Thursday, 26 February 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XVI.

 

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Une multitude d'âmes va en enfer

    Lettre du 21 décembre 1846

« Comment vous dire tout ce qui s’est passé dans mon âme depuis quinze jours, que Notre-Seigneur répand sur cette misérable pécheresse? Non, cela n’est pas en mon pouvoir, un tel langage ne peut être rendu par une pauvre idiote... Je vais vous dire, cependant, à peu près comme je le pourrai, ce que Jésus m’a fait entendre :

Ce divin Directeur de mon âme m’a dit :

— Ma fille, ayez plus d’abandon à ma conduite et plus de simplicité ; car je veux vous nourrir moi-même du lait de mes consolations. Ces retours inquiets, ces craintes d’illusion m’empêchent d’agir pleinement sur vous.

Alors j’ai confessé ma faute; il a pris une nouvelle puissance sur moi et m’a découvert plusieurs secrets admirables de son infinie miséricorde. Il a commencé à m’appliquer à sa souveraine justice, me faisant voir les eaux de sa colère; mais en même temps, il m’a commandé de les épuiser avec son divin Cœur, afin qu’elles s’écoulent dans cet abîme.

Un autre jour, Notre-Seigneur m’a fait voir la multitude d’âmes qui tombent continuellement en enfer, en m’invitant de la manière la plus touchante de secourir ces pauvres pécheurs et en me faisant voir l’étroite obligation de l’âme religieuse envers ces pauvres aveugles qui se précipitent dans l’abîme éternel et à qui sa miséricorde ouvrirait les yeux, si des âmes charitables demandaient pour elles grâce et miséricorde. Notre-Seigneur me disait aussi que s’il demandait compte aux riches des biens temporels qu’Il leur a confiés pour secourir les pauvres, avec quelle bien plus grande sévérité Il demanderait compte à une Carmélite, à l’âme religieuse, riche de tous les biens de son Époux, possédant les trésors immenses des mérites de sa vie et de sa Passion, quel usage elle en a fait et si elle a su puiser dans ces trésors qui lui sont ouverts des richesses pour secourir les pauvres pécheurs. Alors cet aimable Sauveur, m’ouvrant ses trésors immenses composés des mérites de sa vie et de sa Passion, ajouta :

— Ma fille, je vous donne ma Face et mon Cœur. Je vous donne mon sang, je vous ouvre mes plaies ; puisez et versez ! Achetez sans argent: mon sang est le prix des âmes. Oh! quelle peine pour mon Cœur de voir que des remèdes qui m’ont coûté si cher sont méprisés. Demandez à mon Père autant d’âmes que j’ai versé de sang dans ma Passion.

Un autre jour, Notre-Seigneur me présenta sa Sainte Croix en me disant qu’Il avait enfanté tous ses enfants sur ce lit de douleur, me faisant entendre que c’était par la croix portée pour son amour et par la prière que j’obtiendrais la vie éternelle à des morts à la grâce, dont Il désire si ardemment la résurrection. Oh, quel désir je vois dans le Cœur de Jésus pour le salut des pécheurs ! Quelle vive connaissance Il m’a donnée sur l’efficacité de la prière offerte pour ces âmes égarées. Mais que dirai-je de cette vue que Notre-Seigneur m’a donnée sur ses plaies et sur son sang ! Ah, pressons ces divines plaies par une ardente prière et ce sang précieux coulera en abondance sur les pauvres pécheurs !

Un autre jour, Notre-Seigneur a placé mon âme à la porte de l’éternité, ou du moins à la porte du temps, pour aider les pécheurs agonisants à se préparer au voyage si important du temps à l’éternité. Oh, quand on pense que la justice de Dieu est toujours en exécution sur les coupables et qu’on peut plaider leur cause et fléchir le Souverain Juge, avec quel zèle on doit voler au secours de ces condamnés à une mort éternelle, et qui ont peut-être encore une heure de vie dans laquelle la divine miséricorde implorée pour eux peut toucher leurs cœurs. Je me sens bien pressée de prier pour ces pauvres âmes.

Maintenant, ma Révérende Mère, je vous parlerai d’un mur de protection que Notre-Seigneur m’a fait voir: un mur mystérieux qui protège la France contre les traits de la justice divine. Oh, que cette vision m’a remplie de reconnaissance envers l’excessive miséricorde de Dieu ! Notre-Seigneur m’a fait entendre que ce mur qui montait jusqu’au ciel, était l’exercice que je faisais tous les jours, joint sans doute aux prières et aux mérites que tant d’âmes pieuses offrent à Dieu pour le salut de la France — qui consiste à offrir cent fois la Face adorable de Notre-Seigneur à son Père, en l’honneur de tous les mystères pour le salut de cette même France. Notre-Seigneur me dit qu’Il me donnait cette vue pour m’engager à la persévérance. »

 

 

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Prier pour les agonisants

    Lettre du 10 janvier 1847

«Depuis un peu plus de trois semaines, Notre-Seigneur m’a un peu désappliquée des grandes affaires de la France, pour m’occuper continuellement au service des pauvres agonisants. J’accompagne la très Sainte Vierge comme sa petite servante auprès des voyageurs du temps à l’éternité. Notre-Seigneur m’a fait connaître qu’Il m’avait donné à son auguste Mère, pour cette mission.

Oh ! quelle belle œuvre de charité à laquelle je n’avais jamais pensé; mais le temps est venu où je dois plus que jamais travailler au salut des âmes.

Il me semble que Notre-Seigneur m’a annoncé que je n’avais plus que trois ans à vivre; ainsi j’ai trente ans,[1] je vais les employer à imiter le Sauveur qui, à cet âge, travaillait sans cesse à la recherche des brebis égarées. Une de ses paroles me console, me fortifie et m’éclaire, la voici : “Oh ! si vous connaissiez le don de Dieu !” Notre-Seigneur m’a donné lumière sur ces divines paroles et je commence à le connaître, ce don précieux du Père. Oh! que ne puis-je pas obtenir pour moi et pour mes frères, si je sais me prévaloir de ces mérites infinis, qui sont inconnus de la plupart des hommes. “Je me sacrifie pour eux”, a dit Notre-Seigneur à son Père. Offrons donc à ce divin Père, pour le salut de nos âmes, tout ce que notre Rédempteur a fait pour nous; cherchons dans ce divin trésor de quoi enrichir notre indigence. O aveuglement des hommes! on court avec ardeur après les trésors de la terre, qui tous ensemble ne peuvent par leur valeur acheter une seule âme; et on ignore et on méprise le don de Dieu, le grand trésor des chrétiens, avec lequel on peut acheter des millions d’âmes en faisant valoir ses mérites infinis à la banque de la divine Miséricorde. Il me semble qu’on ne devrait prier  et ne se présenter jamais devant le Père éternel qu’avec quelque mérite de son Fils dans les mains, pour lui en faire l’offrande et l’obliger ainsi d’accomplir l’admirable promesse de Notre-Seigneur : “En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon Nom il vous l’accordera.” Si nous n’avons point de vertus à offrir à Dieu, présentons-lui toutes celles de Jésus notre Sauveur, qui est sanctifié pour nous. Offrons sa douceur, son humilité, sa patience, son obéissance, sa pauvreté, ses jeûnes, ses veilles, son zèle pour la gloire de son Père et le salut des âmes! Offrons aussi ses divines et efficaces prières; il a prié pendant sa vie mortelle ; l’Évangile dit qu’il se retirait la nuit pour prier; il prie au ciel, il montre pour nous ses plaies à son Père ; enfin il prie au très Saint-Sacrement de l’autel. O quel mystère ineffable! Un Dieu Sauveur priant pour ses créatures et prié par ces mêmes créatures! Unissons donc nos prières à celles du Verbe incarné et elles seront exaucées; offrons encore au Père éternel la Sacré-Cœur de Jésus, sa Face adorable et ses divines plaies; offrons ses larmes, son sang et ses sueurs; offrons ses voyages, ses travaux, ses paroles et son silence, tout ce qu’il a souffert dans chacun de ses mystères; enfin ayons toujours les yeux fixés sur le Don de Dieu ; fouillons dans ce trésor inconnu au monde; faisons, si nous le pouvons, l’énumération de tous les biens que nous possédons en lui, et nous serons bientôt riches et nous enrichirons les pauvres: car nous pouvons offrir l’humilité de Jésus pour la conversion des orgueilleux, sa pauvreté pour les avares, ses mortifications pour les sensuels, son zèle à glorifier son Père pour les blasphémateurs, enfin toutes les accusations qu’il a souffertes de la part des Juifs disant qu’il violait la loi du Sabbat, pour la conversion des véritables violeurs du saint jour du dimanche.

O don de Dieu que j’ai trop longtemps méconnu, vous serez désormais mon unique trésor, je découvrirai tous les jours en vous de nouvelles richesses !

Voilà, ma Révérende Mère, les lumières que Notre-Seigneur me communique ces temps-ci, vous voyez que si Notre-Seigneur me charge souvent du salut des âmes, Il m’apprend aussi le moyen de les sauver.»

 

[1] La sœur Saint-Pierre est morte dans sa trente-deuxième année, dix-huit mois après cette révélation, à trente et un ans neuf mois. Il y a là une petite contradiction facile à expliquer, en remarquant les mots il me semble, qui laissent une certaine latitude pour le compte des années. Plus tard, elle annoncera d’une manière précise l’époque de sa mort. Note de l’abbé Janvier.

 

 

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Les blasphèmes attaquent Dieu Lui-même

    Lettre du 21 janvier 1847

«Ce tendre et bon Sauveur m’a fait entendre des plaintes sur son amour méconnu dans le très Saint-Sacrement de l’Autel, par le manque de foi des chrétiens ; et Il a heureusement lié mon cœur et mon esprit à ses pieds afin que je Lui tienne compagnie dans cet abandon, en adorant continuellement sa très Sainte-Face, cachée sous le voile de l’Eucharistie. Oui, c’est par cet auguste Sacrement que Jésus, notre Sauveur, veut communiquer aux âmes la vertu de sa très Sainte-Face, qui est alors plus éclatante que le soleil au Saint-Sacrement de l’Autel. Il m’a promis de nouveau d’imprimer dans les âmes de ceux qui l’honoreraient les traits de sa divine ressemblance ; et Notre-Seigneur m’a fait avoir, d’une manière aussi simple que juste, par une comparaison, que les impies par leurs blasphèmes, attaquaient son adorable Face, et que les âmes fidèles la glorifiaient par les louanges qu’elles rendaient à son Nom et à sa personne. Le mérite est dans les personnes, mais la gloire qui les accompagne est dans leurs noms. Il la fait éclater lors qu’on les prononce. Le mérite ou démérite d’une personne passe en son nom. Le très saint nom de Dieu exprime la divinité et renferme en lui toutes les perfections du Créateur. Il s’ensuit de là que les blasphémateurs de ce Nom sacré attaquent Dieu Lui-même. Maintenant, rappelons-nous ces paroles de Jésus: “Je suis en mon Père et mon Père est en moi”. Jésus s’est rendu passible par l’Incarnation et c’est Lui qui a souffert en sa Face adorable les outrages faits au Nom de Dieu son Père par les blasphémateurs. Notre-Seigneur m’a fait voir qu’il y avait quelque chose de mystérieux sur la face d’un homme d’honneur méprisé. Oui, je vois que son nom et sa face ont une liaison particulière. Voyez un homme distingué par son nom et son mérite, en présence de ses ennemis. Ceux-ci ne portent pas la main sur lui, mais ils l’accablent d’injures, ils ajoutent à son nom d’amères dérisions au lieu des titres d’honneur qui lui sont dus. Remarquez alors ce qui se passe sur la face de cet homme injurié. Ne diriez-vous pas que toutes les paroles outrageantes qui sortent de la bouche de ses ennemis viennent se reporter sur sa face et lui font souffrir un véritable tourment? On voit cette figure se couvrir de rougeur, de honte et de confusion. L’opprobre et l’ignominie qu’elle souffre lui sont plus cruels à supporter que les tourments réels dans les autres parties du corps. Eh bien! voilà un faible portrait de la Face adorable de Notre-Seigneur outragée par les blasphèmes des impies! Représentons-nous ce même homme en présence de ses amis qui, ayant appris les insultes qu’il a reçues de ses ennemis, s’empressent de la consoler, de le traiter selon sa dignité, font hommage à la grandeur de son nom en le qualifiant de tous ses titres d’honneur. Ne voyez-vous pas alors la face de cet homme ressentir la douceur de ces hommages, de ces louanges? La gloire se repose sur le front et, rejaillissant sur tout le visage, le rend tout resplendissant. La joie brille dans ses yeux, le sourire sur ses lèvres; en un mot, ses fidèles amis ont guéri les douleurs cuisantes de cette face outragée par ses ennemis: la gloire passe l’opprobre. Voilà ce que font les amis de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour l’œuvre réparatrice. La gloire qu’ils rendent à son Nom se repose sur son auguste front et réjouit sa très Sainte-Face. Mais il faut l’honorer d’une manière toute spéciale au très Saint-Sacrement de l’Autel.

Ma Révérende Mère, cette comparaison que Notre-Seigneur m’a mise dans les yeux m’a donné un grand jour dans l’esprit. Je vois bien clairement à présent que les blasphémateurs font souffrir la Face du Sauveur et que les réparateurs la réjouissent et la glorifient. Je n’avais jamais fait cette remarque si véritable: que la face de l’homme est le siège où vient se reposer la gloire et l’ignominie. Je vais donc m’appliquer tout de nouveau à honorer le Nom et la très Sainte-Face de notre divin Sauveur, qui m’y invite d’une manière si touchante». [1]

 

[1] Lettre du 21 janvier 1847.

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