Thursday, 15 January 2026

Thursday's Serial: “Journal Spirituel” by Sœur Marie de Saint-Pierre (in French) - X.

 

18

Voulez-vous marcher dans mes voies?

    Lettre du 6 juin 1844

« Je vais vous rendre compte, comme vous me l’avez ordonné, de ce qui s’est passé dans mon âme depuis le 16 mars, jour où il me sembla que Notre-Seigneur me disait :

— Voulez-vous marcher dans mes voies ?

M’étant soumise à son bon plaisir, Il me donna sa croix et ses épines. Alors ce divin Époux m’a dépouillée de tout le sensible et jetée dans les ténèbres, tentations et pauvreté. L’Œuvre de la Réparation est en moi comme un feu qui me brûle et qui me fait plus ou moins souffrir comme il plaît au bon Dieu. Dans toutes mes prières je ne cesse de demander au Seigneur qu’Il daigne sauver la France et établir dans toutes les villes du royaume son œuvre de réparation et susciter des hommes apostoliques pour cette fin.

— Vous voyez bien, mon doux Jésus, que je ne peux rien faire pour cette œuvre, pauvre et misérable créature; veillez donc faire passer dans le cœur de celui qui peut vous rendre service en cette œuvre tout ce que je souffre !

Le jour que j’étais députée pour faire la communion de voeu au Sacré-Cœur de Jésus, Notre-Seigneur voulut bien, par pitié pour ma faiblesse, me donner un peu de consolation. Il me fit sentir sa présence, enleva mon âme et la perdit en Lui pendant près de deux heures. Alors, dans ce calme si délicieux, je crus entendre sa douce voix qui me disait à peu près ces paroles :

— Mon enfant, courage et confiance; gravez ces paroles dans votre cœur. Oh ! si vous saviez le profit pour votre âme qui souffre ces peines, vous me remercieriez de vous les avoir données. Je viens pour vous visiter, mais non pour rester avec vous d’une manière sensible. Vous boirez le calice ; mais consolez-vous ; quoique vous ne me verrez point, je ne serai pas loin de vous, car je tiendrai ce calice pendant que vous le boirez. Après cette épreuve, je vous ferai goûter mes consolations. Vous avez bien mérité ces peines par vos infidélités ; cependant, ce n’est pas pour m’en venger : ce n’est que par bonté que je vous donne ces souffrances.

Alors je pris la liberté de demander à Notre-Seigneur si la couronne que je Lui faisais pour glorifier son Nom et honorer des mystères Lui était agréable. Il me dit :

— Tout ce qu’on fait pour ma gloire est pour moi délicieux.

Il m’engagea à faire cet exercice quand je serais dans l’impuissance de faire mon oraison.

Après ces deux heures de consolation, je suis retournée dans mon état de souffrance.

Quelque temps, Notre-Seigneur me fit sentir qu’Il fallait que j’aie recours à sa sainte Enfance, dont je portais un écoulement des peines qu’Il portait alors; car Il avait un grand désir de travailler à la gloire de son Père et cependant, Il souffrait l’infirmité et l’impuissance de l’enfance. Il attendait en silence les heures marquées par la volonté de son Père. Depuis cette inspiration, je suis toute appliquée à Jésus Enfant. Je remets entre ses mains l’Œuvre de la Réparation et à son intention, j’attendrai en silence les moments de Dieu, ne voulant que sa sainte Volonté.» [1]

 

[1] Lettre du 6 juin 1884.

 

 

19

La blessure du blasphème

    Lettre du 19 novembre 1844

« Il y a près de huit mois que Notre-Seigneur ne s’était communiqué à mon âme au sujet de cette œuvre (de la Réparation); Il me conduisait par une voie de sécheresse et de ténèbres et de tentations. J’ai cependant continué, par la grâce de Dieu, à faire réparation à son divin Nom pour les blasphémateurs. Mais je confesse avoir un peu tombé dans les pièges de Satan, qui faisait tout ce qu’il pouvait pour m’en dégoûter. Après m’être humiliée devant Dieu de ma négligence, en priant Notre-Seigneur de vouloir bien se choisir un plus digne instrument, ce divin Sauveur a bien voulu alors me favoriser de nouvelles lumières malgré mon indignité, en me faisant connaître l’état déchirant où le mettent les blasphémateurs, le désir qu’Il avait de l’établissement de cette œuvre de Réparation pour la gloire de son divin Père. Notre-Seigneur m’a fait entendre qu’il fallait sans cesse prier Dieu par les mérites de son Fils et le désir de sa gloire qu’Il avait quand Il était sur la terre, pour obtenir cette œuvre à la gloire se son Nom. Ce divin Sauveur m’a fait entendre que les hommes ne sont pas capables de comprendre l’injure que Dieu reçoit par ce péché de blasphème;[1] et Il m’a fait entendre que ces pécheurs Lui perçaient le Cœur et faisaient de Lui un second Lazare, couvert de plaies. Il m’a invité à imiter les chiens qui consolaient le pauvre, en venant lécher ses plaies. Il m’a fait comprendre que je Lui rendais un grand service en employant ma langue à glorifier tous les jours les saint Nom de Dieu, méprisé et blasphémé par les pécheurs, sans considérer si cet exercice me donnait des consolations intérieures, mais de penser qu’il cicatrisait ses divines plaies et Lui causait une grande satisfaction. Il me semblait qu’Il me disait :

— Faites tous vos efforts pour l’établissement de cette œuvre. Je vous donne tous mes mérites pour l’obtenir de mon Père; demandez en mon Nom et elle vous sera accordée...». [2]

«C’est dans le Sacré-Cœur de Jésus que j’ai trouvé cette Œuvre de la Réparation: c’est aussi dans ce divin Cœur brûlant de zèle pour la gloire de son Père, que je la remets, par les mains de la très Sainte Vierge et du glorieux saint Joseph, sous la protection des Anges et des Saints, en implorant la divine miséricorde de Dieu, qui a daigné se servir d’un si vil instrument.

Je déclare avec simplicité, pour la plus grande gloire de Dieu, que c’est moi-même, Sœur Marie de Saint-Pierre de la Sainte Famille, carmélite indigne, qui ai reçu ces lumières pour l’Œuvre de la Réparation des blasphèmes, malgré mon indignité, et qui les ai écrites dans ce présent cahier, par obéissance à mes Supérieurs et pour la plus grande gloire de Dieu, et aussi l’acquit de ma conscience; car je tremble à la vue de la mission que Dieu m’a imposée. Elle doit sauver bien des âmes, si les desseins de Dieu sont accomplis. Je déclare aussi que j’ai parlé dans la vérité et dans la simplicité de mon âme et que j’en ferais le serment s’il était nécessaire pour la gloire de Dieu. Maintenant, je crois inutile de garder ces lettres que j’ai exactement copiées ; c’est pourquoi je vais les brûler.» [3]

 

[1] Saint Alphonse de Liguori disait: « Le blasphème, sous toutes ses formes, si multipliées de nos jours, est, d’une façon toute spéciale, l’abomination de Dieu. C’est le plus horrible de tous les péchés; c’est un péché qui est d’ordinaire irrémissible, car c’est le crime de lèse-majesté divine, le crime qui s’attaque directement à Dieu; aussi Dieu ne le pardonne-t-il presque jamais » (Tannoia, “Vie de saint Alphonse”, liv. IV, chap. XV).

Dans ses dernières années, la saint docteur, parlant de la France, disait: « Le blasphème est une cause de malédiction sur la terre. Pauvre France! je te plains, et je plains tant de pauvres innocents qui seront enveloppés dans ta disgrâce » (Tannoia, “Vie de saint Alphonse”, liv. IV, chap. XXIV).

[2] Ici se termine la première relation de la Sœur sur les événements qui ont rapport à la Réparation en général.

[3] Lettre du 19 novembre 1844.

 

 

20

D'autres faits

La visite d’un prêtre

«Un ecclésiastique, qui avait quelque connaissance de l’œuvre, vint un jour me demander des prières dans le but d’obtenir deux grâces, l’une pour un de ses confrères et l’autre pour lui-même: il s’agissait pour tous deux de sauver l’âme et la réputation de deux personnes auxquelles ils s’intéressaient.

— Je crois déjà à l’œuvre dont Notre-Seigneur vous a chargée; mais, afin d’être plus sûr, demandez-lui ces deux grâces comme signe de sa volonté. S’il vous les accorde, je vous promets que mon confrère et moi nous nous consacrerons à la propager — promit l’ecclésiastique.

Pensant que Jésus en tirerait sa gloire, j’acceptai la proposition, disant à ce prêtre que j’allais m’occuper, en esprit d’obéissance, de la mission dont il me chargeait, parce que, quand je demandais quelque grâce à Notre-Seigneur par cet esprit, je l’obtenais plus facilement; il approuva cela et il me quitta. J’allai bien vite devant le Saint-Sacrement prier le bon Sauveur de défendre sa cause pour la gloire de son Nom et de vouloir bien, en sa miséricorde, accorder à ces deux ecclésiastiques les grâces qu’ils désiraient, lui promettant qu’ils seraient ensuite deux défenseurs de son Nom blasphémé par les pécheurs, ainsi qu’ils s’y étaient engagés; enfin je dis tout ce que ma petite éloquence pouvait me fournir pour toucher le divin Cœur, et je commençai une neuvaine à cette intention. Notre-Seigneur donna la preuve qu’on voulait avoir afin de connaître la vérité de son œuvre; le soir même de ce jour, l’ecclésiastique qui m’avait parlé reçut la grâce qu’il souhaitait, et son confrère reçut la sienne un peu plus tard; il nous dit même que le Seigneur avait exaucé ses vœux au delà de toute espérance, et que la désolante affaire en question avait tourné à la gloire de Dieu et au bonheur de ceux qui avaient été d’abord si affligés.» [1]

Le duc d’Orléans

«Un dimanche matin, je faisais mon oraison ordinaire; je n’avais aucune pensée au sujet du duc d’Orléans, dont j’avais vaguement appris l’accident; je n’avais pas même songé à prier pour ce pauvre prince depuis son décès; son souvenir s’est présenté à moi. Pendant l’office des heures, j’ai senti tout à coup, par une vive impression, que son âme souffrait en purgatoire et qu’il fallait la secourir. Il me semblait que plus je m’approchais du divin Cœur de Jésus, plus aussi mon émotion augmentait, les larmes me gagnaient, et j’avais peine à psalmodier; alors je me sentis toute portée vers cette âme souffrante que le Seigneur désirait sauver de ces flammes. Ayant fait pour elle la sainte communion, Jésus m’inspira d’offrir aussi pour elle, à son divin Père, tous ses mérites infinis; et, pendant mon action de grâces, il me sembla que mon âme se rencontrait avec elle en Notre-Seigneur. Je lui dis alors :

— Pauvre prince, que vous reste-t-il des grandeurs et des richesses de ce monde? Vous voilà bien aise, aujourd’hui, d’avoir la communion d’une pauvre carmélite; souvenez-vous de moi lorsque vous serez dans le ciel.

Notre-Seigneur me portait à prier pour lui avec une charité extraordinaire, beaucoup plus vive que celle que j’ai jamais éprouvée pour mes parents, même les plus proches. Il me suggéra d’offrir, à cette intention, tout ce qu’il a souffert lorsqu’on l’a couronné d’épines et travesti en roi de théâtre en sa divine Passion, et j’ai passé le reste de la matinée à prier pour le prince devant le tableau qui représente Jésus en cet état.

J’ai dit trois fois dans la journée, aux pieds du Saint-Sacrement, les six Pater, Ave et Gloria Patri, afin de gagner les nombreuses indulgences attachées à ces prières, et qui sont applicables aux morts. Le lendemain, lundi, j’ai encore été pressée de recevoir la sainte communion à la même intention. Cette âme souffrante est comme liée à mon âme; je la porte partout, et toutes les mortifications que je fais sont pour elle.» [2]

«Voilà que je touche à la fin de la quinzaine de jours que vous m’avez permis d’offrir à Dieu en faveur de l’âme qui m’occupe, m’abandonnant au bon plaisir divin pour souffrir tout ce qu’il jugerait à propos afin d’obtenir cette délivrance. Permettez-moi de vous rendre compte de tout ce qui s’est passé en moi à ce sujet, depuis le 26 février jusqu’au 19 mars.

Je vous dirai tout simplement que mon âme était, envers celle du pauvre prince, comme une mère qui a un enfant malade, dont la tendresse l’excite incessamment à chercher quelque bon remède pour le guérir; la nuit comme le jour je pensais à la soulager; enfin j’ai prié mon saint ange gardien de ne point me laisser de repos qu’elle ne soit au ciel. Je crois qu’il m’a exaucé charitablement, car je me sentais sans cesse engagée par un sentiment surnaturel à offrir pour cette fin tout ce que je faisais. Toutes mes communions, hors une seule que mon devoir me prescrivait d’offrir pour une de nos sœurs défuntes, toutes, dis-je, je les ai faites en faveur de cette âme. Le saint sacrifice de la Messe, beaucoup de chemins de Croix et les mortifications que vous m’aviez permises, voilà ce que j’ai eu la consolation de présenter à Dieu pour elle. J’ai peu souffert corporellement; vous m’avez vu le visage enflé, mais ma plus grande peine était de n’en pas avoir davantage; c’est mon âme que Notre-Seigneur a fait souffrir. A cette douce union et à cette paix intérieure dont il m’avait gratifiée a succédé l’orage: il s’est caché; il m’a fait vivement sentir ma misère et ma grande indignité; la nuit a succédé à la lumière. Si le divin Maître me frappait d’une main, il me soutenait de l’autre et me donnait le courage de lui dire :

— Mon Dieu, afin que cette pauvre âme vous possède plus vite et vous glorifie pour moi, j’accepte ces peines; pourvu que je ne vous offense point, Seigneur, voilà tout ce que je désire.

La fête de notre père saint Joseph approchait; je m’y suis disposée par une neuvaine, suppliant ce grand saint, à cette occasion, d’obtenir de Dieu la délivrance désirée, et promettant de continuer les pénitences qui m’étaient permises. La veille de la solennité, mon émotion a redoublé; j’étais dans un tourment inexprimable par la vivacité de mon désir. Au réfectoire j’avais plutôt envie de pleurer que de manger; mon âme était blessée, mais c’était vraiment d’un sentiment tout à fait surnaturelle, car je n’ai jamais connu ce prince. Si j’ai senti la privation que peut m’imposer mon vœu de pauvreté, ah! c’est bien en ce jour! Si j’avais encore possédé quelques fonds, assurément je m’en serais servie pour faire acquitter des messes; mais une pensée est venue me consoler; je me suis dit :

— J’ai tout donné à mon céleste Époux ; par conséquent, il s’est donné réciproquement à moi ; ainsi ses biens m’appartiennent.

Alors, pleine de confiance, j’ai offert au Père éternel tous les trésors de son divin Fils pour suppléer à ma pauvreté, et je me suis unie aux prêtres qui célébraient le saint sacrifice.

Ensuite Notre-Seigneur me fit sentir que je devais encore pratiquer un acte de charité pour cette âme souffrante, lui offrir, à son intention, la sainte communion que j’allais faire, et gagner ainsi pour elle une indulgence applicable aux morts. J’y accédai, non sans un peu de peine, car en cette grande fête de notre saint Ordre, je comptais bien penser un peu à notre intérêt particulier et m’appliquer à moi-même le fruit ce cette indulgence; mais puisque Notre-Seigneur en disposait autrement, je me suis soumise à sa sainte volonté, me conformant à ce qu’il m’avait inspiré, et j’ai encore intercédé pour le prince de toutes les forces de mon âme et de toute l’affection de mon cœur.

Depuis ce jour, ma Révérende Mère, je ne suis plus inquiétée; je me sens tout à fait déchargée; je ne puis plus dire pour lui que le Laudate. Je crois que mes petits services, unis aux ferventes prières de nos sœurs, ont pu le soulager. La très sainte Vierge aura sans doute obtenu son salut, et notre père saint Joseph son entrée dans le ciel; car j’espère, et j’ai l’intime confiance, qu’à la fête de ce grand saint il aura été délivré du purgatoire. Dieu, toutefois, ne m’en a pas donné une certitude surnaturelle, j’adore ses desseins, sans désirer les pénétrer, car j’en suis indigne. Ce prince, comme on le sait, est mort d’un accident bien terrible et sans le secours de notre sainte religion; mais un acte d’une sincère contrition a pu obtenir son salut: la miséricorde de Dieu surpasse toutes ses œuvres.» [3]

 

[1] Document A, page 86.

[2] Document particulier, page 4.

[3] Lettre du 20 mars ?.

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