26
Satan a trop grand peur de la Croix...
Lettre du 5 janvier 1846
«...Voilà à peu près ce que Notre-Seigneur me fit entendre (hier et aujourd’hui).
Ce divin Maître me fit connaître que la terre que nous avions achetée à son divin Père par l’offrande de sa Sainte-Face, était une figure sensible de la terre des vivants que nous devions acheter pour un grand nombre d’âmes, avec la pièce divine et mystérieuse de sa Face adorable [1]. Ensuite, ce divin Pasteur me présenta un troupeau en me disant qu’il m’en faisait la bergère. Il me fit entendre que ses pauvres brebis étaient mordues par le serpent et qu’elles avaient une rage du blasphème; qu’il fallait que je les mène paître sur les terres de ses divins mystères afin qu’elles y trouvent leur guérison, et que je les loge dans les plaies adorables de son Sacré-Cœur, en les marquant à l’effigie de sa Sainte-Face. Notre-Seigneur me fit entendre que j’aurais beaucoup à souffrir à cause que ce troupeau de blasphémateurs était, d’une manière toute spéciale, sous la conduite du prince des démons. Notre-Seigneur me fit connaître que Lucifer laissait volontiers aux autres démons la conduite des autres troupeaux de pécheurs, comme par exemple les impudiques, les ivrognes, les avares... Mais les blasphémateurs sont son troupeau chéri.
—C’est lui — me fit entendre ce divin Sauveur —, qui vous donne tant de répugnance pour cette œuvre de réparation des blasphèmes. Mais, ne le craignez pas: saint Michel et les saints Anges vous protégeront. Avec ma Croix que je vous donne pour vous servir de houlette, vous deviendrez, par cette arme, terrible au démon.
Ensuite, Notre-Seigneur me fit entendre que c’était pour cette mission qu’il m’avait retirée du monde et appelée dans la sainte maison; et comme j’éprouvait une certaine inquiétude sur la véracité, craignant toujours l’illusion, Notre-Seigneur me dit :
—Soyez tranquille ! Satan a trop grand peur de la Croix pour en marquer ses opérations.
Dans une de mes oraisons dont j’ai oubliai la date, Notre-Seigneur m’a reprise de ce que j’avais négligé de prier pour la conversion des blasphémateurs, en me faisant voir que j’avais laissé le démon me tenter de défiance en sa miséricorde. Il semblait me dire :
—Ne vous ai-je pas donné l’exemple de prier pour eux lorsque j’étais sur la Croix ?
Et il me fit connaître qu’il avait de grands desseins de miséricorde sur cette classe de pécheurs, et qu’il voulait se servir de moi comme d’un instrument malgré mon indignité, pour l’accomplissement de ses desseins. Notre-Seigneur m’a fait connaître que cette œuvre [tendait à] la réparation des blasphèmes du saint Nom de Dieu, mais aussi des autres blasphèmes proférés contre la religion et contre l’Église; cependant, elle s’applique spécialement aux blasphèmes du saint Nom de Dieu».
[1] Allusion à la parcelle de terrain achetée par les Carmélites. Voir lettre du 29 octobre 1845.
27
La France devenue hideuse
Lettre du 23 janvier 1846
«Je ne peux retenir mes larmes d’après ce que Notre-Seigneur vient de me dire, après L’avoir reçu dans la sainte communion. Voici les terribles paroles de ce divin Sauveur:
—La face de la France est devenue hideuse aux yeux de mon Père ; elle provoque sa justice ! Offrez-lui donc la Face de son Fils qui charme son Cœur, pour attirer sur cette France sa miséricorde ; sans quoi, elle sera châtiée. Là est son salut! c’est-à-dire en la Face du Sauveur. Voyez quelle preuve de ma bonté pour la France, qui ne me paie que d’ingratitude.
Alors j’ai dit: —Seigneur, est-ce bien vous qui ne donnez ces lumières ?
Notre-Seigneur m’a répondu:
—Auriez-vous pu vous les procurer vous-même dans la dernière communication? C’est exprès que je vous ai laissée depuis huit jours dans des ténèbres si profondes, afin de vous faire discerner mon opération.
Père éternel, nous vous offrons la Face adorable de votre Fils bien-aimé, pour l’honneur et la gloire de votre saint Nom et pour le salut de la France!» [1]
Réparer, réparer…
Lettre du 8 mars 1846
«Permettez-moi de vous ouvrir mon pauvre cœur, blessé par un glaive de douleur, à cause de la nouvelle application que Notre-Seigneur m’a donnée ce matin sur son précieux chef couronné d’épines et sur sa Face adorable qui est un butte aux outrages des ennemis de Dieu et de l’Église. Il m’a fait entendre de nouveau ses douloureuses plaintes! Et ce divin Sauveur me faisait entendre qu’Il cherchait dans notre maison des âmes pour cicatriser ses blessures en réparant les outrages qui lui sont faits et en appliquant sur ses divines plaies le vin de la compassion et l’huile de la charité. Et il me semblait que Notre-Seigneur me disait que si la Communauté s’appliquait à cet exercice de réparation, Il lui donnerait un baiser d’amour qui serait le gage du baiser éternel. Il me semble aussi, ma Révérende Mère, que Notre-Seigneur me disait de vous remercier de ce que vous aviez déjà fait pour Lui en cette œuvre de réparation des blasphèmes et qu’Il vous engageait à continuer. J’avais peine à prendre la résolution de parler de ces choses, à cause que je craignais l’illusion, et je disais à Notre-Seigneur que, malgré le désir que j’avais de Le voir glorifié, je n’aurais pourtant jamais voulu dire une chose qui fût seulement un simple effet de mon imagination. Mais il me semblait que Notre-Seigneur me pressait de plaider sa cause et de demander pour Lui du soulagement à ses cruelles douleurs. J’ai senti pendant près de deux heures la présence de ce divin Sauveur dans mon âme.
—Mon Sauveur, lui ai-je dit, ah! veuillez vous choisir un plus digne instrument. Cherchez une Thérèse ou une Gertrude.
Et les sanglots et les larmes ont un peu soulagé mon pauvre cœur. Cette journée a été pour moi pleine d’angoisse ; mais heureuses souffrances, puisqu’il me semblait que Notre-Seigneur me faisait connaître qu’en me voyant prendre part à ses peines et les partager avec lui, il en été consolé!
Oh! ma bonne et Révérende Mère, je vous demande en grâce, pour l’amour et la consolation de Notre-Seigneur que vous vouliez envoyer dans quelques-unes de nos maisons les prières de la Réparation des blasphèmes qui sont si agréables à Notre-Seigneur: aussi je les ai dites deux fois dans cette journée en priant ce divin Sauveur de les recevoir comme le précieux parfum que sainte Madeleine son amante Lui versa sur la tête quelques jours avant sa Passion.
Voilà à peu près, ma Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Il y avait cinq semaines que Notre-Seigneur n’avait rien opéré en moi d’extraordinaire: seulement j’étais toujours appliquée à la réparation des blasphèmes, en soupirant après la naissance de cette œuvre, toutefois dans une grande paix, m’occupant du troupeau dont la garde m’a été remise ; tous les jours je le mène paître dans les divines prairies des mystères de la vie et de la Passion du Bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis, afin qu’aucune d’elles ne périsse.». [2]
[1] Lettre du 23 janvier 1846.
[2] Lettre du 8 mars 1846.
28
Véronique et le bon Laron – Promesses
Lettre du 12 mars 1846
«C’est pour obéir à Notre-Seigneur qui, je crois, m’a commandé d’écrire ce qu’Il m’a communiqué ce matin après la Sainte Communion, que je vais soumettre les lumières suivantes.
Notre-Seigneur m’a fait entendre que deux personnes Lui avaient rendu un signalé service pendant sa Passion. La première, c’est la pieuse Véronique qui a glorifié sa sainte humanité en essuyant sa Face adorable dans la route du Calvaire. La seconde est le bon Larron sur la Croix qui, de là comme d’une chaire, a pris la parole pour défendre la cause du Sauveur, confesser et glorifier sa divinité pendant qu’Il était blasphémé par son compagnon et par les Juifs. Notre-Seigneur m’a fait entendre que ces deux personnes étaient deux modèles pour ses défenseurs en l’œuvre de la réparation des blasphèmes: la pieuse Véronique le modèle des personnes de son sexe, qui ne sont pas préposées pour défendre sa cause à haute voix, mais pour essuyer sa Sainte-Face en réparant par la prière, les louanges et les adorations, les blasphèmes des pécheurs; mais que le bon Larron était le modèle de ses ministres qui devaient hautement et publiquement défendre sa cause en l’Œuvre de la Réparation.
Ensuite, ce divin Sauveur m’a fait remarquer les magnifiques récompenses dont il avait gratifié ces deux personnes, l’une en lui laissant son divin portrait, l’autre en lui donnant son céleste royaume, tant il avait eu pour agréables les services qu’elles Lui avaient rendus pendant la Passion. Ensuite Notre-Seigneur m’a promis que tous ceux qui défendraient sa cause en cette œuvre, par paroles, par prières ou par écrits, Il défendrait leur cause devant son Père et qu’Il leur donnerait son royaume; il me semblait qu’Il me disait de le promettre de sa part en toute assurance à ses ministres qui plaideraient sa cause en cette œuvre, et qu’Il promettait à ses épouses qui s’appliqueraient à honorer et essuyer sa Sainte-Face en réparant les blasphème des pécheurs en cette œuvre, qu’à l’heure de la mort, il essuierait la face de leurs âmes en effaçant les tâches du péché, et qu’Il leur rendrait leur beauté première.
Ensuite, il me semblait que Notre-Seigneur me disait:
—Écrivez ces promesses, car elles feront plus d’impression sur les esprits que tout ce que je vous ai déjà dit par rapport à cette œuvre, en raison de l’intérêt éternel qui s’y trouve engagé, intérêt que je ne condamne pas, puisque j’ai donné ma vie pour mériter aux pécheurs ce royaume du ciel.
Il me semblait aussi que Notre-Seigneur me disait :
—Si vous voulez garder ces choses secrètes, sans vouloir en parler, vous commettez une injustice.
Notre-Seigneur me parlait ainsi parce que j’hésitait à croire cette communication, car je crains toujours de me tromper.
Voilà à peu près, ma Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Ces dernières lumières que j’ai reçues m’ont toute bouleversée. J’éprouve une douleur intérieur et un feu qui me dévore; je n’ai qu’à m’anéantir devant Dieu, adorant ses divines opérations sur un chétif néant». [1]
Promesses…
Lettre du 23 mars 1846
«...Ce divin Sauveur m’a fait entendre que l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes était née de Lui et de l’Église son Épouse; qu’il fallait à sa naissance, produire l’autorité divine dont elle émane, afin qu’elle ait vie et qu’elle soit bien reçue des fidèles, sans quoi elle n’aurait point de succès. Notre-Seigneur me disait aussi qu’il fallait faire connaître le désir qu’Il a de voir cette œuvre s’établir, leur en faire la nature et ses précieux avantages. Et Il m’a dit:
—Tous ceux qui embrasseront cette œuvre et qui véritablement s’y dévoueront ne mourront pas de la mort éternelle. Je défendrai leur cause devant mon Père et je leur donnerai le royaume du ciel. Que ces promesses ne vous étonnent point, car cette œuvre est l’essence de la charité, et ceux qui ont la charité ont la vie. D’ailleurs, je leur accorderai des grâces de préservation.
Voilà deux fois que Notre-Seigneur me fait ces magnifiques promesses. Puissent-elles être reçues avec actions de grâce pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des associés de l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes! Que le Saint Nom de Dieu soit béni!». [2]
[1] Lettre du 12 mars 1846.
[2] Lettre du 23 mars 1846.
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