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La publication de l'abrégé
Extraits...
«J’espérais que Notre-Seigneur avait exaucé mes vœux, et que je ne serais plus obligée d’écrire;[1] mais il n’en est pas ainsi, car il m’a communiqué certaines choses qu’il veut que je fasse connaître; ainsi je me soumets à son bon plaisir: Fait!»
«Notre aimable et divin Sauveur m’a fait entendre des plaintes sur son amour méconnu dans le très Saint-Sacrement de l’autel, par le manque de foi des chrétiens, et il a heureusement lié mon cœur et mon esprit à ses pieds, afin que je lui tienne compagnie dans cet abandon, en adorant sa très Sainte-Face, cachée sous le voile de l’Eucharistie. Oui, c’est par cet auguste sacrement que Jésus, notre Sauveur, veut communiquer aux âmes la vertu de sa très Sainte-Face. Elle est là, plus éclatante que le soleil, et il m’a promis de nouveau d’imprimer dans les âmes de ceux qui l’honoreraient les traits de sa divine ressemblance.
Notre-Seigneur m’a fait voir, à l’aide d’une comparaison aussi simple que juste, que les impies par leurs blasphèmes attaquaient son adorable Face, et que les fidèles la glorifiaient par les hommages de louange rendus à son Nom et à sa personne.
Le mérite est dans les personnes, mais la gloire qui les accompagne est dans leur nom; il la fait éclater lorsqu’on le prononce, le mérite ou le démérite d’une personne passe en son nom. Le très saint Nom de Dieu exprime la divinité, et renferme en lui toutes les perfections du Créateur; il suit de là que les blasphémateurs de ce Nom sacré attaquent Dieu lui-même. Maintenant rappelons-nous ces paroles de Jésus: “Je suis en mon Père, et mon Père est en moi.”[2] Jésus s’est rendu passible par l’Incarnation, et c’est lui qui a souffert, en sa Face adorable, les outrages faits par les blasphémateurs au Nom de Dieu, son Père. Notre-Seigneur m’a fait voir qu’il y avait quelque chose de mystérieux sur la face d’un homme d’honneur méprisé; oui, je vois que son nom et sa face ont une liaison particulière. Voyez un homme distingué par son nom et ses mérites, en présence de ses ennemis; ceux-ci ne portent pas la main sur lui, mais il l’accablent d’injures, ils ajoutent à son nom d’amères dérisions, au lieu des titres qui lui sont dus. Remarquez alors ce qui se passe sur la face de cet homme injurié; ne diriez-vous pas que toutes les paroles outrageantes qui sortent de la bouche de ses ennemis viennent se reposer sur sa face et lui font souffrir de rougeur, de honte et de confusion; l’opprobre et l’ignominie qu’elle souffre lui sont plus cruels à supporter que des tourments réels dans les autres parties de son corps. Eh bien, voilà un faible portrait de la Face de Notre-Seigneur outragée par les blasphèmes des impies! Représentons-nous ce même homme en présence de ses amis, qui, ayant appris les insultes qu’il à reçues, s’empressent de le consoler, de le traite selon sa dignité, font hommage à la grandeur de son nom en le qualifiant de tous les titres d’honneur; ne voyez-vous pas alors la face de cet homme ressentir la douceur de ces louanges? La gloire se repose sur son front, et, rejaillissant sur son visage, elle le rend tout resplendissant: la joie brille dans ses yeux, le sourire est sur ses lèvres; en un mot, ses fidèles amis ont guéri les douleurs cuisantes de cette face outragée par ses ennemis, la gloire a passé l’opprobre. Voilà ce que font les amis de Jésus par l’œuvre réparatrice; la gloire qu’ils rendent à son Nom se repose sur cet auguste front, et réjouit sa très Sainte-Face, d’une manière toute spéciale, au très Saint-Sacrement de l’autel.
Ma Révérende Mère, cette comparaison que Notre-Seigneur m’a mise devant les yeux m’a donné un grand jour dans l’esprit; je vois bien clairement, maintenant, que les blasphémateurs font souffrir la Face du Sauveur, et que les réparateurs la réjouissent et la glorifient. Je n’avais jamais fait cette remarque si juste, que la face de l’homme est le siège où viennent se reposer la gloire et l’ignominie. Je vais donc m’appliquer, tout de nouveau, à honorer le Nom et la très Sainte-Face de notre divin Sauveur, qui m’y invite d’une manière si touchante.»[3]
«Je reçus cet ordre avec respect, mais je vous confesse ma faiblesse, je fus affligée de ne point trouver en vous cette tendresse qui vous est si ordinaire, et le démon commença de me tenter. Heureusement je courus exposer mes peines à Notre-Seigneur, en versant des larmes, lui disant que cet office de portière était pour moi un continuel martyre, parce qu’il m’arrachait continuellement de sa présence. Après avoir expliqué à ce bon Maître tout ce qui me faisait de la peine en cet emploi, j’ajoutai: “Je ne veux pourtant, mon Seigneur, que ce qui vous glorifiera davantage et ce qui sauvera plus d’âmes. Vous n’êtes pas descendu de la croix, je n’en descendrai pas non plus!...” Et aussitôt j’ai fait acte d’obéissance en lui demandant ma guérison.»
«—Ma fille, la solitude ne fait-elle pas vos délices? Durant les premières années que vous avez passées en religion, sans emplois extérieurs, tous vos jours n’étaient-ils pas des jours de fête?
— Oui, Seigneur.
— Eh bien, sachez, ma fille, qu’une religieuse doit être un crucifix vivant. Si vous n’aviez pas ces peines, avec quoi sauveriez-vous les âmes que je remets entre vos mains? Comme preuve que je vous veux dans cette charge et que c’est moi-même qui, par la bouche de votre supérieure, vous ai refusé une seconde portière, je veux que vous soyez guérie à l’instant. Consolez-vous; pour tous ces travaux, je vous donnerai des âmes.[4]
Ah! mon Jésus, je reprends ma petite barque.»
Après la guérison
«—Je veux que vous honoriez ma servitude: je ne suis point venu pour être servi, mais pour servir...
Dans un temps de disette, où le pain est très cher, un père de famille ne mériterait-il pas des reproches de sa femme et de ses enfants, si, ayant une bonne maison où il fût à même de travailler toute la journée, il ne voulait travailler que la moitié du jour, et se mettre, par cette conduite, dans le cas de ne point gagner le pain nécessaire à la vie de ses enfants? Eh bien! ma fille, voilà votre portrait. Vous avez des enfants à nourrir, je vous l’ai dit: il faut leur gagner du pain; ils ont besoin de toute votre journée de travail; ne vous exposez pas, par votre paresse, à les entendre vous accuser au jour du jugement.»
Nouvelle instruction
«—Ma fille, vous vous plaignez que votre vie ne peut être solitaire à cause de vos occupations; mais savez-vous bien quelle est l’âme solitaire? C’est l’âme maîtresse de ses passions: ainsi, une âme qui immole continuellement sa propre volonté par le sacrifice de l’obéissance devient véritablement une âme solitaire; elle participe en quelque sorte à la solitude de Dieu, en vivant dans sa sainte volonté. Et, au contraire, une âme, dans le silence de la retraite, n’est point solitaire lorsque le bruit de ses passions l’agite, et qu’elle se plaît dans sa volonté propre. Or sachez que la propre volonté est la nourrice des passions.
Voilà, ma Révérende Mère les instructions que Notre-Seigneur a eu la bonté de me donner; maintenant je ne veux plus avoir d’autre volonté que la sienne; je serai portière toute ma vie, s’il plaît à Dieu et à mes supérieurs.»[5]
[1] A la suite de la publication, avec l’autorisation de l’Évêque, d’un Abrégé des faits concernant l’établissement de l’œuvre pour la Réparation des blasphèmes. « Cette feuille, destinée à quelques maisons du Carmel — précise l’abbé Janvier — et à un petit nombre d’âmes pieuses, fut soumise en manuscrit à l’archevêque, qui la renvoya à la Mère prieure avec ces mots:
«Ma Révérende Mère, non seulement je ne désapprouve pas, mais j’adopte pleinement cette pensée; je crois qu’il est bon, nécessaire, et même urgent, de donner la suite que vous indiquez à ces inspirations. Le soin de joindre, aux réparations touchant le blasphème, celles qui sont relatives aux profanations des saints jours, me satisfait entièrement. Il m’a toujours paru que l’idée primitive, qui n’allait qu’au blasphème, et pas au delà, était incomplète et pas suffisamment en rapport avec les besoins et les circonstances. Dans l’écrit se trouve compris tout ce que je voulais y voir.» — Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.
[2] Saint Jean: XIV, 11.
[3] «Au milieu de ces faveurs nouvelles, et malgré l’importance que les supérieurs y attachaient, la sœur était toujours retenue dans les pénibles et distrayantes fonctions de portière. Au mois de février 1847, quelques jours après les encouragements donnés par Monseigneur l’Archevêque, elle se trouva très fatiguée. Sentant l’affaiblissement de ses forces et le mauvais état de sa santé, elle profita, en toute simplicité, de cette circonstance pour demander une auxiliaire, qui, sous le titre de seconde portière, pût l’aider dans son office. La Mère prieure lui répondit sèchement qu’elle n’était pas en mesure de la satisfaire, ajoutant qu’il pouvait bien y avoir, dans son désir, un peu de paresse et d’amour-propre, et elle lui ordonna de prier pour le rétablissement de sa santé, de manière à reprendre, après quinze jours, ses exercices réguliers.»
— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.
[4] «L’entretien allait continuer, l’action de grâces n’était pas finie; mais voici qu’un bruyant coup de cloche retentit au tour, et appelle à sa fonction la vertueuse portière. Ce fut comme le signal du sacrifice.»
— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.
[5] Document B, lettre XX. — Elle fut, en effet, portière jusqu’à sa dernière maladie.
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“Les plaies que me font les péchés...”
Lettre du 2 mars 1847
«Depuis une quinzaine de jours, Notre-Seigneur m’avait mise en retraite; il ne s’était point communiqué à mon âme d’une manière extraordinaire; j’étais tout occupée à me renouveler dans mon intérieur, et à m’humilier à la vue de mes nombreuses infidélités. Ayant fait hier la confession de toutes ces fautes, je me suis ce matin approchée de la sainte Communion, avec la ferme résolution d’être plus fidèle. Comme l’enfant prodigue, je me suis humiliée en disant: “J’ai péché.” Puis, comme je voulais m’anéantir, et le considérer couvert de gloire, il a prononcé ces paroles:
— Ah! ma fille, considérez-moi plutôt couvert de plaies que me font les pécheurs.
Et à l’instant il m’a semblé le voir en cet état; alors il m’a dit:
— Ma fille, approchez et prêtez l’oreille...
Et ce divin Sauveur m’a fait entendre ces lamentables plaintes, qui m’ont brisé le cœur et fait verser un torrent de larmes:
— Je ne suis point connu, je ne suis point aimé, on méprise mes commandements.
Et il a ajouté ces mots, qui me font frémir:
— Les pécheurs sont enlevés de ce monde comme des tourbillons de poussière que le vent emporte, et sont précipités dans l’enfer ; ayez pitié de vos frères, priez pour eux ; essuyez, par votre amour, le sang qui coule de mes plaies ; aimez-moi et ne craignez point ; quand vous élevez votre cœur vers moi par l’amour, je le reçois dans mes mains, alors il est en sûreté.
Ensuite il m’a insinué qu’il était content de ma petite retraité, et il a ajouté:
— Si les méditations que vous avez faites vous ont fait trouver en vous tant de défauts, pensez à une foule de malheureux qui ne méditent jamais ces grandes vérités. Ainsi, travaillez pour vous et pour eux ; faites comme une mère qui ne saurait prendre de nourriture sans partager avec son enfant.
Voilà ce que Notre-Seigneur m’a fait entendre. Oh! que cette perte éternelle des pécheurs me touche vivement! Que je désire ardemment devenir une bonne carmélite pour en gagner beaucoup à Dieu! Aidez-moi, s’il vous plaît, ma Révérende Mère, n’épargnez point mon orgueil et mon amour-propre; il est grand temps que j’immole toute cette méchante nature pour me revêtir de Notre-Seigneur Jésus-Christ.»[1]
[1] Document B. Lettre XXI.
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C'est le brouillard d'un beau jour qui tombe
La France en danger
Lettre du 7 mars 1847
«Vous savez que depuis plusieurs mois, Notre-Seigneur m’occupait diversement du salut des âmes. Il me faisait travailler tantôt dans un champ, tantôt dans un autre, selon son bon plaisir. Enfin, Il m’a mise quinze jours en retraite pour purifier mon âme et Il m’a défendu d’en sortir qu’Il ne m’appelât. Pendant ces jours, comme je vous l’ai dit, Il m’a fait voir toute l’ivraie que j’avais moi-même dans le champ de mon âme et j’ai fait la confession de mes fautes. Mais voilà que la voix de Notre-Seigneur s’est fait entendre. Il m’a rappelée, me faisant entendre qu’Il me donnait de nouveau mission pour l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes. Voilà trois fois qu’Il m’y invite. Il y a quelque temps qu’Il m’assura que cette œuvre s’établirait. Cela a mis dans mon âme une si grande confiance que, si je voyais la terre et l’enfer traverser cette œuvre, je ne laisserais pas d’espérer dans Celui dont le bras est tout puissant. D’ailleurs, Notre-Seigneur m’a dit qu’Il permettait au démon de traverser ses œuvres pour éprouver la confiance de ses serviteurs. Aujourd’hui, Notre-Seigneur m’a dit:
— Réjouissez-vous ma fille, l’heure approche de la naissance de la plus belle œuvre qui soit sous le soleil. Offrez mon Cœur à mon Père pour l’obtenir.
Voilà plusieurs fois que Notre-Seigneur me presse de prier avec ardeur pour cela; et comme je pensais aux obstacles qui se présentaient:
— C’est le brouillard d’un beau jour qui tombe.
Et Il m’a dit de m’abandonner de nouveau entre ses mains pour souffrir intérieurement et extérieurement tout ce qu’Il voudrait pour l’accomplissement de ses desseins en cette œuvre. Et Il m’a fait remarquer combien je n’étais qu’un faible instrument entre ses mains, qu’Il maniait à son gré. Ce qui est bien vrai, car voilà plusieurs mois que je ne m’occupais pas de l’Œuvre de la Réparation, non par indifférence, mais c’est que Notre-Seigneur m’occupait à d’autres choses. Je ne peux travailler à cette œuvre que par une grâce spéciale de Notre-Seigneur quand Il veut et comme Il veut. Maintenant, je sens que j’ai reçu cette grâce en mon âme; c’est pourquoi, avec la conduite de Notre-Seigneur qui va me diriger, je ne ferai rien que par son propre esprit.
Sit nomen Domini benedictum. »
La France en danger
Lettre du 14 mars 1847
«Permettez-moi de vous rendre compte des tristes impressions que mon âme éprouve. Notre-Seigneur m’a fait entendre aujourd’hui, après la Sainte Communion, que les fléaux dont nous avons été frappés n’étaient que les avant-coureurs de ceux que la Justice divine nous prépare, si on n’apaise pas la colère de Dieu. Et Il m’a montré les péchés de blasphème et les profanations du saint jour du Dimanche sous l’emblème de deux pompes avec lesquelles les pécheurs qui se rendaient coupables de ces actions, attiraient les eaux de sa colère sur la France, et dans lesquelles elle est menacée d’être submergée, si on n’établissait pas cette Œuvre de la Réparation qu’Il donnait dans sa miséricorde à la France, comme moyen de salut.
Ensuite, Notre-Seigneur m’a dit que ces sectaires qu’on appelle communistes, n’avaient fait qu’une incursion; et Il a ajouté:
— Ah! si vous connaissiez leurs machinations secrètes et diaboliques et leurs principes anti-chrétiens! Ils n’attendent qu’un jour favorable pour incendier la France. Demandez donc l’établissement de l’Œuvre de la Réparation à qui de droit peut l’établir, pour obtenir miséricorde.
— Mais, mon divin Maître, ai-je répondu, mes Supérieurs l’ont déjà demandée.
— Cela ne suffit pas, c’est vous qui êtes l’instrument que j’ai choisi et qui devez la demander en mon nom et de ma part.
Voilà à peu près ce que je crois que Notre-Seigneur m’a fait entendre. Je vois bien que ces expressions d’eau et de feu dont Notre-Seigneur s’est servi sont emblématiques pour exprimer les maux dont la France est menacée».
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