette vue que Notre-Seigneur m’a donnée sur ses plaies et sur son sang ! Ah, pressons ces divines plaies par une ardente prière et ce sang précieux coulera en abondance sur les pauvres pécheurs !

Un autre jour, Notre-Seigneur a placé mon âme à la porte de l’éternité, ou du moins à la porte du temps, pour aider les pécheurs agonisants à se préparer au voyage si important du temps à l’éternité. Oh, quand on pense que la justice de Dieu est toujours en exécution sur les coupables et qu’on peut plaider leur cause et fléchir le Souverain Juge, avec quel zèle on doit voler au secours de ces condamnés à une mort éternelle, et qui ont peut-être encore une heure de vie dans laquelle la divine miséricorde implorée pour eux peut toucher leurs cœurs. Je me sens bien pressée de prier pour ces pauvres âmes.

Maintenant, ma Révérende Mère, je vous parlerai d’un mur de protection que Notre-Seigneur m’a fait voir: un mur mystérieux qui protège la France contre les traits de la justice divine. Oh, que cette vision m’a remplie de reconnaissance envers l’excessive miséricorde de Dieu ! Notre-Seigneur m’a fait entendre que ce mur qui montait jusqu’au ciel, était l’exercice que je faisais tous les jours, joint sans doute aux prières et aux mérites que tant d’âmes pieuses offrent à Dieu pour le salut de la France — qui consiste à offrir cent fois la Face adorable de Notre-Seigneur à son Père, en l’honneur de tous les mystères pour le salut de cette même France. Notre-Seigneur me dit qu’Il me donnait cette vue pour m’engager à la persévérance. »

 

 

34

Prier pour les agonisants

    Lettre du 10 janvier 1847

«Depuis un peu plus de trois semaines, Notre-Seigneur m’a un peu désappliquée des grandes affaires de la France, pour m’occuper continuellement au service des pauvres agonisants. J’accompagne la très Sainte Vierge comme sa petite servante auprès des voyageurs du temps à l’éternité. Notre-Seigneur m’a fait connaître qu’Il m’avait donné à son auguste Mère, pour cette mission.

Oh ! quelle belle œuvre de charité à laquelle je n’avais jamais pensé; mais le temps est venu où je dois plus que jamais travailler au salut des âmes.

Il me semble que Notre-Seigneur m’a annoncé que je n’avais plus que trois ans à vivre; ainsi j’ai trente ans,[1] je vais les employer à imiter le Sauveur qui, à cet âge, travaillait sans cesse à la recherche des brebis égarées. Une de ses paroles me console, me fortifie et m’éclaire, la voici : “Oh ! si vous connaissiez le don de Dieu !” Notre-Seigneur m’a donné lumière sur ces divines paroles et je commence à le connaître, ce don précieux du Père. Oh! que ne puis-je pas obtenir pour moi et pour mes frères, si je sais me prévaloir de ces mérites infinis, qui sont inconnus de la plupart des hommes. “Je me sacrifie pour eux”, a dit Notre-Seigneur à son Père. Offrons donc à ce divin Père, pour le salut de nos âmes, tout ce que notre Rédempteur a fait pour nous; cherchons dans ce divin trésor de quoi enrichir notre indigence. O aveuglement des hommes! on court avec ardeur après les trésors de la terre, qui tous ensemble ne peuvent par leur valeur acheter une seule âme; et on ignore et on méprise le don de Dieu, le grand trésor des chrétiens, avec lequel on peut acheter des millions d’âmes en faisant valoir ses mérites infinis à la banque de la divine Miséricorde. Il me semble qu’on ne devrait prier  et ne se présenter jamais devant le Père éternel qu’avec quelque mérite de son Fils dans les mains, pour lui en faire l’offrande et l’obliger ainsi d’accomplir l’admirable promesse de Notre-Seigneur : “En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon Nom il vous l’accordera.” Si nous n’avons point de vertus à offrir à Dieu, présentons-lui toutes celles de Jésus notre Sauveur, qui est sanctifié pour nous. Offrons sa douceur, son humilité, sa patience, son obéissance, sa pauvreté, ses jeûnes, ses veilles, son zèle pour la gloire de son Père et le salut des âmes! Offrons aussi ses divines et efficaces prières; il a prié pendant sa vie mortelle ; l’Évangile dit qu’il se retirait la nuit pour prier; il prie au ciel, il montre pour nous ses plaies à son Père ; enfin il prie au très Saint-Sacrement de l’autel. O quel mystère ineffable! Un Dieu Sauveur priant pour ses créatures et prié par ces mêmes créatures! Unissons donc nos prières à celles du Verbe incarné et elles seront exaucées; offrons encore au Père éternel la Sacré-Cœur de Jésus, sa Face adorable et ses divines plaies; offrons ses larmes, son sang et ses sueurs; offrons ses voyages, ses travaux, ses paroles et son silence, tout ce qu’il a souffert dans chacun de ses mystères; enfin ayons toujours les yeux fixés sur le Don de Dieu ; fouillons dans ce trésor inconnu au monde; faisons, si nous le pouvons, l’énumération de tous les biens que nous possédons en lui, et nous serons bientôt riches et nous enrichirons les pauvres: car nous pouvons offrir l’humilité de Jésus pour la conversion des orgueilleux, sa pauvreté pour les avares, ses mortifications pour les sensuels, son zèle à glorifier son Père pour les blasphémateurs, enfin toutes les accusations qu’il a souffertes de la part des Juifs disant qu’il violait la loi du Sabbat, pour la conversion des véritables violeurs du saint jour du dimanche.

O don de Dieu que j’ai trop longtemps méconnu, vous serez désormais mon unique trésor, je découvrirai tous les jours en vous de nouvelles richesses !

Voilà, ma Révérende Mère, les lumières que Notre-Seigneur me communique ces temps-ci, vous voyez que si Notre-Seigneur me charge souvent du salut des âmes, Il m’apprend aussi le moyen de les sauver.»

 

[1] La sœur Saint-Pierre est morte dans sa trente-deuxième année, dix-huit mois après cette révélation, à trente et un ans neuf mois. Il y a là une petite contradiction facile à expliquer, en remarquant les mots il me semble, qui laissent une certaine latitude pour le compte des années. Plus tard, elle annoncera d’une manière précise l’époque de sa mort. Note de l’abbé Janvier.

 

 

35

Les blasphèmes attaquent Dieu Lui-même

    Lettre du 21 janvier 1847

«Ce tendre et bon Sauveur m’a fait entendre des plaintes sur son amour méconnu dans le très Saint-Sacrement de l’Autel, par le manque de foi des chrétiens ; et Il a heureusement lié mon cœur et mon esprit à ses pieds afin que je Lui tienne compagnie dans cet abandon, en adorant continuellement sa très Sainte-Face, cachée sous le voile de l’Eucharistie. Oui, c’est par cet auguste Sacrement que Jésus, notre Sauveur, veut communiquer aux âmes la vertu de sa très Sainte-Face, qui est alors plus éclatante que le soleil au Saint-Sacrement de l’Autel. Il m’a promis de nouveau d’imprimer dans les âmes de ceux qui l’honoreraient les traits de sa divine ressemblance ; et Notre-Seigneur m’a fait avoir, d’une manière aussi simple que juste, par une comparaison, que les impies par leurs blasphèmes, attaquaient son adorable Face, et que les âmes fidèles la glorifiaient par les louanges qu’elles rendaient à son Nom et à sa personne. Le mérite est dans les personnes, mais la gloire qui les accompagne est dans leurs noms. Il la fait éclater lors qu’on les prononce. Le mérite ou démérite d’une personne passe en son nom. Le très saint nom de Dieu exprime la divinité et renferme en lui toutes les perfections du Créateur. Il s’ensuit de là que les blasphémateurs de ce Nom sacré attaquent Dieu Lui-même. Maintenant, rappelons-nous ces paroles de Jésus: “Je suis en mon Père et mon Père est en moi”. Jésus s’est rendu passible par l’Incarnation et c’est Lui qui a souffert en sa Face adorable les outrages faits au Nom de Dieu son Père par les blasphémateurs. Notre-Seigneur m’a fait voir qu’il y avait quelque chose de mystérieux sur la face d’un homme d’honneur méprisé. Oui, je vois que son nom et sa face ont une liaison particulière. Voyez un homme distingué par son nom et son mérite, en présence de ses ennemis. Ceux-ci ne portent pas la main sur lui, mais ils l’accablent d’injures, ils ajoutent à son nom d’amères dérisions au lieu des titres d’honneur qui lui sont dus. Remarquez alors ce qui se passe sur la face de cet homme injurié. Ne diriez-vous pas que toutes les paroles outrageantes qui sortent de la bouche de ses ennemis viennent se reporter sur sa face et lui font souffrir un véritable tourment? On voit cette figure se couvrir de rougeur, de honte et de confusion. L’opprobre et l’ignominie qu’elle souffre lui sont plus cruels à supporter que les tourments réels dans les autres parties du corps. Eh bien! voilà un faible portrait de la Face adorable de Notre-Seigneur outragée par les blasphèmes des impies! Représentons-nous ce même homme en présence de ses amis qui, ayant appris les insultes qu’il a reçues de ses ennemis, s’empressent de la consoler, de le traiter selon sa dignité, font hommage à la grandeur de son nom en le qualifiant de tous ses titres d’honneur. Ne voyez-vous pas alors la face de cet homme ressentir la douceur de ces hommages, de ces louanges? La gloire se repose sur le front et, rejaillissant sur tout le visage, le rend tout resplendissant. La joie brille dans ses yeux, le sourire sur ses lèvres; en un mot, ses fidèles amis ont guéri les douleurs cuisantes de cette face outragée par ses ennemis: la gloire passe l’opprobre. Voilà ce que font les amis de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour l’œuvre réparatrice. La gloire qu’ils rendent à son Nom se repose sur son auguste front et réjouit sa très Sainte-Face. Mais il faut l’honorer d’une manière toute spéciale au très Saint-Sacrement de l’Autel.

Ma Révérende Mère, cette comparaison que Notre-Seigneur m’a mise dans les yeux m’a donné un grand jour dans l’esprit. Je vois bien clairement à présent que les blasphémateurs font souffrir la Face du Sauveur et que les réparateurs la réjouissent et la glorifient. Je n’avais jamais fait cette remarque si véritable: que la face de l’homme est le siège où vient se reposer la gloire et l’ignominie. Je vais donc m’appliquer tout de nouveau à honorer le Nom et la très Sainte-Face de notre divin Sauveur, qui m’y invite d’une manière si touchante». [1]

 

[1] Lettre du 21 janvier 1847.

Thursday, 19 February 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XV.

 

30

Profanation du Dimanche

Lettre du 4 octobre 1846

«Permettez-moi de vous rendre compte des tristes pressentiments que j’éprouve depuis ce matin, d’après une communication que j’ai reçue de Notre-Seigneur à la Sainte Communion.

Vous savez, ma bonne Mère, qu’il y a plusieurs mois que je n’ai rien éprouvé d’extraordinaire. Notre-Seigneur, pendant ce temps d’épreuve, a daigné purifier mon âme par de grandes souffrances intérieures, et je ne sentais plus sa présence. Mais aujourd’hui, aussitôt que j’ai reçu la Sainte Communion, ce divin Sauveur m’a fait sentir qu’Il voulait que je me tienne à ses pieds. J’ai obéi. Alors, Il m’a fait entendre ces tristes et effrayantes paroles :

—Ma Justice est irritée à cause des profanations du Saint Jour du Dimanche. Je cherche une Victime.

J’ai répondu :

—Seigneur, vous savez que mes Supérieurs m’ont donné l’autorisation de m’abandonner entre vos divines mains; faites de moi ce qu’Il vous plaira. Mais que suis-je, Seigneur ? Est-ce bien vous qui parlez ainsi à mon âme ?

Notre-Seigneur m’a répondu :

—Vous ne serez pas longtemps dans le doute !

Ensuite, il m’a semblé que Notre-Seigneur agréait l’acte d’abandon que je venais de Lui faire et Il me faisait comprendre qu’Il allait prendre une nouvelle possession de tout mon être afin, en quelque sorte, de souffrir Lui-même en moi pour apaiser sa justice divine. Ensuite, Notre-Seigneur m’a ordonné de faire la Sainte Communion tous les Dimanches, premièrement: en esprit d’amende honorable et de réparation pour tous les travaux qui se font en ce saint jour qui Lui est consacré; secondement: pour apaiser la justice divine prête à frapper, pour la conversion des prévaricateurs et enfin, pour obtenir qu’on empêche les travaux le saint jour du dimanche. Ensuite, il m’a semblé que Notre-Seigneur m’invitait à offrir sa Sainte-Face à son divin Père pour obtenir miséricorde.

Voila à peu près, ma très Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Hâtons-nous d’apaiser notre Dieu, car je vois la justice de Dieu prête à se déborder sur nous : le bras du Seigneur est levé ! Ma Révérende Mère, j’abandonne ces choses à votre jugement, mais je vous prie de remarquer une chose qui me touche sensiblement et qui me fait désirer de plus en plus l’établissement de l’Œuvre de la Réparation : c’est que toutes les communications que je reçois de Notre-Seigneur depuis plus de trois ans tendent toutes au même but: Notre divin Sauveur se plaint toujours de ces deux choses : des profanations du saint jour du Dimanche et des blasphèmes du très saint Nom de Dieu.

Oh ! que je désire la naissance de cette Œuvre de Réparation que Notre-Seigneur m’a si souvent demandée, afin d’apaiser la colère de Dieu et de prévenir les châtiments qui nous menacent. Cependant, ma bonne Mère, vous savez que je soumets ces désirs à la volonté de mes Supérieurs.» [1]

 

REMARQUES : «... Une lumière intérieure me fait connaître que d’autres châtiments nous sont préparés : ce ne sont plus les éléments [2] qui seront cette fois les instruments de la colère de Dieu, mais la malice des hommes révoltés...»

«On du reconnaître que Tours n’avait été sauvé que par un miracle. Mais, hélas! on ignorait la principale cause d’un si terrible fléau: la profanation du dimanche.»

 

[1] Document B; page 68.

[2] “Quelque temps après, un grand débordement de la Loire mit la ville de Tours en péril. Sœur Saint-Pierre vit dans ce fléau une première exécution de la menace...” Louis Van Den Bossche « Le Message de Sœur Saint-Pierre ». Carmel de Tours 1954.

 

 

31

Paroles de miséricorde

Lettre du 25 octobre 1846

«Oh ! si vous saviez tout ce que mon cœur éprouve en ce moment!... Je ne peux retenir les sentiments qui le pressent; je pleure, mais ce sont des larmes de reconnaissance et d’amour, à cause des paroles de miséricorde et de paix que ce tout aimable Sauveur vient de me faire entendre. Oh! doux Jésus, si l’on vous connaissait! Vous ne pouvez voir la justice divine nous frapper sans être touché, plus vivement que nous-mêmes, de ces châtiments que nous avons mérités par nos péchés.

Après la sainte Communion, Notre-Seigneur m’a fait voir que la coupe de la justice divine n’était pas encore entièrement versée sur nous. J’ai vu d’autres châtiments préparés pour satisfaire cette divine justice. A cet aspect, j’ai dit à Notre-Seigneur:

—O doux Jésus, si je pouvais boire le reste de cette coupe, afin que mes frères soient épargnés.

Notre-Seigneur m’a fait entendre qu’Il agréait ma bonne volonté, mais que je n’étais pas capable de vider cette coupe, qu’il n’y avait que Lui qui pouvait la boire. Ce divin Sauveur, voyant ma peine, m’a fait signe d’entrer dans son divin Cœur, qu’Il m’a donné dans son excessive miséricorde comme un vase digne d’être présenté au Père éternel pour recevoir le vin de sa colère, me faisant entendre que, passant par ce divin canal, il se changerait pour nous en vin de miséricorde. Mais Il ne veut pas léser entièrement les droits de la justice, si je peux m’exprimer ainsi. Il veut faire une concession entre sa justice et sa miséricorde, et pour cette fin, Il demande l’établissement de l’Œuvre de la Réparation à la gloire de son saint Nom. Oui, Notre-Seigneur désarmera la colère de Dieu son Père, s’il lui offre pour nous, une œuvre réparatrice. N’est-ce pas la moindre chose, ô doux Jésus, que nous réparions par nos prières, par nos gémissements et par nos adorations les énormes péchés dont nous sommes coupables envers la majesté de Dieu? Voilà, ma Mère, la prière que Notre-Seigneur m’a mise dans la bouche et que je répète sans cesse:

«Père éternel, regardez le divin Cœur de Jésus que je vous offre pour recevoir le vin de votre justice, afin qu’il se change pour nous en vin de miséricorde.»

Notre-Seigneur me faisait entendre que chaque fois que je ferais cette offrande, j’obtiendrais une goutte de ce vin de la colère de Dieu qui, tombant, comme je l’ai dit plus haut, dans le vase divin du Sacré-Cœur de Jésus, se changerait en liqueur de miséricorde. Veuillez, ma bonne Mère, engager mes sœurs à faire souvent cette offrande car hélas ! que suis-je, moi, vil néant, pour être une digue capable d’arrêter la colère de Dieu?

Ma Révérende Mère, je ne saurais vous dire l’impression que m’a fait cette communication. Je me suis de nouveau chargée de solliciter auprès de Monseigneur l’Archevêque l’Œuvre de la Réparation. Ma conscience sera tranquille lorsque j’aurai déposé aux pieds de Sa Grandeur l’œuvre pour laquelle je crois avoir reçu une mission spéciale de Notre-Seigneur. J’ai l’âme extrêmement affligée, mais je suis pleine de confiance en Dieu. Il tirera le bien du mal, si ses desseins sont accomplis; et j’ai l’intime conviction que cette œuvre sera pour nous un rempart contre les traits de la Justice divine. O consolante pensée: le Sacré-Cœur de Jésus boira cet amer calice, et sa douce et Sainte-Face apaisera la colère de Dieu.»

 

 

32

Prier et souffrir pour la France

Lettre du 18 novembre 1846

«... Notre-Seigneur me pousse continuellement à prier et à souffrir pour la France.

—De même, m’a-t-il dit, que je suis chargé de tous les péchés du monde, je veux que vous vous chargiez de tous les péchés de la France. Je souffrirai en vous pour apaiser la colère de mon Père et je vous donnerai tous mes mérites pour acquitter ses dettes.

Je suis entrée dans les intentions de Notre-Seigneur et je me suis couverte de crimes. Je Lui ai demandé pardon avec la même confusion que si je les eusse commis moi-même.

Un autre jour, Notre-Seigneur m’a dit qu’Il me chargeait de la France, et comme j’avais beaucoup de peine à croire que Notre-Seigneur se servait d’un si vil instrument pour une si grande mission, alors, Il m’a dit:

—De même que dans l’ordre de ma Providence je donne tel roi à tel royaume pour son gouvernement, ne puis-je pas aussi, dans l’ordre de la grâce donner tel royaume à telle personne afin qu’elle ait soin de ses besoins spirituels? [1] C’est pour cela que je vous adjuge la France. Priez pour elle; immolez-vous pour elle. Je vous donne de nouveau mon chef pour l’offrir à mon Père, afin d’apaiser sa justice. Oh, si vous saviez quelle est sa puissante vertu, dont voici la cause: c’est que j’ai pris sur ma tête tous les péchés des hommes, afin que ses membres soient épargnés. Ainsi offrez ma Face à mon Père; c’est le moyen de l’apaiser.

Je désire l’œuvre de Réparation; soyez sûre qu’elle s’établira; mais ce fruit que vous portez n’est pas encore à sa maturation.

Dans ces communications que je reçois de Notre-Seigneur, ma Révérende Mère, je suis le conseil que vous m’avez donné de m’abandonner entre les mains de Notre-Seigneur, afin qu’Il fasse de moi ce qu’il Lui plaira. Alors Notre-Seigneur m’a de nouveau chargée de la France. J’ai répondu :

—Je le veux bien, mon divin Maître, mais permettez-moi de vous dire: c’est à condition que vous en soyez le Souverain; car si votre divin Père vous voit assis sur le trône de la France, assurément, Il ne la frappera pas.

Maintenant, ma Révérende Mère, je reçois Notre-Seigneur dans toutes mes communications au nom de la France et je lui donne mon cœur pour Lui servir de trône. Ensuite je le salue et je l’adore comme Souverain, le priant de ne pas abandonner une nation qui fait des aumônes pour faire connaître son Nom dans les pays idolâtres; et tout ce que je souffre, je prie le saint Enfant-Jésus de le souffrir en moi pour apaiser son divin Père. Je le prie également de faire en moi toutes mes actions, m’unissant à ce divin Enfant avec lequel j’ai ces temps-ci une liaison toute particulière; ainsi je souffre avec Lui en attendant les moments marqués par son Père pour l’établissement de l’Œuvre de la réparation.

 

Sit Nomen Domini benedictum!»

 

Le salut de la France

Lettre du 22 novembre 1846

«... J’ai reçu, malgré mon indignité, une nouvelle communication sur la Sainte-Face de Notre-Seigneur. Voici en substance ce que notre divin Sauveur m’a fait entendre:

—Ma fille, je vous prends aujourd’hui pour mon économe. Je remets de nouveau entre vos mains ma Sainte-Face, afin que vous l’offriez sans cesse à mon Père pour le salut de la France. faites valoir ce divin talent. Vous avez en lui de quoi faire toutes les affaires de ma maison. Vous obtiendrez par cette Sainte-Face le salut de beaucoup de pécheurs. Par cette offrande, rien ne vous sera refusé. Si vous saviez combien la vue de ma Face est agréable à mon Père!

Notre-Seigneur m’a donné ensuite quelques lumières pour l’avenir de la France, qui me portent à redoubler de zèle pour notre Patrie ; et je me sers du moyen que Notre-Seigneur m’a fait connaître. J’offre sans cesse au Père éternel la Face adorable de notre divin Sauveur, pour le salut de la France et pour obtenir par elle l’établissement de l’Œuvre de la Réparation. Mais je m’occupe de tout cela en paix, suivant l’impression de la grâce.»

 

[1] Le salut de la France avait été un des grands objectifs de sainte Thérèse d’Avila lorsqu’elle avait fondé sa Réforme et Notre-Seigneur pressait aussi la Bienheureuse Anne de Saint-Barthélemy de prier à cette intention.

Thursday, 12 February 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XIV.

 

29

Le Prince d'Orléans

Lettre du 26 avril 1846

« Après la sainte communion, Notre-Seigneur m’a dit :

—Laissez-vous aller à l’impression de la grâce.

J’ai obéi, et ce divin Sauveur a commencé son opération. Mais que dirai-je maintenant ? O bonté infinie de mon Dieu, aidez-moi à parler, afin que vous soyez de plus en plus connue et bénie sur la terre !

—Regardez, me dit tout à coup Notre-Seigneur, voilà celui pour lequel vous avez prié ; je vous l’amène, afin qu’il vous remercie de ce que vous avez fait. Voyez à son égard l’excès de ma miséricorde, continua-t-il ; si je l’avais laissé sur la terre, il aurait eu l’ambition de ceindre son front d’une couronne temporelle, et maintenant je lui donne au ciel une couronne de gloire.

Je voyais, par une vue intellectuelle, cette âme à côté de Jésus. Comme elle se tournait vers moi :

—Ah ! — lui ai-je dit — c’est Notre-Seigneur qu’il faut remercier, car pour moi je ne suis rien; ce sont ses mérites que j’ai offerts à Dieu.

Cet âme me dit alors:

— C’est à la sainte Vierge que je dois mon salut; quand j’ai été traduite devant le tribunal de Dieu, j’ai été couverte des mérites infinis de Jésus-Christ, et c’est par la protection de saint Joseph que je suis sortie du purgatoire.

—O âme trop heureuse, — lui ai-je dit —, priez pour moi; et je répétais, dans un transport de reconnaissance envers la miséricorde infinie de Dieu: Heureuse âme, priez pour moi; prosternons-nous ensemble aux pieds de Notre-Seigneur Jésus-Christ; aidez-moi à lui rendre mes devoirs.

Notre-Seigneur m’a dit :

—Maintenant, celui-ci priera pour vous.

Et je répétais :

—Priez pour moi ! Mais, repris-je, comment vous invoquerai-je désormais ?

—Je m’appelle Ferdinand, nommez-moi Ferdinand ; je vous assure que je m’appelais Ferdinand.

Il me semblait qu’il répétait ainsi son nom plusieurs fois comme preuve de la vérité que je voyais, car j’ignorais qu’il eût ce nom. Il ajouta:

—Je règne maintenant avec Jésus-Christ; je suis couronné dans les cieux.

Je lui dis :

—Je sais que la bonté de Dieu est bien grande; cependant je n’osais penser que vous fussiez déjà entré dans la gloire, mais j’ai compris que c’était un chef-d’œuvre de la miséricorde divine.

Tout ce que je voyais, entendais et comprenais, me mettait hors de moi; l’excès de la divine charité envers cette âme me ravissait; les larmes et les sanglots accompagnaient cette émotion intérieure. Mais en ce doux moment la cloche du tour a sonné, et, comme l’obéissance m’appelait, j’ai quitté Notre-Seigneur pour aller remplir les devoirs de mon office. Alors, voulant m’assurer si ce que je venais de voir n’était point une illusion, j’ai demandé à une sœur que je rencontrai, et qui devait savoir le nom du prince en question, comment on l’appelait. Elle m’a répondu: “Il s’appelait Ferdinand”. Cette réponse a fait en moi une vive impression, parce que c’était la marque de la vérité; d’ailleurs, l’opération de Dieu en mon âme était des plus fortes ». [1]

 

L’Évangile de la Circoncision

«Comme ces bonnes gens voyaient que cette petite Bretonne, simple comme eux, entendait parfaitement leur langage et leurs peines, tâchant de les adoucir par la voix de la religion, ils s’en allaient contents; mais bientôt ils revenaient et m’amenaient leurs voisins; malgré la charité que j’avais pour eux, je m’excusais de les recevoir, afin de ne point m’éloigner de l’esprit de silence propre à notre sainte vocation. Notre-Seigneur, qui voyait cela, me donna le moyen de les satisfaire, et de plus celui de les soulager dans leurs maladies, en m’inspirant une dévotion qui consiste à porter sur soi l’Évangile de la Circoncision.

Voici comment je conçois cette pratique d’après ce qu’il m’a communiqué. Le démon met tout en œuvre pour ravir à Notre-Seigneur Jésus-Christ l’héritage conquis sur la croix, et il cherche sans cesse à dérober à ce bon Pasteur les brebis rachetées d’un si grand prix. Pour le mettre en fuite et empêcher ce loup ravisseur d’approcher du bercail, Jésus désire, comme il me l’a fait connaître, voir ses brebis marquées de son saint Nom et portant sur elles l’Évangile qui annonce à toutes les nations que le Verbe incarné a été nommé Jésus. Cet aimable Sauveur me fit connaître la vertu de ce Nom sacré : il chasserait le démon, et ceux qui auraient recours à cet acte de piété en recevraient de très grandes grâces. Il me dit aussi de mettre au bas de cet Évangile quelques paroles rappelant la victoire qu’il a remportée sur Satan en prenant par amour pour nous le nom de Jésus. Cette petite dévotion fut d’abord approuvée de mes supérieurs; leur charité permit plus tard qu’on imprimât l’Évangile de la Circoncision et qu’on gravât sur la même feuille le saint Enfant-Jésus et les initiales de son Nom adorable. La feuille était ensuite pliée et renfermée dans un petit morceau d’étoffe sur lequel on brodait une croix avec le Sacré-Cœur: ce qui faisait l’effet d’une médaille que l’on porte sur soi. Cette pratique reçut aussi l’approbation d’un grand vicaire [2], comme étant très conforme à l’esprit de l’Église ; car on voit dans l’histoire que les premiers chrétiens avaient l’habitude de porter sur eux le saint Évangile.

Notre-Seigneur m’avait fait connaître qu’il ne fallait point vendre ces pieux objets, mais les répandre en son nom, afin que tous pussent s’en procurer facilement; qu’il demandait cette aumône à la communauté pour sa gloire, et qu’il saurait bien l’en récompenser en prenant soin des affaires de la maison. Nos dignes supérieurs me donnèrent la permission de satisfaire le désir de l’Enfant-Jésus. Bientôt une infinité de personnes portèrent sur elles avec dévotion cet Évangile, et l’Enfant-Jésus ne tarda pas à les récompenser par des grâces spéciales [3]. J’étais continuellement occupée à disposer ces petits Évangiles; mais, quoique je fusse fort assidue à ce travail, je ne faisais pas assez pour contenter tous ceux qui en désiraient. Alors nos chères sœurs voulurent bien m’aider; j’étais enchantée de ce nouveau commerce, tout au profit et à la gloire du saint Enfant. Je fis pour lui un très joli petit Évangile, que je mis au cou de sa statue; comme il m’avait dit de ne point vendre ces objets et que beaucoup de gens riches voulaient donner quelque rétribution, je mis une bourse dans la main de mon petit roi, et nous disions à ces personnes: “Donnez ce que vous voudrez à Jésus, cela servira à lui acheter des langes”. Cet aimable Enfant leur payait au centuple ces aumônes par les grâces qu’il leur accordait. Il recueillit ainsi dans sa petite bourse une somme assez considérable. Alors notre Révérende Mère acheta des langes à Jésus, je veux dire des corporaux; la communauté, par les ordres de notre Mère, travailla ces langes, qui furent offerts au saint Enfant, en grande cérémonie, à sa fête du Saint-Sacrement et distribués dans l’octave aux paroisses pauvres du diocèse. on fit aussi un trousseau pour un pauvre petit enfant naissant, qui représentait la pauvreté de Jésus à sa naissance ».

«La bonne et candide sœur nous apprend encore que Notre-Seigneur demandait comme une aumône qu’on distribuât ces feuilles le plus possible et qu’on y écrivit à la fin ces mots:

 

                                   Quand Jésus fut nommée,

                                   Satan vaincu fut désarmé». [4]

 

«Il m’a fait connaître combien il lui était glorieux qu’on célébrât sa victoire par ces paroles; elles font frémir de rage le démon; il bénira les personnes qui porteront sur elles cet Évangile; il les défendra contre les attaques de Satan».

«Tandis que je cherchais les moyens de couvrir les frais de ces dépenses,[5] Notre-Seigneur m’ordonna de m’adresser à son serviteur, Monsieur Dupont, et de lui dire que l’Enfant-Jésus lui demandait cette œuvre de charité comme la dîme des biens qu’il lui avait donnés, et que cette œuvre lui serait fort agréable. Je dis alors à ce divin Sauveur:

—Si vous vouliez me promettre quelque bien pour lui, ou du moins quelque grâce pour sa famille.

Notre-Seigneur me répondit:

—Son amour est assez grand pour me rendre ce service sans qu’il soit besoin qu’on lui promette des grâces afin de l’y engager, et, pour cet amour désintéressé, je le récompenserai plus magnifiquement dans le ciel ; quant à vous, faites cette commission comme étant ma petite domestique; ne craignez point de demander pour moi, et vous aurez le même mérite que si vous faisiez l’œuvre.

«Voici à peu près les paroles que Notre-Seigneur m’a fait entendre:

—Ma fille, ne vous affligez point de ce que le travail de vos petits Évangiles ne vous laisse pas jouir de ma présence comme vous le voudriez ; car il vaut mieux sacrifier ces consolations pour empêcher que je ne sois offensé. J’ai dessein de sauver des âmes par cette dévotion, elle a déjà fait éviter plusieurs péchés.

[S’adressant à la Mère prieure, la sœur ajoute]:

«Notre-Seigneur m’a dit encore qu’il désirait qu’avec l’argent reçu des petits Évangiles, vous fassiez célébrer cinquante messes pour sa plus grande gloire et pour la salut des âmes, et qu’ensuite, si on en recueillait assez pour couvrir les frais d’une impression nouvelle des prières de la réparation, je devais être convaincue qu’il n’y a point d’illusion de ma part, mais reconnaître que ce divin Sauveur s’est communiqué à mon âme.

Vous savez que je ne pensais plus à réclamer l’impression de ces prières. D’après Monseigneur l’Archevêque, on ne peut les comprendre que difficilement; mais aujourd’hui Notre-Seigneur les demande pour les âmes religieuses, afin qu’elles attirent sa miséricorde sur la France, qu’elles apaisent sa justice et que les méchants soient confondus. J’abandonne ces choses à vos lumières, ma très Révérende Mère ; tout ce que je cherche, c’est que la sainte volonté de Dieu soit faite».

 

Les grâces obtenues

«A l’époque du tirage, plusieurs jeunes gens, sollicités par la tendresse de leurs mères, qui craignaient de perdre en eux leurs soutiens, ont consenti à porter sur eux le petit Évangile, et ne sont pas tombés au sort [6]. D’autres ont obtenu des conversions particulières. Ainsi, une jeune personne faisait gémir ses parents par les injures dont elle les accablait, se livrant à de terribles accès de colère; elle a porté le petit Évangile, et cela seul a suffi pour chasser le démon; elle a aussitôt demandé pardon à ses parents, et s’est approchée des sacrements. Un pécheur endurci, réduit à l’extrémité, refusait opiniâtrement de recevoir les secours de la religion; son respectable curé, désolé de voir cette brebis de son troupeau devenir la proie du loup infernal, eut recours au petit Évangile ; il en fit mettre un au pied du lit de ce malade, qui, touché aussitôt, demanda les sacrements et mourut en bon chrétien. Un autre, qui avait depuis de longues années abandonné la pratique de ses devoirs, voulut bien cependant porter le petit Évangile, et réciter la prière qui y est jointe; il sentit dès lors une grâce puissante, qui le sollicitait sans cesse de revenir à Dieu; il fut plusieurs mois rebelle, mais enfin, cédant à la vertu du saint Nom de Jésus, il alla se jeter aux pieds d’un confesseur, et sa parfaite conversion a rempli de joie ceux qui avaient gémi sur sa conduite passée.

Diverses personnes ont ressenti les effets merveilleux de cette salutaire dévotion, dans leurs maladies ou infirmités corporelles. Une petite fille a été délivrée d’une grosse fièvre, qui l’avait réduite à l’extrémité ; tout annonçait sa fin prochaine ; son oncle lui passa au cou le petit Évangile; ils le récitèrent pendant neuf jours avec les oraisons qui y sont jointes, et l’enfant fut parfaitement guérie.

Une dame avait à la gorge, depuis sept ans, un ulcère qui l’empêchait quelquefois de prendre sa nourriture ; elle avait même de la peine à faire la sainte communion; on lui avait administré beaucoup de remèdes inutilement. Ayant pris sur elle le petit Évangile, elle a été guérie si promptement, que les personnes qui la traitaient en furent d’un étonnement extrême; aussi leur a-t-elle fait connaître à quel divin remède elle devait sa guérison.

Un grand nombre de femmes enceintes ont été comme miraculeusement délivrées par le petit Évangile ; c’est surtout sur elles qu’il s’est opéré le plus de grâces extraordinaires.

Une petite fille, à qui nous avions donné un Évangile du saint Nom de Jésus, fit une chute très grave. Quand on la releva, elle ne pouvait faire aucun mouvement; ses parents, désolés, craignaient qu’elle n’eût les reins brisés, et voulaient aller chercher le médecin, lorsque l’enfant se mit à crier: “N’y allez point, mais donnez-moi ma petite relique ; le bon Jésus peut me guérir”. On lui mit au cou le petit Évangile; aussitôt elle cessa de crier, s’endormit profondément, et, à son réveil, se trouva guérie sans se ressentir aucunement de sa chute. La foi de cette enfant avait été récompensée; tous ceux qui croiront comme elle n’espéreront pas en vain.

Plusieurs missionnaires ont porté des Évangiles du saint Nom de Jésus dans les pays étrangers ; je citerai, en terminant, la conversion d’un grand pécheur.

Le 26 décembre 1845, il vint une personne, tout éplorée, recommander aux prières un homme qui était à l’extrémité; «mais, disait-elle, il n’y a pas moyen de lui parler des sacrements, car il est comme un furieux». On remit à cette personne un petit Évangile pour le passer au cou du malade, et une feuille pour réciter les prières du saint Nom de Jésus. Cette dame, pleine de foi et de zèle, ayant appris que deux hommes devaient veiller toute la nuit auprès du moribond, les pria de tâcher de lui mettre au cou le petit Évangile, et de réciter les prières de la feuille ; ils le lui promirent, et s’acquittèrent de leur mission auprès de ce malheureux, qui parut tout d’un coup changé. Le voyant plus calme, ils lui proposèrent un prêtre; il accepta, et, après s’être confessé, il reçu le saint viatique et mourut dans de très bonnes dispositions. Satan, furieux de voir cette proie lui échapper, a, pour s’en venger sans doute, tourné sa rage contre moi. Dieu sait ce que j’ai souffert de lui au moment de la mort de cet homme; pendant deux heures, j’avais autour de moi comme une légion de démons; j’étais comme possédée ; il me semblait entendre leur voix horrible me solliciter par leurs discours les plus séduisantes; l’action de ces esprits infernaux à mon égard était des plus violentes ; je n’avais jamais eu pareil combat à soutenir; mais le divin Époux de mon âme m’a fortifiée par sa puissance, et sa grâce m’a rendue victorieuse. J’allai me jeter aux pieds de notre Révérende Mère, qui fut effrayée en voyant la pâleur de mon visage ; je lui découvris les angoisses de mon pauvre cœur; elle eut la charité de me consoler, et, quand elle m’eut donné sa bénédiction, je me sentis aussitôt délivrée et je passai la nuit dans la paix du Seigneur ».

 

La Salette

«Monseigneur ne voulait point se décider en faveur de l’œuvre; sa prudence l’empêchait de prendre cette initiative. je vis bien qu’il n’y avait d’espérance et de consolation pour moi que dans la prière, par l’entremise de Marie, notre puissante avocate, et je récitai tous les jours le chapelet afin d’obtenir le salut de la France et l’établissement de la Réparation dans toutes les villes du royaume; toutes mes prières et mes communions, tous mes désirs, toutes mes pensées se dirigeaient vers cette œuvre si chère à mon cœur. J’aurais voulu, si cela eût été possible, la proclamer par toute la France, en faisant connaître à ma patrie les malheurs qui la menaçaient. Ah ! que je souffre d’être seule dépositaire d’une chose qui est si importante, et que je suis obligée de garder dans le silence du cloître! Vierge sainte, apparaissez dans le monde à quelqu’un, et faites-lui part de ce qui m’est communiqué au sujet de la France.»[7]

 

Lettre de Monsieur Dupont

[Suite à une communication de Sœur Marie de Sainte à la Mère Supérieure, juste au début du mois de septembre 1846, et, avant l’apparition [8] sur la «sainte montagne»...]

«En 1846, vers les premiers jours du mois de septembre, à la veille de partir avec ma famille pour Saint-Servan, en Bretagne, j’allai prendre le commissions de la Révérende Mère, dont quelques parents demeuraient à Saint-Malo. Je fus obligé d’écrire la liste, assez longue, des commissions qui m’étaient données. Nous nous entretînmes ensuite de la sœur Marie de Saint-Pierre.

Voici ce qu’elle vient de me dire — ajouta la Révérende Mère. Et comme au même instant je me trouvais un crayon à la main, j’écrivis ce qui suit: Notre-Seigneur s’adressant à la sœur, lui dit : Ma mère a parlé aux hommes de ma colère; elle veut la fléchir; elle m’a montré son sein et m’a dit : “Voilà le sein qui vous a nourri, laissez-lui répandre des bénédictions sur mes autres enfants” .Alors elle est descendue, pleine de miséricorde, sur la terre; ayez donc confiance en elle.

Je mis ces lignes dans mon livre de prières et je n’y pensai plus. Ne me trouvais-je pas devant un langage mystérieux, où le passé se confondait avec le présent et le futur ? Je me contentai donc de me maintenir, d’une manière un peu vague, dans la conviction où j’étais depuis longtemps, que la sœur était la confidente de Notre-Seigneur. Cette conviction prit un nouvel essor lorsque, le 22 octobre de la même année, je reçus copie de la première lettre de Monsieur le curé Corps, relative à l’apparition de la sainte Vierge à la Salette, le 19 septembre. C’était l’accomplissement de la prédiction des premiers jours de septembre. J’en fis une copie et me hâtai de l’expédier à Monsieur le curé de Corps, qui ne tarda pas à m’écrire: “Dès le premier jour, j’ai cru ; aujourd’hui, si on peut parler ainsi, je crois double”.

Je m’étais fait une loi de ne rien écrire de ce qui m’était révélé, en secret, des communications de la sœur Saint-Pierre. Mais il est évident que, dans le cas dont je viens de parler, j’obéissais à un bon mouvement, puisque la phrase que j’ai transcrite ne se trouve pas dans le recueil des Révélations. A ce propos, la Révérende Mère me dit:

—J’ordonnais toujours à la sœur de mettre par écrit ce qu’elle voulait me rapporter; mais il est probable que, dans la circonstance actuelle, je l’aurai écoutée, et par mégarde j’aurai oublié ma formule ordinaire, qui tendait à la tenir dans l’humilité: Ma fille, par obéissance, allez écrire ce que vous voulez dire, je n’ai pas le temps de vous écouter. Or, j’ai bien pu, dans l’espace de cinq ans, faire plusieurs fois le même oubli, surtout lorsque la communication était courte et débitée avec la volubilité ordinaire de la sœur. Et dans ces cas-là elle se serait bien gardée de prendre la plume.

Cette explication est bien simple, bien naturelle, ce semble, et tout à fait concluante.

Il est touchant, plus qu’on ne peut penser et dire, de voir notre auguste Mère confier à de pauvres petits enfants les amertumes de son cœur maternel. N’est-il pas suffisant qu’elle ait été arrosée du sang de son divin Fils sur le Calvaire ? Faut-il aujourd’hui qu’une génération impie, le blasphème à la bouche, rappelle les affreuses stations des rues de Jérusalem ? Et que deviendrons-nous, si Marie ne peut plus retenir le bras de Jésus ?...» [9]

 

La joie de sœur Saint-Pierre

«Je vous rends grâces, ô divine Marie, de m’avoir donné ces deux petits bergers, comme des trompettes éclatantes pour faire retentir sur la montagne, aux oreilles de la France, ce qui m’a été communiqué dans la solitude. La voix de mes chers petits associés fut bientôt entendue de toute la terre; leurs publications produisirent une grande impression sur les âmes; le rapport si frappant de leur communications avec les miennes fit penser à mes dignes supérieurs qu’il serait utile d’en donner connaissance pour la gloire de Dieu et l’avancement de son œuvre.

Notre-Seigneur dans l’Évangile a dit: “Je vous bénis, mon Père, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux grands du siècle, et vous les avez révélées aux petits; oui, ô Père, parce qu’il vous a plu d’en agir ainsi”. Il me semble que nous pouvons appliquer ces paroles à l’œuvre de la Réparation et aux pauvres petits instruments dont Dieu s’est servi pour l’établir dans l’Église. O mon Dieu, que vos voies sont incompréhensibles et cachées aux yeux des hommes ! Qui ne sera dans l’étonnement en voyant ce que Notre-Seigneur et la sainte Vierge ont accompli pour faire naître une si grande œuvre ? Ils ont choisi sur la terre une petite trinité de personnes, les plus ignorantes, les plus méprisables, dans l’âme desquelles ils ont opéré des prodiges de grâce, afin de les rendre propres à concourir ensemble à l’accomplissement des desseins de l’adorable Trinité pour la gloire de son très saint Nom. La première est une petite bergère qui s’était consacrée au saint Enfant-Jésus pour garder ses brebis sur la montagne du Carmel; les deux autres sont deux petits bergers qui gardaient leurs troupeaux sur la montagne de la Salette. Ces trois petits missionnaires sont chargés d’annoncer à la France les malheurs dont elle es menacée, à cause de la transgression des commandements du Seigneur; tous les trois ont aussi mission d’annoncer pardon et miséricorde, si l’on revient à Dieu par la pénitence.

Ces trois messagers travaillent ensemble à la même œuvre; chacun fait sa partie selon sa profession; la petite bergère du Carmel est chargée de prier, d’écrire, de garder le silence dans sa solitude; les petits bergers de la Salette, au contraire, doivent parler à haute voix sur le sommet de la montagne; et paraître en public aux yeux d’innombrables pèlerins qui viennent entendre leurs prédications. Bientôt tous sont instruits des crimes que le ciel leur reproche et de la colère divine allumée contre eux; ils sont consternés, et se demandent ce qu’ils feront pour la désarmer. Consolez-vous: la bergère du Carmel sait le secret d’apaiser la justice, allez la visiter. Comme les bergers de la Salette, elle vous dira: Dieu est extrêmement irrité contre son peuple à cause de la violation du dimanche et des blasphèmes. depuis quatre ans, elle entend gronder l’orage qui menace la France; mais votre sort est entre vos mains. Offrez pour vos crimes une œuvre réparatrice, et vous obtiendrez miséricorde; vous verrez alors couler «le lait et le miel » du sein de « la montagne de Dieu». Marie est cette montagne mystérieuse qui, par l’excellence de son élection, était élevée au-dessus des anges et des saints!

Cependant n’ayez pas une confiance présomptueuse. Prions, prions et pleurons nos péchés; car il viendra un temps, qui n’est pas éloigné, où la France sera ébranlée jusque dans ses fondements. Alors elle tremblera; mais elle ne sera pas engloutie, si aux yeux du Seigneur apparaît l’œuvre réparatrice dans les villes de ce royaume: celle qui devait être réduite en cendres ne sera que légèrement blessée.»[10]

 

[1] « Cette communication fut, comme toutes les autres, mise sous les yeux de Monseigneur Morlot. Ce prélat en fut si frappé et y vit tellement une inspiration surnaturelle, qu’il crut devoir en écrire à la pieuse mère du défunt, la reine Amélie, qu’on savait tristement préoccupée du sort éternel de son fils. Il est facile de comprendre quelle précieuse et légitime consolation procura à cette chrétienne inquiète et affligée la charitable démarche de l’archevêque ». Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Marie de Saint-Pierre”.

[2] Ce n’était qu’une approbation verbale. Plus tard, quinze jours après la mort de la Sœur, Monsieur Dupont obtint l’approbation officielle.

[3] Document G, page 1.

[4] Abbé Janvier: “La vie de la Sœur Marie de Saint-Pierre”.

[5] Dans les premiers temps...

[6] N’ont pas été appelés à faire leur service militaire.

[7] Document C, page 57.

[8] La Vierge Marie est apparue, le 19 septembre 1846, à La Salette, dans les Alpes, diocèse de Grenoble, à deux petits enfants: Mélanie et Maximin.

      Notre Mère du ciel y est apparue en pleurs... Elle y demanda, à « son peuple » — la France — la sanctification du saint jour du Dimanche et la réparation du blasphème. « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils; il est si lourd que je ne puis plus le retenir. Oh! si vous saviez combien je souffre pour vous!... » Elle confia également aux enfants un secret assez important sur l’état et l’avenir de l’Église. Ce même secret suscita bien des polémiques. Il fut, malgré cela, approuvé à Rome, par le Chanoine Lippidi. Mélanie, quand à elle, entra au couvent et, après bien des vicissitudes, rendit son âme à Dieu à Altamura, en Italie, où son corps repose. Maximin, après avoir été zouave pontifical, mourut presque dans l’oubli.

[9] Abbé Janvier - « Vie de Monsieur Dupont », T 1, page 161. — Document T, page 9.

[10] Document C. page 63.