Thursday, 13 November 2025

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - II.

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DANS L'ATTENTE

ATTACHÉE À LA SAINTE VIERGE

« Je m’attachai à la très sainte Vierge par une dévotion toute particulière; j'admirais avec quelle miséricorde cette divine Mère m'avait retirée de l'abîme. Ma confiance en elle augmentant, il me vint en pensée de Lui demander la grâce qu'elle fît de moi une religieuse. Marie, sans doute, entendit ma prière, car bientôt je sentis ces désirs de quitter le monde se fortifier dans mon âme. Mais que faire ? Je n'osais en parler à mon confesseur. Un jour que ma souffrance était extrême et que la grâce me pressait fortement au sujet de ma vocation, je courus à l'autel de ma mère la Vierge Marie, et je déposai dans son cœur maternel les sentiments qui agitaient si vivement mon esprit. La très sainte Vierge me tira bientôt d'inquiétude. Il y avait dans la chapelle, droit en face de sa belle statue d'argent, un confessionnal où se tenait ordinairement un de ses zélés serviteurs, ce vicaire dont j'ai déjà parlé, qui m'avait donné le rôle de religieuse à la conférence du catéchisme dans laquelle on me demanda si je voulais être carmélite. Étant donc devant la très sainte Vierge à la supplier de m'assister dans ce combat intérieur, tout à coup, je vois ce bon prêtre arriver à son confessionnal, et il me sembla qu'il me faisait signe d'y entrer. Je ne sais trop comment cela se fit, car je ne lui avais jamais parlé de mon âme, et le voilà qui me dit tout ce qui s'y passait.

— Vous voulez être religieuse, mon enfant, et pour y parvenir il vous semble avoir une montagne à gravir; n'est-ce pas que je devine bien?

Enchantée de trouver un consolateur si inattendu, je lui ouvre mon cœur avec franchise: il examine tout et il déclare que j'ai une bonne vocation. Encouragée par ses conseils, je vais trouver mon confesseur, à qui je n'avais osé m'ouvrir à ce sujet, et je lui expose mes désirs d'entrer en religion. Il me répondit:

— Vos sentiments s'accordent parfaitement avec les miens; car j'ai toujours pensé que vous seriez religieuse.

Cette réponse me remplit de joie. Il m'engagea, peu de jours après, à attendre la saison du printemps pour mon départ; mais, hélas! Je devais passer par les mains d'un autre père spirituel qui n'était pas si décidé à m'envoyer au couvent. Pendant cinq ans il dut travailler à la destruction du mur de mon orgueil et de mon amour-propre, avec le marteau de la mortification, avant de me trouver digne d'habiter la solitude du Carmel. [1]

— Ma file, je me charge de votre conduite pour la gloire de Dieu et le salut de votre âme. [2]

Ces paroles m'inspirèrent une grande confiance en sa direction. Alors il voulut sonder le terrain: il me dit de lui donner par écrit connaissance de quelle manière Notre-Seigneur avait conduit mon âme par le passé, et quelles étaient mes dispositions actuelles. Je fis une petite notice que je lui remis; ensuite il me fit un règlement de vie. Au bout de quelque temps, je le priai de s’occuper de ma réception dans un couvent :

— Ah ! ma fille, vos passions ne sont qu'égratignées, il faut qu'elles soient immolées.

J'avais un si vif désir d'être Carmélite, que j'aurais passé par le feu, si cela eût été nécessaire, pour le devenir; aussi je commençai avec une nouvelle ferveur à travailler à ma perfection.

Il commença par me prémunir contre les petites faiblesses trop ordinaires aux dévotes :

— Ma fille, me dit-il, n'allez point consulter plusieurs directeurs. Si vous voulez que je sois véritablement votre père, je veux que vous soyez véritablement ma fille; soyez simple comme un enfant; c'est ici qu'il faut tout dire, mais point d'épanchement ailleurs, car tout cela ne vaut rien; ne parlez jamais ni de votre confesseur ni de vos pénitences; allez droit à Dieu avec un esprit de foi; point de retours inquiets sur votre âme; tous ces retours inutiles, c'est de la paille pour le purgatoire; appliquez-vous à vous connaître et à connaître Dieu; plus vous le connaîtrez, plus vous l'aimerez; ayez toujours l'air joyeux et ne soyez point comme ces personnes tristes qui semblent, en portant le joug du Seigneur, porter un fardeau. Ah! ma fille, quelle belle route le Seigneur vous appelle à parcourir! Voyez quel en sera le terme: préparez-vous aux grands desseins de Dieu sur vous.

Voilà un échantillon des sages conseils que je recevais de ce père: grâce à Dieu, ils fructifièrent dans mon âme. Il me prêtait des livres qui traitaient de l'oraison et de l'esprit intérieur, et des vies de Saints. Tous ces secours spirituels me fortifiaient et allumaient dans mon cœur un plus vif désir d'embrasser la vie religieuse; mais quand je lui exprimais ce désir si violent de quitter le monde, il me répondait tout tranquillement :

— Ma fille ; l'habit ne fait pas le moine...

Je voyais, par cette réponse, que j'avais encore du travail à faire; je priais continuellement la très sainte Vierge, ma chère protectrice, de me conduire comme Carmélite dans une maison où elle serait bien aimée. Je priais aussi beaucoup le glorieux saint Joseph et lui demandais le don d'oraison: pour obtenir cette grâce précieuse et les autres dont j'avais besoin, surtout celle d'être religieuse, je faisais de petits pèlerinages en son honneur; je mangeais mon pain sec à déjeuner les mercredis; et les samedis, c'était en l'honneur de la très sainte Vierge. J'avais une grande dévotion à la sainte Famille: Jésus, Marie Joseph faisaient toute mon occupation. Oh ! bienheureuse Famille, leur disais-je, si j'avais eu le bonheur, lorsque vous étiez sur la terre, d'y être aussi, assurément, n'importe dans que pays vous auriez été, je serais allée vous trouver pour avoir l'honneur de vous servir en qualité de petite domestique.

 

UN LIVRE… ET LA SAINTE FAMILLE

Mon directeur me prêta la Vie de sainte Thérèse; lorsque je lus la promesse que Notre-Seigneur lui fit, à la fondation de son premier couvent, Saint-Joseph d'Avila, qu'il demeurait au milieu de cette maison, la sainte Vierge et saint Joseph gardant la porte chacun d'un côté, oh! alors ma joie fut extrême: plus de doute que je dusse solliciter une place au Carmel, demeure de la sainte Famille. Je tourmentais souvent mon confesseur, pour qu'il s'occupât de cette affaire; mais afin de m'éprouver, il ne me donnait que des réponses évasives, telles que: «Nous verrons à cela; les moments de Dieu ne sont pas encore arrivés.» Une fois, il me dit :

— Croyez-vous, ma fille, que je veuille vous voir imiter ces jeunes personnes qui courent au couvent et qui reviennent aussitôt ? Non, mon enfant: quand je vous y enverrai, vous y serez préparée. »

« Ils étaient si malheureux,[3] surtout en hiver, où le mari n'avait pas d'ouvrage, que leur pauvre petite demeure ressemblait à l'étable de Béthléem. Ils se trouvaient là sans bois, sans feu et sans pain. Une si précieuse occasion de soulager la sainte Famille, que ces bonnes gens me représentaient, ne me permit pas de rester oisive à leur égard. Par la grâce de Dieu, je les pris en grande affection et leur prodiguai tous les soins que réclamait leur indigence. Depuis cette époque jusqu'à mon entrée au Carmel, mes petits moyens ne me permettaient pas de satisfaire à tous leurs besoins; mais la sainte Famille, que je servais en leur personne, me rendait si éloquente à plaider leur cause auprès des personnes de ma connaissance, qu'on ne savait rien me refuser.

Tout mon bonheur était de les visiter et de les instruire de la religion, dont sans doute l'extrême pauvreté les avait éloignés; je les faisais aller à confesse, et je fis faire au mari une retraite de huit jours dans la maison destinée à cette œuvre. Si j'aimais cette pauvre famille, j'en étais aussi aimée, de sorte que, quand le mari faisait de la peine à sa femme, ce qui arrivait de temps en temps, j'étais appelée à juger l'affaire et à mettre la paix ».

 

LE DON D’ORAISON

« J'ai toujours eu un vif attrait pour l'exercice de l'oraison. Instruite qu'on ne pouvait devenir fille d'oraison sans être amie de la mortification, je travaillai avec grand courage à l'acquisition de cette vertu et à la destruction de mes passions. Pour mieux y réussir, je marquais mes fautes de chaque jour et le nombre de mes actes de sacrifice; j'avais à mon côté deux petits cordons, dans lesquels étaient enfilés des grains de chapelet qui me servaient à cet usage. Le cordon des mortifications était composé de quinze grains en l'honneur des quinze mystères du saint Rosaire; et je crois que j'avais assez souvent, le soir, la grâce de pouvoir offrir à Marie cette couronne complètement achevée. Tout ce qui m'était agréable à voir, je ne le regardais pas; si j'avais grande envie de dire quelque chose, je ne le disais pas, et ainsi de suite. Je faisais mon examen général et l'examen particulier pour vaincre ma passion dominante, qui était l'orgueil; mais le Seigneur me donna des armes pour le dompter.

Déjà j'avais, dans le cours de ma vie, éprouvé plusieurs fois des opérations extraordinaires de la grâce; mais si je puis m'exprimer ainsi, Notre-Seigneur ne m'avait montré que des échantillons de ces faveurs célestes dont il devait m'enrichir avec tant de profusion. J'avais alors le bonheur de faire la sainte communion trois fois la semaine et le dimanche. C'était dans ce divin festin que Notre-Seigneur se communiquait intimement à mon âme. Comme mon directeur m'avait bien recommandé de lui dire tout ce qui se passerait en moi, avec la simplicité d'un enfant je lui rendis compte de ces opérations surnaturelles; mais il n'en eut point l'air étonné.

— Ma fille, me dit-il, votre âme n'est-elle pas à Dieu ? Laissez-le donc, ce bon maître, faire dans sa maison tout ce qu'il voudra.

Ces paroles intérieures de Notre-Seigneur et ces communications célestes continuèrent. Alors je pris le parti de les écrire pour les soumettre au guide de mon âme: j'étais sûre ainsi de ne point tomber dans l'illusion. Il ne m'en parlait jamais: ce qui me faisait grand plaisir, car j'avais une extrême confusion de ces grâces, dont j'étais indigne. Cependant, un jour que je lui avais remis un de ces écrits, il me vint en pensée que, si je lui lisais moi-même comment Notre-Seigneur m'avait donné, malgré mon indignité, des témoignages d'affection, cela m'humilierait beaucoup. Je lui en fis part; je fus, en effet, obligée de me faire une excessive violence pour achever cette lecture. Mais Notre-Seigneur voulut, dans sa miséricorde, faire un contrepoids à ces grâces extraordinaires; car cette suite de faveurs spirituelles aurait pu faire naître en moi des sentiments de vanité. Je vis un jour dans mon âme, après la sainte communion, comme un mur qui menaçait de s'écrouler sur moi; il me fut dit de ne rien craindre, que cela ne servirait qu'à écraser mon amour-propre. J'ai compris depuis que c'était l'emblème d'une longue série d'humiliations et de mortifications, voie pénible à la nature, dans laquelle Notre-Seigneur me fit entrer peu de temps après.

Comme on ne peut rien sans la grâce, ce divin Maître produisit en mon âme un amour extrême des souffrances et des humiliations, afin de détruire entièrement le mur de mon orgueil qui empêchait ma parfaite union avec Lui, et faire naître en moi la violette de l'humilité qui attire Jésus dans les cœurs. Je demandais avec ferveur l'amour des humiliations. Je fis part à mon directeur de ces désirs ardents que j'éprouvais, et je le priai de ne point m'épargner :

— Mon père, lui dis-je, n'écoutez point les cris de la nature; immolez mon orgueil.

Comme il ne se pressait jamais dans ses décisions, il attendit encore cette fois, pour voir, sans doute, si c'était une ferveur passagère trop commune aux jeunes personnes. A la fin, il me dit un jour :

— Ma fille, je crois que Notre-Seigneur veut vous faire passer par-dessus les voies ordinaires. Allez donc devant le Saint-Sacrement, et pensez devant Dieu à ce que vous pourriez faire pour vous humilier; choisissez tout ce qu'il y a de plus parfait en fait d'humiliations, et puis vous viendrez m'en rendre compte ». [4]

« Quand j'allais chez mon directeur, pour lui rendre ou lui demander des livres qu'il me prêtait ordinairement, il avait toujours la charité de me servir un bon plat de ces mets d'humiliations; mais il ne devançait jamais la grâce; il fallait que je le priasse bien de continuer le bon office qu'il me rendait.

— Eh bien ! me disait-il, qu'est-ce que Notre-Seigneur attend de vous aujourd'hui ? Avez-vous quelque chose à me demander !

Comme j'étais d'un caractère extrêmement simple, et que dans cette voie, il me venait dans l'esprit une multitude de choses: la plupart n'étaient pas praticables; mais rien que de lui en rendre compte et de lui en demander l'exécution était pour moi une humiliation des plus mortifiantes. Quand il voyait que j'avais de la peine à lui parler, il me grondait un peu, mais toujours avec douceur :

— Soyez donc simple comme un petit enfant, me disait-il ; voyez si un enfant ne dit pas simplement tout ce qui lui vient à l'esprit sans examen.

Alors il me permettait ce qui était convenable; pour ce qui ne l'était pas, il avait l'air également d'y consentir, et, quand il voyait que j'avais triomphé  de mon orgueil et que je consentais à l'exécution, il me l'interdisait.

— Ma fille, s'il vous en coûte d'être humiliée, je vous assure qu'il m'en coûte aussi d'être obligé d'humilier; mais soyez courageuse.

Quand j'avais ainsi foulé aux pieds mon orgueil, Notre-Seigneur inondait mon âme de consolations; mais cela m'était bien nécessaire; car sans un secours très puissant je n'aurais jamais pu marcher par une voie si pénible. Lorsqu'il me venait la pensée de pratiquer quelque acte de mortification, je sentais une grâce si pressante, qu'il m'était impossible de ne pas le faire sans craindre d'être infidèle. Allons, disais-je pour m'encourager, il ne faut qu'un acte héroïque pour remporter la victoire ; je peux tout en Celui qui me fortifie. Je comprenais que la grâce réclamait cela de moi. Alors, malgré toute l'amertume et la répugnance que j'y éprouvais, je redemandais souvent à mon directeur de me nourrir de ce pain si désagréable au goût de la nature. Il m'envoya plusieurs fois chez deux demoiselles très pieuses et très discrètes à qui il avait parlé d'avance, et là je trouvai moyen de briser mon orgueil et de pratiquer l'humilité. Mais je fus doublement mortifiée une fois que j'étais allée faire une visite à l'une d'elles, car je ne m'attendais nullement à ce qui m'arriva. Une de mes amies se plaignant à moi de ce qu'une personne lui avait dit des choses humiliantes :

— Ah ! lui dis-je, vous êtes bien heureuse de trouver des humiliations toutes prêtes, tandis qu'il y a des âmes qui sont obligées d'aller en chercher. [5]

Ah ! que je goûtais de consolation à visiter ce bon Sauveur, surtout au milieu du jour, moment auquel il est le plus délaissé! Je répandais mon âme en sa présence. [6]

Je faisais souvent amende honorable au Sacré-Cœur, envers lequel je sentais une grande dévotion. Comme je le conjurais de briser les liens qui me retenaient dans le monde, afin que je pusse prendre mon essor vers le Carmel! J'allais ensuite aux pieds de la très sainte Vierge, dans cette chapelle où j'avais déjà reçu de si grandes grâces pour ma vocation. Animée d'un ardent amour, j'épanchais mon cœur dans son sein maternel, comme fait un enfant envers celle qu'il aime. Je l'importunais sans cesse, lui disant : Voilà mes compagnes qui se marient; quand est-ce donc, ô ma Mère, que vous me donnerez aussi Celui que je désire ? Je ne veux, vous le savez, que votre Fils pour Époux...

Cette bonne Mère m'obtint la guérison d'une maladie ; je la priai pendant neuf jours afin d'obtenir cette grâce, et pour la remercier de ce bienfait je fis dire quinze messes en l'honneur des mystères du saint Rosaire. Je les Lui avais promises ». [7]

« Je continuais à travailler chez mes pieuses tantes, qui occupaient beaucoup de jeunes personnes. Celles-ci, voyant que, par la grâce de Dieu, je pratiquais la vertu, et que j'avais toujours l'air gai et content, comme mon directeur me l'avait recommandé, prirent confiance en moi et me consultaient sur leurs petits embarras de conscience et leurs pratiques de piété. Je leur apprenais à faire l'oraison et à s'avancer dans la vertu. Misérable pécheresse, j'avais beaucoup reçu de Dieu, il était bien juste que je pratiquasse la charité envers les autres. L'une de ces jeunes filles fit tant de progrès en peu de temps qu'elle surpassa rapidement sa petite directrice, et elle entra en religion avant moi. Nos conversations ne roulaient que sur Notre-Seigneur, la sainte Vierge et saint Joseph, et sur l'exercice des vertus. Voyant qu'on me consultait ainsi, moi qui avais si grand besoin de conseils, je craignis que cela ne fût contraire à l'humilité. J'en parlai à mon confesseur, qui me dit de continuer, parce que la piété de ces jeunes personnes servirait de supplément à la mienne; alors je fus tranquille; mais je ne leur disais rien de ce qui se passait dans mon intérieur; mon secret était pour moi. Il m'était aisé de leur apprendre à faire l'oraison, car j'y trouvais moi-même une grande facilité, en considérant Notre-Seigneur au dedans de mon âme. Cette présence du divin Sauveur m'était si sensible, qu'il me semblait toujours le voir au milieu de mon cœur.

Une de mes compagnes était attaquée d'une maladie très extraordinaire; les remèdes que les médecins lui ordonnaient ne lui apportaient aucun soulagement. J'eus alors un sentiment intérieur que, si l'on recourait à la très sainte Vierge, la malade serait guérie. Je l'engageai à mettre à son cou la médaille miraculeuse ; nous fîmes ensemble une neuvaine, à la suite de laquelle cette jeune personne fut délivrée de son mal. Ces grâces que nous recevions de la divine Marie nous enflammaient d'amour pour elle. Je la priais continuellement de briser les liens qui me retenaient captive; je faisais souvent brûler des cierges devant son autel; je me préparais par une neuvaine à célébrer ses fêtes; je Lui offrais des couronnes de fleurs et d'autres décorations; enfin je faisais tout ce que je pouvais pour l'honorer et toucher son cœur maternel, afin qu'elle me donnât son Fils pour Époux. tant de voeux, toujours indignes qu'ils étaient d'être agréés par cette reine du Ciel, ne lui restèrent pas indifférents: elle commença à lever un obstacle qui m'empêchait un peu de quitter mon père.

Mon bon père, qui ne pensait qu'à Dieu et à son travail, s'occupait en paix à son atelier de serrurerie, sans songer à prendre une nouvelle épouse. Sa vie était une copie de celle de saint Joseph; il allait tous les matins à la messe, le soir au salut, quand il le pouvait. Malgré son travail très pénible, il observait l'abstinence et les jeûnes de l'Église, et il approchait des sacrements avec une foi et une piété très édifiantes. Mais le bon Dieu l'éprouvait souvent par la tribulation, qu'il portait avec une grande patience.

Ma sœur aînée, celle qui tenait le ménage, fut, à cette époque, attaquée d'une longue maladie. Mon bon père eut en même temps la pensée que je voulais le quitter pour embrasser la vie religieuse. Il était donc inquiet; il voyait que sa maison ne pouvait pas rester aux soins d'une domestique; il me contait ses peines; il craignait, comme il me le disait, que je ne m'échappasse quelque jour. Je ne lui parlais pas très ouvertement de ma vocation, car j'ignorais quand mon directeur m'accorderait la permission de partir pour le Carmel; il m'éprouvait toujours et ne me donnait pas encore grand espoir, malgré mes violents désirs. En attendant, mon respectable père prit ses mesures; il parla de ses chagrins à Monsieur le Curé, son confesseur.

Ce bon pasteur, à qui j'avais découvert mes projets, le tira d'embarras. Il l'aimait beaucoup; il disait que c'était le meilleur de ses paroissiens: alors sans doute il lui conseilla de se remarier. Mon père était d'un caractère assez froid et timide ; je crois bien qu'il était un peu embarrassé pour l'exécution de son dessein; mais Monsieur le Curé s'en chargea, fit pour lui les premières demandes, et enfin, grâce à la sainte Vierge, lui trouva une excellente femme: nous la reçûmes très bien, mon père fut content. »  [8]

 

VOYAGE AU MANS

« Je crus que je touchais à la fin de mes peines et que la porte du Carmel allait s'ouvrir pour moi. Ma pieuse tante, chez laquelle je travaillais, se décida à faire un voyage au Mans, pour assister à la bénédiction de la nouvelle maison des Carmélites, et visiter une des religieuses qui lui était extrêmement chère: elle me dit que je l'accompagnerais. J'en fus ravie de joie, et je priai mon confesseur de me laisser profiter d'une si précieuse occasion pour exécuter mon projet. Il y consentit, et me remit une lettre pour la Révérende Mère prieure; il me dit que je pourrais rester au monastère du Mans, si la supérieure pouvait me recevoir, et il me donna sa bénédiction. Je partis donc avec ma bonne tante, et nous arrivâmes la veille de la cérémonie chez les Carmélites, qui nous reçurent très bien. J'assistai le lendemain à la bénédiction du réfectoire nouvellement bâti, et du cimetière. Il y avait aussi, ce jour-là, une prise d'habit. La clôture étant levée à cette époque, nous visitâmes le couvent; j'entrai dans une cellule, et je vis ces chères sœurs dont plusieurs étaient de mon pays; rien ne pouvait m'être plus agréable que cette visite. Enfin j'eus l'honneur de voir en particulier la très Révérende Mère prieure, à qui la veille j'avais remis la lettre de mon directeur, et je lui exprimai mon grand désir d'être Carmélite. Elle me dit qu'elle avait reçu de Monseigneur défense d'admettre aucun sujet, la maison étant alors fort petite; et il paraît que toutes les cellules se trouvaient occupées. Cependant je la consultai sur ma vocation et lui découvris mes dispositions intérieures. Elle vit bien que le Seigneur, malgré mon extrême indignité, m'avait choisie pour être fille du Carmel: elle m'instruisit des règles de cet ordre et me témoigna le regret de ne pouvoir m'admettre; mais on ne pouvait pas faire d'instance auprès de Monseigneur, il était alors en voyage. Elle me parla d'une manière très avantageuse du Carmel d'Orléans, dont elle était sortie pour fonder celui du Mans, et m'engagea à demander une place dans ce monastère ».

 

RECOURS À SAINT MARTIN

« Je revenais souvent à la charge, il devait être ennuyé de moi; mais ses réponses évasives: “nous verrons à cela”, ou “les moments de Dieu ne sont pas encore arrivés”, me donnaient beaucoup à souffrir. Un jour, j'allai dans une chapelle dédiée à saint Martin; c'était le jour de sa fête, et ses reliques étaient exposées. Je les baisai avec une grande dévotion; j'avais fait la sainte Communion le matin en l'honneur de ce grand saint, que je ne connaissais guère alors; je ne savais pas seulement le pays qu'il avait évangélisé en France; mais, c'est égal, abandonnée à ma douleur, je lui fis une prière des plus simples et des plus ferventes. Elle était à peu près conçue en ces termes :

— Ah ! mon bon saint Martin, voyez quelle est mon affliction: j'ai le désir de me consacrer à Dieu dans la vie religieuse, et personne ne veut s'occuper de moi et me recevoir. Oh ! je suis sûre que, si vous étiez sur la terre, votre charité serait touchée de ma position; vous m'aideriez...

Enfin, je le conjurai de m'accepter dans son diocèse, s'il y avait des religieuses; je lui confiai toutes mes peines, et, sans me rappeler positivement tout ce que je lui dis, je me souviens très bien du moins que je lui parlai avec un cœur pénétré de douleur et une grande confiance. Aussi, malgré mon indignité, il exauça ma prière; je ne doute point que ce soit lui qui m'ait obtenu la grâce d'être Carmélite à Tours. Je n'ai jamais ni désiré ni demandé à mon confesseur d'entrer dans cette maison de Tours, car je n'ai su qu'il y avait des Carmélites dans cette ville que quand j'ai été reçue chez elles.

 

UNE VISION

Un jour, après la sainte Communion, j'eus une vision. Notre-Seigneur ayant recueilli mon âme dans son divin Cœur, il me sembla y voir beaucoup de personnes qui étaient enchaînées par une chaîne d'or; elles portaient toutes une croix. C'étaient sans doute des âmes religieuses, car je reconnus une de mes amies qui était en communauté. Il me parut que j'étais enchaînée avec ces âmes; je priai Notre-Seigneur de vouloir bien aussi me donner une croix; il me fit entendre qu'il fallait conformer ma volonté à la sienne et attendre l'accomplissement de ses desseins avec résignation, m'insinuant que cette croix me suffisait pour le présent.

— Mais quand vous serez entrée en religion, me dit-il, je vous donnerai une autre à porter.

Cette promesse resta gravée dans ma mémoire, de sorte que, quand je fus postulante au Carmel, me trouvant un peu malade quelques jours après mon arrivée, je disais: Voilà peut-être la croix que Notre-Seigneur m'a promise. Mais, pauvre idiote que j'étais, cela n'était qu'une paille à porter en comparaison de la croix que le bon Maître me réservait après ma profession; je suis convaincue que l'œuvre de la réparation dont le Seigneur me chargea plus tard était cette croix prédite, car je la trouvai dans le sacré Cœur de Jésus. C'est dans cette fournaise d'amour qu'Il me parla pour la première fois de cette œuvre qui devait me coûter tant de soupirs, de prières et de larmes.

J'en étais toujours occupée — de la dévotion au Sacré-Cœur — et je portais mes compagnes à l'honorer. Comme ma sœur était malade, je l'engageai à faire célébrer une neuvaine de messes pour la réparation des outrages faits au Cœur de Jésus dans le sacrement de son amour, afin d'obtenir sa guérison, si c'était la volonté de Dieu. Elle y consentit, et je fis dire ces messes dans la chapelle de la Visitation, parce que c'est à une religieuse de cet ordre [9] que Notre-Seigneur découvrit la dévotion du Sacré-Cœur, et le maître-autel était dédié à ce Cœur Divin. J'assistai à ces messes et j'y reçus des grâces extraordinaires. J'en rendais compte, par écrit, à mon directeur; mais comme je n'en gardais point de mémoire pour moi, ne m'occupant que de correspondre à l'amour immense de Notre-Seigneur, qui m'était montré dans son sacré Cœur, je ne me souviens que confusément de ces faveurs célestes: car il me semble qu'alors mon âme était toute perdue en Dieu. Mais ce que je me suis toujours rappelé, c'est que Notre-Seigneur me montra une croix où Il me dit qu'Il crucifiait lui-même ses épouses. Je ne sais si j'en fus effrayée, mais il ajouta à peu près ces paroles :

— Consolez-vous, ma fille, vous ne serez crucifiée qu'après moi ; les clous entreront dans ma chair avant d'entrer dans la votre.

Il voulait sans doute me dire, par ces paroles, qu'ayant épuisé le premier les rigueurs de la croix, Il en avait adouci l’amertume pour ses disciples qui devaient la porter après lui.

Notre-Seigneur me faisait passer du Thabor au Calvaire, selon son bon plaisir et le besoin de mon âme ; mais alors, mieux instruite des voies de Dieu que dans mon enfance, je portais cet état pénible sans qu'il nuisît à mon bien.

 

BONNE SAMARITAINE

Notre-Seigneur m'avait donné beaucoup d'attrait pour faire l'aumône. Comme j'avais une petite bourse, j'étais libre de faire ce que je voulais sans que mon père s'en mit en peine. Alors je donnais tantôt à Notre-Seigneur, tantôt à la sainte Vierge en la personne des pauvres.

Il vint demeurer auprès de la maison une jeune femme qui tomba malade aussitôt après son mariage. Sa maladie fut longue. J'eus la mission de l'assister et de la préparer à la mort; je mis près d'elle une image de la très sainte Vierge, et sans doute cette bonne Mère lui vint en aide dans ce dernier combat, qui fut pénible. Jeune encore, je ne m'étais pas souvent trouvée en face de la mort, et cette pauvre affligée, que j'encourageais par des paroles de consolation, me voulait sans cesse à ses côtés. Le bon Dieu me soutint. Elle m'envoya chercher dans la nuit pour savoir si elle allait bientôt mourir; je lui dis que bientôt le Seigneur l'appellerait à lui; elle était à la dernière extrémité. Je ne sais si c'est à la vue de quelque chose; l'ange de ténèbres venait, sans doute, pour la tenter à ce dernier passage :

— Je vois, dit-elle, au pied de mon lit un gros chat noir.

Je n'apercevais rien. On aspergea le lit d'eau bénite.

— Je le vois encore, dit-elle.

On fit une seconde aspersion, et il fut contraint de prendre la fuite. Nous priâmes pour cette infortunée, et elle expira devant mes yeux. Elle avait reçu tous les sacrements dans des dispositions très édifiantes. Après sa mort, le bon Dieu permit que je me trouvasse presque obligée de l'ensevelir avec une de mes amies. Cet acte de charité me répugnait, mais il n'y avait personne pour rendre ce service à cette pauvre défunte. Le Seigneur m'assista en présence de la mort, que je n'avais jamais vue de si près et qui m'effrayait beaucoup. [10]

Le divin Maître, dans sa grande miséricorde, me procurait ainsi des moyens de couvrir la multitude de mes péchés, qui, sans doute, étaient la cause du retard de mon entrée en religion. Mais enfin le moment du Seigneur approchait. Je priais tous les saint d’intercéder pour moi ; j’avais souvent recours à notre sainte mère Thérèse. Mon père avait dans sa chambre un tableau qui la représentait; quand j’étais à table, je la regardais sans cesse; quelque fois je me trouvais plus occupée d’elle que de mon dîner. Mon père, qui savait alors que je voulais être Carmélite, m’en parlait souvent en dînant. Il me fit une fois beaucoup rire d’une inquiétude qu’il me communiqua au sujet de mon futur lit de Carmélite.

— Si les draps des Carmélites sont, comme on le dit, cloués aux quatre coins, comment feras-tu pour entrer dans un lit ainsi disposé et pour te coucher ?

Oh! c’était bien là, la moindre de mes inquiétudes.

Je ne me contentais pas de prier notre sainte mère Thérèse. En lisant sa vie, j’écrivis les noms des confesseurs et de tous les saints personnages qui l’ont aidée à établir la réforme; j’en fis une litanie, sans même examiner s’ils étaient tous canonisés. Saint Jean de la Croix fut le premier, et j’y joignis les saints envers lesquels je sentais le plus de dévotion, afin que tous ces puissants avocats, plaidant ma cause, m’ouvrissent enfin les portes du Carmel. Eh bien! ils ne furent point insensibles à cet acte de confiance et de simplicité; car ce fut la veille de la fête de tous les Saints de l’ordre, après les premières vêpres, qu’ils m’introduisirent dans cet heureux asile, objet de tous mes désirs ». [11]

 

[1] Document A; page 12.

[2] Document A; page 14.

[3] “Une famille pauvre, composée de trois personnes, le père, homme de journée, la femme aveugle, et un petit garçon âgé de quatre ou cinq ans” (Abbé Janvier). Cette famille s’installa à côté de la maison paternelle de sœur Marie de Saint-Pierre.

[4] Document A; page 20.

[5] Document A; page 21.

[6] Vie manuscrite; page 24.

[7] Document A; page 22.

[8] Document A; page 24.

[9] Sainte Marguerite-Marie de Paray-le-Monial.

[10] Document A; page 29.

[11] Document A; page 31. Vie manuscrite, page 33.

Wednesday, 12 November 2025

Wednesday's Good Reading: “Rex Pacificus” by Plinio Corrêa de Oliveira (in Portuguese)

 

Revista Legionário, 12-3-1939.

 

No dia em que se desenrolam em Roma as cerimônias faustosas da coroação do novo Pontífice, deve ser grato aos corações católicos meditar atentamente as circunstâncias dentro das quais essa solenidade se realiza.

No século passado, em que o liberalismo político grassava pela Europa inteira, agravado por uma monomania democrática vizinha do delírio, as grandes solenidades pontifícias se desenrolavam não raramente sob o olhar hostil e a censura surda de grandes setores da opinião pública. Evidentemente, durante toda a vida da Igreja, nunca faltou a esta o amor de filhos dedicados e entusiastas.

Entretanto, é incontestável que, no século passado, os fulgores dessas belas provas de amor alternavam sombriamente com o rancor igualitário daqueles que, na faina de destruir toda a ordem religiosa, política e social, não suportavam o espetáculo grandioso das cerimônias do Vaticano.

Os argumentos não faltavam para servir de pretexto a tanto rancor. O primeiro deles, já antigo, era da autoria de Judas Iscariotes: por que gastar tanto dinheiro, em lugar de dar aos pobres? O outro, de sabor mais acentuadamente luterano: não haverá idolatria em se prestar a um homem tantas provas de sumo respeito? Finalmente, a blasfêmia anarquista não deixava de se fazer ouvir neste triste concerto: quando chegará o dia feliz em que enforcaremos o último Papa nas tripas do último rei?

A Santa Sé nunca deu atenção a tais rancores. Com uma sublime e desassombrada energia, ela continuou a manter intacto seu magnífico e suntuoso cerimonial, que outra coisa não é senão a afirmação, através de cerimônias perceptíveis pelos sentidos, do princípio da autoridade, de que o Papa é o mais alto e mais sagrado representante na Terra.

Nas fileiras católicas, não faltou infelizmente quem tivesse a audácia de propor à Santa Sé que, para conciliar melhor as simpatias das massas, e vencer mais facilmente a revolução social que se fazia prenunciar de modo sinistro, o Papado se "democratizasse" e o Pontífice Romano renunciasse às manifestações exteriores e solenes de seu supremo poder.

A Igreja, entretanto, nunca deu ouvidos a essa falaciosa proposta. Não é de seu feitio transigir com o erro, ou procurar entabular com ele um duelo de subtilezas e astúcias.

Quando o princípio de autoridade periclitava no mundo inteiro, pondo em risco a autoridade de todos os monarcas e chefes de Estado, não era o Vigário de Cristo, do qual provém toda a autoridade, que tomaria ares de pactuar com a revolução. A missão da Igreja não consiste em se adaptar aos séculos, mas de adaptá-los a si própria. Ela nunca baixará até os erros dos homens, mas elevará a humanidade até si.

Por isso, enquanto as monarquias ruíam fragorosamente, as repúblicas se dissolviam na anarquia das crises sociais, e as mais antigas dentre as cortes sobreviventes se democratizavam a olhos vistos, o Vaticano conservou intacto seu grandioso cerimonial.

Vem, agora, o outro aspecto da questão.

Um verdadeiro vendaval político-social foi a consequência da pregação das doutrinas liberais. Esse vendaval suscitou a tendência geral para uma consolidação de autoridade. Todos os povos, outrora minados pela febre da liberdade, se sentem hoje trabalhados por uma intensa propaganda a favor da consolidação do Poder público, com preterição ou até supressão dos mais sagrados direitos da pessoa humana.

Os novos césares, como o exige a natureza das doutrinas que pregam, sentem a necessidade de confirmar sua autoridade com os sinais exteriores do poder, desenvolvidos através de imponentes cerimônias cívicas. E, com isso, todo um cerimonial político renasce em nossos dias, que bem poderia ser chamado a liturgia faustosa dos novos ídolos que as massas levantam acima de si mesmas para lhes prestar adoração.

Interessante é notar, a esse propósito, o ambiente que cerca essa nova e estranha liturgia política. Duas notas a caracterizam: força e domínio. Atente-se para uma cerimônia nazista. Em algum imenso estádio da Alemanha, comprime-se uma multidão incontável, que se torna cada vez mais densa porque os ônibus e os trens despejam ondas humanas sempre mais numerosas. Para encher o tempo, inúmeros alto-falantes transmitem a voz de um locutor.

Do que fala ele? Da luta do partido nazista, de suas vitórias passadas, dos inimigos que esmagou, esmaga e esmagará. Quando, ao cabo de uma longa série de injúrias e de ameaças, o locutor se cala para tomar fôlego, a multidão entoa cânticos guerreiros. Refletores deslumbrantes erguem para o céu colunas verticais. Uma tribuna imensa, composta de blocos graníticos pesados e brutais, se ergue no centro de tudo isso. De repente, estrugem gritos e urros de entusiasmo. É o “Führer” que chega.

As canções guerreiras redobram. Os canhões estrugem. A multidão ulula como um mar enfurecido. O “Führer” começa a falar: do outro lado das fronteiras, Chamberlain treme de medo, apoiado em seu guarda-chuva; Daladier prefere fingir que não ouve, para não ter de brigar (como os meninos bem educados, quando passam perto dos moleques na rua e ouve seus insultos, fingindo não notar nada). Mussolini presta atenção: é tão bonito; quem sabe se ele conseguirá fazer igual! Roosevelt não entende bem como é que, tendo ele tantos milhões de dólares, Hitler não é amigo dos Estados Unidos. E os povos fracos da Terra tremem.

Para completar o quadro, seria suficiente que uma legião de demônios aparecesse no céu, vociferando em gritos agrestes: glória ao novo messias, a opressão, na terra, para os povos que não têm canhões! E o mundo inteiro aplaude ou treme; mas, quer aplaudindo, quer tremendo, secretamente admira!

É sob o signo dessa dura liturgia do ódio e da guerra, do sangue e da luta, que o mundo curva a cabeça em atitude respeitosa e admirativa. Nessas grandes festas públicas, não há outro gáudio senão o do orgulho exacerbado e do ódio satisfeito.

Não são propriamente festas, esses tremendos “sabbats” cívicos. São bacanais em que as multidões não se embriagam mais, como no tempo dos césares, com o vinho capitoso e subtil das plantações itálicas, mas com o licor espiritual grosseiro, de um patriotismo levado até à loucura.

Enquanto isso, morre para o mundo e nasce placidamente para o Céu o Papa Pio XI. Sua morte não anunciada pelo troar dos canhões, mas pelo som paternal e suave dos sinos de São Pedro, que repercutem de campanário em campanário, até os extremos da China ou da Groenlândia.

Nenhum Departamento de Propaganda engaiola as multidões para levá-las à força para Roma. Mas Roma se enche de uma multidão que faria babar de inveja o Ministério da Propaganda da Alemanha [do período nazista], e muitas repartições congêneres de outros países. Não há desfiles marciais de soldados, nem desenrolar de tropas agressivas. Apenas a gendarmerie pontifícia, que contém e policia paternalmente a multidão pacífica e enlutada.

Anuncia-se, depois, o novo Papa. Uma multidão aguarda seu nome. Outras multidões afluem de todas as ruas e de todos os becos de Roma, para saber quem foi o eleito. Todo o mundo aplaude. Mas, ainda aí, não há outro eco senão o das sonoras e musicais trombetas de prata dos arautos, as harmonias graves dos sinos da Cidade Eterna, e os vivas da multidão.

Não, o Vaticano não é a caserna em que o gado humano é arregimentado para a carnificina, mas a casa suntuosa, porém acolhedora, do Pai comum, que é o lar espiritual de todos os povos da Terra, que ali ombreiam uns com os outros, numa alegria despreocupada e pacífica, de que só o Vaticano, hoje em dia, é teatro.

Finalmente, anuncia-se a coroação do Papa. Nenhuma cerimônia, no mundo inteiro, é mais majestosa. Nenhuma, porém, é ao mesmo tempo mais pacífica, mais serena, mais familiar. O povo não treme diante de um ídolo, mas delira de contentamento diante de um Pai. O povo não se ajoelha diante de um algoz, mas beija reverente os pés daquele que é uma branca e suave figura. E na majestade de seu porte, a Santidade e a Majestade suprema do Criador.

E, no menor Estado do mundo, que é o Vaticano, uma das maiores multidões que a Itália — mesmo a fascista — tenha jamais contemplado, celebra, à sombra do Vigário de Cristo, ao mesmo tempo a mais pacífica e a mais jubilosa das cerimônias deste sinistro século de lutas e de guerras.

Tuesday, 11 November 2025

Tuesday's Serial: “Scarface” by Armitage Trail (in English) - XI.

 

CHAPTER XXI

A year passed rather uneventfully. Tony's power, undisputed save for sporadic, disorganized, short-lived outbreaks here and there, grew until it almost became burdensome. And his income had gone far beyond his wildest dreams. Always being written up and talked about but almost never seen, he had become a legendary figure, symbolical of underworld success.

Two items in the papers concerning his own family had interested him. His father had died and his brother had been promoted to a detective lieutenancy. Tony's answer to the first had been to arrange for one of his trusted attorneys to inform his mother of the death of some mysterious relative in the West and thereafter pay her $1,000 a month, supposedly from the deceased's estate. His answer to the second had been a long, loud, ironical laugh. He had heard through various reliable sources that his brother was not averse to graft and was quite a devil with the women, despite his wife and child. Tony grinned when he thought what a stir there would be if it were discovered that the brother of Detective Lieutenant Ben Gua­rino was the famous gang leader, Scarface Tony Camonte.

He and Jane were still together, constantly quarreling a bit more, but still together. They moved often, as often as the owners of the luxuri­ous apartment houses to which they confined their residence discovered their real identities. But they enjoyed the best of everything and waved wads of money in the envious faces of the stiff-backed “genteels” who snubbed them. Tony had no fault to find with the world so far. Success wasn't diffi­cult, if you weren't squeamish about how you achieved it. He surmised wisely that many another millionaire had discovered that fact early in his career.

But inactivity palled on Tony. He stretched and began looking around for new worlds to conquer. People said the East—New York—was the most lucrative liquor and racket section in the country. There were a lot of hoodlums in it, of course, but they weren't used to the ruthless Mid­dle West methods. Machine guns and bombs would give the more effete Easterners the surprise of their lives.

At about that same time rumors that the Easterners were looking westward with avaricious eyes gained circulation and credence. It was said that the notorious Frankie Wales, most ruthless of the Eastern gang leaders, was planning an active campaign for the Middle West with the Middle West's own methods and weapons. But Tony only laughed contemptuously when his lieutenants came to him with such stories. He was too powerful, too well known even in New York for any other leader to even dream of wresting his power and wealth away from him. But the suggestion of another hot battle brought back the old sparkle to his eyes. If anybody tried to cut in on him, he'd show them a thing or two. He'd not only hold his territory but he'd capture theirs, wherever it might be and whoever it might be.

Tony didn't believe the reports of the Eastern invasion until one night when he was eating dinner in the main floor dining-room of his hotel head­quarters. The sudden crash of shattering glass and the vicious stuttering of a machine-gun in the street outside startled him from his complacent reverie. He ducked under the table and drew his automatic. That nasty rat-tat-tat was still going in the street, the big plate glass window up in front was still splintering. And he could hear whizzing bullets whining spitefully above his head. Then the machine guns hushed and he heard a powerful car roar away. There was no doubt as to whom they were after. Had he been a second later in dodging beneath the table, his well-tailored form would have been drilled by a score of bullets; the holes in the wall back of where he had been sitting proved that.

He remembered suddenly that the North Side mob had scared Johnny Lovo into leaving town by that same trick. Well, whoever had pulled it this time, would find he wasn't afraid of anything. If they wanted a war, they could have one. And he'd be glad to see that they got a good one.

That his unknown enemies meant business was proved by their activities the rest of the night. They bombed his biggest warehouse and killed two of his henchmen who were driving the sedan which he ordinarily used. Things were picking up. Tony smiled with keen anticipation.

Walking quickly into the lobby of the hotel the next night, following a tour of inspection and prep­ration at various outposts of his activities, Tony saw two people getting into the elevator. Mike Rinaldo, his prize gunman, and a girl. But the glimpse he got of the girl's face before the door clanged shut and the car shot upward made his eyes widen and his breath catch. Surely it must be—

He turned to a small group of his henchmen lounging nearby.

"That girl who just went up with Mike," he said slowly, coldly. "Do any of you know who she is?"

"Why that's one of the sweetest little propositions that's turned up around here in a long time. But particular—Jeez! Mike's the only guy in the mob that's been able to make her so far. Her name is—lemmesee—I think it's Rosie Guarino."

"God!" breathed Tony hoarsely.

"What's the matter, chief?"

"N-nothing," answered Tony breathlessly. But his face had gone deathly white.

His thoughts seemed to be trying to race fran­tically up a terribly steep hill. Rosie, his little sister Rosie, the one that had always been such a model little housekeeper while their mother tended to the store. He realized suddenly that she must be twenty-two or three now. And he had been thinking of her as a beautiful kid of sixteen. But here in this disreputable hotel, gone upstairs with Mike Rinaldo, the accomplished and unscrupulous heart-breaker who was the best gunman in the city. . . His sister. . . . No, it mustn't be. . . . If she hadn't sense enough herself, somebody else—

He walked over to the desk, his step a trifle un­steady, his eyes glazed in contemplation of a horror more terrible than any he had seen on French battlefields.

"What number did you give Mike Rinaldo?" he asked.

"Six-twelve," answered the clerk. "But a lady went up with him, Mr. Camonte. Wouldn't it be better to call?"

"Thanks. I—I'll call him later."

He walked over and entered the elevator, which had come back down.

"Six," he said dully and swayed a little from the sudden jerk as the car started upward.

He had killed for money, for vengeance, for lust, for almost every reason except a worthy one. His sister. . . . Upstairs. . . . In his own hotel. . . . With one of his own gunmen. . . . Of course, Mike was the straightest and most ruthless shot in the city. Tony realized he might be facing death, probably was. Mike was touchy about his heart affairs. But Tony had faced death before. He'd always won before. One of these days he was bound to lose—luck couldn't run the same way all the time. But whichever way things went, he would always be facing it.

The door clanged open and Tony stepped out into the hall, his right hand plunged deep into his side coat pocket, his lean fingers tensed about the cold butt of the heavy automatic there.

 

 

CHAPTER XXII

Slowly, yet with a tense, frantic haste, Scarface Tony Camonte went down the hall, peering intently at the brass numbers on the doors, his hand rigid about the butt of the heavy automatic in his side coat pocket.

Then he found it. 612. He halted and turned toward the door, gathering himself like a furious animal making ready to spring. With the silent, effortless ease of a fatal snake, his practiced right hand drew the automatic, then gently dropped to his side. Then his left hand reached out to the door-knob, and he quietly tried it. But the door was locked.

Tony's lips curled into a vicious snarl and his clenched fist banged savagely against the polished wood of the fastened door. There was a pause. Then:

"What do you want?" came the angry growl from within.

"Come out here!" snapped Tony, and instinctively moved aside so that when the door opened he would not be visible.

"Go 'way and lemme alone," came the retort. "I'm busy."

The gang leader's face flamed with rage and his breath came in short, hoarse gasps.

"This is Tony Camonte, the boss," he gritted, his mouth close to the crack where the door met the jamb. "I want to see you now. If you don't come out. I'll send for a pass-key and come in."

He drew back again and his grip on the automatic tightened. He heard muffled sounds of stirring within the room and a feminine giggle. And he muttered an awful curse under his breath as the key turned in the lock. The door swung open.

"Say, Chief, what the hell's the matter with you, anyway?" demanded Mike Rinaldo's voice.

Then Mike himself appeared. His coat and vest were off, his collar open at the throat. His handsome dark face was flushed and his oily black hair tousled. His appearance alone was enough, under the circumstances, to give Tony the final impulse to murder, to furnish the igniting spark for the ready powder. Surprised and angry, Mike turned to face his employer.

Tony's right hand snapped up and the ugly black barrel of the automatic centered steadily on the gunman's body a few inches above his shining gold belt buckle.

“You rat!” snarled Tony. “You picked the wrong dame this time.”

The two pairs of cold, hard, expressionless eyes, murderers’ eyes both, met, clashed. Then Mike's widened at something he saw in those of his em­ployer. He was staring death in the face and he realized it. His right hand darted for his hip. But he hadn't a chance; Tony didn't dare give him a chance. Under any other conditions, Tony would have been glad to meet him on even terms, but now the great gang leader felt that he dare not take any risks. He must make sure, because of that girl in there.

In the language of their kind, Tony “let him have it.” The shots roared out. Half a dozen of them. Yet so close together that they seemed to merge into a single explosion as they reverberated down the hall. Mike's jaw dropped and he gazed stupidly at his murderer through the haze of a bluish smoke. Then he passed a trembling hand bewilderedly over his suddenly ashen face and with a gasp abruptly sagged to the floor. Half a dozen spots of red had appeared on his hitherto spotless white shirt-front. Tony watched with interest as they enlarged, then finally merged into one big stain that grew bigger.

Suddenly Tony laughed, a little hysterically. Then he became aware that the girl inside the room was screaming madly. That screaming cleared his head like a dash of cold water. With his foot, he moved the body beyond the doorway, then walked into the room. A beautiful dark girl, clad in pink silk lingerie and with a dress clutched in her hands, stood there shrieking.

Her eyes dilated with terror as she saw him come in and she backed away, lifting one hand as if to ward off an attack. Tony stared at her a moment, feeling the bitter agony of coals of fire being heaped upon his head. His sister! To be found like that! But he was thankful that she didn't recognize him.

“Shut up!” he snapped. “Get your dress on and get out of here before the cops come.”

“You murdered him!” she moaned. “Oh, you beast! You murdered him!”

The bitter irony of the situation cut Tony to the quick. Reviled by his own sister for having saved her from the rapacity of one of his gunmen! He wanted to take her in his arms, comfort her, ex­plain everything to her, warn her. But he didn't dare. He realized that the knowledge that he was the notorious Tony Camonte would kill his mother. No, his family believed him dead; he must remain dead so far as they knew.

"Shut up!" he commanded with vicious emphasis. "And get out of here!"

Sobbing hysterically, she wriggled into the dress and donned her hat and coat. He took her arm but she flinched away from him and hurried to the doorway. There she paused and swayed un­steadily. Her horrified gaze had seen the bloody heap that was Mike. With a piercing scream she collapsed across the body, frantically kissing the ghastly face.

His own emotions stretched to the breaking point, Tony picked her up roughly and shoved her toward the elevator.

"Get out!" he gritted. "And stay out! And keep your mouth shut!"

She gazed back at him, deathly pale, wide-eyed with terror.

"I hope they hang you!" she cried, and began to run, sobbing in great choking gasps.

She passed the closed elevator door and con­tinued on to the stairway. Tony heard her rapid clicking footsteps and breathless, catching sobs die away. Then he went back and stared down at the body.

"Too bad, Mike," he said in a low tone, as if the inert figure of the dead gangster could hear. "But it had to be done."

He walked into the bedroom and picked up the telephone.

"Mike just died," he said dully, when the clerk answered. "I'll see about arrangements later. Tell all the boys that if some nosey dicks come around, they ain't got the slightest idea what was the name of the dame who came up here to-night with Mike, See? It's curtains for the guy that squeals her name to anbody, hear?" he added viciously. "Tell 'em that, too."

The sharp thud of the telephone as he set it down on the little table penetrated the fog that seemed to have come up around his perceptions since that hoodlum in the lobby had identified Mike's new girl. Well, she was gone now, anyway. If anything happened; she would be clear of it. He realized that the night's events would kill his mother. But she wouldn't know. What a blessing it was that most people actually knew so little.

He walked to the doorway and stared down at Mike's body again. Suddenly his eyes snapped and he hurled the automatic down. It struck the body then bounced away across the hall and lay still, an unerring instrument of death.

The other killings that Tony had perpetrated had given him a thrill, a sharp, exhilarating sense of triumph, of having outwitted and conquered enemies who would willingly have done the same to him. But he felt none of that now. He was dazed, shaky, and very tired. He felt suddenly old. It seemed as if he had lived a century and yet. And yet, it must be less than fifteen minutes.

He turned and went slowly upstairs to his private office. Sinking into the comfortable chair behind his big desk, he rested his elbows on its polished walnut surface and let his head fall for­ward into his hands.

How long he had been sitting there that way he didn't know. But he realized suddenly that the spacious room was filling with men. He looked up, to find Captain Flanagan, his revolver drawn, staring down at him with a grim little smile lurking around the corners of his hard mouth.

"Well, Tony, I guess we got you this time, with the goods," said Flanagan with relish. "So you killed Mike Rinaldo over a dame."

Tony stiffened and sat up straight, his eyes blaz­ing as he stared at the crowd of officers. Who had squealed?

"Take it easy, Tony," growled Flanagan warningly, sensing the gang leader's sudden arousal. "You're comin' to the D.A.'s office with us. Stick out your mitts!"

There was a metallic rattle as another detective stepped forward with a pair of handcuffs. Tony stared at them. Then an expression of disgust crossed his face and he looked up at Flanagan again with his usual defiant pride flooding back into his face and manner.

"You don't need no bracelets for me!" he snapped. "I'm no cheap second-story man. I'll go with you, anywhere you want to take me, but I'm goin' to call a mouthpiece to come down and see that I get my rights."

He reached for the telephone but one of the of­ficers snatched it away from him. Half a dozen others closed in on him, their attitude obviously menacing. And Flanagan had lifted the muzzle of his revolver until it pointed at Tony's chest.

"Oh, you're goin', all right! " said the burly chief of detectives, seeming oddly elated. "And you're goin' to wear the bracelets. We ain't takin' no chances. Ain't often we get a chance to pinch a big shot like you," he added sarcastically, with a nasty grin. "And you ain't callin' nobody till after you been to the D.A.'s office."

"Listen, Flanagan, I'm due for all the breaks you guys can give me. The dough I've paid—"

"Don't know a thing about it, Tony," lied the chief of detectives glibly. "Anyway, I've heard that you haven't been so liberal since you got to be so strong."

Which was true. Now that he and his gang held undisputed sway over the booze racket and certain other underworld activities of the big city, he had trimmed the amounts that he paid out for protection. No use throwing away any more dough than you had to. If there were no other gangs that the authorities could throw their allegiance to, they'd ride along for smaller “bits.”

They handcuffed him none too gently and led him downstairs. Tony had a glimpse of his gangsters congregating in the lobby staring at the party with amazed hate. And the realization that his men had seen their master led out by the police, trussed like a common small-time burglar, galled him much more than the trouble ahead.

He was hurried outside and pushed into one of the three big squad cars that had brought the party out from the detective bureau and which were now parked at the curb, guarded by half a dozen other officers, armed with small machine-guns. The whole crowd acted as if they were executing a coup as daring as kidnaping Napoleon from the midst of his army.

The three big cars raced downtown, their shrieking sirens clearing a path and making people turn to stare. Tony's impenetrable silence masked a seething inward fury. Who had squealed? How had the dicks known about Mike's death so soon and how had they known who to pinch for it? It looked as if somebody, seeing a chance to “get” him, had taken advantage of the opportunity with all speed. But who? Well, one thing certain, they'd pay. It would be curtains for the guilty person.

Moran, the first assistant district attorney, was awaiting them in the prosecutor's offices on the second floor of the gloomy Criminal Courts building. And Tony grunted scornfully as he saw him. Mo­ran was a good prosecutor, all right, the best they had; but he was also the collector for his chief. Tony had paid him thousands. He was a tall, lean young man with icy blue eyes behind horn-rimmed glasses, and a nasty, cynical smile that held no mirth in it.

“Well, Camonte, what have you got to say for yourself?” he demanded.

“Nothing—here,” snapped Tony. “You must think I'm dumb.”

“Yes, I do.”

Tony's face flamed and the chain of the hand­cuffs rattled as his hands clenched and writhed.

"I want to talk to you alone, Moran," he gritted in a low tone.

Moran surveyed him a moment then produced a revolver and laid it on the desk close at hand.

"You fellows can wait in the outer office," he said to the crowd of detectives. "I'll call you when I want you." As they trooped out, he looked up at the gang leader with a deadly glance. "One false move, Camonte," he said coldly, "and I'll shoot you down like a dog."

“Yes, I believe you'd like to get the chance,” agreed Tony bitterly.

“It would save the state the expense of trying and hanging you.”

Tony laughed harshly. “Don't talk foolish! You couldn't convict me!”

“No? Well, watch us. Or rather, watch me. The Chief says I'm to prosecute.”

“Where is he?”

“At home, of course. You're not important enough to get him out of bed in the middle of the night to come down here and question you.”

“No? Well, I'm important enough to give him a nice big bit every month. And you, too. If anything happened to me, the gang would go to pieces and you wouldn't get those bits any longer.”

“If your gang was broken up, there'd be room for two or three other gangs, and each one of ’em would be glad to kick in with as much as you do. Competition is the life of trade, you know,” he added grimly.

“I could increase my bits,” suggested Tony shrewdly.

“Yes, but that wouldn't interest us now. Three or four gangs spread around the city are a lot more help to a political machine than just one. And you've never shown any interest in helping us build up the machine, anyway. No, Camonte, this is our chance to knock you off your throne and we're not going to miss it.”

Tony's face had frozen and his eyes glittered.

“Listen, Moran,” he said, and his voice held a cold, deadly venom that made the assistant district attorney flinch, "if you bring me to trial, you and the D. A. will both be mighty sorry, before it's all over."

"Are you threatening me?" blustered Moran.

“No. Just trying to keep you from making a fool of yourself.”

Moran laughed harshly, sarcastically.

"Leave that to us! I'll convict you, all right. The girl's testimony alone will—"

"What girl?" demanded Tony tensely.

"This Rosie Guarino, the one you killed Mike over. She's the one that turned you up for the job and she's volunteered to testify. Women! They're the ruination of all you Wops. I guess you didn't know that this dame and Mike had been secretly married down at Crown Point a week ago."

So that was what they thought, that he had killed Mike because of jealousy. No wonder Flan­agan had looked at him with contempt. And she and Mike had been married. Good God! He had had no right to— But how could he know, with Mike's past what it was?

Weary and bewildered, his mind a confused maze, Tony was led away to a cell.