55
“Entièrement détachée”
Lettre de mars 1848
«Notre-Seigneur m’a entièrement détachée, dépouillée du désir de voir l’œuvre réparatrice s’établir dans le diocèse de Tours. Ne faudrait-il qu’un seul mot de ma part pour la réaliser ou du moins pour l’ériger, je ne le dirais pas, et cela par obéissance à l’autorité ecclésiastique, que je respecterai toujours. Mais, si j’ai été un peu peinée de ces derniers refus, Notre-Seigneur a bien su me consoler, malgré mon indignité : car il m’a fait entendre que son œuvre deviendrait florissante, qu’elle s’affermirait au milieu des orages, et que, si elle était refusé à un port, elle aborderait heureusement à un autre port. Cette dernière promesse s’est réalisée deux jours après, puisque nous avons appris qu’elle allait s’établir à Lyon et qu’on y travaillait avec un grand zèle.» [1]
«Rien, n’est plus propre à désarmer sa justice irritée que de lui offrir cette très Sainte-Face, qui a mis sur sa tête les épines de nos péchés et qui s’est affermie comme un rocher [2] sous les coups de cette même justice. Elle a payé nos dettes. Elle est notre caution ; c’est pourquoi notre aimable Sauveur m’a commandé de me tenir sans cesse devant le trône de son Père, malgré mon indignité, et de lui offrir cette divine Face, objet de ses complaisances; et ce tendre sauveur m’a fait cette consolante promesse:
—A chaque fois que vous offrirez ma face à mon Père, ma bouche demandera miséricorde.
Ce bon Jésus m’a promis qu’il aurait pitié de la France. Ayons donc grande confiance ; son Nom tout-puissant sera notre bouclier et sa Face adorable notre divin rempart. Mais il me faisait comprendre qu’il désirait voir se développer autant que possible la dévotion à cette Face adorable. O bon Jésus, cachez-nous dans le secret de votre Sainte-Face, afin qu’elle soit pour nous une tour et une forteresse imprenables contre les attaques de vos ennemis.»
Ecce-Homo [3]
«Il m’appliquait à contempler sa Sainte-Face. Mais bientôt il a fixé mes yeux d’une manière toute spéciale sur le roseau qu’il tenait dans ses mains, et il m’en a fait présent pour combattre les ennemis de l’Église, me promettant qu’ils sentiraient mes coups. il me fit comprendre aussi que ce faible roseau était le figure de mon âme. Oui, je ne suis qu’un faible roseau; mais dans la main de Jésus-Christ, mon Époux, je deviendrai puissante contre ses adversaires, et je dirai avec foi et confiance: Que la milice du diable devienne sans force devant le roseau de Jésus-Christ ! Comme le jeune David, je peux terrasser Goliath au Nom du Seigneur, avec mon bâton et la pierre angulaire, je veux dire la Face adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Tels sont, ma très Révérende Mère, les sentiments que Notre-Seigneur met dans mon âme. Père éternel, je vous offre la très Sainte-Face de Jésus: elle est la pièce mystérieuse d’une valeur infinie qui seule peut acquitter nos dettes. Père éternel, je vous offre la très Sainte-Face de Jésus pour apaiser votre colère; souvenez-vous qu’elle a porté les épines de nos péchés et qu’elle s’est affermie comme un rocher sous les coups de votre justice, dont elle porte encore les marques. Regardez ces divines plaies dont je veux être l’écho: elles vous demandent incessamment miséricorde, miséricorde, miséricorde pour les pécheurs.»
[1] Comme pour recevoir de sa servante quelque compensation, le divin Maître l’appliqua de nouveau, et avec plus d’intensité que jamais, à contempler sa Sainte-Face et à l’offrir au Père céleste.
— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.
[2] Ce mot est celui de Notre-Seigneur dans Isaïe: «Devant ceux qui me donnaient des soufflets sur les joues et qui crachaient sur moi, j’ai présenté ma face comme une pierre très dure.» Isaïe, 50, 6-7.
Note de l’abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.
[3] Après la communion, le Seigneur se présenta à Marie de Saint-Pierre sous l’aspect de l’Ecce-Homo.
56
Impression de la Sainte Face
Lettre du 30 mars 1848
L’Église est la Face du corps mystique
«Avant la communion, une lumière intérieure m’avait fait comprendre que l’Église est la Face du corps mystique de Jésus-Christ et qu’elle est maintenant couverte de plaies par les impies!... Alors une inspiration me fit offrir à Notre-Seigneur le lait virginal de sa sainte Mère comme une précieuse et suave liqueur pour adoucir les plaies de sa très Sainte-Face : mon âme éprouvait une grande joie en faisant cet exercice de simplicité et d’amour.
Après la communion, ce divin Sauveur a bien voulu, dans son infinie bonté, me faire connaître qu’il avait eu pour très agréable cet exercice et qu’il fallait le continuer; mais il m’a dit qu’il voulait à son tour me faire goûter le lait de ses divines consolations afin d’adoucir mes peines. Alors il me sembla voir ce tendre Sauveur rayonnant de gloire, et tous mes sens étaient ravis de joie. Bientôt il m’a fait entendre ces douces et consolantes paroles:
—Votre pèlerinage s’avance!... La fin du combat approche!... Vous verrez bientôt ma Face dans le ciel!...
A ces mots, je me suis prosternée le visage contre terre, en disant:
—Seigneur, je ne mérite que l’enfer!
Le bon Maître m’a dit:
—Je vous ai appliqué la vertu de ma Face pour rétablir en vous l’image de Dieu. Ceux qui contempleront les plaies de ma Face sur la terre, la contempleront un jour rayonnante de gloire dans le ciel!
A ce moment, ma Révérende Mère, j’étais sur le Thabor, et j’aurais dit volontiers comme l’apôtre saint Pierre: “Seigneur, il fait bon ici ; faisons-y trois tentes pour les trois puissances de mon âme afin qu’elle jouisse toujours de ce doux repos qui surpasse infiniment tous les plaisirs de la terre.” Mais notre divin Sauveur m’a fait entendre que ses véritables épouses devaient préférer la chaleur du combat au repos de la contemplation, et qu’il ne fallait pas craindre de se jeter dans la mêlée pour défendre sa gloire. Je lui ai dit que j’allais combattre les ennemis de son Église avec les instruments de sa Passion, et j’ai vu que mon dessein lui était agréable.
Voilà à peu près ce qui s’est passé dans cette communion, je dis à peu près, parce qu’il n’est guère possible de dire textuellement ces paroles intérieures et encore bien moins d’exprimer ce que l’âme ressent. Combien les créatures semblent méprisables et indignes de fixer notre cœur!
Père éternel, je vous offre la très Sainte-Face de Jésus pour apaiser votre colère ! Regardez ses plaies, voyez ses humiliations! Elle est la digne réparatrice de nos crimes et la gloire de votre saint Nom ! Père éternel, je vous offre la très Sainte-Face de Jésus pour acquitter nos dettes ! Elle est le denier infiniment précieux marqué à l’effigie du Roi des rois.» [1]
[1] «Un autre jour, le 30 mars 1848, elle se proposait de communier afin d’honorer la très Sainte-Face du Sauveur et d’adoucir ses plaies douloureuses. Elle le pria d’imprimer cette Face adorable sur son cœur, de manière à ne l’oublier jamais.»
— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.
57
Comme un testament
Lettre du 12 avril 1848[1]
“O Reine du Carmel...”
«Depuis quelques jours je me trouve tout de nouveau appliquée à la très sainte Enfance du Verbe incarné. Vous savez que mon âme est vouée à ce mystère. Notre-Seigneur me conduit de temps en temps à la contemplation des autres mystères de sa sainte vie ; mais l’étable de Béthléem est mon point de ralliement.
Le Sauveur m’a fait entendre dimanche dernier que beaucoup de bonnes âmes s’occupaient des humiliations de sa Passion, mais peu des anéantissements de sa sainte Enfance, et il désire que je m’y applique pour combattre l’esprit d’orgueil, d’ambition et d’indépendance, par les humiliations, la pauvreté de sa crèche et la captivité de ses langes. Ainsi, le Père éternel, je crois, n’auras pas moins agréable la Face du petit Jésus couverte de larmes que la Face de Jésus couverte de sang et délaissée sur la croix. Il est notre auguste Victime en la crèche et à la croix. J’offre donc ce divin Enfant au Père éternel; je le mets entre le ciel et la terre pour apaiser sa colère. Le Saint-Esprit m’applique aussi de nouveau à contempler Jésus prenant le lait virginal de sa divine Mère. Hier, sur la fin de mon oraison, la très sainte Vierge, malgré mon indignité, a daigné se montrer à moi. Elle m’a dit qu’elle était la Reine du Carmel ; elle protégera ses maisons dans ces jours de calamité; il faut avoir une grande confiance en elle et en son adorable Fils ; elle m’a fait entendre aussi qu’il fallait travailler avec zèle à la fin de son Institut, c’est-à-dire prier pour l’Église, et faire violence au ciel. Cette tendre Mère m’a prescrit de dire en l’honneur de sa maternité divine, autant de fois que nous avons de maisons en France, l’hymne O gloriosa virginum ; et cette auguste Reine arrosera les fleurs du Carmel de son lait virginal, emblème de la miséricorde. Elle me l’a promis.
Elle m’a dit aussi que plus l’armée de Dieu augmenterait (les défenseurs de son Nom), plus l’armée de Satan s’affaiblirait (les ennemis de l’Église et de l’État).
Voilà à peu près, ma très Révérende Mère, ce qui s’est passé dans mon âme. J’ai dit soixante-douze fois l’hymne indiqué par Marie, en l’honneur des années de sa bienheureuse vie ; et j’ai prié saint Joseph notre bon Père et notre Mère sainte Thérèse de les offrir à la Reine du Carmel pour le salut de nos chères maisons.
O divine Marie, arrosez de votre lait mystérieux les fleurs du Carmel, afin qu’elles prennent une forte racine dans cette terre de bénédiction et qu’elles n’en soient jamais arrachées par le démon.
Sœur Marie de Saint-Pierre de la Sainte Famille,
carmélite indigne.» [1]
[1] «Ici nous arrivons à la dernière communication écrite de notre chère sœur; la fin de son pèlerinage approche, suivant l’annonce qu’elle en a reçue. La lettre qui la contient est datée du 12 avril 1848, et, comme les autres, adressée à la Mère prieure, Marie de l’Incarnation. Elle nous ramène à la vue de la sainte Enfance dont l’âme innocente et candide de l’humble vierge ne s’était jamais trop éloignée. Elle est courte et porte le même cachet de simplicité que toutes les autres : nous la transcrivons en son entier avec un sentiment de piété et de vénération qui sera sans doute partagé.»
— Abbé Janvier: “Vie de la Sœur Saint-Pierre”. Larcher - Paris 1884.
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