Thursday, 12 March 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XVIII.

 

38

C'est le brouillard d'un beau jour qui tombe

La France en danger

    Lettre du 7 mars 1847

«Vous savez que depuis plusieurs mois, Notre-Seigneur m’occupait diversement du salut des âmes. Il me faisait travailler tantôt dans un champ, tantôt dans un autre, selon son bon plaisir. Enfin, Il m’a mise quinze jours en retraite pour purifier mon âme et Il m’a défendu d’en sortir qu’Il ne m’appelât. Pendant ces jours, comme je vous l’ai dit, Il m’a fait voir toute l’ivraie que j’avais moi-même dans le champ de mon âme et j’ai fait la confession de mes fautes. Mais voilà que la voix de Notre-Seigneur s’est fait entendre. Il m’a rappelée, me faisant entendre qu’Il me donnait de nouveau mission pour l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes. Voilà trois fois qu’Il m’y invite. Il y a quelque temps qu’Il m’assura que cette œuvre s’établirait. Cela a mis dans mon âme une si grande confiance que, si je voyais la terre et l’enfer traverser cette œuvre, je ne laisserais pas d’espérer dans Celui dont le bras est tout puissant. D’ailleurs, Notre-Seigneur m’a dit qu’Il permettait au démon de traverser ses œuvres pour éprouver la confiance de ses serviteurs. Aujourd’hui, Notre-Seigneur m’a dit:

—Réjouissez-vous ma fille, l’heure approche de la naissance de la plus belle œuvre qui soit sous le soleil. Offrez mon Cœur à mon Père pour l’obtenir.

Voilà plusieurs fois que Notre-Seigneur me presse de prier avec ardeur pour cela; et comme je pensais aux obstacles qui se présentaient:

—C’est le brouillard d’un beau jour qui tombe.

Et Il m’a dit de m’abandonner de nouveau entre ses mains pour souffrir intérieurement et extérieurement tout ce qu’Il voudrait pour l’accomplissement de ses desseins en cette œuvre. Et Il m’a fait remarquer combien je n’étais qu’un faible instrument entre ses mains, qu’Il maniait à son gré. Ce qui est bien vrai, car voilà plusieurs mois que je ne m’occupais pas de l’Œuvre de la Réparation, non par indifférence, mais c’est que Notre-Seigneur m’occupait à d’autres choses. Je ne peux travailler à cette œuvre que par une grâce spéciale de Notre-Seigneur quand Il veut et comme Il veut. Maintenant, je sens que j’ai reçu cette grâce en mon âme; c’est pourquoi, avec la conduite de Notre-Seigneur qui va me diriger, je ne ferai rien que par son propre esprit.

Sit nomen Domini benedictum.»

 

La France en danger

    Lettre du 14 mars 1847

«Permettez-moi de vous rendre compte des tristes impressions que mon âme éprouve. Notre-Seigneur m’a fait entendre aujourd’hui, après la Sainte Communion, que les fléaux dont nous avons été frappés n’étaient que les avant-coureurs de ceux que la Justice divine nous prépare, si on n’apaise pas la colère de Dieu. Et Il m’a montré les péchés de blasphème et les profanations du saint jour du Dimanche sous l’emblème de deux pompes avec lesquelles les pécheurs qui se rendaient coupables de ces actions, attiraient les eaux de sa colère sur la France, et dans lesquelles elle est menacée d’être submergée, si on n’établissait pas cette Œuvre de la Réparation qu’Il donnait dans sa miséricorde à la France, comme moyen de salut.

Ensuite, Notre-Seigneur m’a dit que ces sectaires qu’on appelle communistes, n’avaient fait qu’une incursion; et Il a ajouté:

— Ah! si vous connaissiez leurs machinations secrètes et diaboliques et leurs principes anti-chrétiens! Ils n’attendent qu’un jour favorable pour incendier la France. Demandez donc l’établissement de l’Œuvre de la Réparation à qui de droit peut l’établir, pour obtenir miséricorde.

— Mais, mon divin Maître, ai-je répondu, mes Supérieurs l’ont déjà demandée.

— Cela ne suffit pas, c’est vous qui êtes l’instrument que j’ai choisi et qui devez la demander en mon nom et de ma part.

Voilà à peu près ce que je crois que Notre-Seigneur m’a fait entendre. Je vois bien que ces expressions d’eau et de feu dont Notre-Seigneur s’est servi sont emblématiques pour exprimer les maux dont la France est menacée».

 

 

39

“J'aime tant l'obéissance!”

Combattre les ennemis de Dieu!

    Lettre du 19 mars 1847

«Après la sainte Communion, ce matin, j’ai exposé à Jésus le conseil que vous m’avez donné de ne pas écrire à Monseigneur l’archevêque.[1] Voici à peu près ce que le divin Maître m’a répondu:

—Ma fille, j’aime tant l’obéissance! Soyez soumise, afin qu’on puisse reconnaître l’esprit qui vous conduit. Je désire cependant que les lumières que je vous donne soient communiquées à votre premier supérieur.

Alors j’ai repris: Mon divin Maître, permettez-moi de vous demander, avec la simplicité d’un enfant, ce que vous voulez dire en m’ordonnant de prier Monseigneur d’établir l’œuvre de la Réparation; car vous savez qu’il y a déjà travaillé en l’approuvant... Il m’a répondu:

—Si cette œuvre n’est point posée sur la pierre ferme, elle n’aura jamais de solidité; si elle n’a un bref qui lui soit propre, elle ne fera que languir et finirait par périr. Mais, si on l’exécute par la demande d’un bref, on la verra bientôt s’établir dans les villes de France, et il convient que ce soit celui qui le premier à “mis la main à l’œuvre qui l’achève”.

Comme j’exprimais la crainte de me tromper en demandant cette œuvre de sa part, il m’a fait remarquer que je n’en étais occupée que quand il m’en mettait la pensée dans l’esprit, et que je devais être en toute sûreté. Puis il m’a dit qu’il allait m’expliquer sa conduite à mon égard à l’aide d’une comparaison, et il m’a montré un arc et une flèche qu’il m’a dit être l’emblème de mon âme entre ses mains. Il m’a fait voir comme il dirigeait son arc et sa flèche du côté qu’il voulait pour l’accomplissement de ses desseins.

—C’est pour me servir d’instrument dans le dessein de cette œuvre de Réparation que je vous ai créée; aussi consolez-vous; quand cette œuvre sera faite, je ne vous laisserai pas longtemps sur la terre, et ma miséricorde récompensera vos petits travaux.

Permettez-moi de solliciter très humblement le secours de vos prières; car je vous assure que j’en ai grand besoin. Je n’enfante cette œuvre que par les prières et les souffrances. Quand Notre-Seigneur m’a chargée de nouveau de cette œuvre, il m’a dit:

—Priez sans cesse pour son établissement, et offrez-vous toute à moi, prête à souffrir dans votre corps et dans votre âme tout ce que je voudrai pour l’accomplissement de mes desseins.

L’effet a suivi de prêt ces paroles, car depuis ce moment je suis sur la croix; mais oserai-je me plaindre, moi qui ai dit tant de fois à Jésus que je voudrais donner jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour l’accomplissement de ses desseins en cette œuvre de réparation? Oh! que je suis indigne de souffrir pour une si noble fin: la gloire de Dieu et le salut des âmes! Je vous confesse cependant, ma très Révérende Mère, que j’ai la faiblesse de répandre souvent des larmes, mais je prie Notre-Seigneur de ne pas faire attention à cette pauvre nature.»

Combattre les ennemis de Dieu...

 

    Lettre du 29 mars 1847

«Aujourd’hui après la Sainte Communion, Notre-Seigneur m’a, je crois, chargée d’une nouvelle mission dont je serais effrayée si j’étais quelque chose. Mais comme je ne suis rien qu’un faible instrument dans la main puissante du Seigneur, je suis parfaitement en paix.

Notre-Seigneur m’a commandé de faire la guerre aux communistes, qu’Il dit être les ennemis de l’Église et de son Christ; me faisant entendre que ces lionceaux étaient pour la plupart nés dans l’Église dont ils se déclaraient maintenant les cruels ennemis. Alors Notre-Seigneur m’a dit:

—Je vous ai fait connaître que je vous tenais entre mes mains comme une flèche. Je vais maintenant lancer cette flèche vers mes ennemis. Je vous donne pour les combattre, les armes de ma Passion: ma Croix dont ils sont les ennemis, et les autres instruments de mon supplice. Allez vers eux avec la simplicité d’un enfant et le courage d’un soldat. Recevez pour cette mission le bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Alors, j’ai prié la très Sainte Vierge de vouloir bien être la dépositaire de ces divines armes que me donnait son divin Fils. Elle est comparée à la tour de David, d’où pendent mille boucliers. Notre-Seigneur m’a donné à ce sujet d’autres lumières qu’Il ne me serait pas facile de rapporter.

—Seigneur, ai-je dit, formez mes mains au combat et apprenez-moi à me servir de vos instruments.

Notre-Seigneur m’a dit:

—Les armes de mes ennemis donnent la mort, mais les miennes donnent la vie.

Voilà la prière que je dis souvent à cet effet:

—Père éternel, je vous offre dans le camp de vos ennemis la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ et tous les instruments de sa Sainte Passion, afin que vous mettiez entre eux la division car, ainsi que l’a dit votre Fils bien-aimé: « tout royaume divisé contre lui-même sera ruiné.[2]

Voilà à peu près, ma très Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Je m’abandonne entre les mains de Notre-Seigneur: Il fera de moi ce qu’Il voudra; je suis toute à Lui et je ne veux point avoir d’autre volonté que la sienne. Je suivrai pas à pas les lumières de sa grâce pour marcher dans ses voies.»

 

[1] «La pieuse carmélite, ayant reçu jusqu’à deux fois l’ordre d’écrire à l’archevêque, avait consulté la Mère prieure pour savoir si elle devait le faire; celle-ci l’en avait dissuadée sous prétexte qu’il ne fallait pas importuner Monseigneur au milieu de ses grandes occupations.»

— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

[2] Document D, lettre du 29 mars 1847.

 

40

“Ils m'ont vendu pour de l'argent”

“Que Dieu se lève!”

    Lettre du premier avril 1847

«Notre-Seigneur continue toujours à m’appliquer à faire la guerre aux communistes. Il me donne grâce et lumière pour le combat. Les instruments de sa Passion me servent d’armes; et son admirable Nom qui est si terrible aux démons et celui de sa Sainte Mère me servent de boulets de canon. Mais pour m’animer au combat contre ses ennemis, que je vois dans la lumière de Dieu être si redoutables, voici le triste secret que Notre-Seigneur m’a révélé:

—Le soldat qui sait le motif de la guerre à laquelle il est appelé, et qui sait l’injure qui a été faite au Prince, s’arme alors d’intrépidité contre les ennemis pour venger cet affront. Eh bien, ma fille, c’est cette société de communistes qui m’a arraché de mes tabernacles et a profané mes sanctuaires. Ils ont porté la main sur l’Oint du Seigneur. Ils ne réussiront point dans leurs desseins! N’ont-ils pas commis le crime de Judas? Ils m’ont vendu pour de l’argent! Cette connaissance ne doit pas être stérile en vous, car je ne vous la donne que pour vous animer au combat. Agissez avec un esprit de simplicité; car si vous voulez trop raisonner, vous ne serez point un instrument propre entre mes mains. Pensez plutôt à la gloire que la cour céleste me rendra d’avoir combattu de tels ennemis avec un si chétif instrument.

Voilà, à peu près, ma Révérende Mère, ce que Notre-Seigneur m’a fait entendre hier et aujourd’hui, jour remarquable. C’est en ce jour du jeudi saint qu’il institua le sacrement ineffable où il devait être exposé aux outrages et aux profanations de ses ennemis. Je vais donc de nouveau faire amende honorable à ce divin Sauveur, dans le sacrement de son amour, pour ces profanations et ces vols sacrilèges dont il m’a rappelé le triste souvenir, que j’avais, hélas! trop tôt oublié.»[1]

“Que Dieu se lève...”

 

    Lettre du 6 avril 1847

«Je suis entrée dans la lice pour combattre les ennemis de Dieu. La calme est revenu dans mon âme depuis que j’ai reçu, si je puis m’exprimer ainsi, le drapeau de l’obéissance. Je suis en sûreté sous cette enseigne et je ne crains plus le démon. Notre-Seigneur me donne grâce pour dresser mes batteries. Aujourd’hui après la sainte Communion, Il m’a encouragée au combat et Il m’a promis de me donner une croix d’honneur qui, m’a-t-il dit, m’ouvrirait le ciel. Si j’étais fidèle en ses combats, Il m’a promis aussi l’or de la charité. J’ai compris que c’était quelque tribulation que Notre-Seigneur me réservait dans sa miséricorde et qu’Il me ferait la grâce de souffrir avec patience et amour. Que son saint Nom soit béni. Mais revenons au combat, ma Révérende Mère, car après avoir combattu de toutes mes forces les ennemis de Dieu pendant ces trois jours de fête, j’en ai maintenant presque la contrition. Mais je m’explique: c’est que je crains d’avoir fait des imprécations contre eux. Je sais bien que le saint roi David en fait bien dans les Psaumes (108 par exemple), mais je ne sais pas si cela m’est permis. Enfin, j’ai dit tout ce que Notre-Seigneur m’a inspiré; si c’est mal et que je me trompe, je ne le ferai plus. Je vais vous dire que je commence par mettre mon âme entre les mains de Notre-Seigneur. Je le prie de bander son arc et de décocher ses flèches vers ses ennemis. Ensuite, je commence à combattre par sa Croix et par les instruments de sa Passion, ainsi qu’Il me l’a enseigné. C’est ici mon inquiétude pour les imprécations car, si c’est mal, j’ai dit ces paroles des centaines de fois; mais je n’ai point l’intention de leur vouloir du mal. Je n’en veux qu’à leur malice et à leurs passions. C’est ce que j’ai dit à Notre-Seigneur. Voici donc ce que je dis:

“Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés, et que tous ceux qui le haïssent s’enfuient devant sa Face.

Que le Nom de Dieu trois fois saint renverse tous leurs desseins.

Que le Nom sacré de Dieu vivant divise tous leurs sentiments.

Que le Nom terrible du Dieu de l’éternité anéantisse leur impiété”.

Je dis encore d’autres, et quand je les ai ainsi bien battus, je dis:

“Je ne veux point la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Mon Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font”.

Je fais cet exercice sans contention d’esprit et avec une grande facilité, parce que je me laisse conduire par la grâce qui me guide. Ainsi, ma Révérende Mère; jugez si je dois continuer ainsi. J’attendrai votre décision. Je crois bien que c’est le Général de la patrie adverse qui veut me donner une alerte (le diable)».

 

[1] Lettre du 1 avril 1847.

No comments:

Post a Comment