Thursday, 9 April 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - XXII.

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Si j'étais théologien...

    Lettre de novembre 1847

Le beau rôle de Marie

Je le dis dans la simplicité de mon âme: Oui, si j’étais théologien, j’en pourrais faire un traité admirable mais comme je ne suis que le pauvre âne du saint Enfant, je me trouve, par ma condition, réduite à garder le silence cependant je me rappelle que l’âne de Balaam a bien parlé dans l’ancienne loi à son exemple, je dirai donc sous la loi nouvelle quelques mots pour la gloire de Jésus et de sa très sainte Mère.»

(...)

O Vierge sainte, que vous êtes pure et admirable! L’Esprit-Saint paraît sans cesse occupé de vous. A votre naissance, je l’entends dire dans son conseil divin: Notre sœur est petite..., que lui ferons-nous au jour où il lui faudra parler?... Il me semble dans ma simplicité que ce jour, où il faudra lui parler et où elle devra parler, est celui de l’Ambassade de l’ange Gabrielc’est le moment de ce bienheureux fait, de cette consolante parole qui doit être l’aurore de notre salut.

Ce moment marqué par les décrets de Dieu est arrivé. Marie a trouvé grâce devant le Seigneur et conçu le Verbe divin par l’opération du Saint-Esprit. Je l’entends, cette auguste Vierge, annoncer au genre humain son bonheur et la grande nouvelle de l’Incarnation : Mon bien-aimé est tout à moi, et moi je suis tout à lui.

O mystère ineffable ! celui qui repose éternellement dans le sein du Père éternel repose en même temps dans le sein d’une humble vierge. Je vous adore, ô très saint Enfant-Jésus, dans cette couche royale environnée de roses et de lismon âme éprouve une joie indicible de vous voir si bien logé dans cette Maison d’or que la suprême sagesse a bâtie.

Mais voilà le genre humain qui vous attend: depuis quatre mille ans la nature tout entière soupire après votre bienheureuse naissanceelle la demande à grands cris au ciel et à la terre par ces paroles: Qui me rendra assez heureuse pour vous trouver dehors, ô mon aimable Frère? Sortez donc, ô divin Jésus, de la prison virginale où l’amour vous tient renfermé donnez-moi la consolation de vous voir et de vous adorer! Réjouissons-nous, voici l’auguste Marie qui nous donne l’espérance de voir nos souhaits bientôt accomplis par cette douce promesse: Mon bien-aimé est pour moi comme un bouquet de myrrheil reposera sur mon seinvous le verrez bientôt.

Enfin le jour de joie est arrivéles anges, dans leur admirable symphonie, chantent: Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. L’heure du salut pour l’homme a sonné: voilà son Sauveur qui sort du sein virginal de Marie. O terre mille fois heureuse, en ce jour d’éternelle mémoire, tu deviens un ciel!

O glorieuse Mère de Dieu, je n’ai plus rien à désirermes souhaits sont accomplisvoilà que je trouve Jésus, mon divin Rédempteur, entre vos bras sacrés il repose sur votre sein maternelil se nourrit de votre lait virginal. C’est à cette heure que j’entends encore la voix de l’Époux céleste vous féliciter de votre maternité bienheureuse, en vous disant : Vous êtes toute belle, ô ma bien-aimée, et il n’y a pas de tache en vous. Oui, auguste Mère, vous êtes toute belle aux yeux du divin Époux, parce que vous seule avez conservé la belle fleur de la virginité en produisant le fruit de la plus riche fécondité. Vous êtes vierge avant, vierge pendant, vierge après l’enfantement de votre très cher Fils. Tandis que les anges chanteront dans le ciel le cantique éternel de Dieu trois fois saint, nous chanterons sur la terre le cantique virginal de la Mère trois fois vierge.»

 

L’oraison est une école

«Vous voyez, ma Révérende Mère, que l’Esprit-Saint ne cesse dans les Écritures de préconiser la maternité virginale de Marie. Le Maître des docteurs veut bien dans sa miséricorde donner quelques lumières sur ce sujet à sa petite servante, afin qu’elle puisse honorer avec confiance ce mystère ineffable et si digne de nos hommages: mystère qui ne peut pas être apprécié de tous les chrétiens et que Notre-Seigneur découvre à peu de personnes, en leur accordant des grâces spéciales pour le comprendre et le bénir au nom de tous ceux dont il reste ignoré.

O très sainte et très pure Mère de Dieu, découvrez à nos âmes le profond mystère de votre virginale maternité, et distillez pour tous vos chers enfants ce lait précieux et sacré de la divine miséricorde!»

 

 

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J'ai vu, j'ai entendu des choses...

    Lettre du 8 novembre 1847

“La sainte Vierge m’est apparue...”

Depuis le jour que je vous écrivais pour vous rendre compte de ma conscience, il a plu à Notre-Seigneur et à sa sainte Mère d’opérer bien des choses dans l’âme de leur indigne servante. Cette tendre Mère et le saint Enfant-Jésus, depuis près de cinq mois, ont pris possession de la petite chapelle de mon cœurc’est là que je contemple sans cesse le ravissant mystère de la maternité divine. O grandeur de Marie, ô privilège incomparable auquel je n’avais jamais bien pensé ! Bienheureuse Vierge, vous allaitez votre Créateur, vous nourrissez le pain de vie qui nourrit tous les êtres! Soyez éternellement bénie d’avoir fourni le sang très pur dont a été formé le corps adorable de notre Sauveur. Soyez bénie encore d’avoir donner à Jésus enfant votre lait, que ce divin Rédempteur a changé en son sang pour le faire couler sur nous par la blessure de son Cœur sacré et par ses autres plaies.

Ma Révérende Mère, je tremble à la vue de ma misère et de mon incapacité, en pensant qu’il me faut parler maintenant d’un mystère admirable de miséricorde et d’amour, confié par la très sainte Vierge à cette pauvre petite servante de l’Enfant-Jésus. Si je me tais, je ferai de la peine à ma divine Mèreet si je parle, je crains de ne pas bien rendre son céleste langage. Je la prie donc de conduire elle-même ma plume.

 

La Salette

Depuis hier, après la sainte communion, je suis sous l’impression d’une grâce très puissante. J’ai vu, j’ai entendu des choses ravissantesla sainte Vierge s’est communiquée plusieurs fois à moi. cette auguste Mère m’est apparue dans l’intérieur de mon âme, mais cette fois elle ne tenait point entre ses bras le divin Enfant : elle était seule. Alors j’ai vu couler par torrents son lait virginal, et les anges recevaient dans des vases célestes cette précieuse liqueur. Je les ai priés de la répandre sur le clergé, sur les maisons de notre saint Ordre, enfin sur le monde entier. Cette vue me ravissait. Le soir, la même merveille se représentant de nouveau à mon esprit, je me sentis pressée de demander à la sainte Vierge l’explication de ce prodigej’ai supplié les anges et les saints de lui porter ma prière, et, me tenant prosternée à ses pieds, je lui ai dit:

—O ma bonne Mère, que signifie une chose si étonnante? L’année dernière vous êtes descendue sur la terre [1] pour nous montrer votre divin Fils irrité et nous annoncer des malheurset je vois des grâces se répandre à flots sur nous ?...

La sainte Vierge m’a répondu:

—Oui, ma fille, il est certain que je suis apparue l’année dernière, seule, sans mon Fils: la terre n’était pas digne de sa visite. J’ai annoncé des malheurs qui seraient infailliblement arrivés sans ma médiation. J’ai découvert mon sein à mon Fils irrité, je lui ai montré les mamelles qui l’avaient allaité, alors il a révoqué la sentence de la famine il n’a pu se résoudre à priver de pain mes enfants, à cause de l’amour avec lequel je l’ai nourri de mon laitet son bras, levé pour frapper, est tombé désarmé sur mon sein, d’où il a fait couler des torrents de lait qui ont fécondé la terre.

A ces paroles, je me suis écriée:

—O mystère d’amour! Mystère d’amour!

La sainte Vierge a ajouté:

—Dites ces choses à vos supérieurs, afin que ma miséricorde soit aussi connue que l’étaient les maux dont Dieu vous avait menacéspar là on saura quelle est la vertu de mon sein.

Elle m’a ensuite donné grande confiance pour l’extension de l’œuvre réparatrice, me disant:

—Mon Fils a des ressorts cachés dans sa providence : il les fera agir quand l’heure sera venue.

Voilà a peu près ce que la sainte Vierge m’a dit et fait connaître. Maintenant j’éprouve une certitude pleine et parfaite de son apparition aux petits bergers je la signerais de mon sang pour la gloire de ma tendre Mère. C’était sur la montagne des douleurs qu’elle nous avait adoptés comme ses enfants ! sur la montagne aussi, elle vient remplir l’office d’une Mère bonne et généreuseet, en annonçant aux hommes qu’ils méritent, à cause de leurs péchés, d’être privés du pain nécessaire à leur vie, elle leur montre en même temps son sein d’où doit découler le lait de la miséricorde. Oui, par une lumière spéciale, je vois dans cette montagne mystérieuse l’emblème de la sainte Vierge et cette fontaine miraculeuse qui coule depuis l’apparition est le symbole de sein très pur de Marie, où se trouve une source de grâces dont les eaux limpides ne cessent de se répandre sur nous. Ah ! que rendrons-nous à cette Mère si aimable ?

La France, bien-aimée de Marie!...

 

O heureux Français, enfants trop aimés de Marie, sachons reconnaître la bienveillance de notre auguste Mère, nous lui devons notre salut! Bénissons-la en mangeant notre pain de chaque jour, nous en sommes redevables à son intercession. Mais convertissons-nous au Seigneur, approchons-nous de son trône avec humilité et surtout avec confiance, car nous avons de puissants médiateurs: le Fils auprès de son Père, et la Mère auprès de son Fils! Le Fils montre à son Père son côté ouvert et les plaies qu’il a reçuesla Mère montre à son Fils le sein et les mamelles qui l’on nourri l’un et l’autre parlent pour nous par des voix de sang et de lait qu’ils font partir de la région de leurs Cœurs. Le Fils refusera-t-il à sa Mère ce qu’elle lui demande pour nous? Le Père refusera-t-il à son Fils ce qu’il lui demande en notre faveur? Comment donc pourrons-nous être refusés? Si nous le craignons à cause de la grandeur de nos crimes, ah! joignons nos larmes à ces deux précieuses liqueurs: le sang de Jésus, le lait de Marieet les larmes de nos yeux feront comme une trinité puissante qui rendra sur la terre un témoignage très assuré de notre salut.

Les promesses relatives au salut de la France s’accompliront, si l’œuvre réparatrice se propage selon le désir de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Si la très sainte Vierge a sauvé la France des malheurs dont elle était menacée, il est bien juste que, par reconnaissance, quelques âmes s’appliquent à l’honorer au non de tous les Français, qui ont été comme nourris sans le savoir du lait mystérieux de cette tendre Mère. Et c’est en mémoire de cet acte héroïque de charité envers la France que, malgré mon indignité, j’ai été choisie pour honorer le mystère de sa maternité divine.

 

Maternité divine et réparation

Il est facile de reconnaître que ces communications ne sont point étrangères à l’œuvre réparatrice dont j’ai précédemment parlé elles s’y rattachent, au contraire, par une liaison très étroite. D’abord, le Seigneur me paraissait irrité contre les pécheurs de la France, à cause des nombreux blasphèmes et des violations du dimanche il menaçait d’engloutir dans les eaux de sa justice notre perfide patrie, si elle n’apaisait sa colère en réparant les outrages faits à la gloire de son Nom, et il promettait de pardonner encore une fois si ses ordres étaient exécutés. Après de grandes contradictions excitées par Satan, la Réparation est enfin née dans la France, et le Seigneur, fidèle à sa parole, a calmé son courroux : il a changé sa justice en miséricorde, et, comme signe d’allégresse, il a fait couler sur la France un lait mystérieux par l’entremise de sa sainte Mère, qui est le canal de ses grâces ! La justice de Dieu m’avait effrayée, maintenant sa miséricorde me ravit.»

 

[1] Allusion à l’apparition de La Salette.

 

 

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Extraits – Encore la France...

    Novembre et décembre 1847

Encore la France...

[Le 11 novembre, fête de saint Martin, la vierge du Carmel sentit une action de la grâce qui] [1] «fut pour moi le signal du combatNotre-Seigneur, après avoir durant six mois inondé mon âme de douceurs ineffables, m’a de nouveau chargée de la Réparation.» [2]

«Mais, ô jugement impénétrable de Dieu, qu’il faut adorer en silence, toutes nos démarches ont été inutiles. [3]

Je ne suis point pour cela découragéecar la très sainte Vierge m’a fait espérer qu’une œuvre si nécessaire à la France s’étendrait dans les villes de ce royaume, et que, en sa considération, elle verserait sur nous le lait de la miséricorde. L’Enfant-Jésus de son côté m’a promis, si elle se propageait selon sa volonté, qu’il donnerait à la France le baiser de paix et de réconciliation Une autre fois, la très sainte Vierge m’a de nouveau recommandé cette confrérie naissante, qui, approuvée par l’Église et enrichie de précieuses faveurs, était toute belle à ses yeuxnotre divine Marie semblait avoir une grande joie de la naissance de cette association qui l’a portée à demander grâce pour la France.»

Jésus couvert de plaies...

«Il m’a fait entendre ces tristes paroles:

—Les Juifs m’ont crucifié le vendredi mais les chrétiens me crucifient le dimanche. Demandez donc de ma part, pour ce diocèse de Tours, l’établissement de l’œuvre réparatrice, afin que mes amis puissent embaumer mes plaies par de pieuses expiations, et obtenir miséricorde pour les coupables. Ma file, l’orage gronde déjàmais je tiendrai ma promesse, si l’on fait ma volonté. Parlez avec humilité, mais en même temps avec une sainte liberté.» [4]

 

Prière de Noël

Prière du 25 décembre 1847

«O mon Dieu! bénissez-moi malgré mon indignité, parce que j’ai fait ce que vous m’avez commandé daignez aussi dans votre grande miséricorde me pardonner mes fautes, car je crains la souveraine rigueur de votre justice quand je pense à ces paroles: “On demandera beaucoup à celui qui aura reçu beaucoup”. Cependant, ô mon Dieu, deux choses me consolent dans la vue de votre jugement. La première, c’est que vous m’avez fait la grâce de marcher dans vos voies avec un esprit de droiture et de simplicité, et toujours sous l’étoile si douce de la sainte obéissance. La seconde, c’est que vous m’avez accordé ce que je vous avais demandé, de ne jamais me glorifier de vos donsoui, Seigneur, je vous dirai jusqu’à la fin de ma vie: A vous seul tout honneur, toute louange et toute gloire, et à moi, misérable pécheresse, la honte, le mépris et la confusion!

Je vous rends mille actions de grâces, ô mon Dieu, d’avoir fait à votre indigne servante deux grands dons: celui de votre Face adorable, et le sein virginal de votre auguste Mère pour y puiser le lait mystérieux de la grâce et de la miséricorde. L’un et l’autre de ces dons charment mon cœur. O aimable Jésus, de quel côté me tournerai-je? D’une part, je vois la Face adorable de mon divin Sauveur, d’où coule un sang précieux qui m’assure la vie éternelle! De l’autre, je vois le sein maternel de Marie, d’où coule un lait mystérieux qui me fait goûter les douceurs d’une manne céleste, et qui remplit mon âme de confiance dans les infinies miséricordes dont la Vierge immaculée est le canal! O bienheureux saints anges, et vous tous, saints et saintes du ciel, remerciez pour moi Jésus et Marie qui m’ont comblée de leurs bienfaits pendant ma vie, et attirez-moi au ciel, afin que j’aille, malgré mon indignité, chanter éternellement avec vous l’hymne de la reconnaissance, pour toutes les grâces que j’ai reçues de mon Dieu et surtout pour l’œuvre réparatrice que sa miséricorde a établie en France.

O bon Jésus, ô tendre Marie, bénissez et propagez l’archiconfrérie je la dépose en vos aimables Cœurs, soyez à jamais ses puissants protecteurs !

Sit Nomen Domini benedictum.

Vade retro, Satana.

O très saint et très aimable Enfant-Jésus, je vous rends grâce de m’avoir aidée à faire cette petite relation en votre honneur et pour la gloire de votre divine Mère. Je la dépose à vos pieds en ce jour mémorable de votre auguste naissance, et vous prie très humblement de prendre en cette belle fête une nouvelle puissance sur mon âme. Je veux jusqu’à la fin de ma vie être votre petite bergère pour garder vos brebis, et votre petite domestique pour vous servir ainsi que votre sainte Mère. Oui, ô divin Enfant, céleste Époux de mon âme, je renonce à tout ce que je suis, et je me donne à tout ce que vous êtes, possédez-moi souverainement!

Ainsi soit-il.

 

Sœur Marie de Saint-Pierre de la Sainte Famille,

carmélite indigne.

Le 25 décembre 1847, jour de Noël.

Gloire à Dieu et paix aux hommes de bonne volonté!»

 

[1] Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

[2] 11 novembre 1847.

[3] Suite aux instances faites, le 14 novembre auprès de Monseigneur l’Archevêque pour l’établissement de l’Œuvre de la Réparation.

[4] 2 décembre 1847.

— « On ne manqua pas de faire connaître cette communication à Monseigneur Morlot. Il fut, par conséquent, prévenu de “l’orage qui grondait”, et averti que c’était la dernière heure pour agir.

— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.

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