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Profanation du Dimanche
Lettre du 4 octobre 1846
«Permettez-moi de vous rendre compte des tristes pressentiments que j’éprouve depuis ce matin, d’après une communication que j’ai reçue de Notre-Seigneur à la Sainte Communion.
Vous savez, ma bonne Mère, qu’il y a plusieurs mois que je n’ai rien éprouvé d’extraordinaire. Notre-Seigneur, pendant ce temps d’épreuve, a daigné purifier mon âme par de grandes souffrances intérieures, et je ne sentais plus sa présence. Mais aujourd’hui, aussitôt que j’ai reçu la Sainte Communion, ce divin Sauveur m’a fait sentir qu’Il voulait que je me tienne à ses pieds. J’ai obéi. Alors, Il m’a fait entendre ces tristes et effrayantes paroles :
—Ma Justice est irritée à cause des profanations du Saint Jour du Dimanche. Je cherche une Victime.
J’ai répondu :
—Seigneur, vous savez que mes Supérieurs m’ont donné l’autorisation de m’abandonner entre vos divines mains; faites de moi ce qu’Il vous plaira. Mais que suis-je, Seigneur ? Est-ce bien vous qui parlez ainsi à mon âme ?
Notre-Seigneur m’a répondu :
—Vous ne serez pas longtemps dans le doute !
Ensuite, il m’a semblé que Notre-Seigneur agréait l’acte d’abandon que je venais de Lui faire et Il me faisait comprendre qu’Il allait prendre une nouvelle possession de tout mon être afin, en quelque sorte, de souffrir Lui-même en moi pour apaiser sa justice divine. Ensuite, Notre-Seigneur m’a ordonné de faire la Sainte Communion tous les Dimanches, premièrement: en esprit d’amende honorable et de réparation pour tous les travaux qui se font en ce saint jour qui Lui est consacré; secondement: pour apaiser la justice divine prête à frapper, pour la conversion des prévaricateurs et enfin, pour obtenir qu’on empêche les travaux le saint jour du dimanche. Ensuite, il m’a semblé que Notre-Seigneur m’invitait à offrir sa Sainte-Face à son divin Père pour obtenir miséricorde.
Voila à peu près, ma très Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. Hâtons-nous d’apaiser notre Dieu, car je vois la justice de Dieu prête à se déborder sur nous : le bras du Seigneur est levé ! Ma Révérende Mère, j’abandonne ces choses à votre jugement, mais je vous prie de remarquer une chose qui me touche sensiblement et qui me fait désirer de plus en plus l’établissement de l’Œuvre de la Réparation : c’est que toutes les communications que je reçois de Notre-Seigneur depuis plus de trois ans tendent toutes au même but: Notre divin Sauveur se plaint toujours de ces deux choses : des profanations du saint jour du Dimanche et des blasphèmes du très saint Nom de Dieu.
Oh ! que je désire la naissance de cette Œuvre de Réparation que Notre-Seigneur m’a si souvent demandée, afin d’apaiser la colère de Dieu et de prévenir les châtiments qui nous menacent. Cependant, ma bonne Mère, vous savez que je soumets ces désirs à la volonté de mes Supérieurs.» [1]
REMARQUES : «... Une lumière intérieure me fait connaître que d’autres châtiments nous sont préparés : ce ne sont plus les éléments [2] qui seront cette fois les instruments de la colère de Dieu, mais la malice des hommes révoltés...»
«On du reconnaître que Tours n’avait été sauvé que par un miracle. Mais, hélas! on ignorait la principale cause d’un si terrible fléau: la profanation du dimanche.»
[1] Document B; page 68.
[2] “Quelque temps après, un grand débordement de la Loire mit la ville de Tours en péril. Sœur Saint-Pierre vit dans ce fléau une première exécution de la menace...” Louis Van Den Bossche « Le Message de Sœur Saint-Pierre ». Carmel de Tours 1954.
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Paroles de miséricorde
Lettre du 25 octobre 1846
«Oh ! si vous saviez tout ce que mon cœur éprouve en ce moment!... Je ne peux retenir les sentiments qui le pressent; je pleure, mais ce sont des larmes de reconnaissance et d’amour, à cause des paroles de miséricorde et de paix que ce tout aimable Sauveur vient de me faire entendre. Oh! doux Jésus, si l’on vous connaissait! Vous ne pouvez voir la justice divine nous frapper sans être touché, plus vivement que nous-mêmes, de ces châtiments que nous avons mérités par nos péchés.
Après la sainte Communion, Notre-Seigneur m’a fait voir que la coupe de la justice divine n’était pas encore entièrement versée sur nous. J’ai vu d’autres châtiments préparés pour satisfaire cette divine justice. A cet aspect, j’ai dit à Notre-Seigneur:
—O doux Jésus, si je pouvais boire le reste de cette coupe, afin que mes frères soient épargnés.
Notre-Seigneur m’a fait entendre qu’Il agréait ma bonne volonté, mais que je n’étais pas capable de vider cette coupe, qu’il n’y avait que Lui qui pouvait la boire. Ce divin Sauveur, voyant ma peine, m’a fait signe d’entrer dans son divin Cœur, qu’Il m’a donné dans son excessive miséricorde comme un vase digne d’être présenté au Père éternel pour recevoir le vin de sa colère, me faisant entendre que, passant par ce divin canal, il se changerait pour nous en vin de miséricorde. Mais Il ne veut pas léser entièrement les droits de la justice, si je peux m’exprimer ainsi. Il veut faire une concession entre sa justice et sa miséricorde, et pour cette fin, Il demande l’établissement de l’Œuvre de la Réparation à la gloire de son saint Nom. Oui, Notre-Seigneur désarmera la colère de Dieu son Père, s’il lui offre pour nous, une œuvre réparatrice. N’est-ce pas la moindre chose, ô doux Jésus, que nous réparions par nos prières, par nos gémissements et par nos adorations les énormes péchés dont nous sommes coupables envers la majesté de Dieu? Voilà, ma Mère, la prière que Notre-Seigneur m’a mise dans la bouche et que je répète sans cesse:
«Père éternel, regardez le divin Cœur de Jésus que je vous offre pour recevoir le vin de votre justice, afin qu’il se change pour nous en vin de miséricorde.»
Notre-Seigneur me faisait entendre que chaque fois que je ferais cette offrande, j’obtiendrais une goutte de ce vin de la colère de Dieu qui, tombant, comme je l’ai dit plus haut, dans le vase divin du Sacré-Cœur de Jésus, se changerait en liqueur de miséricorde. Veuillez, ma bonne Mère, engager mes sœurs à faire souvent cette offrande car hélas ! que suis-je, moi, vil néant, pour être une digue capable d’arrêter la colère de Dieu?
Ma Révérende Mère, je ne saurais vous dire l’impression que m’a fait cette communication. Je me suis de nouveau chargée de solliciter auprès de Monseigneur l’Archevêque l’Œuvre de la Réparation. Ma conscience sera tranquille lorsque j’aurai déposé aux pieds de Sa Grandeur l’œuvre pour laquelle je crois avoir reçu une mission spéciale de Notre-Seigneur. J’ai l’âme extrêmement affligée, mais je suis pleine de confiance en Dieu. Il tirera le bien du mal, si ses desseins sont accomplis; et j’ai l’intime conviction que cette œuvre sera pour nous un rempart contre les traits de la Justice divine. O consolante pensée: le Sacré-Cœur de Jésus boira cet amer calice, et sa douce et Sainte-Face apaisera la colère de Dieu.»
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Prier et souffrir pour la France
Lettre du 18 novembre 1846
«... Notre-Seigneur me pousse continuellement à prier et à souffrir pour la France.
—De même, m’a-t-il dit, que je suis chargé de tous les péchés du monde, je veux que vous vous chargiez de tous les péchés de la France. Je souffrirai en vous pour apaiser la colère de mon Père et je vous donnerai tous mes mérites pour acquitter ses dettes.
Je suis entrée dans les intentions de Notre-Seigneur et je me suis couverte de crimes. Je Lui ai demandé pardon avec la même confusion que si je les eusse commis moi-même.
Un autre jour, Notre-Seigneur m’a dit qu’Il me chargeait de la France, et comme j’avais beaucoup de peine à croire que Notre-Seigneur se servait d’un si vil instrument pour une si grande mission, alors, Il m’a dit:
—De même que dans l’ordre de ma Providence je donne tel roi à tel royaume pour son gouvernement, ne puis-je pas aussi, dans l’ordre de la grâce donner tel royaume à telle personne afin qu’elle ait soin de ses besoins spirituels? [1] C’est pour cela que je vous adjuge la France. Priez pour elle; immolez-vous pour elle. Je vous donne de nouveau mon chef pour l’offrir à mon Père, afin d’apaiser sa justice. Oh, si vous saviez quelle est sa puissante vertu, dont voici la cause: c’est que j’ai pris sur ma tête tous les péchés des hommes, afin que ses membres soient épargnés. Ainsi offrez ma Face à mon Père; c’est le moyen de l’apaiser.
Je désire l’œuvre de Réparation; soyez sûre qu’elle s’établira; mais ce fruit que vous portez n’est pas encore à sa maturation.
Dans ces communications que je reçois de Notre-Seigneur, ma Révérende Mère, je suis le conseil que vous m’avez donné de m’abandonner entre les mains de Notre-Seigneur, afin qu’Il fasse de moi ce qu’il Lui plaira. Alors Notre-Seigneur m’a de nouveau chargée de la France. J’ai répondu :
—Je le veux bien, mon divin Maître, mais permettez-moi de vous dire: c’est à condition que vous en soyez le Souverain; car si votre divin Père vous voit assis sur le trône de la France, assurément, Il ne la frappera pas.
Maintenant, ma Révérende Mère, je reçois Notre-Seigneur dans toutes mes communications au nom de la France et je lui donne mon cœur pour Lui servir de trône. Ensuite je le salue et je l’adore comme Souverain, le priant de ne pas abandonner une nation qui fait des aumônes pour faire connaître son Nom dans les pays idolâtres; et tout ce que je souffre, je prie le saint Enfant-Jésus de le souffrir en moi pour apaiser son divin Père. Je le prie également de faire en moi toutes mes actions, m’unissant à ce divin Enfant avec lequel j’ai ces temps-ci une liaison toute particulière; ainsi je souffre avec Lui en attendant les moments marqués par son Père pour l’établissement de l’Œuvre de la réparation.
Sit Nomen Domini benedictum!»
Le salut de la France
Lettre du 22 novembre 1846
«... J’ai reçu, malgré mon indignité, une nouvelle communication sur la Sainte-Face de Notre-Seigneur. Voici en substance ce que notre divin Sauveur m’a fait entendre:
—Ma fille, je vous prends aujourd’hui pour mon économe. Je remets de nouveau entre vos mains ma Sainte-Face, afin que vous l’offriez sans cesse à mon Père pour le salut de la France. faites valoir ce divin talent. Vous avez en lui de quoi faire toutes les affaires de ma maison. Vous obtiendrez par cette Sainte-Face le salut de beaucoup de pécheurs. Par cette offrande, rien ne vous sera refusé. Si vous saviez combien la vue de ma Face est agréable à mon Père!
Notre-Seigneur m’a donné ensuite quelques lumières pour l’avenir de la France, qui me portent à redoubler de zèle pour notre Patrie ; et je me sers du moyen que Notre-Seigneur m’a fait connaître. J’offre sans cesse au Père éternel la Face adorable de notre divin Sauveur, pour le salut de la France et pour obtenir par elle l’établissement de l’Œuvre de la Réparation. Mais je m’occupe de tout cela en paix, suivant l’impression de la grâce.»
[1] Le salut de la France avait été un des grands objectifs de sainte Thérèse d’Avila lorsqu’elle avait fondé sa Réforme et Notre-Seigneur pressait aussi la Bienheureuse Anne de Saint-Barthélemy de prier à cette intention.
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